RECHERCHE DU MERCURE OU DE SES COMPOSÉS DANS LES CAS D’EMPOISONNEMENT
Dans les cas d’empoisonnement par les composés mercuriels, le chimiste expert a pour mission de rechercher le corps du délit, soit dans les matières des vomissements ou des évacuations alvines, soit dans les organes ou les débris du cadavre, avant ou après l’inhumation. Si les recherches portent sur les matières provenant du tube digestif, et que le corps toxique puisse être saisi en nature ou séparé par de simples lavages ou par des dissolutions, l’eau, l’alcool, l’éther sont les seuls dissolvants à employer ; en soumettant ces dissolutions à 1 action des réactifs, on observe souvent alors des réactions propres à signaler un composé mercuriel.
Mais s’il faut séparer le mercure des matières avec lesquelles il est entré en combinaison, s’il faut retrouver la portion toujours extrêmement faible du poison qui a été entraînée par l’absorption, et portée, pendant la vie, dans les différents organes de l’économie, l’analyse chimique devient plus délicate, et l’on ne peut y donner trop de soin et d’attention.
La calcination des matières suspectes seules ou mêlées avec de l’acide sulfurique dans un appareil distillatoire, ne donne pas un résultat satisfaisant, parce que la présence du mercure distillé se trouve masquée par des matières pvrogé/iées.
Le procédé suivant permet de reconnaître de petites quantités de sels de mercure dans une liqueur. On prend un fil d’or assez gros, autour duquel on roule en spirale une bande mince d’étain laminé; on plonge cet élément de pile dans le liquide à essayer, après l’avoir rendu acide au moyen de l’acide chlorhydrique. Au bout de quelques heures, le mercure se précipite sur l’or et le blanchit. (M. Smithson.)
Cette méthode pourrait induire en erreur, si l’on n’examinait pas avec soin la tache qui s’est produite sur l’or, parce qu’il se dissout un peu d’étain qui se précipite à la longue sur l’or et le blanchit; pour recon-
MERCURE
naître si la tache est due au mercure, il faut traiter le fil d’or par l’acide chlorhydrique ; si la tache est produite par l’étain, ce métal entre immédiatement en dissolution; lorsqu’elle est due au mercure, elle persiste. (Orfila.)
La méthode précédente n’est pas applicable k tous les cas ; lorsque le composé mercuriel n’existe qu’en petite quantité, la présence dune matière animale s’oppose à sa réduction.
11 faut avoir recours alors au procédé suivant. On liquéfie les matières animales à une basse température, au moyen de l’acide sulfurique à 66°. On ajoute au liquide noirâtre qui s’est produit de l’hypochlorite de chaux à 1 état pulvérulent, et, au besoin, de l’eau distillée et même de l’acide sulfurique, afin de faciliter le dégagement du chlore. Quand la liqueur est devenue transparente et à peu près incolore, on la filtre, on lave le résidu solide avec de l’alcool pour entraîner jusqu’aux dernières traces de deutochlorure de mercure formé , et l’on essaie le liquide , préalablement concentré, dans un appareil spécial représenté (pl. XXV, fig. 12).
A est une fiole ou un petit ballon qui sert de réservoir au liquide ; B, un petit entonnoir dont l’extrémité, recourbée à angle droit, se termine par un orifice presque capillaire G. On renverse dans l’entonnoir le col du petit ballon, dont l’orifice se trouve ainsi d’abord immergé dans le liquide. Mais l’écoulement s’opérant goutte à goutte au point G, cet orifice est bientôt a découvert ; une bulle d’air rentre dans le ballon, et en lait sortir une certaine quantité de liquide. Le même phénomène se reproduisant d instant en instant, on conçoit que tout le liquide doive s’écouler lentement et régulièrement par le bec de l’entonnoir. On le recueille dans une capsule D. En plaçant le ballon A de manière à élever plus ou moins le niveau du liquide dans l’entonnoir B, on peut régler la vitesse de l’écoulement, de manière à l’accélérer ou à le ralentir presque à volonté.
Dans la partie évasée de l’entonnoir, on plonge le pôle positif d’une pile de Bunsen à un seul couple, et l’on introduit le pôle négatif de la pile dans l’orifice presque capillaire de l’entonnoir. L’un et l’autre de ces éléments conducteurs ou pôles est constitué pan un fil d’or pur. Les fils sont rapprochés presque jusqu’au contact au moment où la pile est mise en activité ; un dégagement de gaz s’opère, et le mercure de la dissolution se dépose sur le fil d’or négatif, ou sur celui qui se trouve en contact avec le liquide dans le bec de l’entonnoir. L’opération étant terminée, on lave le fil d’or négatif, soit avec de l’alcool, soit avec de l’éther bouillant, pour le débarrasser de toute matière charbonneuse ; on le dessèche complètement, et on l’introduit dans un petit tube de verre. A l’aide du chalumeau, on volatilise le mercure, et on le rassemble dans un petit renflement du tube de verre sous forme de gouttelettes métal-
EXTRACTION Dü MERCURE PAR LA CHAUX.
liques. A ce caractère essentiel, on ne peut méconnaître l’élément toxique qui fait l’objet des recherches du chimiste. (MM. Flandin et Danger.)
Les composés mercuriels se trouvent spécialement dans le foie, dans la rate et dans les reins. Dans quelques cas, il peut être utile de s’assurer dans quel état le mercure existait dans le tube digestif; car les recherches des physiologistes, et en particulier celles deM. Mialhe, ont démontré que le protochlorure de mercure, qui n’est pas vénéneux, peut, au contact des chlorures alcalins contenus dans l’économie animale, passer à l’état de deutochlorure (sublimé corrosif), corps éminemment toxique. On doit tâcher alors d’isoler le composé mercuriel et de le soumettre aux réactions qui caractérisent les sels de mercure au minimum et au maximum.