‹ Traité de chimie générale [electronic resource] (volume 4)Chapitre 259 sur 300 · IMPRESSION, GENRE TEINTURE · texte numérisé non relu

IMPRESSION, GENRE TEINTURE

Voici les traitements que subissent les étoffes dans les deux modes d’impression que nous avons indiqués.

Impression , genre teinture.

Quelle que soit la matière colorante qui devra se combiner avec les mordants, la première condition à remplir est de n’élever que graduellement la température du bain colorant, afin d’obtenir une teinture égale. Il faut, en outre, éviter de prolonger l’action mécanique sur les tissus, car cet effet se traduit par un affaiblissement dans l’éclat des couleurs. Ces deux conditions, indispensables à observer dans la fixation des matières colorantes, s’appliquent à la garance et à ses dérivés plus qu’à tout autre produit tinctorial ; aussi ne pourrions-nous donner une idée plus exacte de l’impression genre teinture, qu’en décrivant ici la conduite d’une teinture des genres garancés.

Genre garancine. — Les tissus mordancés sont plongés dans un bain de teinture qui accuse 35°, et que l’on chauffe de demi-heure en demiheure jusqu’à 60°, 70°, et même jusqu’à ébullition. Lorsque les mordants sont suffisamment saturés de teinture, on porte les tissus aux roues à laver, où les étoffes sont battues, injectées d’eau et débarrassées de la poudre tinctoriale adhérente à leurs fils. On les passe ensuite à l’eau de son pour faire le blanc, pour les dépouiller comme on dit en fabrique, puis on les introduit dans un appareil nommé hydroextracteur, dont la construction ingénieuse permet, au moyen de la force centrifuge, d’amener une pièce d’étoffe ruisselante d’eau, à n’en plus contenir que 35 à ù0 pour 100, qu’on enlève enfin par un séchage à l’air chaud ou froid. Dans cet état, et malgré le passage à l’eau de son, le blanc n’est pas encore parfait. Une opération fort simple, introduite depuis quelques années dans la fabrication du genre garancine, donne au blanc toute la pureté désirable. Cette opération, est le chlorage au rouleau. Elle s’exécute à l’aide d’un rouleau mille points qui, par sa gravure même, transporte sur toute la surface du tissu une couche de bain décolorant qui le pénètre de part en part. Ce bain est une dissolution d’hypocldorite de chaux à 1°, que l’on a légèrement azurée par de l’outre-mer.

Après une dessiccation prompte, on remarque que le blanc seul a été mouillé ; le dessin coloré ne l’est pas, en sorte que, sans affaiblir la couleur imprimée et teinte, ce qui est essentiel, le blanc a été amené à son dernier degré de pureté.

La pièce d’étoffe ayant alors la nuance que Ton veut obtenir, peut être lavée, séchée et envoyée à Y apprêt, opération délicate, qui consiste à foulard er la pièce d’étoffe dans de l’eau de gomme ou de fécule, qui donne

MATIERES COLORANTES

un certain corps au tissu. Le même procédé s’applique aux teintures opérées avec la cochenille, le quercitron, le bois rouge et le campêche.

Plusieurs couleurs, en sortant du bain de teinture, ne présentent pas la nuance et l’éclat que l’on veut obtenir ; il faut alors les soumettre à un traitement particulier, nommé avivage des couleurs , et qui s’applique plus spécialement au rouge d’Andrinople, aux roses et aux violets de garance. L’avivage consiste, quant au rouge d’Andrinople , dans une exposition au pré et une ébullition prolongée avec de l’eau chargée de soude, de savon ou debichlorure d’étain. L’avivage du violet, du puce et des couleurs garancées s’opère sous l’influence de la potasse, du chlore ou du savon. Pour les roses, on passe dans un bain savonneux.

Parfois aussi les couleurs présentent après la teinture des nuances différentes de celles qu’elles devraient avoir. On peut alors modifier leurs teintes à l’aide de certains sels.

La laine pure, destinée à recevoir du bleu de France, les toiles de lin, de chanvre, de coton, sur lesquelles on doit appliquer la couleur au rouleau ou à la planche, subissent toujours une préparation particulière, On foularde deux fois de suite les toiles de lin et de chanvre dans un bain de stannate de soude, marquant 10° ou 12° à l’aréomètre; on les passe ensuite dans l’acide sulfurique à 1°, et, après les avoir introduites pendant une à deux minutes dans une eau contenant en volume U pour 100 d’hypochlorite de chaux, on les lave pendant trois jours à grande eau.

La laine pure et les tissus de coton sont foulard és à deux reprises dans une dissolution formée de :

AVIVAGE.

f de la gaude ,

(M. Dumas.)

Impression, genre application.

Eau froide

Protochlorure d’étain Acide sulfurique. . ,

lOO litres.

7 kilos.

500 grammes.

COULEURS-VAPEUR. 593

abandonnés ensuite au repos, pendant deux heures, lavés à grande eau, passés à l’hypochlorite de chaux et battus après un dernier lavage.

On peut alors appliquer les couleurs sur les différents tissus, soit à l’aide de planches , soit au moyen de rouleaux.

11 existe deux espèces de planches :

1° Le bloc, pièce de bois gravée en relief, et sur laquelle on a souvent formé les dessins en y fixant des fils ou des lames de laiton.

2° La planche plate ou planche de cuivre, de même largeur que l’étoffe, et sur laquelle sont gravés en creux les dessins à imprimer.

Les rouleaux sont des cylindres de cuivre gravés en creux, au moyen desquels les étoffes se trouvent imprimées d’une manière continue dans toute leur largeur.

La disposition des planches ou des rouleaux doit être telle, que la couleur épaissie remplisse seulement les creux ou ne couvre que les reliefs et s’étale d’une manière régulière sur l’étoffe.

Les couleurs destinées au rouleau ou à la planche plate sont dans leur préparation l’objet d’un soin tout particulier. On évite, autant que possible, qu’elles soient acides, car elles attaqueraient les rouleaux ou les planches métalliques. Enfin elles reçoivent, dans l’épaississage, des modifications qui sont motivées par la finesse plus ou moins grande de la gravure.

Les rouleaux servent surtout à exécuter les dessins délicats formant les fonds, les bandes ou les guillochages.

Une machine ingénieuse permet d’appliquer plusieurs rouleaux à la fois.

Les dessins dont la finesse est moins grande sont produits au moyen des blocs.

Couleurs-vapeur.

La fixation des matières colorantes à la surface des tissus a été opérée dans les divers genres de teinture que nous venons d’examiner, par l’intermédiaire d’une eau dont la température ne dépassait pas 100°. On est parvenu, dans ces dernières années, à fixer les couleurs en faisant intervenir la vapeur d’eau.

Cette application heureuse de la vapeur à l’impression, repose en partie sur les modifications qu’éprouvent un certain nombre de corps lorsqu’on les soumet à l’influence de la chaleur, modifications qui peuvent être' comparées à la coagulation de l’albumine, et que M. Chevreul a désignées, d’une manière générale, sous le nom de phénomènes de coc t ion.

La vapeur fixe les couleurs, non-seulement en communiquant aux tissus une température élevée, mais encore en leur apportant la quantité v. 38

MATIÈRES COLORAMES.

d’humidité sans laquelle la matière colorante n’est pas fixée. M. Schwartz a soumis deux tissus colorés, l’un sec, l’autre humide, à l’action d’un fer chauffé à 100° : c’est sur le tissu humide seulement que la couleur était fixée; elle se détachait de l’autre au moindre lavage.

M. Persoz, qui a étudié spécialement l’impression sur étoffes, signale les circonstances dans lesquelles ce procédé est efficace : c’est surtout lorsqu’il s’agit de fixer les couleurs au moyen de mordants à acides organiques ou de chlorures d’étain. Mais lorsqu’on veut fixer des substances telles que l’indigo, qui ne peuvent se combiner avec les fibres qu’après avoir subi une action chimique qui leur communique une solubilité momentanée, on conçoit que la vapeur ne peut leur transmettre cette propriété.

Pour fixer les matières colorantes par la vapeur, on enveloppe les tissus d’un doublier , étoffe grossière sur laquelle la vapeur se condense, et qui empêche ainsi le coulage de la matière colorante.

Peu à peu le doublier et l’étoffe humides s’échauffent, et la couleur se fixe sous la double influence de la chaleur et de l’humidité.

Nous donnons en terminant la composition des principales couleurs que l’on fixe au moyen de la vapeur.

Rouge. P. (1)

Bain de cochenille (2) . . 1 litre.

Amidon 121 gram.

Protochlorure d’étain. . . 40 gram.

Acide oxalique 40 gram.

Couleur orange P ~ de litre.

Voir. P.

Laque de Campêche (3). . 4 litres.

Eau 4 litres.

Acide acétique à 8n. . . . t de litre.

Amidon 600 gram.

Leïocome ........ 400 gram.

A ajouter :

Alun (à chaud) 400 gram.

Chlorhydrate d’ammoniaque 200 gram.

Carmin d'indigo 200 gram.

Vert pour rentrures. P.

Gomme d’Alsace 4 kilos.

Graine de Perse à 8° . . . 2 kilos.

(1) La lettre P, placée en regard du nom des couleurs, indique que ceï couleurs sont pour planche.

(2) Bain de cochenille.

Cbehenille lo kilos.

Eau bouillante 100 litres.

Potasse à 5° 5 litres.

Réduire à 60 litres après épuisement de là cochenille.

(3) Laque de Campêche.

Sulfate de cuivre dissous dans 5 litres

d’eau 750 grain.

Bichromate de potasse dissous dans

5 litres d’eau chaude 200 gram.

Carbonate de soude dissous dans

5 litres d'eau chàüde 300 gram.

Eau 10 litres.

Filtrer et réduire jusqu’à 16 litres.

Campêche à 6*

40 litres.

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