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HYDRATE DE PHÉNYLE OU PHÉNOL

somme dans les arts, soit pour les besoins de l'éclairage, soit pour détacher les étoffes.

On obtient cet hydrate de phényle parfaitement pur en soumettant à la distillation un mélange d'acide salicylique et de chaux vive avec la précaution d'employer l'acide en excès. En effet on a

CuH«0*+*taO=2(CO', CaO)4-C,5H«02.

Acide Hydrate saHcyliqne. de phényle.

§ 1482. A l'état de pureté, l'hydrate de phényle est solide, incolore, cristallisé en longues aiguilles. Il fond vers 35 degrés et bout entre 187 et 188 degrés; sa densité est de 1 ,o65 à 18 degrés. Il est peu soloble dans l'eau; l'alcool, l'éther et l'acide acétique concentré le dissolvent en toute proportion. Le chlore et le brome l'attaquent énergiquement en donnant naissance à de nombreux produits dérivés par substitution. L'iode s'y dissout sans réagir.

Le potassium l'attaque vivement à l'aide de la chaleur, il se dégage de l'hydrogène et l'on obtient un résidu de phénate de potasse cristallisé en aiguilles.

On peut distiller l'hydrate de phényle sur un excès de potasse ou de baryte caustique sans qu'il éprouve la moindre altération.

Il absorbe l'ammoniaque gazeuse et donne un produit qui, chauffé en vases clos, se convertit en eau et aniline, § 4393.

L'acide nitrique fumant attaque l'hydrate de phényle avec une violence extrême; suivant les proportions de matière employée, on obtient des produits renfermant des quantités plus ou moins considérables de vapeurs nitreuses substituées à des quantités équivalentes d'hydrogène.

Ajoute-t-on l'acide par petites portions et refroidit-on le mélange en laissant l'hydrate de phényle en excès, on obtient un composé cristallisable qui se présente sous la forme de prismes incolores

et dont la composition est représentée par la formule

C"Hs(ÀzO*)Oa.

Une plus forte proportion d'acide azotique détermine la formation d'un second produit isomorphe avec le précédent,

C,2H*(AzO')302.

r>34 H Y MUTE DE PHÉNYLE OU PHÉNOL. Enfin un excès d'acide azotique donne un dernier produit,

C'2H3(Az04)302,

connu depuis longtemps sous le nom d'acide picrique.

Ce composé, désigné primitivement sous le nom $ amer de W citer, du nom du chimiste à qui l'on en doit la découverte, fut étudié plus tard par M. Chevreul qui, pour expliquer les propriétés explosives de l'acide libre et de ses sels", admit dans ces composés l'existence d'un oxacide de l'azote. Il suffira pour s'en convaincre de rapporter les lignes suivantes extraites de son travail. « Les faits qui suivent et ceux que je me propose d'étudier feront voir qu'il est plus naturel de regarder Y amer comme une combinaison d acide azotique que comme une substance immédiatement formée d'oxygène, de carbone, d'hydrogène et d'azote à la manière de l'albumine. »

Cette hypothèse, qu'il confirma par l'observation d'un dégagement de vapeurs nitreuses, lorsqu'on fait détoner l'acide libre dans des boules de verre, permettait en effet d'expliquer les propriétés explosives de l'acide picrique et des picrates, ces produits renfermant tout à la fois des corps très-combustibles, hydrogène et carbone, ainsi qu'un corps très-comburant, l'oxygène. Le mode de production de cette substance au moyen de l'action réciproque de l'acide azotique et de l'hydrate de phényle, observé par M. Laurent, a jeté le jour le plus vif sur sa véritable constitution. En effet, on a

C 2 H« O2 -h 3 ( Az 0\ HO ) = 6 HO -f- C» 2 H3 ( Az O4 f O2 .

Hydrate Acido picrique

de phényle.

Les chlorures organiques, tels que ceux de benzoïle, de cumyle. d'acétvle, de butvrvle, etc., réagissent sur cette substance comme sur l'alcool ; i équivalent d'hydrogène s'élimine à l'état d'acide chlorhydrique, et l'on obtient des produits parfaitement, neutres qui correspondent de la manière la plus parfaite aux éthers composés.

Le perchlorure et le perbromure de phosphore donnent, par leur contact avec ce produit, du phosphate de phényle et des composés qui ne diffèrent du phénol qu'en ce que HO3 se trouve remplacé par î équivalent de chlore ou de brome.

TOLUÈNE. 535

La composition de l'hydrate de phényle est exprimée par la formule

C"H«0J=4vol.vap.

§ 1483. Le phénol est un corps limite qui forme le point de départ d'une série fort intéressante, dont on ne connaît encore que deux termes homologues : le crésol (hydrate de crésyle) et le thymoïlol. v

Ces corps, qu'on ne saurait considérer comme des acides, ni comme des alcools, occupent une position intermédiaire entre ces deux groupes de composés, participant à la fois des propriétés des unes et des autres.

Les phénols sont des êtres à part représentant des fonctions spéciales et distinctes des acides, des alcools et des aldéhydes, qui se conservent intactes dans la plupart de leurs dérivés.

TOLUÈNE. Èq. = i i5o ou 99..

$ 1484. Ce composé, qu'on trouve parmi les produits huileux provenant du traitement des résines pour l'éclairage au gaz, se rencontre dans les huiles légères du goudron de houille; j'en ai constaté l'existence dans la liqueur huileuse qui se sépare de l'esprit-de-bois brut par l'addition de l'eau. Enfin l'acide toluique, distillé en présence d'un excès de baryte caustique, se dédouble à la manière de l'acide benzoïque en acide carbonique et toluène, ainsi que l'exprime l'équation. suivante :

C,BHB O* 4- a BaO - a ( CO2 Ba 0 ) -h C14 H\

Ac. lolttlque. Toluen».

Le toluène est une huile incolore, très-fluide, insoluble dans l'eau, plus soluble clans l'alcool et plus encore dans l'éther. Son odeur ressemble à celle de la benzine. 11 bout à 110 degrés.

Le chlore et le brome l'attaquent vivement en produisant différents corps dérivés par substitution.

L'acide nitrique fumant lui enlève successivement 1, puis % équivalents d'hydrogène auxquels se substituent 1 ou % équivalents <U- vapeur nitreuse. Le premier produit, qui est liquide et bout à 4jmC) degrés, possède une forte odeur d'amandes amères : on

536 TOLUÈNE.

le désigne sous le nom de nitrotnluène ; le second, qui forme de belles aiguilles d'un blanc jaunâtre, porte le nom de binitrotoluènc. Ces produits, dont la composition est représentée par les formules

Nitrotoluène CH^AzO4),

Binitrotoluène C'H^AzO*)2,

sont promptement réduits par une dissolution de sulfhydrate d'ammoniaque, en donnant naissance à la toluidine et à la nitrotoluifiine, composés homologues de l'aniline et< de la nitraniline.

L'acide sulfurique fumant dissout rapidement le toluène en donnant naissance à un acide copulé, l'acide sulfotoluéniquc, homologue de l'acide sulfobenzidique et dont la composition est exprimée par la formule

Il se forme en même temps du sidfotoluide, corps homologue du sulfobenzide.

Le toluène monochloré

CUH7C1,

liquide limpide, qui bout à 175 degrés, étant traité par une dissolution alcoolique de potasse, reproduit l'alcool benzoïque. Ce même produit, par son contact avec le cyanure de potassium, se convertit en cyanure de toluène,

C,fiH7Az = CuH7, C'Az. • .

En faisant bouillir ce dernier avec de la potasse caustique, on le convertit, à la manière des éthers cyanhydriques, en ammoniaque et en acide toluique en vertu de l'équation suivante :

C,6H7Az-+-KO-h3HO = AzH3+C,eJH70\ KO.

Le toluène monochloré présente, d'après M. Cannizzaro, à qui l'on doit la découverte de tous ces faits intéressants, l'identité la plus parfaite avec le chlorure de benzéthyle, c'est-à-dire avec î'éther chlorhydrique de la série benzoïque.

De mon côté, je me suis assuré que le toluène bichloré se confond par ses propriétés avec le chlorobenzol et peut, par suite, reproduire de l'huile d'amandes amères par la distillation avec de

HYDRATE DE CRÉSYLE. 53;

l'oxyde rouge de mercure. Au moyen du toluène, on peut donc facilement obtenir l'alcool et l'aldéhyde benzoïque.

Ce même chlorobenzol, traité par l'acide acétique cristaîlisable et l'acétate d'argent en vases clos, donne naissance, ainsi que nous l'avons constaté § 1294, à de l'acétate de benzoglycol.

La composition du toluène est exprimée par la formule

CUH8 = 4 vol. vap.

HYDRATE DE CRÉSYLE. Éq.= i35o ou 108.

§ 1485. Au to)uène vient se rattacher une combinaison oxygénée, homologue de l'hydrate de phényle, qu'on rencontre également dans lé9 produits de la distillation du goudron de houille. Ce composé, dont M. Duclos a pareillement signalé l'existence dans le goudron de bois, se présente à l'état de pureté sous la forme d'un liquide incolore, bouillant à ao3 degrés.

Soumis à l'action du perchlorure de phosphore, l'hydrate de crésyle se change en chlorure de crésyle, et formation d'un produit peu volatil qui ressemble beaucoup au phosphate de phényle.

Le potassium et le sodium en dégagent de l'hydrogène à une douce chaleur, en formant des combinaisons cristallisées et déliquescentes, qui correspondent aux phénates de potasse et de soude.

L'acide sulfurique concentré dissout l'hydrate de crésyle en se colorant en rouge, il se forme un acide copulé, l'acide suif ocré sylique, dont la composition est représentée par la formule

2SO3, CuH70, HO. r

L'acide nitrique donne, par son contact avec l'hydrate de crésyle, trois produits qui correspondent à ceux que forme l'hydrate de phényle, et dont on peut représenter la composition par les formules

C"H^AzO') Q\

Ac. raononitrocrésylique.

CuHfi(AzO,)202,

Ac. dlnitrocré»yliqu«.

.C,4Hs(Az04)30J.

Ac trinitroi r^yllqiifv

Î38 XYLÈNE.

Les deux premiers sont liquides, le dernier se sépare de ses dissolutions alcooliques sous la forme d'aiguilles jaunes.

La composition de l'hydrate de crésyle est représentée par la formule

C"H*02 = 4 vol. vap.

XYLÈNE. Éq.= i3*5 ou to6.

§ 1486. J'ai trouvé dans l'huile brute qui accompagne l'espritde-bois du commerce, divers carbures d'hydrogène au nombre desquels ligure un homologue du précédent, que je désigne sous le nom de xylène.

Ce produit bout à ia8 degrés, présente une odeur aromatique analogue à celle du toluène, et par son contact avec les réactifs donne naissance à des produits qui correspondent à ceux que forme ce carbure d'hydrogène.

Le chlore et le brome donnent par leur contact avec le xylène différents produits dérivés par substitution. L'acide nntrique fumant produit par sa réaction sur le xylène deux composés : l'un, liquide, bouillant vers ^38 degrés, que je désigne sous le nom de nitmxylène, et qui est l'homologue du nitrotoluène et du nitrobenzène; l'autre, qui est solide et cristallise en belles lames ou en prismes jaunâtres, qui est l'homologue des binitrotoluène et des binitrobenzène. Ces deux corps étant réduits par le sulfhydrate d'ammoniaque donnent naissance, le premier à une base liquide, de couleur ambrée, douée d'une odeur aromatique, formant des sels cristallisables, bouillant vers 220 degrés, et que je désignerai sons le nom de xylidine; l'autre, à une base solide et cristallisable en aiguilles jaunes, que je désignerai sous le nom de nitroxyiidinc.

La composition de ces bases esl exprimée par les formules

C,ttH1,Az

et

C,6H"(AzCV)Az.

L'acide sulfurique forme avec le xylène un acide copulé, dont la composition est exprimée par la formule .

CUMENE. 539 La composition du xylène est elle-même exprimée par la formule

G,6H,0=4vol.vap.

§ 4487. Lorsqu'on distille l'acide phlorétique en présence d'une base alcaline, on obtient une huile pesante, soluble dans la potasse, dont les propriétés sont analogues à celles de l'hydrate de phényle, et qu'on peut considérer comme l'homologue de ce dernier.

La composition de ce produit, qui se rattache au xylène de la même manière que l'hydi-ate de phényle au benzène, peut être exprimée par la formule

Cl6H,<,0,= 4 vol. vap.

CUMÈNE. Eq. = i5oo ou 120.

§ 4488. Ce carbure d'hydrogène, qu'on rencontre dans l'huile du goudron de houille et dans l'huile brute extraite de l'espritde-bois du commerce, s'obtient à l'état de pureté lorsqu'on soumet à la distillation de l'acide cuminique avec un excès de bary te caustique.

Cette réaction s'explique au moyen de l'équation

C20H,J04+2BaO = 2(C05, BaOKCH".

\c. cuminlqoe. Cumène.

Le cumène est un liquide incolore, plus léger que l'eau, d'une odeur suave, bouillant à i5i degrés, La densité de sa vapeur est égale à 3,96.

Le chlore, le brome et l'acide sulfurique fumant se comportent avec ce corps comme avec les hydrogènes carbonés précédents.

X'acide nitrique fumant donne, suivant que son action est plus ou moins prolongée, du nitrocumène ou du binitrocumène , dont la composition est représentée par les formules

CuHn (AzO4), nitrocumène, C,8H,0(Az04)3, binitrocumène.

Ces composés sont facilement réduits par le sulfhydrate d'ammoniaque avec formation de cunùdine ou de nitroeumiditw. \j3l composition du cumène est exprimée par la formule

C,sH,2^4vol. vap.

MÉS1TYLÈNE.

MÉSITYLÈNE. Éq. ~ i5oo ou 120.

§1489. Lorsqu'on distille un mélange d'acétone et d'acide sulfurique de Nordhausen ou d'acide phosphorique anhydre, on. obtient un carbure d'hydrogène qui, purifié par une nouvelle distillation sur de l'acide phosphorique et finalement par une rectification sur du sodium, se présente sous la forme d'un liquide incolore, doué d une odeur aromatique, bouillant vers 164 degrés et dont la composition est exprimée par la formule

C,,H,, = 4 vol. vap.

Ce corps, qu'on ne saurait confondre avec le cumène, dont il diffère entièrement par les propriétés, en présente non-seulement la composition, mais encore le groupement mécanique.

L'action ultime du chlore, du brome et de l'iode sur cette substance donne les produits

cura3,

C,8HaBr\ C,8H9I\

qui n'en diffèrent qu'en ce que 3 équivalents d'hydrogène s'y trouvent remplacés par 3 équivalents de chlore, de brome ou d'iode.

L'acide azotique, suivant qu'on l'emploie en proportions plus ou moins considérables ou qu'on prolonge davantage son action, donne également naissance à trois dérivés distincts qui sont représentés par les formules

C'rHAzO4),.

C,8Hl0(AzO4)2, C,8H9 (Az(V)3.

La réduction des deux premiers composés par le suHhydrate d'ammoniaque donne naissance à deux alcaloïdes, la mésidine et la nitromésidine, isomères de la cumidine et de la nitrocumidine.

Le mésitylène et le cumène possèdent donc .non-seulement la même composition centésimale, mais encore le même groupement mécanique, et cependant ces deux corps diffèrent entièrement l'on de l'autre par l'ensemble de leurs propriétés. Or on peut s'expli-

CYMÈNE. 54i

qucr, je crois, facilement la différence que présentent ces deux • corps, en représentant de la manière suivante la constitution du mésitylène :

Le mésitylène pourrait alors être considéré comme dérivant d'un carbure d'hydrogène

• C,2H*=4vol.vap.,

dans lequel 3 équivalents d'hydrogène seraient remplacés par 3 équivalents de méthyle.

CYMÈNE. Éq. = 1675 ou 1 34-

§ 4490. Cette substance, qu'on rencontre dans l'essence de cumin à l'état de mélange avec l'hydrure de cumyle, se produit par l'action de l'acide phosphorique anhydre sur le camphre.

C'est un liquide incolore, doué d'une odeur citronée très-suave, dont la densité, sous forme liquide, est de 0,861 à 14 degrés. 11 bout à 175 degrés; la densité de sa vapeur est égale à 4*70.

L'acide sulfurique fumant le dissout en produisant un acide copulé. L'acide azotique étendu le transforme en acide toluique. Le même acide fumant donne naissance à du cymène nitré. Ce dernier paraît être réduit par le sulfhydrate d'ammoniaque avec formation d'un alcaloïde homologue de l'aniline.

§ 1491. Les cinq carbures d'hydrogène dont nous venons d'esquisser rapidement l'histoire peuvent être considérés comme des hydrures analogues au gaz des marais, susceptibles d'échanger 1 équivalent d'hydrogène contre 1 équivalent de chlore, donnant ainsi naissance à des produits qui présentent l'analogie la plus manifeste avec l'éther chlorhydrique, et susceptibles comme ce dernier de donner naissance à de véritables alcools en réagissant sur la potasse caustique; ces cinq carbures d'hydrogène, qui constituent une série homologue, dont chaque terme ne diffère du précédent que par

présentent des relations tout aussi curieuses et tout aussi nettes que celles qu'on observe dans la série du gaz oléfiant.

54a CINNAMÈNE.

SIXIÈME GROUPE

Composés de la forme : C2"'!!2'"-8.

CINNAMÈNE. Éq. = i3oo ou 104.

§ 1492. Ce composé, qu'on obtient par la distillation de l'acide cinnamique, en présence d'un excès de baryte caustique, paraît également se former lorsqu'on fait passer des vapeurs de camphre ou d'essence de cannelle a travers un tube de porcelaine chauffé au rouge clair.

A l'état de pureté, c'est un liquide incolore, doué d'une odeur aromatique analogue à celle de la benzine. Il bout à 140 degrés et ne se solidifie pas dans pn mélange de glace et de sel. Insoluble dans l'eau, le cinnamène se dissout facilement dans l'alcool, l'éther, les huiles grasses et volatiles.

L'acide sulfurique fumant le dissout en produisant un acide copulé.

L'acide nitrique fumant le dissout avec dégagement de vapeurs rutilantes en produisant des cristaux de nitrocinnamène, accompagnés d'une petite quantité d'une résine jaune. Si l'on fait bouillir le cinnamène avec un excès d'acide azotique dilué, ce carbure d'hydrogène se convertit en un mélange d'acide benzoïque et d'acide nitrobenzoïque. Le cinnamène paraît également se transformer en acide benzoïque, lorsqu'on le distille avec une dissolution d'acide chromique.

La composition du cinnamène est exprimée par la formule

C,4H8=4vol.vap.

§ 1493. On rencontre dans le styrax liquide une huile volatile qui présente la composition et la plupart des propriétés du cinnamène, mais qui s'en distingue en ce qu'elle peut se solidifier entièrement par la chaleur en produisant un autre isomère. Ce composé, qu'on désigne sous le nom de styrol, est une huile incolore, douée d'une odeur aromatique très-persistante, qui se confond avec celle du cinnamène. Il bout à i45 degrés; sa densité est de 0,924. L'alcool et l'éther le dissolvent en toute proportion ; l'acide nitrique ne l'attaque qu'avec une grande lenteur et finit par le transformer en un mélange d'acide benzoïque et d'acide nitrobenzoïque. L'acide chromique le convertit également à l'aide de la chaleur en acide^benzoïque. L'acide nitrique fumant change

NAPHTALÈNE. 543

le styrol en un produit cristallisé, qui n'est autre que le nitrocinnamène.

Le chlore et le brome donnent, par leur action sur le styrol, des produits de substitution qui sont entièrement identiques à ceux que fournit le cinnamène.

Jusque-là le cinnamène et le styrol ne paraissent former qu'une seule et même substance; mais ce qui les différencie très-nettement l'un de l'autre, c'est que si l'on vient à chauffer ce produit à 200 degrés, celui-ci se convertit complètement en une masse solide incolore, possédant exactement la même composition que le styrol, et que l'on désigne sous le nom de métastymL

La conversion du styrol limpide en métastyrol solide se produit aussi bien en vase clos que lorsqu'on opère au contact de l'air.

SEPTIÈME GROUPE

Composés de la forme : C^H2"1".

NAPHTALÈNE. Éq. = 1600 ou 128.

§ 1494. On rencontre dans l'huile brute de goudron de houille une matière solide et cristallisable, à laquelle on donne le nom de naphtaline ou de naphtalène. Cette substance, qui donne naissance à des dérivés très-nombreux, paraît se former toutes les fois qu'on soumet une substance organique à faction d'une température rouge.

Ce corps fond à 79 degrés et bout à 220. Il distille sans altération et brûle avec une flamme très-fuligineuse. Il est insoluble dans l'eau froide et peu soluble dans l'eau bouillante. L'alcool, l'éther, les huiles grasses et volatiles paraissent le dissoudre en assez forte proportion.

Le chlore et le brome attaquent vivement la naphtaline en donnant naissance à de nombreux dérivés par substitution. Avec le chlore, on obtient comme dernier terme un chlorure de carbone représenté par la formule

CMCl8.

La potasse et la soude n'exercent aucune action sur la naphtaline ni à froid ni à chaud.

544 ST1LBÈNE.

L'acide sulfurique concentré dissout, à l'aide d'une douce chaleur, d'assez grandes quantités de naphtaline en donnant naissance à des acides conjugués.

L'acide azotique attaque lentement la naphtaline à froid , rapidement à chaud, et donne naissance à des produits qui ne diffèrent de cette substance que par la substitution de i, de a ou de 3 équivalents de vapeur nitreuse à un nombre égal d'équivalents d'hydrogène. Par une ébullition prolongée avec de l'acide nitrique, la naphtaline se convertit en un mélange d'acides oxalique et phtalique, ainsi que l'exprime l'équation suivante :

C20 W -h 0,e = C16 Hfl08 -h C4 HJ0*.

Naphtaline. Acide Acide

pbtaliqae oxalique.

La ni tronaphtaline étant traitée par le sulfhydrate d'ammoniaque est promptement réduite et transformée en un alcaloïde, qu'on désigne sous le nom de naphtalidine.

U composition de la naphtaline est exprimée par la formule

C*H8^4 vol. vap.

§ 1495. On rencontre dans les produits de la distillation du goudron de houille et de résines, des produits désignés sous les noms de paranaphtaline et de métanaphtuline, qui sont polymères de la naphtaline. L'étude de ces produits n'ayant en quelque sorte été qu'effleurée, nous nous contenterons de les mentionner. II en est de même des hydrocarbures solides et cristallisables qui accompagnent le benzone dans la distillation du benzoate de chaux.

HUITIÈME GROUPE

Composés de la forme : c2wH2/w ,fl.

STILBENE. Éq. = 2*5o ou 180.

§ U96. Lorsqu'on soumet à la distillation les produits bruts qui proviennent de l'action du sulfhydrate d'ammoniaque sur une dissolution alcoolique d'essence d'amandes amères, on obtient divers composés définis, au nombre desquels figure le stilbène.

Pour obtenir ce dernier, on fait bouillir avec de l'alcool les premiers produits condensés; le stilbène se dissout seul et se dépose

par le refroidissement de la liqueur filtrée, sous la forme de lames rhomboïdales, qu'on achève de purifier par une nouvelle cristallisation dans l'éther. Il se forme également en petite quantité dans la distillation d'un mélange d'acide cinnamique et de chaux.

Le stilbène se présente sous la forme de tables rhomboïdales inodores et incolores, qui possèdent l'éclat nacré de la stilbite.

Peu soluble dans l'alcool froid, il se dissout en forte proportion dans l'alcool bouillant. Il fond un peu au-dessus de 100 degrés, bout vers 292 degrés, et distille sans altération. La densité de sa vapeur a été trouvée, par expérience, égale à 8,4.

Le chlore, le brome et l'acide azotique concentré fournissent, par leur contact avec ce carbure, divers produits de substitution.

La composition du stilbène est représentée par la formule

C"Hia=4 vol. vap.

§ 1497. Je vous ai fait voir qu'en soumettant à Faction de la chaleur en vase clos des mélanges d'éther iodhydrique et de zinc en poudre, § 1120, M. Franckland s'était procuré des carbures d'hydrogène, qu'il avait considérés tout d'abord comme les radicaux des combinaisons alcooliques. C'est ainsi que, dans l'action réciproque du zinc et de l'éther iodhydrique ordinaire, il obtint le composé

C8H,0=:4vol. vap.

qu'il regarda comme étant le radical des différents éthers.

En faisant pareillement réagir le zinc sur l'iodure de raéthyle, il obtint le composé

C*H6=4vol.vap.,

qu'il considéra comme le méthyle.

S'il en était ainsi, en faisant agir le chlore sur ces carbures d'hydrogène, on devait obtenir immédiatement les chlorures de méthyle et d'éthyle. Or l'expérience démontre qu'il n'en est rien et qu'il se produit uniquement des dérivés par substitution, analogues à ceux qui se forment toutes les fois qu'on met le chlore en présence d'un carbure d'hydrogène.

Or, si l'on compare le méthyle

C4Hf=4voK vap.

au gaz des marais

C'H4=4 vol. vap., on voit qu'en considérant ce dernier comme un hydrnre de la forme

on peut donner naissance au produit précédent en substituant à la molécule d'hydrogène la molécule du corps

Au moment où ie méthyle sort de sa combinaison avec l'iode, il se combinerait à lui-même pour former uu composé du même ordre qui ne serait autre chose que du méthylure de méthyle, analogue au chlorure, à l'iodure, etc., et dont la composition devrait s'exprimer de la manière suivante :

Gaz des marais

r-bure c,Hc'£r

Si, par suite, dans le gaz des marais on substitue à la molécule d'hydrogène i molécule des carbures d'hydrogène

C*HS, C«H\ C"H'\

on devra nécessairement obtenir une série de produits qui lui correspondront, et qui seront tous représentés par 4 volumes de vapeur, ce que l'expérience démontre pleinement. Il résulterait de là qu'au moment où les radicaux alcooliques deviennent* libres, ils se combinent en quelque sorte à eux-mêmes pour former des groupements particuliers.

Si le méthyle n'est, en effet, autre chose que du gaz des marais, dans lequel i molécule d'hydrogène est remplacée par i molécule du carbure d'hydrogène

on comprend qu'on pourra remplacer cette molécule par tout autre groupement binaire. C'est, en effet, ce qu'a réalisé M. Wurtz, en introduisant dans des tubes clos des mélanges de sodium et d'iodures de butyle et d'éthyle, d'iodures d'éthyle et d'amyle, ou bien encore d'iodures de méthyle et d'amyle.

En opérant de la sorte, il a pu se procurer des carbures d'hydrogène mixtes, qui présentent les isoméries les plus curieuses avec d'autres carbures d'hydrogène, qu'on peut considérer comme de véritables hydrures homologues du gaz des marais, ainsi qu'on peut s'en convaincre à l'inspection du tableau suivant :

Acétène C4 He = J C* jj&

r, H3 } = 4vol. vap., Méthyle OH*=jc'H»

Hydrure de butyle C8 H'° = } jj )

= 4 vol. vap.,

Hydrure de caproïle.... C,aH,4 = \ ^'jj" )

' r, H7 / - 4 vol. vap., .

Propyle CI5H14= j ^e jj7 \ '

Hydrure de capryle. . . . C»H* = j |

C"H"i =4 vol. vap Amyle C"H" = ( C"H" )

Les prétendus radicaux obtenus par M. Franckland, au moyen de Faction réciproque des éthers iodhydriques et de zinc, et que M. Wurtz s'est procurés depuis plus commodément par l'action du sodium sur ces mêmes éthers, paraissent également se former, d'après les observations curieuses de M. Kolbe, dans Télectrolyse des acides du groupe formique; en effet, en considérant avec lui ces corps comme constitués de la manière suivante:

Acide formique C'O3, H, HO,

Acide acétique C20\ C* H5, HO,

Acide propionique C'O3, C4 H*, HO,

Acide butyrique C'0\ C* H7, HO,

Acide valérique C'O3, H* H*, HO,

Acide caproïque C20\ C'*HM, HO,

548 ÀLLYLE.

oo conçoit que par l'action de la pile sur les sels de potasse, formés par ces différents acides, on doive obtenir dans le premier cas de l'hydrogène, dans le deuxième du méthyle, dans le troisième de 1 eth vie, et ainsi de suite. Àu moyen de l'électrolyse de ces différents acides, on est, en effet, parvenu à produire plusieurs de ces composés doués de propriétés entièrement identiques à ceux qu'on obtient par la méthode de M. Franckland.

§ 1498. Nous rattacherons aux produits précédente le carbure d'hydrogène obtenu par l'action du zinc ou des métaux alcalins sur le propylène iodé, composé que nous désignerons sous le nom dW///e, parce qu'il présente à l'égard des composés a/Mù/ues des relations analogues à celles qu'on observe entre Téthyle et les combinaisons alcooliques, le méthyle et les divers dérivés de

ALLYLE. Éq. = 900 ou 82.

j 1 <499. Ce composé s'obtient par l'action du sodium sur Tiodure d'allyle. Cest un liquide très-volatil, dont l'odeur éthérée et piquante rappelle celle du raifort. Sa densité esl de 0,684 à 1 4 degrés. 11 bout à 5g degrés. La densité de sa vapeur a été trouvée par expérience égale à 2,92. Il brûle avec une flamme très-éclairante.

L'acide sulfurique concentré le dissout en développant de la chaleur; si l'on opère avec précaution en plongeant le vase où s'opère le mélange dans de l'eau froide, celui-ci se colore à peine; néanmoins, au bout de quelques heures, une partie du carbure modifié se sépare et vient nager à la surface. Le gaz chlorhydrique n'est pas sensiblement absorbé par l'allyle. L'acide nitrique fumant le change en un liquide neutre, pesant, soluble dans l'éther.

Le brome et l'iode s'unissent directement à l'allyle.

Le premier produit, purifié par des lavages avec une liqueur alcaline, l'expression dans du papier buvard et des cristallisations dans l'alcool, se présente sous la forme d'une masse solide, fusible a 37 degrés et susceptible de distiller sans éprouver d'altération. Le sodium le décompose et régénère l'allyle doué de toutes ses propriétés.

Le second s'obtient en dissolvant de l'iode dans l'allyle et

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