CHAPITRE GINQUANTË-CINQUIÈMË
ALGOOUDES.
Alcool acétylique, formation. — Alcool allyliquo. — Production de ce composé. — Action des réactifs. — Éthers simples et composés de la ■érie de TaHyle. — Alcool roenthique ou camphre de menthe. — Camphre de Bornéo on bornéol. — Alcools de la série benzoïque. — • 'Alcool iinisique.
§ ii99. Nous donnons le nom d^alcoolides à des composés qui, ne rentrant pas dans la formule générale des alcools que nous avons décrits dans les chapitres précédents,
remplissent néanmoins des fonctions chimiques entièrement comparables.
Nous ne décrirons ces composés que d'une manière très-sommaire, en raison de leur faible importance comparativement à
cello de ralcool et de l'esprit-de-bois, et parce qu'en outre, n'ayant pu jusqu à présent être obtenus qu'en proportions trèslimitées, ils n'ont pu recevoir d'applications.
FRSMIBa CUEIOUVE.
Formule générale : C""1P'0'.
ALCOOL ACÊTYUQUE. Éq. = 55o ou 44-
§ 1^0. Lorsque après avoir saturé Tacide sulfurique concentré par de Tacétylène, on étend d'eau la liqueur, puis qu'on la dis* tille, on obtient, par des rectifications systématiques, un liquide dont le point d'â>ullition est inférieur à celui de Teau, qui s'altère rapidement k l'air, et dont l'odeur, analogue à celle de l'acétone, est beaucoup plus irritante. Il se dissout complètement dans
2i4 ALCOOL ALLVLIQUE.
lo à i5 parties d'eau pure, le carbonate de potasse le sépare immédiatement; il n'en est pas de même du chlorure de calcium. M. fierlhelot considère ce composé comme Talçool acélylique
Mais comme l'analyse de ce produit n'a pas été faite, et que la formation de dérivés analogues aux éthers composés n'a pas été •
réalisée, on ne saurait assurer que cette combinaison soit bien un alcooL
.lus{[u'à prtsent, l exislence de ce composé,. comme espèce distincte, est dono purement hypothétique.
ALCOOL ALLYLIQUË. Éq. = 7a5 ou 58.
§ 1201. A côté des alcools qui composent la série homologue si curieuse que nous venons de décrire, vient se placer un composé qui, partag€>;int avec eux un grand nombre de propriétés communes, présente néanmoins des caractères un peu Afférents; Ce produit, que nous sommes parvenus à isoler par une méthode très-simple M. llofmann et moi, a reçu de nous le nom (ïaUout (illjlitjue, parce qu'en cti'et viennent s'y raltaclier et l'acrûlcino et l'acide allylique [aayluiuc) qui >ont à l'égard de cette substance dans les mêmes relations que l'aldéhyde et l'acide acétique à l'égard de l'alcool vinique.
Cet alcool s'obtient par un procédé calqué sur cèlui dont s'est servi M. Wurtz pour pré|>arer quelques éthers composés de la série butyliquo et qui consiste à faire agir le propylène iodé
dissous dans l'éllier, sur de l'uxalatt* d'argent. L'action s'clloctue rapidement sous l'inlluence (iO la clialeur : il so dépose de l'ioduro d'argent, tandis que l'éther retient en dissolution d(; l'oxalate d'allyle, résultat qui s'explique facilement au moyen de l'équation
oo\ 2Ago-^cll'l-^Agl+c'o^ '2eiP0.
OlalaM «l*ari{«iift. ludure Oulate a*allyto.
Sous l'influence de l'ammouiaquè ce produit se transforme en oxamide, en mettant en liberté de l'alcool allytique. En effet,
ALCOOL ALLYLIQUE. n5
on a
CO'y aC*H*0+aAzH« = C*OS Az»H»-haC«H*0, HO.
Oxalale d'ailyle Oxamide. Alcool allyliqiie.
§ iâ02. A rétat de ptiroté c*eat un liquide incolore et très-mobile, 9o1ub1e en toutes proportions dans Teau. Son odeur rappelle
à un faiblo dep;r6 celle de la moutarde. Il bout à io3 degrés. Traité * par le potassium, il dégage de l'hydrogène et se transforme en une matière gélatineuse qui correspond à l'alcool potassé. Cette substance est vivement attaquée par Tiodure allylique, qui donne naissance à de Téther allylique, en mépie temps qu'il se dépose de ' rioduro de potassiunÂ. En effet, on a
eiPK0'-i-eiin=iK-4-c'Mr"0'.
Éther ttlyltqne.
£n distillant Talcool allylique avec le chlorure, le bromure ou Tiodure de^ phosphore, on détermine avec la plus grande Jacilité la production des éthers chlorhydrîque, bromhydriqne et iodhydrique de cette série.
L'alcool allylique se dissout à froid sans coloration dans l'acido suirun([ue nu maximum di^ concentration et donne un acide copule parfaitement analogue à l'acide sulfovinique, formant avec les bases des composés cristalHsables qu'on peut représenter par la formule générale
2SO\ eH*0, MO.
L alcool allylique est promptement attaqué par les réactifs oxydants. Un mélange d'acide sulfurique et de bichromate de potasse agit sur ce corps avec une violence extrême. Les produits qui résultent de ce contact sont de l'acroléine et de l'acido aUylicpie. Le noir de platine produit la même transformation.
L'iodure d'allyle agit avec énergie sur la plupart des sels d'argent, quelquefois même à froid; il fournit de Tiodure d'argent cl l'étlier correspondant à ^acid^ de chacun de ces sels. C'est ainsi qu'en distillant un mélange d'iodure d'allyle avec Tacétate, le butyrate, le benzoate^ le cyanate d*argent, on obtient Tacétate, le butyrate, le benzoate, le cyanate d'al h le.
Ce dernier est un liquide très-limpide, bouillant à 82 degrés^
2i6 ALCOOL ALLYLIQUE.
doué d'une odeur vive et pénétrante, analogue à celle de l'éther cyanique et qui produit le larmoiement à un trè&-haut degré. Ce Gompoflé s'échauffe légèrement lorsqu'on le mêle à l'ammoniaque, disparaît promptement, et la liqueur fournit par révaporation une belle substance cristallisée qui n'esl autre chose que Tui^ allylique.
En efl'et, on a ' '
C'AzO, C«H*0-HAzH» = C'H«Az»0^
Cyaoaie d'ailyle. Uré« «Ujllque.
Ce même cyanate d'allyle se solidifie complètement lorsqu'on le chauffe avec de Feau, en donnant un produit cristallisé connu
depuis longtemps sous le nom de sinapoline, et qui n'est autre chose (jue la dialljluréc. Sa formation s'explique au moyen de •l'équation
«(eH*AjfO»)4-aHO=: C"H»»A2»0»4-aC0*.
Cytoate d'allyle. binapoliue.
Ce cyanate allylique se décompose par l'ébullition avec une
lessive concentrée de potasse, à la manière de Tacide cyanique et de l'éther cyanique, en donnant naissance à des bases ammoniacales au nombre (lesquelles figure Ydll) lamine.
L'iodure d'allyle traité par le sulfure de potassium, le sulfhydrate de sulfure et le sulfocyanure de potassium, donne le sulfure, le sulfbydrate et le sulfocyanure d'allyle; le premier et le troisième terme ne sont autre chose que l'eseenee d'ail et reeaenoe de moutarde, qu'on reproduit ainsi d'une manière artificielle avec la plus grande facilité.
Comme il n'y aurait aucun intérêt à donner une description • détaillée des différents dérivés de Talcool allylique qui présentent les analogies les plus manifestes avec les compoi»és correspondants de l'éthyle, nous nous contenterons de résumer dans le tableau suivant les différents termes connus de cette curieuse série.
Alcool allylique H' 0' =4 vol. vap.
Éther aUylique C'-H'M)^ »
Éther éthylallylique i ^rîiiM "
ALCOOL ALLYLIQUE. '217
Chlorure d'allyle 0= Cl := 4 vol. vap.
Bromure d'allyle C« Br »
lodure d'aUyIe G' HM »
Sulfure d'aUyle (essence d*ail). C*'H'*S' » Sulfhydrate de sulfure ( mercap-
tan allyliqiie) C* H* S, HS »
Sulfocyanure d'allyle (essence
de moutarde) C» H* S, C'AzS » '
Cyanate d'allyle.. .' C« 0, C^4zO »
Carbonate d'allyle C IP G, CO'
Acétate d'allyle CMP 0, C* IPO' . »
Butyrate d'allyle C« H* 0, €• H'O' »
Benaioate d'allyle CH*O,C*H»0» »
Oxalate d'allyle Cf H* 0, CD» »
Acide sulfo-allylique ۥ H* 0, aSO*, HO
Acroléine (aldéhyde allylique). C^ H* G' * »
AUylène ( pyroplène) C H" »
Azoture d'allyle (allylamiue). C^ ir Az »
Urée allylique C \V Az'O*
DIallylurée (sinapoline) C'H^Az'O' ^
Urée allylîque sulfurée (thîo-
sinnamine) Cf H» Az'S»
L'alcool allylique, dont nous venons de tracer rapidement rhistoire, forme le troisième terme d'une série parallèle à celle qui comprend Taloool et qu'on peut représenter par la formule
générale
Des essais que j'ai tentés il y a quelques années avec le bromure d'amylène*me portent à penser qu'en se plaçant dans des conditions convenables on pourrait réaliser, à l'aide de ce composé,
la formation de l'alcool angélique :
. ' e*H'»0^ = 4 vol. vap.
uS , ALCOOL AlExNTHigUli.
ALCOOL MLNTIIIQUE OU CAMPillŒ DE aiENTliE.
Éq.sr 1960 ou iâ6.
§ 1203. Le camphre de menthe se présente à Télat de pureté sous la forme d'une matière cristallisable qui fond à iS degrés et bout sans éprouver d'altération à la température de 208 degrés. A peine soluble dans Teau, ce produit se dissout en forte proportion dans Talcool, Tesprit-de-bois, l*éther et le sulfure de carbone.
Sa composition est exprimée par la formule
G"H^»0'=4voLvap.
En broyant à frôid Tessmce de menthe avec le double de son
poids d'acide sultiii i(]up au maximum de concentration, le mélange prend une couleur d'un rouge de sang. Si l'on chauffe au bainmarie, il se produit un carbure d'hydrogène qui présente à l'égard de l'essence les mêmes relations de composition que celles qu'on observe entre le gaz oléfiant et l'alcool ; il se forme en outre un acide conjugué renfermant les éléments de l'essence et ceux de Tacide entièrement comparable à Tacide sulfovinique.
L acide phospborique anhydre le dédouble à Taide de la chaleur en eau et en un hydrogène carboné, le menthêne,
C^H'* = 4voLvap.;
qui est à l'essence de menthe ce que le gaz oléfiant est à l'alcool.
Le perchlorure de phosphore l'attaque vivement, il passe à la distillation, avec roxychlorure, une huile ambrée qui, purifiée par des lavages à Teau alcaline et de nouvelles rectifications, est complètement incolore. A l'état de pureté, c'est un liquide plus léger que réau, dont Todeur rappelle celle des fleurs de macis. Il bout à 204 degrés. «
Sa composition est représcnlée par la formule
L'existence de ces dill'énMils conijRtsés suffît pour ranger, le camphre de menthe dans la série des alcoolides. Si l'on ne connaît aujourd'hui qu'un petit nombre de ses dérivés, cela tient au poids élevé do son équivalent ainsi qu'à la diiliculté qu'on éprouve à purifier lc?8 produits.
ALCOOL BENZOÏQU£ £1 SES HOMOLOGUES. 219 DEVXÙSHIS GROUPS.
Formule générale : C*"H""-»0».
CAMPHRE DE BORNÉO OU BORNÉOL. Éq.= 1925 où i54.
§ i20i. On extrait du J>nurus Bornéo, àvhTa qui croît t*n Amérique, une huile volatile hydrocarbonéo et une substance concrète qui renferme de Toxygène, à laquelle on donne le nom de hornéol. Ce produit^ que Feau refuse de dissoudre, est trôs-soluble dans l'aicool et Téther. Il fond vers 198 degréd èt bout à 212 degrés.
L'acide phosphorique anhydre 4e sépare en eau et en un carbure d*hydrogène identique à l'huile hydrocarbonée naturelle. Cehii-ri se combine directement avec le gaz chlorliydrique et forme un camphre qu'on peut considérer comme l'éther chlorliydrique de cette série. Le gaz brombycirlque se comporte d'une manière analogue.
On ne connaît pas d'autres composés de cette série.
La composition du bornéol est exprimée par la formule
C"Ii'»0-^=4 vol. vap.