‹ Traité de chimie générale [electronic resource]Chapitre 213 sur 369 · II. TRAITEMENT DES MINERAIS D’ARGENT PAR FONDAGE · texte numérisé non relu

II. TRAITEMENT DES MINERAIS D’ARGENT PAR FONDAGE

Le traitement des minerais d’argent par fondage a pour objet de préparer des alliages de plomb et d’argent, qui par la coupellation donnent de l’argent pur.

Dans quelques cas les minerais sont assez riches en argent, et assez simples dans leur composition, pour qu’en les introduisant dans une coupelle qui contient du plomb en fusion, il s’opère une véritable scorification qui entraîne les matières étrangères et laisse de l’argent pur. Mais lorsque le minerai est très pauvre en argent et mélangé à une grande quantité de corps étrangers, on le fond avec de la pyrite qui entraîne les sulfures métalliques et tout l’argent contenu dans le minerai.

On obtient ainsi une mal te crue argentifère et des scories qui contiennent la gangue, les oxydes métalliques, etc.

La matte crue est grillée à plusieurs reprises pour séparer le soufre et le fer ; on la fond de nouveau en la mêlant avec des minerais riches, qui forment des scories et augmentent la richesse de la matte.

Par une fusion avec du plomb et des fondants terreux, il se produit des mattes de plomb qui, grillées et fondues de nouveau avec du plomb, donnent un plomb argentifère assez riche pour pouvoir être passé à la coupelle.

MÉTALLURGIE DE L’ARGENT. 355

Souvent, en ajoutant des matières plombeuses à chaque fonte, on obtient à chaque opération un plomb d’œuvre et une matte. D’autres fois on désargente partiellement les mattes en les brassant dans le creuset avec du plomb métallique ; ce procédé constitue la méthode par imbibition , qui est employée principalement en Hongrie.

Les plombs argentifères sont soumis immédiatement à la coupellation, quand iis sont assez riches; autrement on les enrichit d’abord par la méthode de Y affinage par cristallisation.

1° Coupellation.

La coupellation permet de retirer l’argent contenu dans le plomb d’œuvre et dans le plomb argentifère, provenant soit du fondage des minerais d argent, soit de la liquation, soit du traitement des cendres d’orfévres.

La coupellation a encore pour but de débarrasser le plomb, du soufre, du cuivre, du fer, de 1 antimoine, de l’arsenic, qu’il contient presque toujours, et de l’amener à l’état de protoxyde (litharge), dont le prix est ordinairement supérieur à celui du plomb lui-même.

Pour obtenir ce résultat, il suffit de chauffer l’alliage au rouge et de 1 exposer à 1 action d’un courant d’air ; la litharge qui se forme, étant plus légère que le plomb, se porte à la surface du bain, et s’écoule facilement, tandis que 1 argent pur reste au fond de la coupelle.

Dette opération s exécute dans un four à réverbère particulier, dont la sole est remplacée par une vaste coupelle (pl. XXXVI, lig. 1 et 2). Cette coupelle, qui se faisait autrefois avec des cendres d’os ou des cendres de bois mélangées de \jk de chaux, se construit actuellement avec un mélange d argile et de calcaire, ou avec de la marne. Elle doit présenter une grande résistance à l’érosion, et s’imbiber difficilement d’oxyde de plomb, il faut éviter avec soin qu’il se trouve dans le calcaire aucune substance réductive qui nuirait à l’action oxydante de l’air.

La partie supérieure de la sole présente une échancrure qui laisse couler l’oxyde de plomb fondu.

La voûte du fourneau est une sorte de couvercle de forte tôle de fer recouverte d’argile ; elle est ordinairement mobile; on l’enlève avec une grue afin de pouvoir plus facilement reconstruire la sole à chaque opération.

La voûte est d’ailleurs assez basse pour que la flamme du foyer lèche constamment la surface du métal fondu et en détermine l’oxydation; poui activer 1 oxydation, on se sert d’une ou de plusieurs tuyères qui diligent un courant d air forcé sur la surface du bain métallique.

Lorsque la coupelle est préparée, on la couvre d’un lit de paille pour que les lingots de plomb pe la déforment pas pendant le chargement ; on abaisse la voûte et 1 on pousse le feu lentement; la fusion du plomb dure environ dix-huit heures.

ARGENT

refroidi lentement, se partage en deux portions inégalement riches en argent ; la portion refroidie en premier lieu contient moins d’argent que la dernière. Cette observation fut utilisée par un Anglais nommé Pattierson. La méthode que nous allons décrire peut s’appliquer à des plombs qui ne renferment que 5 ou 6 grammes d’argent par 100 kilogrammes. Elle est fondée sur la propriété que possède un alliage d’argent et de plomb d’être plus fusible que chacun des deux métaux qui constituent cet alliage. En Angleterre, l’opération s’exécute de la manière suivante :

On dispose une série de sept chaudières de fonte pouvant contenir chacune 7000 kilogrammes de plomb. On amène par la voie du mélange tous les plombs pauvres à une teneur commune de 300 grammes d’argent pour 1000 kilogrammes.

On introduit 7000 kilogrammes de plomb argentifère dans la quatrième chaudière; on les fait fondre, puis on laisse refroidir graduellement la masse, de telle sorte que les cristaux de plomb qui se forment par le refroidissement tombent au fond de la chaudière ; un ouvrier muni d’une grande cuiller de fer percée de trous comme une écumoire pêche ces cristaux, les égoutte soigneusement, et les jette dans la chaudière n°5. Quand on a ainsi retiré de la chaudière n° à, 5000 kilogrammes de cristaux, ce que l’on reconnaît au moyen d’une tige de fer graduée, on verse dans la chaudière n° 3 les 2000 kilogrammes restants.

Les 5000 kilogrammes de cristaux que l’on a enlevés ne contiennent plus que 150 grammes d’argent par 1000 kilogrammes, tandis que les 2000 kilogrammes que l’on a versés dans la troisième chaudière contiennent 600 grammes d’argent par 1000 kilogrammes.

On charge de nouveau la quatrième chaudière avec du plomb contenant 300 grammes d’argent par 1000 kilogrammes, et l’on soumet ce plomb à l’opération que nous venons de décrire.

Lorsque la cinquième chaudière est pleine de cristaux de plomb contenant 150 grammes d’argent par 1000 kilogrammes, on opère sur cette chaudière comme on l’a fait avec la quatrième, c’est-à-dire que l’on retire 5000 kilogrammes de cristaux de plomb que l’on jette dans la sixième chaudière, et les 2000 kilogrammes restants sont versés dans la quatrième chaudière. Cette fois les 5000 kilogrammes rejetés dans la sixième ne contiennent plus que 75 grammes d’argent par 1000 kilogrammes, et les 2000 kilogrammes versés dans la quatrième en contiennent 300 grammes par 1000 kilogrammes.

On opère sur la troisième comme sur la quatrième et la cinquième, c’est-à-dire que l’on en retire 5000 kilogrammes qui sont rejetés dans la quatrième chaudière et qui ne contiennent que 300 grammes par 1000 kilogrammes, tandis que les 2000 kilogrammes restants que l’on verse dans la deuxième chaudière en contiennent 1200 grammes par 1000 kilogrammes.

MÉTALLURGIE DE U’ ARGENT. «‘>59

Oïi continue ainsi de chaudière en chaudière, de sorte que la septième chaudière contient du plomb qui ne renferme plus que 37 grammes d’argent par 1000 kilogrammes; et lorsqu’on retire de cette chaudière 5000 kilogrammes de cristaux, ceux-ci ne contiennent plus que 12 à 15 grammes d’argent par 1000 kilogrammes.

La première chaudière reçoit du plomb qui contient 2kil,ft00 d’argent par 1000 kilogrammes, et les 2000 kilogrammes qu’on en retire à la fin contiennent /ik,1,80ü d’argent.

En résumé, le plomb, en passant d’une chaudière à l’autre, s’enrichit du double en allant vers le n° 1, et s’appauvrit de moitié en allant vers le n° 7.

Les 5000 kilogrammes de cristaux que l’on retire de la septième chaudière sont fondus et mis en lingots : on donne à ce métal le nom de plomb pauvre ; les 2000 kilogrammes qui sortent de la première chaudière forment le plomb riche , on le passe à la coupelle.

Nous devons faire observer que le procédé d’aftinage par cristallisation est surtout applicable aux plombs qui ne contiennent pas de zinc, d’antimoine ou de fer. Lorsque le plomb est allié à des métaux étrangers, on le purifie en le chauffant dans un four à réverbère; le zinc, l’antimoine et le fer s’oxydent avant le plomb et passent dans les scories.

Page 1