‹ Traité de chimie générale [electronic resource]Chapitre 241 sur 369 · OR DES FILONS · texte numérisé non relu

OR DES FILONS

L’or des liions se trouve ordinairement mélangé au quartz, à la pyrite de fer, à l’oxyde de fer, à la blende, au sulfure d’antimoine, etc.

En Amérique, tout minerai qui contient r4(Tû (i’or est soumis à l'exploitation.

On extrait l'or :

1° Par la fonte ;

2° Par le lavage ;

3° Par l’amalgamation.

Le traitement par la fonte consiste à fondre le minerai, soit seul, soit avec des matières plombifères, de manière à former des mattes qui sont soumises à l’action du plomb fondu qui s’allie à l’or. L’or est ensuite séparé du plomb par coupellation.

L’extraction de l’or par lavage est une opération dans laquelle le minerai , après avoir été grillé dans un fourneau à réverbère, est soumis au lavage dans des plats de bois, et débarrassé ainsi des matières étrangères plus légères que l’or et «pii se trouvent entraînées par les lavages.

L’amalgamation convient à tous les minerais.

Cette méthode consiste à broyer le minerai avec du mercure au moyen d’un moulin, qui ressemble beaucoup à celui que l’on emploie pour broyer le sable dans les fabriques de porcelaine.

On fait arriver un courant d’eau continu sur le minerai, afin d’enlever les matières étrangères ; on retire l’amalgame à mesure qu’il se forme ; on le filtre pour le séparer du mercure en excès, et on le soumet ensuite à la distillation. On obtient ainsi de l’or argentifère.

Pour séparer l’or de l’argent, on chauffe l’alliage au rouge obscur dans un vase poreux, pendant vingt-quatre ou trente heures, avec un cément composé de sel marin et de brique pilée; l’or se débarrasse alors de presque tout l’argent qu’il contient ; l’argent passe dans le cément à l’état de chlorure, d’où il est extrait par l’amalgamation.

On admet généralement que dans cette opération l’air humide réagit

Oli DES FILONS. 395

sur le sel marin, en présence de la silice, forme de l’acide chlorhydrique qui attaque l’argent et le transforme en chlorure d’argent.

Après ce traitement, l’or retient encore de l’argent : pour l’obtenir parfaitement pur, on le soumet à une opération qui porte le nom de départ , et qui repose sur le même principe que X affinage, dont nous avons parlé plus haut.

PLATINE

Équivalent : Pt = 1232,08.

Historique.

Le platine n’a été introduit en Europe que vers l’année 1740, par un Anglais nommé W ood ; son nom vient du mot espagnol platinci , qui signifie petit argent (diminutif de plata, argent). Ce métal était connu depuis longtemps en Amérique, mais on n’en faisait aucun usage; ce n’est que depuis le commencement de ce siècle qu’il est employé dans les laboratoires de chimie et dans les arts.

Propriétés.

Le platine forgé est presque aussi blanc que l’argent; il prend un grand éclat par le poli ; il n’a ni saveur, ni odeur; il est très ductile et très malléable; il occupe le cinquième rang parmi les métaux pour la malléabilité, et le troisième pour la ductilité.

Un fil de 2 millimètres de diamètre se rompt sous un poids de 124 kilogrammes.

Le platine est plus mou que l’argent ; mais des traces d’iridium augmentent sa dureté. Il est plus dur que le cuivre et moins dur que le fer. C’est le moins dilatable de tous les métaux. Sa densité varie entre 21,47 et 21,53, selon qu’il a été plus ou moins écroui. La densité du platine fondu ne dépasse pas 21. (M. Marchand.)

Le platine est infusible au feu de forge, mais il fond facilement au chalumeau à gaz hydrogène et oxygène, ou à la chaleur produite par une pile énergique. A la chaleur blanche, il se ramollit, se laisse forger, et peut se souder sur lui-même comme le fer. Cette propriété est très précieuse; elle permet de confectionner des ustensiles de platine. Le platine paraît être volatil lorsqu’on le chauffe à une température très élevée, et produit des étincelles brillantes quand on l’expose à la flamme du chalumeau à gaz hydrogène et oxygène.

Le platine n’est oxydé par l’air, ni à froid, ni à chaud. Il ne décompose pas l’eau et n’est attaqué que par un petit nombre d’acides.

L’acide azotique n’a pas d’action sur le platine pur, mais il le dissout lorsqu’il est allié à une quantité suffisante d’argent ou d’or. Son véritable dissolvant est l’eau régale : 100 parties d’une eau régale formée de 75 parties d’acide chlorhydrique à 15°, et de 25 parties d’acide azotique «4 35°, peuvent dissoudre 13,2 parties de platine.

Les acides sulfurique et chlorhydrique ne dissolvent pas le platine.

Le platine est fortement attaqué par la potasse et la lithine, et plus

PLATINE

difficilement par la sonde. Un mélange de nitre et de potasse l’attaque très rapidement.

Le bisulfate de potasse agit aussi sur le platine.

Plusieurs oxydes, même ceux qui sont irréductibles par la chaleur, attaquent le platine sous l’influence d’une température élevée.

Le platine en mousse s’unit au soufre lorsqu’on le chauffe suffisamment; le platine forgé ne se combine que très difficilement avec le soufre.

Le phosphore et l’arsenic s’unissent aussi au platine en éponge, et forment un phosphure et un arséniure très fusibles.

Lorsqu’on brûle dans un creuset de platine une substance organique contenant du phosphore, comme la matière cérébrale, il se produit, par la réduction de l’acide phosphorique, du phosphure de platine qui est très fusible ; aussi le creuset est- il percé en quelques instants.

Le chlore est absorbé lentement par le platine. L’iode et le brome n’ont pas d’action sur lui.

Un mélange de silice et de charbon attaque ce métal et forme du silidure de platine (M. Boussingault). Les creusets de platine se trouvent rapidement attaqués lorsqu’on les chauffe dans un feu de charbon, caries cendres contiennent toujours de la silice. Il est indispensable pour conserver un creuset de platine de l’introduire dans un creuset de Hesse quand on le chauffe au charbon.

Le platine s’allie avec presque tous les métaux à une température plus ou moins élevée; lorsqu’il est très divisé, il peut s’unir au mercure.

Le platine métallique se présente sous différents aspects.

Lorsqu’il provient de la calcination du chlorure de platine ammoniacal, il est spongieux, terne, d’un gris cendré : on le nomme alors platine en éponge ou en mousse; l’éponge de platine prend de l’éclat par le frottement.

Lorsque le platine se précipite d’une de ses dissolutions, il se présente quelquefois sous la forme d’une poudre noire que l’on nomme noir de platine .

On peut préparer le noir de platine par différentes méthodes ; celle que l’on suit ordinairement consiste à dissoudre du protochlorure de platine dans une dissolution concentrée de potasse, et à verser peu à peu de l’alcool dans la liqueur chaude, qu’on remue continuellement jusqu’à ce qu’il ne se fasse plus d’effervescence; il se dégage de l’acide carbonique, et le platine se précipite sous la forme d’une poussière noire que l’on purifie en la faisant bouillir successivement avec de l’alcool, de l’acide chlorhydrique, de la potasse, et, en dernier lieu, avec de l’eau. (M. Liebig.)

On obtient aussi du noir de platine en faisant digérer avec du zinc métallique un mélange d’acide sulfurique concentré et de chloroplatinatc «le potassium ou d’ammoniaque. Le chlorure double est décomposé; le

PLATINE

platine réduit est lavé avec de l’acide chlorhydrique, puis avec de l’eau pure. (M. Bœttger.)

L’éponge et le noir de platine peuvent, comme le charbon, condenser les gaz en dégageant de la chaleur, et déterminent, en présence de l’air, l’inflammation des gaz et des vapeurs combustibles.

Le noir de platine peut absorber jusqu’à 7/i5 fois son volume d’hydrogène.

Le platine divisé possède la propriété de déterminer des combinaisons par sa seule présence. Nous rappellerons ici les principales réactions qui s’opèrent sous l’influence du noir ou de la mousse de platine.

L’hydrogène et l’oxygène s’unissent en présence du platine divisé et produisent de l’eau. Le platine en feuilles très minces ou en tils très déliés devient incandescent dans un mélange détonant, et opère la combinaison des deux gaz.

L’acide sulfureux et l’oxygène s’unissent sous l’influence de la mousse de platine légèrement chauffée, et forment de l’acide sulfurique anhydre.

L’alcool absorbe l’oxygène en présence du noir de platine, et se change en acide acétique :

c4H(io2 + o4 = c4h3o3,ho + ‘J ho.

Alcool. Acide acétique.

Sous l'influence du noir de platine, l’esprit de bois se change en acide formique, et cet acide, par une oxydation prolongée, se décompose en acide carbonique et en eau :

Esprit de bois. Acide formique.

L’oxydation de l’alcool et de l’esprit de bois s’opère également en présence de la mousse de platine, pourvu qu’on ajoute un peu de potasse à ces deux liquides.

Quelques gouttes d’acide formique concentré, versées sur du platine en éponge, déterminent aussitôt l’incandescence de ce métal.

Le noir de platine, mêlé à des dissolutions alcalines, jouit de la propriété de transformer rapidement tous les sucres, au contact de l’air, en eau et en acide carbonique. (M. Dœbereiner.)

Sous l’influence du platine divisé, plusieurs substances éprouvent des dédoublements ou une combustion qui ne se manifestent, en l’absence de ce métal, qu’à des températures beaucoup plus élevées.

Le deutoxyde d’azote et l’ammoniaque se changent en acide azotique, sous l’influence de la mousse de platine et d’un excès d’oxygène, et réciproquement les combinaisons de l’azote avec l’oxygène produisent toutes

DËUTOXYDË DË PLATINE. 399

de l’eau et de l'ammoniaque, quand on les décompose par un excès d’hydrogène, en présence du platine divisé. (M. Kuhlmann.)

Berzelius a donné à la force particulière, et d’ailleurs entièrement inconnue, qui produit ces phénomènes, le nom de for'ce catalytique.

Le platine divisé perd peu à peu ses propriétés catalytiques, lorsqu’il reste exposé à l’air libre ou qu’on le fait rougir trop fortement. On lui rend toute son énergie en le faisant bouillir avec de l’acide azotique ou de l’ammoniaque, le lavant et le séchant ensuite.

COMBINAISONS BU PEAÏINE AVEC L'OXYGENË.

Le platine forme deux oxydes qui ont pour formules : PtO — PtO-.

Ces deux acides se combinent avec les acides et avec les bases.

Suivant Edmond Davy, il existerait un oxyde de platine intermédiaire entre le protoxyde et le deutoxyde de platine.

Page 1