‹ Traite de chimie generale elementaireChapitre 130 sur 172 · HUILES ESSENTIELLES. — RÉSINES. — VERNIS · texte numérisé non relu

HUILES ESSENTIELLES. — RÉSINES. — VERNIS

Généralités sur les huiles essentielles. — Modes d'extraction des huiles essentielles, i° par l'expression; 2° par la distillation avec de l'eau.

— Classification des huiles essentielles. = Huiles hydrocarbonées. — Essences de térébenthine, de citron, d'orange, etc. — Combinaisons de ces huiles avec l'acide chlorhydricjue; camphres artificiels. — Camphres. — Camphre des Laurinées. — Camphre de Bornéo. — Essence de cèdre. — Essences d'à mandes a m ères, de cannelle, de camomille. — Essences de girofle et de piment. — Essence de thym.

— Hydrate de thymyle et ses dérivés. — Essence de valériane. — Essence d'anis, de badiane, de fenouil. — Essences sulfurées. — Huile volatile de moutarde, de cochléaria, d'ail, etc. = Résines; généralités; modes d'extraction. — Vernis.

§ 1441 . Parmi les composés si variés que la nature organique nous présente, il en est un grand nombre qui, par l'ensemble de leurs caractères, constituent une des familles les plus intéressantes de la chimie organique. Je veux parler ici des produits qui sont connus sous le nom d'essences ou d'huiles essentielles.

Il v a trente âns à peine, leur histoire était en quelque sorte à faire, on se contentait de les définir, de tracer leurs caractères généraux, mais sans pouvoir établir entre eux le moindre lien; aujourd'hui ces composés forment un groupe nombreux, important, Tun des mieux connus de la chimie organique. L'étude approfondie qui en a été faite à diverses reprises par MM. t)umas, Vbhler, Liebig, Piria, Laurent, etc., a fait avancer rapidement la science sur cette partie fort obscure avant leurs savantes recherches. Si pour ma part j'ai contribué, par des efforts constants, à éclairer quelques points de leur histoire, c'est en prenant pour modèles les travaux de ces hommes éminents.

Les huiles volatiles, véritables produits de sécrétiou, se rencon- • trent en proportions plus ou moins notables dans les différents végétaux ; elles se forment dans des circonstances encore inconnues, mais qu'il sera peut-être possible de déterminer un jour en appliquant à cette étude les ingénieux procédés que la chimie moderne a mis en œuvre, et qui ont permis de résoudre, dans ces derniers temps, des questions fort ardues que les anciennes méthodes n'eussent pas permis d'aborder.

§ 1442. Ces huiles ne sont pas indifféremment répandues dans toutes les parties des végétaux, et les différents organes d'un même végétal peuvent souvent sécréter des huiles de nature fort différente.

Tel est l'oranger, dont les feuilles, les fleurs et les fruits produisent des huiles qui ne se ressemblent en rien.

Elles ne préexistent pas toujours dans les végétaux; ainsi, les amandes amères, les fleurs d'ulmaire, la graine de moutarde noire, etc., ne contiennent pas d'huile volatile toute formée. Le concours de l'eau d'une température convenable et d'un ferment spécial, contenu dans la semence ou dans la fleur, est nécessaire à leur production ; mais ces cas sont assez rares, et les huiles paraissent se former ordinairement pendant l'acte de la végétation.

Lorsque ces huiles sont directement sécrétées par le végétal, on observe que leur production peut singulièrement varier avec les circonstances physiques; on sait, par exemple, qu'une vive lumière, qu'une température suffisamment élevée, exercent une influence favorable; c'est ainsi que les espèces qui végètent dans le Midi donnent une proportion d'huile beaucoup plus forte que celles qui croissent dans un climat tempéré. En outre, on sait qu'aux approches de la maturation de la graine, elles deviennent beaucoup plus abondantes.

Dans les fleurs, l'huile paraît se former constamment à la surface et se volatilise à mesure qu'elle prend naissance; de là l'odeur qu'elles exhalent. Dans la tige, les feuilles et les fruits, elle est ordinairement emprisonnée dans des cellules, ce qui permet de dessécher la plante, sans occasionner de perte d'huile.

§ 1443. Deux procédés peuvent être employés pour l'extraction des huiles volatiles: l'un, qu'on n'applique guère qu'aux zestes dont la partie charnue de certains fruits se trouve enveloppée, con-

siste à soumettre la matière réduite en pulpes à l'action d'une pression plus ou moins forte; le second, qu'on met en pratique poui la majeure partie des essences, consiste à placer la plante dans ui alambic avec de l'eau, et à soumettre ce mélange à une distillation ménagée : l'huile, entraînée par les vapeurs aqueuses, vient aforsse condenser dans un récipient.

L'alambic employé pour cette distillation ressemble entièrement à celui dont on se sert pour la distillation de l'alcool ou de l'eau [fig. 267). On fait d'ordinaire la cucurbite très-évasée dan>

le but d'augmenter la surface de chauffe et de rendre la vaporisation plus rapide. Un trou pratiqué dans la paroi de la partie supérieure du chapiteau, qu'on maintient bouché tant que dure ia distillation, permet d'introduire de nouveau liquide dans la cucurbite sans être obligé de démonter l'alambic.

Si l'on ajoute aux plantes une quantité d'eau trop considérable, on n'obtient pas d'huile, mais seulement une eau distillée possédant l'odeur de l'essence; si pour éviter cet inconvénient on emploie trop peu d'eau, la plante s'attache au fond du vase, se décompose et fournit des huiles empyreumatiques qui, se mêlant à I huile essentielle, en détruisent la suavité.

On peut obvier à cet inconvénient en introduisant les plantes . dans un bain-marie métallique et les faisant traverser par la vapeur ; de cette façon la matière organique ne pouvant atteindre une tem-

pérature supérieure à 100 degrés, ne saurait se décomposer et par suite fournir de produits étrangers.

La distillation à la vapeur est surtout avantageuse pour les plantes dont l'odeur est douce et agréable. Les produits peuvent être employés immédiatement, ce qui ne saurait avoir lieu dans l'autre cas, en raison du goût de feu que les eaux faites avec le plus de soin, mais à feu nu, conservent pendant assez longtemps.

Si l'huile q'u'on veut recueillir est plus légère que l'eau, on fait usage d'un récipient particulier qu'on désigne sous le nom de

récipient florentin. C'est une sorte de flacon conique, large à la partie inférieure, étroit à la partie supérieure (flg.tôS), et muni d'une tubulure latérale, placée immédiatement au-dessus du fond, mais qui ne monte pas aussi haut que son col. L'huile et l'eau se rassemblent dans le récipient, l'huile surnage et gagne ainsi la partie étroite de l'appareil, tandis que l'eau occupe la partie la plus large. Dès que l'huile se trouve au niveau de la branche supérieure du tube recourbé, l'eau s'écoule à mesure qu'elle arrive par le bec de ce tube. De cette façon, l'huile se rassemble constamment dans le récipient, tandis que l'eau s'en échappe par le bec.

Pour les huiles pesantes, il faudrait employer un récipient présentant une disposition inverse, c'est-à-dire plus étroit à ta partie inférieure.

On doit à M. Amblard une légère modification au moyen de laquelle on évite des pertes lorsqu'il s'agit d'huiles légères. Celle-ci consiste à adapter au col du récipient, par 1 intermédiaire d'un, bouchon, un tube droit assez large, terminé à sa partie inférieure en une pointe effilée qui plonge presque jusqu'au fond du vase. C'est dans ce tube qu'arrive au fur et à mesure le produit dé là condensation de la vapeur. L'huile plus légère y demeure tout entière, tandis que l'eau se répand dans toute la capacité du récipient. Dès qu'on a mis fin à l'opération, il suffit de boucher l'extrémité ouverte avec le pouce, puis, après avoir enlevé le tube qui lait ainsi fonction de pipette, de faire écouler l'eau, puis de recevoir l'huile dans un flacon.

II y a de l'intérêt au point de vue du rendement à se servir pour distiller les plantes d'une eau déjà saturée d'huile par une première opération.

Les huiles volatiles présentent, en général, une résistance à passer à la distillation que leur volatilité ne saurait faire . prévoir. Cela tient à ce que souvent elles sont unies à d'autres matières qui détruisent leur tension : tantôt c'est une huile grasse, tantôt une substance cireuse ou résineuse.

§ 1444. De même que les huiles grasses, la plupart des huiles volatiles sont formées de deux principes : l'un, liquide à la température ordinaire, qu'on désigne sous le nom iïéléoptène ; l'autre, solide, généralement fusible à une température peu élevée, qu'on désigne sous le nom de stéamptène. Le camphre, par exemple, est une véritable huile essentielle concrète.

Les unes, et celles-là sont en très-grand nombre, renferment deux éléments seulement, le carbone et l'hydrogène ; et, chose bien digne de remarque, il n'est aucun végétal qui ne renferme de ces huiles bydrocarbonées. Néanmoins la majeure partie des huiles volatiles contiennent, en outre, 'de l'oxygène. Toutes les huiles volatiles pesantes en renferment même ordinairement une proportion assez forte ; ainsi, l'huile de girofle en contient 22 pour • 100 de son poids, et l'huile volatile fournie par la fleur du Gaidthetïa procumbens en renferme jusqu'à 3 1 7 5 pour 100.

Il est quelques huiles qui renferment, en outre, de l'azote et du soufre; mais ces dernières sont en fort petit rfombre.

Dans toutes les huiles volatiles connues, à de rares exceptions (huiles de rue, de menthe, etc.), le carbone est à l'hydrogène dans un rapport plus grand que celui de 1 à 1, rapport qu'on rencontre dans le gaz oléfiant et ses congénères. On s'explique alors facilement pourquoi ces produits brûlent avec une flamme fuligineuse et de couleur rougeâtre; car une proportion notable de carbone, échappant à la combustion, se dépose à l'état de noir de fumée dans l'intérieur de la flamme, et la refroidit assez pour lui ôter son éclat.

Les huiles volatiles oxygénées sont toujours accompagnées d'huiles hydrocarbonées. Les essences de cumin, d'ulmaire, de gaultheria, de piment, de girofle, de camomille, de valériane, etc., nous en offrent des exemples.

Ce carbure d'hydrogène possède le plus souvent la composition de l'huile de térébenthine; il joue probablement un rôle important dans la végétation, et peut-être est-ce là le point de départ de la formation des huiles qui renferment de l'oxygène. La séparation du carbure d'hydrogène de l'huile oxygénée est ordinairement assez facile à opérer, le point d'ébullition de cette dernière étant presque toujours de beaucoup supérieur à celui du premier.

Dans un travail que nous avons publié sur ces matières, M. Gerhardt et moi, nous avons constaté la présence de ce carbure d'hydrogène dans un grand nombre d'huiles oxygénées naturelles, en faisant usage d'hydrate de potasse chauffé à une température capable d'en opérer la fusion; dans cette circonstance, l'huile oxygénée, décomposant l'eau de l'hydrate alcalin, fixe son oxygène pour produire un acide qui possède toujours une relation décomposition fort simple avec elle, tandis que l'huile hydrocarbonée, n'éprouvant aucune altération de la part de cet agent, se sépare et passe à la distillation.

Dans certains cas il existe entre le carbure d'hydrogène et l'huile oxygénée des relations d*une extrême simplicité, qui tendent à faire supposer que la seconde dérive du premier par un simple • phénomène de substitution.

Ainsi, la partie oxygénée de l'essence de cumin a pour formule

tandis que le carbiîre d'hydrogène qui raccompagne est représenté par la formule

Ce dernier prend-il d'abord naissance dans la graine pour fournir ensuite, par un phénomène de substitution, l'huile oxygénée, ou bien ces deux produits se forment-ils simultanément? C'est ce qu'on ne saurait décider aujourd'hui. Dans le but de résoudre cette question, nous avons fait agir sur le cymène CJ0HU, M. Gerhardt et moi, divers agents d'oxydation, tels que l'acide azotique faible, l'acide chromique, le peroxyde de plomb, un mélange d'acidasulfurique et de peroxyde de manganèse. Dans ces diverses circonstances l'huile s'oxyde, forme des produits cristallisés, doués de propriétés acides, mais ne donne pas de cuminol {principe oxygéné de l'essence fie cumin).

§ Ces huiles si diverses peuvent pour la plupart se ramener à un petit nombre de types bien définis, ainsi que l'a proposé M. Dumas, et l'on peut, dans l'état actuel de nos connaissances sur ces produits, établir, en ce qui les concerne, une classification fort simple, entièrement basée sur l'observation des faits.

Je diviserai donc ces composés en quatre genres, ainsi qu'il suit :

i°. Genre hydrocarbure

3°. Genre aldéhyde

' Essence de térébenthine. .

n lit tlttl

CWH ,

C,bH'2,

C'Ml8,

1 Cvmène

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