DÉSUINTAGE DE LA LAINE
tissus qui en proviennent sont secs ; ils perdent sensiblement de leur poids au lessivage , et présentent tous les inconvénients des toiles creuses.
En Belgique et en Allemagne , dans les localités éloignées d’eaux propres au rouissage , on expose le chanvre sur la terre à la rosée et à la lumière. Sous l’influence de ces deux agents et de l’air, il se fait une désagrégation par une sorte de combustion lente de la matière résineuse qui réunit les fibres ligneuses, et au bout d’un certain temps on peut regarder le chanvre comme convenablement roui. Ce procédé présente pourtant plusieurs inconvénients : la matière résineuse est irrégulièrement détruite dans les différentes parties qui ne peuvent être placées dans les mêmes conditions d’humidité et d’exposition à la lumière, et il reste dans les filaments des matières solubles qui, n’étant séparées que dans les opérations de lavage que l’on fait subir au chanvre après la filature et le tissage , laissent une toile d’un tissu lâche qui ne présente plus une résistance suffisante.
Le coton est de la cellulose à peu près pure ; on ne lui fait subir aucune préparation avant de le filer.
Désuintage de la laine. - — La laine, dans l’état où l’agriculteur la livre au commerce, est imprégnée d’une substance graisseuse connue sous le nom de suint et qu’il importe de lui enlever. Le traitement auquel on la soumet a reçu le nom de désuintage.
Pour désuinter la laine, on la lave d’abord pour enlever les matières solubles qui lui sont adhérentes, puis on la plonge et on la remue pendant un quart d’heure dans de l’eau à â0° ou 50°, contenant le quart de son poids d’urine ammoniacale; au bout de ce temps, on la met dans des paniers qu’on porte dans une eau courante pour enlever la combinaison ammoniacale soluble qui a dû se former. Souvent les laveurs de laine se contentent de l’action de l’eau de suint ou de celle d’une petite quantité de savon.
La laine fine contient plus de suint que la laine commune. M. Chevreul a reconnu qu’une laine peut perdre au désuintage 58 pour 100 de son poids. Les laines communes, suivant M. Thénard, contiennent le quart de leur poids en suint, et celle de mérinos les deux tiers.
La laine, ainsi désuintée, a été étudiée par M. Chevreul sous le rapport de sa composition. Cet illustre chimiste a reconnu que, lorsqu’on la fait digérer successivement dans de l’alcool et de l’éther, elle perd 17 pour 100 de son poids, que cette perte est due à la dissolution d’une substance
MATIERES COLORANTES
grasse, essentielle à la laine , qui est composée par le mélange d’une matière grasse, solide et cristalline, fondant à 60°, avec une autre matière grasse, liquide. Ces deux corps gras supportent sans s’acidifier l’action des alcalis, tandis que la laine, traitée à chaud par des dissolutions concentrées de potasse ou de soude, donne naissance à un acide azoté.
En poussant plus loin ses investigations, M. Chevreul a reconnu qu’une dissolution de carbonate de soude, dans laquelle a digéré de la laine traitée comme il vient d’être dit, donne des traces évidentes de sulfure de sodium, car un sel de plomb noircit lorsqu’on le verse dans cette dissolution, et l’acide sulfurique en dégage de l’acide sulfhydrique. A cette démonstration de la présence du soufre dans la laine, déjà si évidente, M. Chevreul ajoute ces nouveaux caractères : la laine, traitée d’abord par un alcali faible, laisse dégager de l’acide sulfhydrique lorsqu’on la fait bouillir avec un acide faible ; mise en ébullition avec un sel de plomb, elle se colore en noir ; enhn elle se colore en brun lorsqu’on la plonge dans une eau tenant en suspension de l’acide stannique ou quelques-unes de ses combinaisons salines.
11 est à remarquer que, pour obtenir ces résultats d’une manière sensible, il est nécessaire que la laine ait subi l’action d’un* alcali faible. M. Chevreul pense donc que le soufre fait partie essentielle de la laine, et que sa présence ne devient appréciable que lorsque, par l’action de l’alcali, les autres principes de la laine ont subi un commencement de séparation.
Dans la teinture sur laine, il est important de ne pas confondre la laine provenant d’animaux vivants avec celle qui vient d’animaux morts ou malades ; cette dernière se prête difficilement aux opérations de la teinture.
Décrensage , dégommage, cuite de la soie. — La Soie, telle que l’animal la fournit, est soumise au tissage ; mais comme elle contient environ un quart de son poids d’une matière cireuse qui la rend terne, la colore souvent en jaune et lui donne de la roideur, il faut, avant de la soumettre à la teinture, la débarrasser de cette substance en la traitant par les liqueurs alcalines.
Cette opération, que l’on nomme décreusage de la soie , est délicate et demande de grands soins, car si la liqueur était trop alcaline, la soie s’altérerait ; aussi emploie-t-on généralement le savon, qui agit moins rapidement, il est vrai, que les acides libres, mais qui ne peut, comme ces derniers, dissoudre la soie ou en amoindrir la solidité.
Les quantités de savon employées varient suivant que la soie est jaune ou blanche. A Lyon, on fait bouillir pendant quatre heures k parties de soie jaune avec 1 partie de savon dissous dans l’eau ; la soie écru-blanc est soumise à deux ébullitions, l’une de quinze minutes et l’autre de