CHAPITRE CINQUANTE-HLITIÈME
ALCOOLS DIATOMIQUES OU GLYCOLS.
Production des glycols par synthèse. — Relations qu'on observe entre les glycols et l'alcool ordinaire. — Produits d'oxydation. — Action dés hydracides. — Glycol monochlorhydrique, glycol dichlorhydrique.
— Action des oxacides. — Glycol monoacétique, glycol diacélique.
— Glycol monobutyrique, glycol dibutyrique. — Glycol valérique. t- Glycol distéarique. — Glycol dibenzoïque. — Glycol succinique. — Glycol oxalique. — Oxyde d'éthylène. — Propylglycol. — Kutylglycol.
— Amylglycol. — Anal gies de ces divers composés avec le glycol.
§ 1272. Entre les différents alcools que nous avons examinés précédemment et la glycérine, dont l'étude fera l'objet d'un prochain chapitre, viennent se placer des produits fo t intéressants, qui nous offriront un ensemble de propriétés entièrement comparables à celles de l'alcool, tout en présentant une physionomie toute particulière. Ces composés, dont on doit la découverte à M. Wurtz, ont reçu de ce chimiste le nom de glycols, qui sert à rappeler la double analogie qui les •attache à l'alcool d'une part, à la glycérine de l'autre.
Nous trouverons entre ces composés et l'alcool vinique les mêmes relations que celles qu'on observe entre l'acide oxalique et l'acide acétique, l'acide succinique et l'acide butyrique. De même qu'un acide bibasique exige i équivalents de base pour sa neutralisation complète, de même un glycol pour s'éthérifier complètement, en présence d'un acide monobasique, exige 2 équivalents de cet acide, avec élimination de 4 équivalents d'eau.
Nous considérerons donc les glycols comme des alcools dialomiques, exprimant par là qu'ils possèdent une capacité de saturation double de celle de l'alcool ordinaire.
On conn it aujourd'hui quatre glycols parfaitement définis,
GLYCOLS. 3o5
savoir:
Le glycol vinique C4 H* 0\
» propylique.. . C6 H' 0*,
» butyiique.... C* H,0O\
» amylique.... C,0H,2O4.
Ces produits, dont la composition ne diffère, comme on voit, de celle des alcools monoatomiques qui leur correspondent que par 2 équivalents d'oxygène en plus, peuvent tous s'obtenir synthétiquemenl, à l'aide du gaz oléfiant et de ses divers homologues.
PREMIER GROUPE
Composés de la forme : C^IP^O*. GLYCOL. Éq. = 775 ou 62.
§ 1273. Tout le monde sait que le gaz oléfiant, en s'assimilant une molécule de gaz bromhydrique, donne naissance au produit
C'H5Br,
qui, par son contact avec les hydrates alcalins, peut reproduire le composé
C4H50, HO=f/H«0',
qui n'est autre que l'alcool ordinaire.
Ce même gaz oléfiant, en s'unissant à 1 molécules de brome, engendre un composé diatomique, la liqueur des Hollandais bromée
CMVBr2,
qui, sous l'influence de l'oxyde d'argent et de l'eau, échange son brome pour de l'oxygène, donnant naissance à
C'H'O», aI10 = ClH60<,
alcool diatomique qui n'est autre que le glycol.
En soumettant au même traitement les divers homologues de la liqueur des Hollandais bromée
C H« BrJ,
: G8 H8 bV,
C,0H,0Br2,
GLYCOLS.
on obtient successivement le propffgivcol, le butyîglycol, etc., composés qui sont au glycol ce que les alcools propylique et butylique sont à l'alcool ordinaire.
Il est préférable, pour opérer cette synthèse, de substituer à l'oxyde d'argent des sels de ce métal desséchés avec soin : on obtient ainsi du bromure d'argent et des éthers composés du glycol, .qu'il suffit de décomposer ensuite par les alcalis pour en retirer cette substance. Supposons, par exemple, qu'on ait fait réagir sur i équivalent de bromure d'éthylène % équivalents d'acétate d'argent, on obtiendra du bromure d'argent et du glycol diacétique. C'est ce qu'exprime l'équation suivante :
L'action est déterminée, dans cette circonstance, par llaffinité considérable du brome pour l'argent.
Pour 100 parties de bromure d'éthylène. on prend 180 parties d'acétate d'argent bien sec. On mêle ces deux substances dans un mortier, en leur ajoutant une quantité d'acide acétique cristallisable capable de former une pâte molle. Cette dernière, introduite dans un ballon à long col, est chauffée pendant plusieurs jours* au bain-marie. On reconnaît que la réaction est terminée, lorsqu'une petite portion du mélange, exprimée dans du papier buvard, laisse un résidu complètement fusible de bromure d'argent. Lorsque ce terme est atteint, on laisse refroidir le ballon, puis on en épuise le contenu par l'éther, dont on se débarrasse ensuite par une rectification au bain-marie.
Le résidu, soumis à la distillation, commence à bouillir vers 100 degrés, le thermomètre monte rapidement à iao, et s'y fixe pendant quelque temps; il distille alors de l'acide acétique, puis la température s'élève graduellement jusque vers 200 degrés. Toute la portion de liquide qui passe à partir de 140 degrés est mise de côté, elle renferme une forte proportion de glycol diacétique. Une fois qu'on s'est procuré cette substance, on peut en extraire le glycol, en la distillant soit avec de l'hydrate de potasse, soit avec une dissolution concentrée d'hydrate de baryte. On n'obtient pas du premier coup du glycol pur; le produit distillé renferme, en effet, outre de l'eau, quelques traces d'un li*
2( Ag j
O'-hC'irBr^sAgBr-h
GLYCOLS. 3p7
huileux et empyreuma tique. Pour le débarrasser de ces impuretés, il suffit de le soumettre à de nouvelles rectifications, en recueillant à part ce qui passe seulement au-dessus de 1 60 degrés.
§ 1274. A l'état de pureté, le glycol est un liquide incolore, inodore et légèrement visqueux. Il possède une saveur sucrée. Sa densité à zéro est de 1 , 125. Sa densité de vapeur a été trouvée par expérience de 2, 164.
Le glycol bout à 197 degrés, et distille sans altération jusqu'à la dernière goutte. Refroidi par le bain d'acide carbonique solide et d'éther, il acquiert une consistance gommeuse, sans se solidifier complètement.
Il se dissout en toutes proportions dans l'alcool et dans l'eau. L'éther n'en prend que des traces.
Sa composition est représentée par la formule
C4W04 = 4 vol. vap.
(1 dissout l'hydrate de potasse avec dégagement de chaleur. Le carbonate de potasse 6'y dissout sensiblement, ainsi que le chlorure de sodium, et surtout le chlorure de calcium. Le chlorure de zinc s'y dissout avec dégagement de chaleur. Le sublimé corrosif y est tellement soluble à chaud, que la liqueur se prend en masse par le refroidissement.
Le chlore agit sur le glycol, mais moins énergiquement que sur 1 alcool.
Il se mélange à l'acide sulfurique en s échauffant beaucoup et se coJorant à peine; il se forme sans doute dans cette circonstance un acide analogue à l'acide sulfovinique.
Lorsqu'on projette un globule de potassium dans du glycol. une vive action se manifeste, et la masse noircit. Avec le sodium, l'action est plus calme, le métal disparaît graduellement, et la liqueur reste complètement incolore. 11 se dégage de l'hydrogène pur. On obtient dans cette réaction deux produits distincts, savoir v
Du glycol monosodé j N& 7
Du glycol disodé | ^ ^? '
3u8 GLYCOLS.
Lorsqu'on humecte du noir de platine avec une goutte de glycol, la température s'élève immédiatement, des vapeurs blanches se dégagent, une odeur de caramel se manifeste, le noir de platine rougit en quelques points, et le glycol disparaît bientôt en donnant naissance à des produits volatils, parmi lesquels prédominent l'acide carbonique et la vapeur d'eau.
En remplaçant le glycol anhydre par une dissolution de cette substance, dans trois fois environ son volume d'eau, humectant le noir de platine avec ce mélange qu'on dispose dans un matras préalablement rempli d'acide carbonique, et dans lequel on ne fait arriver l'air qu'ultérieurement et d'une manière très-lente, l'oxydation marche régulièrement, et le glycol se convertit entièrement en acide glycollique. Cette réaction, comparable à celle que nous présente l'alcool placé dans les mêmes circonstances, peut s'expliquer au moyen de l'équation
C* He 0* -f- 4 0 = a 110 -h C4 IV 0*.
Iflycul. . Aride
glycollique.
L'acide azotique oxyde le glycol très-énergiquement. Emploiet-on l'acide fumant, l'action est des plus vives, des torrents de vapeurs nitreuses se dégagent, et l'on obtient une abondante cristallisation d'acide oxalique. Avec l'acide ordinaire, l'action est beaucoup plus faible : il se forme encore, dans ce cas, de l'acide glycollique, mais l'acide oxalique est le produit principal de la réaction. La formation de ce dernier produit peut s'expliquer au moyen de l'équation