‹ Traité de chimie générale [electronic resource] (volume 4)Chapitre 220 sur 300 · ORSE1LLE. — TOURNESOL · texte numérisé non relu

ORSE1LLE. — TOURNESOL

Lorsqu’on soumet à la putréfaction, en présence de l’ammoniaque et de l’air, certains lichens des genres Variolaria, Lecanora , Roccella , Evernia , etc., on obtient des substances colorantes qui portent le nom d’orseille ou de tournesol.

La matière colorante ne préexiste pas dans les lichens ; elle se produit par l’action de l’ammoniaque sur une matière non azotée, Yorcine. L’orcine elle-même ne préexiste pas dans les lichens ; elle provient de la décomposition , sous l’influence des alcalis, de plusieurs principes incolores et cristallisables , tels que l’acide lécanorique, l’acide érythrique, l’acide évernique, etc., que contiennent certaines espèces de lichens.

La transformation en matières colorantes des diverses substances qui existent dans les lichens s’opère de la manière suivante dans l’industrie : on débarrasse d’abord les lichens de la terre dont ils sont souillés,

ORSEILLE.

et après les avoir réduits en pâte, on les arrose avec une dissolution de carbonate d’ammoniaque ou bien avec de burine dans laquelle on a délayé de la chaux, afin de décomposer les sels ammoniacaux fixes que l’urine contient. La masse, abandonnée au contact de l’air et humectée de temps en temps avec de l’ammoniaque, se colore peu à peu en rouge violacé , prend une odeur désagréable, et constitue, au bout de quelques semaines, Y orseille du commerce.

Quand, dans la préparation précédente, on remplace l’ammoniaque par un mélange de carbonate de potasse et d’ammoniaque, la masse prend d’abord une belle teinte rouge qui vire ensuite au bleu : la pâte ainsi obtenue, et épaissie par de la craie ou du plâtre, sert à préparer le tournesol en pains.

On a dans ces derniers temps introduit une modification importante dans la fabrication de l’orseille. Les lichens sont traités par l’eau bouillante : la substance blanche et pulvérulente qui les recouvre et qui doit donner la matière colorante se modifie et devient soluble dans l’eau ; on obtient ainsi un extrait qui est traité par un grand excès d’ammoniaque et qui se transforme en orseille par l’action de l’oxygène atmosphérique. On voit que dans cette nouvelle fabrication on n’opère que sur la partie soluble des lichens.

La proportion des substances qui se convertissent en matière colorante, dans le traitement des lichens, est très faible : elle varie de 2 1/2 à 12 pour 100. Aussi a-t-on proposé, pour éviter des frais de transport qui sont toujours considérables, de retirer ces substances sur les lieux mêmes où se récolte le lichen, en épuisant cette plante par un lait de chaux, neutralisant l’extrait par l’acide chlorhydrique, recueillant sur un filtre le précipité qui s’est formé, et le desséchant ensuite à une douce chaleur. (M. Stenhouse.)

Ce procédé présente en outre l’avantage de permettre d’apprécier la richesse des lichens par la simple pesée du précipité que forme l’acide chlorhydrique dans l’extrait provenant de l’épuisement d’un poids connu de lichens par un lait de chaux (M. Gerhardt.)

La détermination de la richesse des lichens peut encore être opérée à l’aide d’une dissolution titrée d’hypochlorite de chaux. Ce sel, versé dans l’extrait calcaire du lichen, met aussitôt en liberté les principes qui se transforment en matières colorantes et détruit ensuite ces dernières. 11 est donc évident que plus il faudra employer d’hypochlorite de chaux pour décolorer l’extrait calcaire d’un poids connu de lichen, plus ce lichen pourra fournir de substances colorantes. (M. Stenhouse.)

Les composés qui proviennent des lichens ont été étudiés par MM. RobG quet, Liebig, Dumas, R. Rane, Schunok, Rochleder et Heldt, Knopp, Laurent et Gerhardt, Stenhouse, etc.

MATIERES COLORANTES

ACIDE LÉCANORIQUE. C32H140,4,2H0.

(HO)2

Propriétés.

L’acide lécanorique est solide, cristallin, blanc quand il est très pur, soluble dans 250 parties d’eau bouillante, dans l’acide acétique, beaucoup plus soluble dans l’alcool et l’éther.

La dissolution alcoolique d’acide lécanorique n’est pas troublée par les dissolutions alcooliques d’acétate neutre de plomb, de bichlorure de mercure, d’azotate d’argent et de chlorure d’or. Elle se colore en rouge pourpre au contact de perchlorure de 1er et donne un précipité vertpomme lorsqu’on la mélange avec de l’acétate de cuivre dissous dans l’alcool. (M. Schunck.)

L’acide lécanorique, soumis à l’action de la chaleur, des acides ou des alcalis concentrés, se dédouble en acide carbonique et en orcine :

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