IMPRESSION SUR TISSUS
L’art d’imprimer les couleurs sur les tissus consiste à fixer une ou plusieurs couleurs sur certains points déterminés de leur surface.
L’impression sur tissus est une opération délicate ; elle présente surtout de grandes difficultés lorsque les tissus sont formés par l’association de fibres textiles de nature différente, et qui ont pour les couleurs une affinité inégale.
Les traitements préliminaires que l’on fait subir à une étoffe destinée à la teinture proprement dite ne sont pas suffisants pour un tissu qui
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doit être soumis à l’impression. Ce dernier, étant blanchi par les procédés ordinaires, ne reçoit les couleurs qu’après avoir été soufré , rasé et grillé.
Soufrage. — Le soufrage consiste à exposer les tissus humectés à l’action du gaz acide sulfureux produit par la combustion du soufre. Le soufrage se pratique ordinairement en fabrique dans des chambres bien calfeutrées de 5 mètres de côté sur 6 d’élévation ; les tissus sont disposés avec soin pour que toutes leurs parties soient en contact avec le gaz. Du soufre brûlant dans des capsules est introduit dans ces chambres par des ouvertures pratiquées aux angles inférieurs de la pièce, et la combustion est entretenue au moyen d’ouvertures à clapet placées aux angles supérieurs du bâtiment, par lesquelles on renouvelle l’air.
On a proposé de substituer au gaz acide sulfureux une dissolution de cet acide dans l’eau, qui aurait l’avantage de ne pas laisser dans les pores de l’étoffe du gaz acide sulfureux qui se change, à la longue, en acide sulfurique et détermine l’altération et la décoloration de l’étoffe. Mais ce procédé, proposé il y a près d’un demi-siècle par Oreilly, n’a reçu encore aucune application.
On passe les petites pièces de laine et de soie au soufre, en les suspendant dans des paniers coniques, entourés de toile et placés au-dessus de fourneaux dans lesquels on brûle de la fleur de soufre.
Rasage. — Le rasage a pour effet d’enlever les poils et les duvets formés pendant les opérations du blanchiment , et qui peuvent nuire à la pureté des contours du dessin qu’on applique à la surface des tissus.
On rase les étoffes au moyen d’une machine nommée tondeuse , dont la pièce principale est un cylindre tournant avec une grande vitesse sur son axe, et armé de couteaux en hélice qui séparent le duvet.
Grillage. — Après le rasage, les tissus subissent ordinairement une opération destinée à enlever tout le duvet qui peut avoir échappé au rasage ; on la nomme grillage. Pour griller une étoffe, on la fait passer très rapidement sur une plaque métallique chauffée au rouge blanc, ou bien on l’expose au-dessus de tubes de plomb, percés de trous presque capillaires, d’où s’échappe une flamme continue alimentée par de l'alcool en combustion ; souvent aussi on la présente à la flamme du gaz de l’éclairage.
Quel que soit le procédé employé pour le grillage, il exige de la part de l’ouvrier de la dextérité et de l’intelligence. Le tisserand de toiles communes grille ses étoffes en passant sur les pièces tendues une poignée de paille enflammée.
Épaississage. — En teinture, pour déposer une matière colorante sur
MATIÈRES COLORANTES
une étoffe, on plonge simplement cette étoffe dans une dissolution de la matière colorante; mais dans l’impression, où la couleur doit être appliquée sur des points déterminés du tissu, il faut de toute nécessité :
1° Ou que le mordant soit rendu visqueux, afin qu’il occupe une place déterminée sur l’étoffe, et que, par suite, la couleur ne se fixe qu’aux endroits voulus ;
2° Ou bien que la couleur soit épaissie ; autrement elle subirait bientôt une action physique déterminée par la force attractive et capillaire du tissu, qui, donnant lieu à des infiltrations de matière colorante en zones plus ou moins concentriques et à des tons essentiellement différents, enlèverait aux formes leur régularité et à la couleur elle-même sa nuance naturelle.
Les substances qui servent à communiquer cette viscosité aux mordants et aux couleurs ont reçu le nom (ï épaississants.
Les principaux épaississants sont :
La gomme Sénégal ,
L’amidon ,
La gomme adragante, ♦
L’amidon grillé,
La léiocome (fécule grillée),
La dextrine.
Aux épaississants que nous venons de citer, il faut ajouter :
La terre de pipe , qu’on emploie non-seulement pour prévenir le retrait trop brusque d’une couleur qui contracterait le tissu, mais encore pour s’opposer au coulage d’une couleur trop claire, et la maintenir sur le point même où elle a été déposée, et enfin pour aider au nettoyage de la couleur, qu’elle rend toujours plus attaquable par l’eau.
La gélatine , qui a pour effet de donner plus de corps à la couleur, sans augmenter sensiblement le poids de la matière solide qui l’épaissit, tout en contribuant , par les modifications qu’elle éprouve en présence d’un acide, à rendre cette couleur hygrométrique.
Dans le même but et pour éviter la coagulation d’une couleur, on emploie aussi le chlorure et l’azotate de zinc, et enfin le saccharate de chaux.
11 faut avoir égard dans l’épaississage :
1° A la température qu’exige l’épaississant;
2° A l’état de saturation de la liqueur ;
3° Aux doubles décompositions qui peuvent avoir lieu ;
h° Au degré de consistance que doit avoir la couleur à imprimer ;
5° A l’intensité de la nuance que l’on veut obtenir ;
6° A la couleur de l’épaississant ;
7° A la superposition des couleurs.
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Après avoir fait connaître la nature des épaississants, nous allons dire quelques mots de leur emploi :
Gomme Sénégal. — On la dissout ordinairement dans beau, on en passe au tamis la solution concentrée, puis on l’ajoute dans des proportions déterminées aux couleurs qu’il s’agit d’épaissir. Pour éviter certains accidents, on fait disparaître les impuretés qui souillent la gomme en la lavant préalablement à l’eau froide; mais il est cependant des circon* stances où on la lait dissoudre directement dans la couleur ou le mordant que l’on veut épaissir.
L 'amidon s’emploie de deux manières : tantôt on en forme avec de l’eau un empois qu’on délaie ensuite dans la couleur ; tantôt, au contraire, on l’emploie directement.
Dans ce dernier cas, l’opération se fait à feu nu dans des chaudières de cuivre, ou bien, si l’on veut éviter les altérations de la couleur sur les surfaces de chauffe, dans des vases à double fond chauffés à la vapeur ; on doit toujours remuer avec soin à l’aide d’une spatule de bois.
La farine s’emploie comme l’amidon : il n’en est pas de même de Y amidon grillé. Quand il s’agit d’employer ce dernier corps, on ajoute peu à peu , à la quantité nécessaire pour épaissir un certain volume de couleur, une portion de ce volume suffisante pour former une pâte molle qu’on travaille longtemps, et que l’on amène ensuite au degré de viscosité voulu, en y ajoutant le reste de la couleur.
On emploie la gomme adragante soit en mucilage, soit en poudre; dans le premier cas, on la fait tremper dans un volume donné d’eau , où elle se gonfle, puis on l’ajoute à la couleur; dans le second, on l’incorpore au liquide coloré, après l’avoir délayé avec un peu d’alcool.
Voici les rapports dans lesquels ces épaississants entrent dans la composition des couleurs :
Pour 1 litre de couleur à épaissir, on prend :
De 150 à 170 grammes d’amidon ou farine;
500 h 800 grammes d’amidon grillé ;
280 à 850 grammes de gomme Sénégal ;
25 à 35 grammes de gomme adragante,
On doit passer au tamis de soie toutes les couleurs, surtout celles qui sont destinées à être imprimées au rouleau, soit pour en séparer les impuretés que pouvait renfermer l’épaississant, soit pour détruire les grumeaux qui donnent lieu à des accidents fâcheux.
L’épaississant qui accompagne la couleur lors de l’impression doit plus tard entraîner avec lui une partie de cette couleur. Ce partage de la matière colorante entre l’épaississant et le tissu est proportionnel à la quantité d’épaississant employée, et, par conséquent, peut être approxi-
MATIERES COLORANTES
mativement apprécié pour chaque épaississant , en consultant l’ordre dans lequel nous avons rangé les substances douées du pouvoir d’épaissir.
Lorsqu’une gravure en creux est usée par un fréquent emploi, elle fournit moins à l’impression, la couleur alors doit être plus étendue. Aussi dans les ateliers d’impression au rouleau, ou ajoute à la couleur préparée, soit de l’épaississant, soit de l’eau, suivant que la gravure a plus ou moins de profondeur. L’habitude fait connaître facilement aux ouvriers les proportions dans lesquelles doivent être faits les mélanges pour obtenir les teintes voulues.
Puisque l’épaississant peut être mélangé soit avec le mordant , soit avec la matière colorante, il existe nécessairement deux modes particuliers d’impression :
Le premier consiste à appliquer un mordant épaissi aux endroits sur lesquels la couleur doit être fixée , à plonger l’étoffe dans un bain colorant et à la soumettre ensuite à un lavage convenable : les parties mordaneées restent seules colorées. Cette méthode, qui n’est qu’un genre particulier de teinture, ne peut donner que des dessins uniformément colorés.
Le second procédé consiste dans l’application de la matière colorante épaissie sur l’étoffe, au moyen de cylindres ou de planches gravées.
Mordançage . — Les mordants dont on se sert en impression doivent réunir les conditions suivantes :
1° Former des sels solubles dont l’acide puisse être facilement séparé ;
2° Produire avec la matière colorante une combinaison insoluble et inaltérable.
Les acétates dont la base est :
Pour rouge et rose , de Palumine ,
Pour noir et violet , de l’oxyde de fer,
Pour vert et gris , de l’oxyde de chrome ,
Pour puce , enfin , un mélange d’alumine et de fer,
remplissent toutes ces conditions : en effet , ccs sels sont solubles dans l’eau ; les bases qui entrent dans leur composition présentent à la fois une grande affinité pour les tissus et la matière colorante ; de plus, l’acide qu’ils abandonnent n’exerce aucune action sur les fibres textiles.
Nous donnons ici la composition des principales couleurs obtenues avec ces divers mordants, en y joignant la composition du brun de cachou qui, associé à ces couleurs, produit des effets précieux dans les variations que peut recevoir un dessin préparé pour la teinture en garancine.
MORDANÇAGE.
Rouge. R. (1)
Amidon 220^, 50
Acétate d’alumine à 10u (2). 600 gram.
Sainte-Marthe à 20° ... . 10 gram.
Bichromate de potasse . . . 2^,50
Acide pyroligneux A80 gram.
Ajouter à froid :
Protochlorure d’étain. ... 15 gram.
Acétate de plomb 60 gram.
Noir. R.
Acétate de fer à 15° .... lht,800
Arséniate de soude à 500 gr.
par litre 0ht,300
Acide pyroligneux 0Ut,300
Amidon grillé lkll,500
Puce. R.
Amidon 2&0 gram.
Acide pyroligneux 0ut,&80
Acétate d’alumine à 10° . . 0Ht,A80
Sainte-Marthe à 20° .... 10 c. c.
Bichromate de potasse . . . 2er,5
Acétate de fer à 15° . . . . 0m,280
Acétate de plomb 0kU,070
Rose. R.
Amidon 200 gram.
Eau 260 gram.
Acide acétique à 2° . . . A00 gram.
Acétate d’alumine à 10° . . 100 gram.
Sainte-Marthe à 20° ... . 0sr,05
Bichromate de potasse . . . l®r,25
Ajouter à froid :
Acide pyroligneux 2s',50
Violet. R.
Acétate de fer à 15° (3) . . 1 litre.
Acide arsénieux , dissolu-
tion saturée 0Ut,200
Épaississant à 0sr,500 pour
2 litres d’eau 12 litres.
Brun de cachou. R.
Amidon ZiOO gram.
Léiocome 400 gram.
Cachou Zi00 gram.
Acide acétique à 20° - . . . 2Iit,Zi00 Chlorhydrate d’ammoniaq. ZtO 0 gram.
Acétate de cuivre 100 gram.
Dans la recette rouge R, le bois de Sainte-Marthe forme la fausse couleur, dont l’emploi sera expliqué plus loin; le chromate développe cette couleur par oxydation ; le sel d’étain donne au rouge et au rose plus de vivacité et le préserve, en outre, de l’action du fer dans les opérations de la teinture.
L’arsénite de soude agit par l’acide arsénieux, qui figure dans les plus anciennes recettes pour violet, et dont l’action sur le mordant de fer est favorable.
Enfin l’acétate de plomb, ajouté au rouge et au puce, a pour but de saturer le mordant dans une couleur concentrée ; cette saturation cesse d’être nécessaire dans un mordant faible tel qu’un mordant pour rose.
(1) La lettre B, placée en regard du nom des couleurs, indique que ces couleurs ont pour rouleau.
(2) Acétate d’alumine à 10°.
Alun 240 gram.
Acétate de plomb 180 gram.
Eau G00 gram.
Le sulfate de plomb qui prend naissance doit être séparé par filtration.
(3) Acétate de fer à i 5°.
Sulfate de fer 400 gram.
Acétate de plomb G00 gram.
Acide pyroligneux 1 llt,200
On sépare le sulfate de plomb qui se produit.
Le procédé employé pour opérer l’élimination de l’acide acétique et la combinaison de l’oxyde avec le tissu consiste à suspendre les étoffes dans une espèce de chambre nommée chambre à oxyder , qui est remplie d’air saturé d’humidité par de la vapeur d’eau. Il est probable que cet air, offrant de l’eau de combinaison à l’acide acétique en échange de sa base, favorise ainsi le dégagement de cet acide. Quoi qu’il en soit, l’humidité de l’air est indispensable à la réaction, car l’expérience a prouvé que la décomposition de l’acétate ne s’opère pas dans un air sec.
La fixation du mordant dans la chambre à oxyder a reçu le nom (ï aérage.
Comme les mordants sont incolores ou peu colorés au moment de leur application, on ne pourrait en conserver la trace sur les tissus, si l’on n’avait eu le soin de les colorer avec une substance capable de résister au lavage, et que l’on nomme fausse couleur.
Dégommage. — Avant de soumettre les tissus mordancés à l’impression, on leur fait subir une opération qui a pour but d’enlever la plus grande partie des substances solubles qui ont servi à épaissir le mordant, et de séparer les petites quantités de mordant qui n’ont pas contracté de combinaison avec l’étoffe. Cette opération est désignée sous le nom de dégommage. On la pratique en immergeant les tissus dans un bain à &0° ou 60°, contenant, soit un mélange de phosphate de soude et de phosphate de chaux, soit des arséniates ou des silicates alcalins, du sel ammoniac ou du bicarbonate de soude, enfin de la bouse de vache.
Nous transcrivons ici l’analyse de la bouse de vache, par M. Morin :
Eau ........ i
Bubuline
Matière biliaire
Résine verte et acides gras ( butyrique , oléique et marga-
rique)
Albumine
Matière fibreuse
Matières salines , carbonates , phosphates , chlorure , silice , ammoniaque et fer
Le choix de la bouse ne paraît pas indifférent ; celle d’animaux nourris avec du fourrage semble mériter la préférence.
Le bousage se pratique dans deux cuves remplies d’eau, contenant de 6 à 7 pour 100 de bouse. Au bain de la première cuve, on ajoute delà craie en quantité suffisante pour saturer l’excès d’acide que certains mordants abandonnent sur les tissus ; la seconde cuve ne contient que de l’eau et de la bouse. La température des bains varie avec les différents mordants et avec la nature des tissus.