PRINCIPES IMMÉDIATS AZOTÉS DE L'URINE
§ 1563. L'urine des divers animaux contient différents principes cristal lisables et bien définis que nous allons successivement passer en revue. La plupart de ces curieux composés peuvent s'obtenir artificiellement, à laide de procédés très-simples doués d'une identité complète avec ceux qui se sont formés sous l'influence de la force vitale.
Tandis que les matières organiques ternaires se brûlent dans l'économie vivante pour donner finalement naissance à de l'acide carbonique et à de la vapeur d eau, les matières a/notées éprouvent une décomposition telle, que l'azote se retrouve presque en entier dans l'urée et l'acide urique qui font partie de l'urine de tous les carnivores.
Chez les animaux à sang chaud l'urée prédomine; chez les animaux à sang froid on ne retrouve presque que de l'acide urique.
Nous ne reviendrons pas ici sur l'urée dont je vous ai décrit les caractères physiques et les propriétés fondamentales, 'dans le chapitre soixante-troisième; mais nous entrerons dans quelques détails sur deux autres produits qui sont remarquables en raison des métamorphoses qu'on peut leur faire éprouver. Ces deux composés sont Yacide hippurique et Yacide urique.
. ACIDE' HIPPURIQUE.
ACIDE HIPPURIQUE.
§ 1564. Cet acide, signalé successivement par Rouelle, Fourcroy et Vauquelin dans l'urine des herbivores, fut étudié d'une manière approfondie par M. Liebig, qui en a fait connaître la véritable nature. Ce dernier a reconnu que non-seulement cet acide existe dans l'urine de ces animaux, mais qu'on le rencontre encore dans l'urine humaine, et notamment dans le cas de l'ingestion de substances renfermant de l'acide benzoïque ou ses analogues, ou du moins capables de le fournir.
C'est à l'état de sel de soude ou d'ammoniaque que l'acide hippurique se trouve dans l'urine. Pour l'en extraire, on évapore ce liquide jusqu'au huitième de son volume environ, puis on y verse un léger excès d'acide chlorhydrique ; on voit bientôt se séparer un corps cristallin de couleur jaunâtre, qui constitue l'acide impur. Pour le purifier, on le fait bouillir avec un lait de chaux, on précipite le liquide filtré par un excès de carbonate de potasse ou de soude, on fait bouillir, on filtre et l'on décompose de nouveau par un sel de chaux. On verse enfin dans la liqueur filtrée de l'acide chlorhydrique. Le carbonate de chaux entraîne, en se précipitant, la matière colorante d'une manière tellement complète, que l'acide hippurique s'obtient d'une blancheur parfaite.
La quantité d'acide hippurique contenu dans les urines des différents herbivores présente d'assez grandes variations.
M. Dessaignes a reproduit tout récemment l'acide hippurique en faisant réagir le chlorure de benzoïle sur le glycocolle zincique dans un tube fermé à iao degrés ou par un contact prolongé à la température ordinaire. C'est ce qu'exprime l'équation
\C" H* Cl 0' + C'A* Zh Az 0* - Zn Cl H- C'8 H» AzO6.
Chlorure Gljcocolle xlnclquo. Acide hippurique,
de bemoito.
§ 1565. A l'état de pureté, cet acide cristallise en gros prismes blancs et transparents, terminés par des sommets dièdres. Leur pesanteur spécifique est de i ,3o8. Ils ont une saveur légèrement amère et rougissent fortement le tournesol. Ils exigent 6oo parties d'eau froide pour se dissoudre; l'eau bouillante et l'alcool lesdis-
ACIDE HIPPURIQUE. 629
solvent facilement; l'éther n'en dissout que des traces, ce qui permet de le séparer de l'acide benzoïque.
Lorsqu'on le soumet à l'action de la chaleur, il fond d'abord et se décompose en donnant une substance rougeàtrc, d'apparence résineuse, ainsi qu'un abondant résidu de charbon ; on obtient en outre un sublimé d'acide benzoïque, du benzonitryle et de l'acide cyanhydrique.
Distillé avec trois ou quatre fois son poids de chaux, il donne un résidu de carbonate, et l'on obtient de l'ammoniaque ainsi qu'une huile odoranle, qui paraît être de la benzine.
L'acide chlorhydrique concentré et bouillant dissout de grandes quantités d'acide hippurique. Si l'on maintient l'ébultition pendant quelque temps, ce dernier se dédouble en acide benzoïque et glycocolle, en fixant % équivalents d'eau. C'est ce qu'exprime l'équation suivante :
C,*HttAz06-h*HO:= C'^O'-f-CWAzO4.
Acide Acide Glycocolle.
hippurique. benzoïque.
L'acide sulfurique étendu et bouillant, l'acide azotique, l'acide phosphôrique et l'acide oxalique lui-même produisent le même dédoublement.
Bouilli pendant quelque temps avec une dissolution de potasse ou de soude caustique, l'acide hippurique se convertit pareillement en benzoate et glycocolle.
L'acide hippurique se dédouble également en présence de certains ferments qu'on rencontre notamment dans l'urine, en donnant encore naissance à de l'acide benzoïque.
Un mélange d'acide sulfurique et de peroxyde de manganèse décompose rapidement l'acide hippurique à la température de l'ébullition; de l'acide carbonique se dégage, et la liqueur bouillante laisse déposer par le refroidissement une abondante cristallisation d'acide benzoïque, tandis qu'elle retient en dissolution du sulfate d'ammoniaque et du sulfate de protoxyde de manganèse.
Le peroxyde de plomb décompose l'acide hippurique en dissolution dans l'eau à la température de l'ébullition; de l'acide carbonique se dégage, et l'on obtient de la benzamide.
L'acide azoteux produit par sa réaction sur l'acide hippurique
63o ACIDE URIQUE.
un dégagement d'azote, ainsi qu'un acide de composition ternaire, auquel on donne le nom $ acide benzog/yrolfique. La formation de ce produit s'explique au moyen de l'équation
C" H* AzO* -h AzO3 = C'8 H809-hHO = i Az.
Acide Acide benio-
blppuriqm». rlycollique.
La meilleure méthode dont on puisse faire usage pour la préparation de cet acide, consiste à former une bouillie claire avec de l'acide hippurique en poudre et de l'acide azotique du commerce et à y faire passer un courant de bioxyde d'azote. Lorsque le dégagement de ces gaz n'est pas trop rapide, il est absorbé tout entier, et Ton voit se dégager du sein du mélange de petites bulles d'azote; l'opération exige cinq à six heures pour être complète. On recueille le précipité, on le lave à l'eau froide, on neutralise par un lait de chaux, puis on décompose par l'acide chlorhydrique le benzoglycollate calcaire.
La composition de l'acide hippurique est représentée par la formule
CuH»AzO».
Les hippurates retiennent tous i équivalent d'eau et sont remarquables par leur belle cristallisation.
En faisant agir les chlorures de toluyle, de cumyle, etc., sur le glycocolle argentique, on obtient des homologues de l'acide hippurique.
§ 1566. Cet acide fait partie de la sécrétion urinaired'un grand nombre d'animaux. On le rencontre dans les excréments des oiseaux, dans les urines boueuses des serpents, les excréments des vers à soie, et les calculs urinaires de l'homme.
Chez l'homme, l'acide urique est assez rare ; on observe sa formation en quantité notable sous l'influence d'une nourriture azotée surabondante et par le défaut d'exercice.
L'acide urique s'extrait facilement soit des calculs urinaires, soit des excréments des serpents. On fait bouillir ces matières pulvérisées avec une lessive faible de potasse ou de soude caustique, on filtre la liqueur, puis on y ajoute de l'acide chlorhydrique.. H
ACIDE URIQUE. 63i
se dépose des flocons qui peu à peu se contractent et présentent l'aspect de petites paillettes brillantes.
Ainsi préparé, l'acide urique est anhydre. Lorsqu'on expose la dissolution d'un urate alcalin à une basse température, puis qu'on y ajoute de l'acide chlorhydrique, il se dépose des paillettes blanches qui contiennent 17,5 pour 100 d'eau.
L'acide urique anhydre est représenté par la formule
C"Az4H40«.
. L'acide hydraté est représenté par
C,#Az4H408-4- *HO.
L'eau à i5 degrés n'en dissout que 7-5^5 de son poids et -nV? à la température de l'ébullition.
Lorsqu'on traite l'acide urique par l'acide nitrique , on obtient des produits nombreux dont la nature varie avec la température et le degré de concentration de l'acide minéral , sur lesquels je vous donnerai tout à l'heure quelques détails.
La liqueur provenant de l'action de l'acide nitrique sur l'acide urique,' étant concentrée, jouit de la propriété de développer une couleur rouge- pourpre, lorsqu'on la traite par l'ammoniaque. Ce caractère est mis à profit pour reconnaître des traces d'acide urique.
Soumis à la distillation en vases clos, l'acide urique se décompose; on trouve parmi les produits de cette décomposition de l'urée et de l'acide cyanurique.
Fondu avec de Fhydrate de potasse, il se décompose en donnant du carbonate de potasse, du cyanate de potasse et du cyanure de potassium.
L'acide urique mêlé à une quantité d'eau capable d'en faire une bouillie claire, étant chauffé avec du peroxyde de plomb en poudre fine, de l'acide carbonique se dégage, il se produit de Toxalatede plomb, et la liqueur filtrée retient en dissolution de l'urée et de Xallantaïne. On a
C'° H4 Az4 O6 + 3 H' 0 H- % 0 = a C* 0* 4- Ca0* Az2 H4 -h C4 O3 Az2 H\
Acide urique. Urée. Allaolome.
Les urates de potasse, de soude sont les seuls qui soient 50lubles dans .l'eau.
ti3* ALLANTOÎNE.
Ces sels ont pour formule
C'H'Az'C, Kp et C^H'Az'O, NaO.
§1567. Suivant M. Liebig il existerait dans l'urine du chien un acide différent de l'acide urique, auquel il donne le nom d'acule cyanure niyue. Ce composé forme des aiguilles incolores trèsfines, qui présentent un éclat soyeux et rougissent le tournesol.
Chauffé dans un petit tube, l'acide cyanurénique fond en un liquide brun et donne, par une plus forte chaleur, un sublimé cristallin blanc et soyeux , en ne laissant qu'un résidu de charbon insignifiant.
L'acide cyanurénique se distingue facilement de lacide urique par sa solubilité dans l'acide chlorhydrique et les acides azotique et sulfurique étendus, qui le laissent déposer par le refroidissement sous la forme d'aiguilles raccourcies, douées de beaucoup d'éclat.
§ 1368. On rencontre dans la vessie de l'homme des calculs formés d'une matière à laquelle on a donné le nom dWn/e xanthiijue et qui est représentée par la formule
C"Az4H40\
Celui-ci ne diffère, comme on le voit, de l'acide urique que par a molécules d'oxygène.
• ALLANTOINE.
§ 1569. Cette substance, qu'on rencontre dans l'eau de l'amnios de la vache, et qu'on obtient facilement par l'action réciproque de l'acide urique et du peroxyde de plomb, cristallise en prismes blancs d'un éclat vitreux. Elle est insipide, sans action sur le tournesol ; peu soluble dans l'eau froide, plus soluble dans l'eau bouillante.
Sous l'influence des dissolutions alcalines bouillantes, elle se convertit en acide oxalique et ammoniaque, ce qui s'explique facilement, cette substance pouvant être représentée par i équivalents d'oxalate d'ammoniaque anhydre, moins 3 atomes d'eau.
Chauffée légèrement avec de l'acide azotique ou chlorhydrique, l'atlantoïne se change en urée et acide allant urique : ^
C* H« Az4 0e 4- •> HO = C1 H4 Az'O' + C« H* Az20*.
Alltntoïn*. Ur^e 1«. allnnWrlqur
ALLOXANE. 633
La dissolution aqueuse de cette substance, étant chauffée à i4o degrés dans des tubes scellés à la lampe, se convertit comme précédemment en acide allanturique; seulement l'urée se trouve remplacée par les produits de sa décomposition, ammoniaque et acide carbonique.
L'acide suifurique concentré décompose à chaud l'allantoïne avec formation d'acide carbonique, d'oxyde de carbone et d'ammoniaque. Les éléments de la vapeur aqueuse interviennent dans cette décomposition. On a
C,H6A^06-4-6HO = 4C05+4CO-F4AzH3.
Allan loïne.
Lorsqu'on mêle une dissolution bouillante d'allantoïne avec une dissolution également bouillante d'azotate d'argent et qu'on ajoute de l'ammoniaque goutte à goutte, il se forme un précipité blanc d'allantoate d'argent,
CrPAgAz'OV
La composition de l'allantoïne est représentée par la formule
C8HfiAz'06.
ALLOXANE. - ALLOXANTINE. - ACIDE PARABANIQUE.
§ 4570. Valh.xanc est l'un des produits de l'action de l'acide azotique sur l'acide urique. Pour la préparer, il faut ajouter à i partie d'acide urique 4 parties d'acide azotique de i ,4 à i, 5 de densité, par petites portions à la fois. L'acide urique se dissout avec effervescence; il est important de refroidir le mélange pour éviter une décomposition ultérieure. On voit bientôt se déposer des cristaux blancs dans la liqueur, qui finit par se prendre en masse ; on décante alors et on puriûe le produit par de nombreuses cristallisations dans l'eau bouillante.
Suivant M. Schlieper, il est préférable d'employer un mélange de chlorate de potasse et d'acide chlorhydrique.
La réaction s'exprime au moyen de l'équation
Ct0 H* Az< 06+ a HO -f - * 0 = C W Az' O8 4- C H* Az2 0J.
Acide urique. . * AUoxane. Orée.
Vtdloxane se sépare de ses dissolutions sous la forme de cris-
634 ALLOXANTINE.
taux, qui peuvent acquérir quelquefois un volume très-considérable. Lorsque ce produit se sépare par refroidissement d une dissolution saturée à chaud, on obtient des cristaux très-volumineux, contenant 8 équivalents d'eau de cristallisation, et qui s'effleurissent rapidement à l'air. Les cristaux qui se forment dans une dissolution chaude ne contiennent que a équivalents d'eau et ne s'effleurissent pas. Les premiers sont des prismes à base rectangulaire; les seconds sont des octaèdres rhomboïdaux.
L'alloxane est très-soluble dans leau, rougit les couleurs végétales et colore Tépiderme en pourpre en lui donnant une odeur nauséabonde.
ta composition de l'alloxane est représentée par la formule
tfH'Àz'H'.
§ 1571. L'alloxane se combine avec les bases; mais quand on essaye de la séparer de la combinaison, on obtient un corps acide, qui en diffère par la fixation de a équivalents d'eau; c'est ce qu'exprime l'équation
C8HJAz'0B-f-aHO:= C9H4Az>0'\
Alloxaoe. Acide alloxaolqoe.
Une dissolution chaude d alloxane donne avec de l'eau de baryte un précipité iïalhxanate de cette base. Fait-on bouillir ce dernier pendant quelque temps au milieu de la liqueur, il se scinde en urée et en mésoxalate de bary te ; c'est ce qu'exprime l'équation
C* Ha Az* O9 -!- a Ba 0 -h 4 HO = C2 H4 Aza Oa -f- C8 0" a Ba 0.
Alloxaoe. Urée. Mésoxalate
de baryte.
Par ébullition avec du peroxyde de plomb, l'alloxane se décompose en dégageant de l'acide carbonique pur; on obtient un précipité d'oxalato de plomb, tandis que la liqueur retient en dissolution de l'urée. Ces résultats s'expliquent au moyen de l'équation
C8 HaAzaO*-f-a Pb Oa -h a HO = C: H* Aza 0 J -h 0*, î Pb 0 -h a CO \
Alloxaoe Urée. OxaJate de plomb.
L'acide sulfhydrique qu'on dirige à travers une dissolution d'alloxano le décompose; du soufre se dépose, et l'on obtient une
ALL0XANT1NE. 635
substance désignée sous le nom tfaltoxantine, qui se sépare à l'état de cristaux tellement abondants, que le liquide se prend en une bouillie épaisse. La formation de l'alloxantine s'explique au moyen de l'équation * '
2 ( C8 H* Az3 0* ) 4- * SH = C" H4 Az4 Ou 4- i HO -h i S.
^^^^^^#**<^^fcfc-u— ^^^^^^^
Alloxane. AlioxanHne.
Ce même produit s'obtient soit en plaçant des grenailles de'zinc dans une. dissolution d'alloxane acidulée par de l'acide chlorhydfique, soit en y ajoutant du protochlorure d'étain. Cette alloxantine, à son tour, se convertit en alloxane sous l'influence d'agents oxydants.
Lorsqu'on fait agir un grand excès d'acide sulfhydrique sur l'alloxane, cette substance devient acide; du soufre se dépose, et l'on obtient un produit désigné sous le nom d'acide dialurkjue.
La formation de ce produit s'explique à l'aide de l'équation
C8 II2 Az2 0* + a SH = C8 H4 Az'O* + a S.
Alloxane. Acide dlalarlqae.
Sous la double influence de l'acide sulfureux et de l'ammoniaque, l'alloxane se change en acide thionurique, ainsi quo l'exprime l'équation suivante :
C8 H* Az' Os Az H3 -h 'i SO2 = C8 Hs AzJ STOl a.
Alloxane. Acide thionurique.
L'alloxane donne, par son ébullition avec l'ammoniaque, une matière jaunâtre gélatineuse, renfermant un sel dont l'acide, désigné sous le nom d'acide mycomélinùjiie, est représenté par la
C'H'Az'O4.
Enfin par un long contact avec l'acide azotique, Talloxane se transforme en acide parabanique, ainsi que l'établit l'équation
C^Az'O' + O2^ aCO'-r-C'H'Az'O*.
g 1572. L'alloxantine, qu'on fait dériver facilement de l'alloxane par l'intervention d'agents réducteurs, se sépare de ses dissolutions
636 ACIDE TH10NUKIQUK.
sous la forme de prismes rhomboïdaux obliques, légèrement colorés en jaune, durs et transparents. Ces cristaux renferment 6 équivalents d'eau de cristallisation, qu'ils ne perdent qu'à une température supérieure à 100 degrés. A peine soluble dans l'eau froide, cette substance se dissout en proportion assez notable dans l'eau bouillante, la solution rougit sensiblement la teinture de tournesol. Les agents oxygénants opèrent la conversion de l'alloxantine en alloxane. 4
La composition de l'alloxantine anhydre est représentée par la formule
C'éH*Az*0".
§ 1573. V acide parubanique cristallise en prismes hexagones minces, transparents et incolores, et dont la saveur fortement acide rappelle celle de l'acide oxalique. L'eau le dissout en assez grande quantité; la solution n'éprouve aucune altération lorsqu'on la fait bouillir pendant quelque temps. Chauffé à 100 degrés, il prend une couleur rougeàtre, fond et se sublime en partie, tandis qu'une autre portion se décompose en dégageant des vapeurs cyanhydriques.
Lorsqu'on ajoute de l'ammoniaque à la dissolution bouillante de cette substance, il se forme de l'oxalurate d'ammoniaque.
La composition de l'acide parabanique est exprimée par la formule
ëH'Az'O*.
ACIDE THIONURIQUE.
§ 1574. Ce composé prend naissance dans l'action simultanée de l'ammoniaque et de l'acide sulfureux sur l'alloxane. Il suffit de maintenir quelques instants, à la température de l'ébullition, un mélange de ces matières, pour qu'il se dépose par le refroidissement une quantité considérable de feuillets éclatants qui constituent le thionurate d'ammoniaque. Ce sel étant traité par une dissolution d'acétate de plomb, donne un précipité gélatineux qui se change par le refroidissement en fines aiguilles groupées concentriquement. Si l'on décompose le sel de plomb mis en suspension dans l'eau par un courant d'acide sulfhydrique, il se dépose du sulfure de plomb, tandis que le liquide retient l'acide thionurique
MUKEXANE. 63~
en dissolution. On en sépare ce dernier par l'évaporation sous la forme d'une masse cristalline formée d'aiguilles blanches très-fines.
La composition de l'acide thionurique est exprimée par la formule
C8Hs Az30% 2SO2.
La dissolution de cet acide se décompose par l'ébullition ; de l'acide sulfurique prend naissance, et l'on obtient un dépôt de murexane : c'est ce qu'exprime l'équation
C8HsAz308, aSO'+aHOr^C'H'Az'O'+^SO3, HO).
Une dissolution de thionurate acide d'ammoniaque se décompose pareillement à la température de l'ébullition, en produisant du sulfate d'ammoniaque et de l'acide dialurique, ainsi que l'exprime l'équation
•C'H'Az'O", 2S0'-MH0 = *(S03, AzH40)4-eH4Az'Oï.
Acide thionurique. Acide dialurique.
MUREXANE. - MUREXIDE. ■ " .
§ 1575. Lorsqu'on mélange une solution de sel ammoniac avec une solution d'alloxantine, toutes deux privées d'air par l'ébullition, il se précipite des cristaux dune substance qu'on désigne sous le nom de murexane ou de dialuramicle, tandis que l'eau mère retient de l'alloxane et de l'acide chlorhydrique libre, ainsi que l'exprime l'équation suivante :
CI6H* Az? 0!*-f- CIHAzH3 = C8 H5 Az3 O6 4- C8 H2 Az'O8 4- Cl H.
Alloxantine. Murexane. Alloxane
La murexane cristallise en longues aiguilles dures et brillantes. Elle est insoluble dans l'eau froide, et faiblement soluble dans leau bouillante, dont elle se sépare par le refroidissement.
Elle se dissout dans l'ammoniaque, les acides l'en précipitent sans altération. Lorsqu'on la fait bouillir avec cette substance, la liqueur prend d'abord une teinte jaunâtre, acquiert graduellement une couleur d'un pourpre foncé, et laisse bientôt déposer des aiguilles vertes à reflets métalliques, qu'on désigne sous le nom de murexidc* Cette même transformation de la murexane en m. 54
fi38 MUREX IDE.
murexide peut s'effectuer sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir l'ammoniaque; il suffit d'ajouter à l'eau des corps facilement réductibles, tels que des oxydes de mercure ou d'argent. La réaction s'explique au moyen de l'équation
a ( C H»Àz3 0" ) 4- 0> = * HO -h 0 6 H* A£0^.
Murexane. Murexide.
On obtient encore la murexide en grande abondance, en dissolvant la murexane dans l'ammoniaque et y ajoutant une dissolution d'alloxane. La liqueur prend bientôt une teinte pourpre et forme un abondant dépôt de murexide.
On peut également la préparer en versant goutte à goutte dans une dissolution presque bouillante d'alloxane une dissolution de carbonate d'ammoniaque; une vive effervescence se produit; bientôt la liqueur se colore en pourpre, et la murexide se dépose par le refroidissement.
Enfin, d'après MM. Liebig et Wôhler, la murexide prendrait encore naissance en faisant réagir 4 parties d'alloxantine, 7 d'alloxane, 240 d'eau et 80 de carbonate d'ammoniaque.
La murexide cristallise en prismes quadrilatères raccourcis, d'un vert doré magnifique présentant les reflets métalliques et la belle couleur verte des ailes de cantharides; elle est peu soluble dans l'eau, qu'elle colore cependant en pourpre magnifique; elle est insoluble dans l'alcool et l'éther.
La murexide se dissout dans la potasse caustique, en prenant une belle couleur bleue tout à fait caractéristique. Si l'on chauffe ce mélange jusqu'à ce que la coloration ait disparu, puis qu'on sature par l'acide sulfurique faible, il se précipite des paillettes de murexane.
L'acide azotique convertit la murexide en alloxane.
La composition de la murexide est exprimée par la formule
CuH8Az60,3-r-aHO. t
Depuis quelques années la murexide est employée par les teinturiers pour fixer sur les étoffes une couleur d'un violet très-riche.
ACIDE MÉSOXALIQUE. 639
ACIDE MÉSOXALIQUE.
§ 1576. Lorsqu'on verse goutte à goutte dans une solution d'alloxane une dissolution bouillante d'acétate de plomb, cette substance se scinde en urée que l'eau retient en dissolution, tandis qu'il se dépose une poudre blanche qui n'est autre qu'un sel de plomb formé par un acide exempt d'azote. Ce sel, bien lavé, puis traité par l'acide sulfhydrique, donne du sulfure de plomb insoluble, tandis que l'acide mis en liberté se dissout et peut être isolé par l'évaporation de la liqueur. Cet acide, en raison des analogies qu'il présente avec l'acide oxalique, a reçu le nom d'acide mésoxalique.
Sa formation dans les circonstances précédentes peut s'expliquer au moyen de l'équation
C8 H5 Az' O8 4- 4 HO = C* H' Ol 0 -f- C 2 H* Az5 0 \
Alloiane Ao. jnésoiatlqoe. Urée.
L'acide mésoxalique cristallise en prismes incolores; sa dissolution, qui rougit fortement le tournesol, peut être maintenue quelque temps en ébullition sans se décomposer. Le sel ammoniacal forme des précipités dans les dissolutions de chaux, de baryte et de strontiane; ces précipités se dissolvent dans les acides et dans un excès d'eau.
Le mésoxalate de baryte cristallise en feuillets minces. Une température supérieure à ioo degrés le décompose.
Le mésoxalate de chaux cristallise en tables, il est beaucoup plus soluble que le précédent. Il retient 4 équivalents d'eau. Ce sel résiste à la température de 140 degrés.
Le mésoxalate d'argent forme un précipité jaune qui noircit promptement et se réduit par la chaleur en produisant une vive effervescence.
La composition de l'acide mésoxalique est représentée par la formule
64* CRÉATINE.