‹ Traité de chimie générale [electronic resource]Chapitre 164 sur 369 · SULFURES DE MERCURE · texte numérisé non relu

SULFURES DE MERCURE

Le soufre forme avec le mercure des composés qui correspondent aux oxydes, et qui ont pour formule : Hg2S et HgS.

PROTOSULFURE DE MERCURE. Hg2S.

Ilg2 2500,00 92,59

S 200,00 7, Al

Le protosulfure de mercure, de même que le protoxyde, est très peu stable ; il se décompose avec une grande facilité, en mercure métallique et en bisulfure; lorsqu’on l’examine à la loupe, on y reconnaît souvent des globules de mercure.

Ce corps est noir, insoluble dans l’eau ; il se décompose par la chaleur en mercure et en bisulfure. On le prépare en versant goutte à goutte de l’azotate de protoxyde de mercure dans une dissolution de sulfure de potassium, ou bien en arrosant du protochlorure de mercure avec un sul-

DEUTOSULFURB DE MERCURE.

fure alcalin en dissolution. Il peut encore être obtenu facilement en précipitant l’acétate de protoxyde de mercure par l’acide sulfhydrique ; on doit le laver à l’eau froide et le dessécher dans le vide, sans employer la chaleur.

DEÜTOSULFURE DE MERCURE. HgS.

Hg 1250,00 86,20

Ce sulfure est appelé ordinairement cinabre quand il est en masses cristallines, et vermillon quand il est en poudre très fine.

Le deutosulfure de mercure existe sous deux états isomériques différents : il peut être rouge ou noir; dans les deux cas, il présente exactement la même composition.

Le cinabre est d’un rouge violacé quand il est en masses, et d’un rouge clair très vif quand il est réduit en poudre impalpable.

Il est insoluble dans l’eau ; il se volatilise sans entrer en fusion à une température peu élevée; les cristaux qu’on obtient en condensant ses vapeurs sont des prismes hexaèdres.

Lorsqu’on le chauffe au contact de l’air, il se grille très facilement, s’enflamme et dégage de l’acide sulfureux et des vapeurs de mercure. Il est réduit par l’hydrogène et le charbon ; il cède son soufre à un grand nombre de métaux, tels que le fer, le cuivre, l’antimoine, l’étain, le zinc, etc. Aussi l’emploie-t-on souvent dans les laboratoires comme agent de sulfuration.

Les acides l’attaquent difficilement; son meilleur dissolvant est l’eau régale.

Il est réduit par les alcalis et les carbonates alcalins, et dégage des vapeurs de mercure.

Plusieurs oxydes le décomposent sous l’influence de la chaleur, brûlent son soufre et régénèrent du mercure. Le deutoxvde de mercure le décompose avec une grande facilité.

On obtient une combinaison de bichlorure et de bisulfure de mercure HgCl,2HgS, sous la forme d’une poudre blanche insoluble, en précipitant incomplètement le bichlorure de mercure par l’acide sulfhydrique ou en faisant digérer du sulfure de mercure récemment précipité avec une dissolution de bichlorure de mercure.

Quand on traite du sulfure de mercure récemment précipité par une dissolution chaude et concentrée de bichlorure de cuivre, il se transforme en une poudre, d’un jaune orangé dont la composition est représentée

MERCURE

par la formule (HgCl,2HgS),(HgCl,3CuS). Ce corps est mélangé avec un hyposulfitc de mercure et de cuivre : (Cu20,S202)5,(Hg20,S202)3 qui se forme dans les mêmes circonstances. (M. Rammelsberg.)

État naturel.

Le sulfure de mercure existe à l’état natif; c'est de ce minerai qu’on extrait le mercure.

Le sulfure de mercure ne se trouve qu’en petite quantité dans les terrains primitifs. Il se rencontre presque toujours dans les terrains secondaires, dans les schistes bitumineux, dans le calcaire compacte et dans les terrains argileux ; il est fréquemment accompagné de sulfures de fer et de cuivre.

Le sulfure de mercure naturel est tantôt d’un brun très foncé presque noir, tantôt d’un beau rouge. 11 cristallise ordinairement en prismes hexaèdres. On le trouve aussi en masses amorphes.

Il peut être transparent, translucide ou opaque ; il est tendre et cassant. Sa densité est 8,098.

A îdria, le cinabre est souvent mêlé de mercure natif. La teneur moyenne des minerais est de 86 pour 100 de mercure.

Préparation.

Le sulfure noir de mercure s’obtient en faisant arriver un courant d’acide sulfhydrique en excès dans un sel de mercure au maximum.

Pour préparer le cinabre , on emploie le procédé suivant :

On commence par produire un corps noir qui porte le nom à'éthiops minéral , en chauffant à une température modérée 150 parties de soufre avec 950 parties de mercure; il est important de chauffer avec précaution, sinon le soufre et le mercure se combineraient vivement avec une sorte d’explosion.

11 suffit de soumettre ensuite l’éthiops minéral à la sublimation pour le transformer en cinabre. Cette opération se fait ordinairement dans des vases formés de deux parties : la pièce inférieure est de terre ; la pièce supérieure, qui fait l’office de récipient, est de fonte; elle est lutée sur la première.

On chauffe d’abord les vases sublimatoires ; lorsqu’ils sont rouges, on y introduit peu à peu l’éthiops ; on continue à chauffer, et le cinabre vient se condenser dans la partie supérieure du vase distill at-oire . On obtient ainsi le cinabre sous forme de pains.

Le cinabre sublimé, broyé avec de l’eau, et réduit en poudre très fine, donne le vermillon.

Le vermillon qui vient de la Chine est remarquable par sa belle teinte ; ce corps ne paraît pas avoir été produit par la pulvérisation du cinabre,

DEUTOSULFURE DE MERCURE. 289

mais bien par voie humide, en faisant agir le soufre sur le mercure en présence d’une dissolution alcaline.

Pour préparer le vermillon par voie humide, on prend 300 parties de mercure et 114 de soufre, on les triture d’abord à froid pendant deux ou trois heures, et l’on ajoute ensuite h la masse 75 parties de potasse et 400 parties d’eau. Le mélange doit être maintenu à une température de 50° environ. Au bout de quelques heures, le précipité, qui était noir, prend une belle couleur rouge. Aussitôt qu’il a pris la teinte convenable, on le lave à grande eau. (M. Brunner.)

La théorie de cette opération n’est pas encore bien connue ; on suppose qu’il se forme d’abord un sulfosel résultant de la combinaison du sulfure de mercure avec le sulfure de potassium, qui se décompose ensuite au contact de l’air, en hyposulfite alcalin et en sulfure de mercure très divisé.

On peut aussi admettre que le soufre forme avec la potasse un hyposulfite et un polysulfure qui, sous l’influence de la chaleur, cède au mercure une partie de son soufre pour produire directement le vermillon.

On obtient encore un vermillon de belle qualité, en chauffant ensemble 300 parties de mercure et 114 parties de soufre; il se forme ainsi du sulfure de mercure que l’on pulvérise, et que l’on fait chauffer dans une étuve à 50 ou 60° pendant plusieurs jours, avec 75 parties de potasse dissoute dans 450 parties d’eau.

On prépare un vermillon d’une belle teinte par le procédé suivant :

On sublime le cinabre ordinaire préalablement mélangé avec la centième partie de son poids de sulfure d’antimoine; on le réduit en une poudre fine qu’on fait bouillir à plusieurs reprises avec une dissolution de foie de soufre. On lave le précipité avec de l’eau ordinaire , on le met en digestion avec de l’acide chlorhydrique, et on le lave une dernière fois avec de l’eau. (M. Wehrle.)

Lorsque le vermillon obtenu par la voie humide a été chauffé pendant trop longtemps avec de la potasse et du soufre, il perd sa belle couleur rouge et devient brun. Il suffit de le faire bouillir dans l’eau, pour le convertir de nouveau en un très beau vermillon.

Le vermillon est souvent mêlé par fraude à du minium, du colcothar, de la brique pilée ou du sulfure d’arsenic. On constate la présence des trois premiers corps en chauffant le mélange au rouge ; le sulfure de mercure seul se volatilise. Quant au sulfure d’arsenic, on le reconnaît à l’odeur alliacée qu’il répand lorsqu’on le chauffe sur des charbons.

A Idria, on fabrique en grand le sulfure de mercure, en mêlant 85 parties de mercure avec 15 parties de soufre. On fait tourner le mélange dans de petits tonneaux de bois, pendant trois heures et demie; on obtient ainsi une masse noire que l’on sublime dans des vases de fonte. Le cinabre se condense dans des chapiteaux de terre cuite, m.

MERCURE

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