ANALYSE CHIMIQUE
L'analyse ou la division chimique des corps est fort différente de la division mécanique. Dans ce dernier genre de division , les parties que l!on obtient , si atténuées qu'elle^ soient, sont toujours de la même nature que les corps qu! les ont produites. Dans la réaction chimique, au contraire, les parties diff%reilt par leur nature de celles des corps dont elles proviennent. Ainsi, lorsque Ton chauffe certains corps, tels que les oxydes de mercure, d'or ou d'argent; le carbonate de chaux; les azotates, etc., ces corps se détruisent et Ton obtient x de nouveaux produits jouissant de propriétés différentes de celles des corps qui leur ont donné naissance i l'oxydé de mercure qui est nne poudre rouge et d'apparence cristalline, se divise en oxygène qui est gâteux, et en mercure, qui est tin métal liquide et blanc; le carbonate de chaux se divise en acide carbonique et en chaux caustique, différant tous deux du carbonate de chaux; le siâfore hydrique est décompose par le chlore , le brÀme et Hode, en soufre qui devient libre, et en hydrogène qui s*unit avec ces coi*ps. Ainsi donc, le fait de la division chimique dei molécules, c'est-à-dire leur division en des élémensde naturel^ différentes , est un fait parfaitement acquis à la science et sur kqnel on ne peut élever le moindre doute. Mais ici se présente
68 1LÊA.GTIOIIS CHIUIQUES.
une question dont la solution est très importante : jusqu^à quel point ce mode de division est-il possible.?*** a-t-il dcsli* mites ou n'en a-t-il pas?.*. Dans l'état actuel de la science, oa peut dire que tous les corps connus ont été soumis à l'analyse, et si l'on en découvre de nouveaux, les chimistes s'empressent de les analyser. Il est résulté de tous ces travaux , qu'f// a cin^ quante^inq corps particuliers^ différant les uns des autres ^ dont Vanalyse chimique r!apu retirer rien autre chose q\£une seule matière toujours identique avec elle-même ^ mais particulière à chacun d^eux. Ces corps ont été nommés corps simples oa élémens chimiques. La première de ces dénominations doit être rejetée entièrement à cause des fausses idées qu'elle représente et qu'elle fait naître dans l'esprit de ceux qui apprennent la chimie. Rien ne prouve en effet la simplicité de ces corps, car, si on n'a pas encore pu les analyser jusqu'à présent, cela ne veut point dire qu'on ne les analysera pas un jour à venir. La dénomination d'élémens chimiques , au contraire , donne une idée nette et précise de ces corps.
]felëmeiu ohînuqaef.
Beaucoup de corps très vulgaires sont des élémens chimi ques: le soufre, l'or, le plomb, l'argent, le fer, l'étain, le zinc, le cuivre, etc., sont de ce nombre.
De même qu'un élément chimique ne donne i l'analyse que sa propre matière , de même on ne peut le produire qu'avec cette même matière; ainsi, dans l'état actuel de lachimie, on ne trouve dans l'or rien autre chose que de l'or, et l'on ne peut faire de l'or qu'avec de l'or. C'est là que se borne l'expérience, le reste n'est que conjectures ou suppositions. On sait toute •> fois que les alchimistes prétendent avoir fait de lor avec des corps qui n'en étaient pas , ma^s ces faits, quoiqu'ex posés souvent avec une candeur et avec des témoignages qui ne permettent guère de douter, ne seront admis dans la science que lorsqu'ils pourront être prouvés expérimentalement.
Toutefois , malgré l'obscurité voulue qui règne dans les écrits des philosophes alchimistes, on peut dire avec certitude qu'ils ne produisaient point l'or par des combinaisons, mais en imprimant à la nature des corps une modification du genre de celle qui donne naissance à Tisomérie ^ sous l'influence d'un agent çalaly tique. Les corps sur lesquels ils opéraient étaient
BLÉHBN8 CHIMIQUES. 69
Je plomb et lé mercure; leur agent était la poudre àe projection : ce produit quMls élaboraient à l'aide de travaux si lents et si pénibles, (i)
Au dire des alchimistes on peut ajouter encore les idées théoriques de M. Prout , qui pense que tous les corps sont formés d'une seule et même matière, dont la disposition seule amène les différences que Ton observe dans les corps réputés simples. Cette opinion a été exposée p. 45 et 469 et il est inu* tiie d'j revenir maintenant.
Les noms des cinquante-cinq élémens chimiques de l'époque actuelle sont rangés par ordre alphabétique dans le tiJileau suivant :
Alummioin. — Antimoine. — Argent. -^ Arsenic — Azote. — Baryum. — Bismuth. — Bore. — Br6me. — Cadmium. — Calcium. — Carbone. — Gérium. — Chlore. — Chrome. — Cobalt — Colombium ou tantale. -» Cui^ne. — Elain. — Fer. — Fluor. — Gliieynium. — Hydrogène. — Iode.
— Iridium. — Lanthane. — Lithium. — Magnésium. — Manganèse. ^- Meraire. — Molybdène. — Nickel. — Or. — Osmium,—- Oxygène. — Palladium. —'Phosphore. — Platine. — Plomb. — Potasaiam. — Biiodium.
— Sélénium. — Silicium. — Sodium. —Soufre. — Stroutiom. — Tdlure. . — Tborinium. — Titane. — Tungstène. — Urane. — Tanadium. — Tt-
trioB. — > Zinc. — Ziroonium. .
Les cinquante-cinq élémens chimiques dont les noms précèdent, étant réunis de différentes manières et en. différentes proportions , constituent tous les corps que nous connaissons; car tous peuyent être réduits en ces élémens. L'immense variété de corps que ces élémens peuvent fournir, a tout lieu de paraître étonnante , mais elle le deviendra encore plus si Ton songe que, parmi eux, il en est au moins dix-huit (:r) qui sont
(i) Par suite de Tadmission trop exclosite des théories de la chimie modernp, et |iar l'abandon dans lecfuel certaios auteurs ont laissé les écrits alchimiques^ on se oonlente généralement de parler des alchimisles avec dédain ; mais je puis affirmer que les aldiimistes étaient guidés par une saine philosophie, et que tout leur art reposait sur une seule théorie générale de la nature. Aucun fait de Tépoque actuelle n'est en contradiction avec leurs travaux. Au contraire, i mesure que la chimie grandit, die semble apporter de noufeaux faits de l'ordre de ceux qui faisaient la base des théories alchimiques. Pour le prouver il suffit de citer l'isomérie et la cntalytie. Il est vrai qu'aujourd'hui la sanction expérimentale manque à ralchimie. Cependant die parait l'avoir ene; mais c'a été à une époque trop éloignée de nous pour entraîner notre conviction.
(2) Cérinm, colombium, glucynium , iridium ^ lanthane, lithium , molybdène ,
tellement r^re* qvç le^ chimistei ont à peine Tocç won di| Us étudier , et que , panpi ceux qui restent , il en e9t environ dix (i) qui , quoique très connus , sont cependant très peu rép»ndu$ dans h nature et ne donnent lieu qu'à un petit nom- I>re de combinaisons utiles. Le carbone , l'ky4rogène , l'oxjr* gène, Taxote et le soufre» produisent peut^treà eux 9enU pluJi de corps compo^é^ que tous le» autres ^lémen«i
Le« molécules ne changent ps toujours de nature en «a divisant. Elles peuvent se diviser pour produire des cçsf» isomj^ rique*. En général , le^ différens modes de divisions qu'elles peuvent éprouver ont été exposés en traitant des réaction» «hii^ miques , p. 6a et suivantes.
La caloricité est l'agent qui détermine la division des molécules de la manière la plus simple et la plus nette. Mais les produits auxquels elle donne naissance peuvent varier avec la température* Ces faits ont été démontrés par l'étnde que M. Pelouse a faite des acides pyrogénés.
Cependant cette réaction qui donne constamment les mêmes produits dam des circonstances identiques» donne lieu de se demander si les produits de la destruction ne sont pas tout formés dans les molécules et si la chaleur ne fait rien autre chose que de les dissocier. Mais les corps qui sont chauffés avec peu de menagemens, comme le bois que l'on distille pour en obtenir du charbon et de l'acétate hydrique, donnent lieu à des produits si multipliés et si variés, que l'on est obligé de penser que, dans la plu* part des circonstances au moins , les produits de la destruction des corps par la chaleur n'existent pas tous formés dans ces corps. Il est vrai que la multiplicité des produits vient de la destruction successive des nouveaux corps à mesure qu'ils apparaissent I mais cela ne porterait pas moins à considérer ces corps comme étant formés de molécules, qui elles-mêmes seraient formées par une multitude de molécules d'un ordre inférieur e| pénétrées les unes dans les autres. Ceci présente une telle complication qu'il est probable que la nature , toujours si simple dans les moyens qu'elle emploie et si grande dans seii
otmium , rhodiupi , séléoium , tellure, thoriniuio» titsiusi tuagstène, ursne, iF«ii«dimp» yttrium et ziroonium.
(x) Bore, brome ^ cadmium, chrome, cobalt, éuin, aicksi, ori p»Ua<tw«W| plitiae.
oomiiJiÀUOir ciiiiiiQUB. ji
lâoltats , ne permettrait pas quMl en fat ainsi. Cependant le type des systèmes moléculaires a une influence directe sur leur mode de destruction ^ car les corps d'origine organique, forméa de tioif élémens, le carbone, l'hydrogiène et Toxygène » donnent toiM J^es produits particuliers dans des circonstances identH|nes ; la proportion des élemens en présence et leur mode d'arrangement ont donc la plus grande influence sur les résultats. TentelbiA, comme pu conçoit très bien que des systèmes mole-» cmiaires différens ne se divisent point de la même manière dans . les mêmes circonstances , sans pour cela admettre qu'ils con-r tiennent les nouveaux systèmes moléculaires auxquels ils don* nent naissance ^ il reste encore à prouver que les molécules des corps composés renferment les molécules qui sont le résultat de leur décomposition. Cependant , les produits de la destructioa des corps par la chaleur n'étant pas toujours les mêmes <pie œnx qui concourent à leur formation directe, et les molé- Goles ne s'unisiant que dans les circonstances ou le résultat de leur combinaison peut exister, il en résulte que ces derniers de* yraient plutôt être regardés comme les élémens des corps que le# premiers, si l'on devait adopter une hypothèse de cette nature*
GOHBIKAISOK GHIHIQUB.
La combinaison chimique est une action par laquelle des corps de natures différentes s'uniésent si intimement et avec une force si puissante qu'elle est^énéralement invincible par ke agens mécaniques.
L'eiamen de l'ensemble des réactions chimiques porte à penser qu'il y a plusieurs ordres de combinaisons : que les unes se font dans l'intérieur des molécules par la réaction de leurs élémens , que d'autres se font par le simple rapprochement des molécules, et que lea dernières, enfin, ont lieu par la juxtaposition de particules toutes formées. Cet examen permet donc d'étabhr trois espèces de combinaisons : la combinaison intra-moléculaire ou la combinaison chimique proprement dite, la combinaison inter.-moléculaire ou la combinaison isomorphi» jue^ et la combinaison particidaire.
QommmàXÊOim nmA-MOxAovXiAUUi oa eombîiMisoii efaimîqae proprement dite.
U résulte de l'expérimentation que certains corpi , mis en pf^Qce daps des circonstances convenables, réagissent
yH KÉAGTIONS CHIMIQUES.
les uns sur les autres et s'unissent si intimement^ que les plus petites parties qu'ils peuvent donner, par la divi* sion mécanique y ont toujours exactement la même composition que la masse dont elles ont été extraites. Un des faits les plus remarquables de la combinaison chimique , et qui distingue parfaitement ce phénomène d'un simple mélange mécanique , est que le produit de la combinaison n'a pas la moindre ressemblance physique avec les corps qui lui ont donné naissance. Ainsi, en chauffant le mercure liquide et possédant l'éclat métallique au contact de l'air, à une température d'environ 3oo degrés , il perd sa fluidité, son éclat, et se change en une poudre rouge qui renferme de l'oxygène , un des élémens de l'air. En effet , si l'on chauffe ce produit dans une petite cornue à une température supérieure à celle à laquelle il a pris naissance, il retourne à l'état de mercure, ien abandonnant de l'oxygène gazeux et très pur. Le chlorure hydrique et le gaz ammoniac, tous deux gazeux et irrespirables , s'unissent aussitôt qu'ils sont en présence, en donnant lieu à un corps solide et dépourvu d'odeur, qui est le chlorhydrate ammoniacal. L'acide sulfurique et la baryte anhydres, qui sont tous deux caustiques , alunissent violemment à une température élevée, et donnent naissance à un produit insoluble dans Teau, absolument neutre, et qui, loin d'être caustique , ne possède pas la moindre saveur. L'acide sulfureux gazeux, et possédant unf odeur suffocante et irrespirable, s'unit avec le bi-oxyde de plomb pour produire un composé aussi neutre que le précédent. Ces faits distinguent trop nettement l'action chimique de l'action mécanique , pour qu'il soit utile de les multiplier.
SBLf, ▲CIDB8, BàtU.
Parmi les corps qui anéantissent réciproquement leurs prcpriétés physiques, il «n est que les chimistes ont distingu<S particulièrement sous les noms diacides et de bases , et ils ont réservé le nom de sels pour spécifier les produits de ia combinaison deà acides et des bases. Cette partie de ia chimie est encore une des plus obscures, et quoique quelques chimistes nient fait pour Télucider, Ils se sont généralement bornés à des définitions arbitraires et en Rapport seulement avec les besoins de l'époque à laquelle ils écrivaient. Gomme je crois très im-
SSLS. yi
portant pour TayeDir de ]a chimie d'établir une discussion sur ce sujet, je pense devoir Ta border ici.
Les principaux auteurs cpi ont écrit sur la cbimie jusqu'à Lavoisier, ont considAré les seb comme dès corps solides, fusibles par la chaleur , solubles dans Peau et sapides. Ib n'admettaient qu'un très petit nombre de ces corps et n'y réunissaient même pas les divers vitriols (sulfates de fer , de cuivre et de zinc)* Par le progrès incessant de la chimie , le nombre des sels devenant de plus en plus considëraUe, Mac* quer et Gujton de Morveau ont fait voir la difficulté que l'on éprouvait à les bien définir, et ils ne les regardaient déjà point comme formant un groupe nettement circonscrit: on confondait les sels avecles acides et avec les bases. li faut arriver jusqu'à La- Yoisier pour en trouver une définition précise et^ nette : Les * sels sont des corps/ormés parla réunion dPun acide ei dune base. Cette définition a été adoptée par tous les chimistes jusqu'à ce jour; cependant ce n'a point été sans modification , car il fallait savoir ce que c'était qu'un acide et ce que c'était qu'une base. On croyait alors que tous les acides étaient oxygénés ; mais la pensée que le prétendu acide muriatique oxygéné pouvaitétre un corps simple, amena quelques changemens dans les idées reçues : on reconnut que le sel type, que le sel de tous les temps, le sel avec lequel nous salons nos alimens, ne renfermait point nn acide, et ce corps échappait ainsi à la définition du groupe dont il avait toujours fait partie et dont il était le plus parfait modèle. Ce n'était plus qu'un composé binaire comme les oxydes et les sulfures, etc. Plus tard, cependant, le chlorure de sodium, ou notre sel commun, fut réint^ré parmi les sels, par M. Berzélius qui admit une classe de sels haloîdes ^ formés seulement par la réunion de deux élémens : le chlore , le brome , l'iode ou le fluor avec un métal. Mais ce rapproche* ment, qui peut paraître fondé, laisse cependant beaucoup à désirer; car, si les chlorures Sont des sels, pourquoi les suU fores et les oxydes n'en seraient-ils pas? Il existe au moins autant d'analogie entre ces composés et les sels haloïdes de M. Berzélius , qu'entre ces derniers et les sels proprement dits. Sous le point de vue de la constitution, cela même ne doit point paraître douteux, vu Immense variété des sels qui peuvent exister. Il
jA EBAGTIOJDIS GHIMIQUBS.
j a de3 oxydeff et des sulfures solubles daos l'eau ooiome certaine chlorures et certains iodures. Ces composes s'unissent ayeç de9 acides et des sulfacides proprement dits, comme les chlorures et les iodures paraissent s'unir avec des chloracides ou des iodacide?» Enfin, il u'y a rëellement pas une diSiéreiice bien fondée entre ces corps ; d'où l'o^ peut conclure que , si Pou rëunit les sels haloïdes aux sels ordinaires , il faut j réunir aussi les oxydes et les sulfures. Mais, si l'on réunit tous oe$ corps ensemble , il faudra aussi y joindre les phosphures ^ \e^ arséniures, les antimoniures. De là, aux alliages définis, il n'y a qu'un pas , et l'on voit que tous les corps composé^ i^nti:^raient dans la dasso des seU.
Aeîdei.
Les aâdes n'ont pas été mieux définis que les selSf iUk ont été confondus avec eux , et , ce qui est réellement in-* croyable, c%st qu'un grand nombre de sels sont encore con^ fondus aujourd'hui avec les acides» Pour que les acides soient réellenient distincts des sek,il faut qu'ils aient une constitution différente j car lorsqu'il s'agit de classer les corps et 4e lea dénommer, c'est d'abord sur la constitution qu'il faut s'appuyer, et nous allons voir qu'il est loin d en être ainsi. En acceptant la définition gén^'ralemcnt adoptée , que les acides sont des corps qui s^ unissent wec les bases pour former des sets, on doit considérer Taoide sulfurique anhydre , l'acide phosphorique également anhydre, l'acide sulfureux, l'acide carbonique, l'acide silicique, l'acide borique fondu , l'acide tannique, etCt , comme de véritables acides, parce qu'ils s'unis^ sent directement avec les bases pour former les sels ; mais l'acide aaotique, tel que nous le connaissons, l'acide sulfurique» m^me le plus concentré, l'acide borique cristallisé , la plupart des acides d origine organique, ne sont point des acides, parce qu'ils ne s'unissent point avec les bases pour»former dea sels. Une partie de leurs élémens seulement entre en combinaison avec ces dernières, et une autre partie se trouve éliminée par elles. Ces prétendus acides sont de véritables sels dana le^uels l'eau remplit exactement les mêmes fonctions que lea bases ordinaires, et cette eau est simplement déplacée par celles* ci, sans que la constitution de ces prétendus acides soit changée. 1^5 ^9109 M» Berzélius avait adopte une nomenolature chi*
ttiqil# qui indiquait qu'il avait parfaitement compris œtte er* renr (i )• Depuia cette époque, M« Grabam, par uue suite de travaux pleins d'intérêt, a fait voir que ces prétendus acides ayaieut rëellâiHsut une constitution saline. Uans mon Introduction 4 tituiU 4e la chimUs, j'ai également attiré l'attention des chi<? nistes sur ces faits , en cherchant à démontrer que les élé-? mens de l'eau étaient appelés à jouer le même rôle statique que les autres élémens dans les combinaisons. Cependant, soit habitude , soit indifférence , cette erreur a persisté jusqu'à ce jour cbea la plupart des chimistes.
Ijea xaisonnemens qui viennent dfétre faits à l'égard des prétendus acides hydratés , peuvent aussi l'être à l'égard des hy^ dmeidef • Ces corps ne sont point des acides , puisqu'ils ne s*u^ nisseot point avec les bases : quand on les fait réagir sur un 09jde^ il se produit de l'eau et un composé binaire, formé pair Ve radical de l'acide et par le métal de la base \ seulement ilf s'unissent directement avec le gaz ammoniac ; mais je m'esrpliqueiai bientôt à cet ég»rd« Si on les fait réagir sur des mém taux y des composés du même ordre que les précédens pren^ nent naissance et l'hydrogène devient libre \ c'est-à-dire que les métaux s'y substituent et que les prétendus hydracides sont des composés binaires comme l;es chlorures , les sulfures, le| oxydes , etc., et que rien ne les en distingua* Je ne parlerai pa| de Taclion que ces corps exercent sur les réactifs colorés et en particulier stu: la teinture de tournesol; car, si peu que Ton ait l'habitude des expériences chimiques, on sait que ces aortes d^ réactions sont insignifiantes pour distinguer les acides des corpi des autres classes.
Les hydracides se combinent avec d'autres composés bi^ naires, contenant le même radical que ceux qui entrent dan^ leur composition; par exemple , l'acide chlorhydrique s'unit avec le tri-chlorure d'or , pour former un composé que l'on nomme chlorhydraU de chlorure d^or; mais ce composé est un chlorure double qu'il est préférable de considérer comme un composé de tri-chlorure d'or et de chlorure hydrique. Et si un de ces deux corps joue le rôle d'un acide à l'égard de l'autre^ il est éminemment probable que c'est le chlorure d'or ; car en
(i) £um mr ks prppotUont çhimique9,
^6 RÉACTIONS GHIMIQUiSS.
général y dans un sel, Vacide a une constitation plus compliquée que celle de la base , et c'est ce qui a lieu pour le trichlorure aurique à l'égard du chlorure bydricpie. Ces deux composés sont représentiis ainsi : Aus GI59 H Cl. Cette formule est comparable à celles des azotites, des pbospbites et des arsénit^s : les acides de ces sels y sont représentés par le trichlorure aurique.
L'opinion que l'on peu^ avoir de la nature dés bases étant subordonnée à celle de la nature des sels et k celle de la nature des acides , il en résulte que la plupart des bases sont des oxydes métalliques; mais que les métaux ont autant de dnnt k ce titre que les composés hydriques en ont à celui d'adde. Cependant ils ne sont point considérés comme tels, quoique l'on n'en ait jamais donné la raison.
Les oxydes étant des bases salines; les sulfures, les chtorares, etc., deviennent aussi des bases qui s'unissent avec des sulfacides , des chloracides , etc.
Les composés qui jouent le rôle de bases sont généralement représentés par des formules moins compliquées que celles qui appartiennent aux acides , comme cela vieat d'être dit, de telle manière qu'un seul métal peut offrir plusieurs composés oxygénés dont les uns seraient basiques et les autres acides : le manganèse et le fer présentent cette circonstance. Les autres com* posés binaires dans lesquels entrent le soufre, le chlore^ le br6me, etc., peuvent, à cet égard, se comporter exactement comme les composés oxygénés. On a remarqué depuis longtemps que certains corps pouvaient jouer le rAle d'acide ou celui de base, selon les circonstances : les composés qui sont surtout dans ce cas sont ceux que l'on représente aujourd'hui par un symbole de la forme Rt Xs- L'alumine qui appartient à ce groupe s'unit avec les acides et se combine également bien avec les bases : on connaît dans la nature le spinelle, le gahnite et le plconaste, qui sont des composés parfaitement stables et qui ont pour formule générale Bt Xs, A X ou Rs X4 A. L'eau ou ses élémens joue aussi tantôt le rôle d'un acide et tantôt celui d'une base. Dans les acides hydratés, elle remplace les bases, et dans les hydrates, ou les composés qu'elle forme avec les oxydes, elle tient lieu d'acide, ou plutôt ell« s'y
SASBS. 77
trouve uoie comme deux oxydes de mêmes formules peuvent s'unir ensemble. L'eau joue en outre un rôle semblable à celui des bydracides ^ car, quand elle réagit sur les mëtaux comme sur le potassium ou le sodium à la température ordinaire ou sur le fer à une température élevée, l'hydrogène est déplacé par ces métaux et Toxygène s'unit & eux, de même que les élément du sulfure on du chlorure hydrique auraient pu le faire. La propriété de s'unir avec les acides pour former des sels, étant le caractère des bases, il en résulte que l'ammoniaque et les alcaloïdes, dont la composition e)t très compliquée, sont aussi des bases. Mais ces sortes de bases ne s'unissent point aux acides dans les mêmes conditions que les bases dont il a été précédemment question. Elles se combinent avec les acides déjà unis avec les élémens d'une molécule d'eau, et elles s'unissent directement avec les prétendus hydracides. Ces faits remarqoables sembleraient , au premier abord , en faveur de là théorie ordinaire des acides et des hydracides ; mais ces compo* ses se trouvent si mal définis, qu'il est plus convenable d'en cher^ cher une nouvelle explication, ou bien d'attendre qu'elle vienne s'o£Drir d'elle-même quand les faits seront accomplb. Pourtant, depuis que je me suis occupé de la théorie des sels et des acides, que j'ai toujours regardée comme étant mal fondée et' insu£Ssante dans presque toutes ses parties, j'ai considéré le gaz ammoniac comme ayant une constitution analogue à celle des chlorures et des iodures. Pour me servir de termes qui sont aujourd'hui dans la science : pour moi l'ammoniaque était un amidure hydrique qui jouissait de la propriété de se combiner avec les chlorures, les iodures, etc., de même que les chlorures, les bromures, les iodures et les cyanures .se combinent entre eux. D'une autre part, j'ai considéré les sels oxigénés ordinaires, à base d'ammoniaque, comme des composés comparables à ceux qui résultent de l'union d'un acide hydraté , déjà salin, avec un chlorure ou un iodure encore à 1 état salin; enfin comme un composé formé de deux sels réunis ensemble. Toutefois, il serait possible que l'ammoniaque se comportât de plusieurs manières différentes les unes des autres, selon les circonstances. Dans la théorie qui veut que tous les acides soient des hydracides,ou dans toute autre théorie qui voudrait que les sels hydriques fussent constitués comme l'es prétendus hydracides , le suUate et le chlorhydrate d'ammoniaque au-
78 EÉAGTIOirS OttlMIQUBS.
raient la même constitution^ ce serait: ^ ' SH^ÂzHs»
Leê mêmes raisonnement sont applicables anx alcaloïdes; mais pourtant je suis loin de regarder aucun d'eux comme dé* flnitifii : le temps et Fobservation seuls pourront arrêter nos idëes i cet ^gard.
S'il y a un lien commun entre toutes ces sortes de bases , il se troure probablement dans l'isotomie ; c'est-à-dire que, quelle que soit là base et quelque compliquée que paraisse sa composition ultérieure, elle se trouve représentée par un même nombre de parties disposées de la même manière, ces parties pouvant elles-mêmes être composées fort différemment. Mais ce point de vue ne peut être appliqué avec sûreté qu'aux bases d'un ordre déterminé, comparées entre elles, et non point aux bases ordinaires, par exemple, comparées aux alca-^ loïdes.
Discussion sur la nature des sels.
n résulte évidemment de l'examen précédent, que la classé des sels est mal déterminée et mal définie: que l'on ne saurait aujourd'hui dire où elle commence ni où elle finit, à moins de le faire d'une manière arbitraire et peu philosophique. Les définitions des sels , des acides et des bases, reposent les unes sur les autres et roulent ainsi dans un cercle étroit et vicieux. Pour qu'il en fût autrement, il faudrait au moins que l'un de ces trois ordres de corps fût défini d'une manière particulière, et c'est ce qui n'a point lieu.
Cette discussion permet d*établir cette question t faut-il définir les sels d'une nouvelle manière, ou bien faut-il en abandonner la dénomination comme n'étant point en harmo* nie avec les connaissances actuelles de la chimie ? J*adopte cette dernière opitiion sans balancer : la définition du mot sel a trop varié. Prise & son origine elle ne signifie rien ; telle qu'elle est aujourd'hui, elle n'a pas une signification beaucoup mieux arrêtée. Le mot sel est utile dans les arts, pour lé commerce; mais, lorsqu'on veut l'examiner & fond, il devient sans valeur : car tous les composés peuvent être considérés comme des sels, les bases et les acides y compris. Cependant ce mot est tellement consacré par l'usage , que je né puis le repousser entièrement, psur Is seule raison qn'Ufatt'»
HSVTBAtttlâ CnilttQtfi. ^9
dfait refondre toute la notnendature chimique et qu'uu pafeil travail doit fttre fait avec l'assentiment des principaux cliimîstes; car,s*il était l'œuvre d'un seul^ il deviendrait inutile par cela même qu'il pourrait ne point être adopté. Je regarderai comme sels tous les composés renfermant les élémens d'un adde réel et d'une base ; je n'admettrai ni les sels haloïdes, mlesbydracides : tous ces corps se trouvent rapprochés par leur GOnstitation des oiydes, des sulfures, etc. Dan» aucun cas^ je n'établirai ni une classe de sels, ni une classe d'acides, ni une classe de bases ^ car cela me paraît contraire aux grands principes qui doivent guider les chimistes aujourd'hui (V. Vkéorie des radicaux ^ théorie des types et théorie générale).
Neutralité chimique ^ sels acides et sels basiques. — Les addes en s'unissant avec les bases peuvent produire des composés si intimes, que l'on ne retrouve en eux aucune des propnétéft caractéristiques attribuées aux acides et aux bases : ainsi, les acides solubles dans l'eau rougissent la teinture de tournesol, et les bases solubles ramènent cette teinture à la couleur bleue. L'acide sulfurique et la potasse seraient dans ce cas; tnais lorsqu'ils sont unis daitf des proportions convenableS| ils donnent naissance à un sel qui ne donne plus lieu 4 aucune de ces réactions, et dans lequel les propriétés de l'acide et de la base se trouvent neutralisées. On a d'abord appelé sels neutres les sels qui se comportaient ainsi. Les sels qui exereaient une réaction acide se nommaient sels acides^ et les sels qui pr^ntaient une réaction alcaline se nommaient sels al^ câlins ; mais on s'est bientôt aperçu que les acides et les bases pouvaient s'unir en diverses proportions, et que des sels réputé acides ou alcalins avaient une constitution tout-i-falt comparable à celle des sels neutres. Il a fallu opérer une nouvelle modification dans la nomenclature *, ce n'a plus été par les réactions chimiques que l'on a cai^ctérisé les sels, mais par leur composition : les sels neutres ont été ceux qui étaient formés d'un équivalent d'acide et d'un équivalent de base (i)} les sels acides étaient cent qui contenaient plus d'un équiva^ lent d'acide pour un équivalent de base, et les sels basiques, au contraire, ceux qui contenaient plus d'un équivalent de base pour un équivalent d'acide. Par les progrès incessans de
(i) Toyez l'artide Proportions chimiques.
8o . BÉAGTIOIÎS CHIMIQUKS.
la chimie, ces distinctions sont anjourd^hui sans valeur, et, par cela même que Ton démontre que les acides hydratés sont de véritables seb, on pent démontrer que presque tous les sels basiques et tous les sels acides sont des composés de deux sels dans Tun desquels l'eau joue le rôle d^une base, ou des com« posés salins à deux acides dont l'un est encore l'eau. Gela ne saurait étonner, car il est bien démontré que les élémens de Feau peuvent jouer, dans la constitution des sels, les rôles des acides et des bases.Ainsi, l'ancien bi-sulfate de potasse (SOs) 2 9 KO, HO est aujourd'hui du sulfate potassique et hydrique : SOs, KO; SOs, HO. Ce prétendu bi-sel est formé par l'union de deux sek neutres; le bi-carbonate de potasse (COs) s, KO, HO, devient réellement COs, KO; GOs, HO; l'azurite ou le carbonate sesquibasique de cuivre naturel (GOs)s, (Cu 0)s, HO , est un sel neutre (GO9, GuO}»; (HO,Cn O); la malachite ou le carbonate bi-basique de cuivre naturel , GOi (Gu O}^, HO , est encore un sel neutre GOs Gu 0 ; HO, Gu O ; le bi-tartartre de potasse est encore un sel neutre à bases de potasse et d'eau* Cependant, il y a de véritables sels acides et dç véritables sels basiques, tels que le bi-chromate de potasse, le bi-sulfate de potasse anhydre, les pyrôphates et les phosphates ordinaires ; mais il est à peine croyable que ces genres de sels n'aient été connus que long-temps après qu'on en eut admis l'existence en se fondant sur des faits mal observés.
Les vues qui vieiment d'être exposées sur la constitution des sels simplifient beaucoup la chimie, parce qu'elles démontrent que le nombre des systèmes moléculaires est réellement moins grand qu'on ne le supposait, puisque presque tous le» sels se rapportent aux formules générales des sels neutres.
La neutralité chimique n'est pas toujours facile à déterminer et l'arbitraire s'est quelquefois mis à la place de la réalité; c'est ainsi que jusque dans ces dernières années ou a considéré comme des borates neutres ceux dans lesquels l'oxygène de l'acide est égal à six fois celui de la base. M. Berzélius ayant trouvé que l'acide borique pouvait s'unir à une quantité de base double de la précédente, a admis que ce dernier sel et ceux qui lui correspondent sont des borates neu* très. Evidemment de pareilles déterminations sont facultatives et ne peuvent se démontrer. Lorsque l'on ne s'appuie point sur la neutralité des sels pour déterminer à quel ordre ils ap-
GOMBIKAISON PARTIGULAI&E. 8l
pMtiennent, mais seulement sur leur constitution , tous ces embarras cessent et l'on n a plus à raisonner sur des faits rdeU lement indéfinissables. .
On a TU par les premiers mots qui ont été dits sur la cornbmauon, que la neutralité chimique n'était pas le caractère esdnsif des sels ; mais bien celui de toute combinaison. Ce point de vue tend encore à faire confondre la classe des sels avec cielles des autres corps.
Tous les corps c[ui se combinent ne sont pas toujours dans un état ^antagonisme aussi prononcé que ceux dont il a été question dans les exemples précédens. Au contraire, ce sont quelquefois des corps tout-à-fait du même ordre. Ce genre d'union ne peut permettre d'obtenir la neutralisation des corps qm s'unissent; car jouissant les uns et les autres d'une grande ressemblance , les produits qu'ails forment ont toujours avec eux une analogie prononcée : ainsi , les alliages ressemblent aux métaux } la dolomie ressemble aux carbonates qui lui ont donné naissance. Quand les corps qui s unissent sont isomorphes, le produit est encore susceptible de l'isomorphisme avec ceux qui l'ont formé. Ce genre de combinaison ne s'efiectue probablement pas toujours dans l'intérieur des molécules, mais seulement par l'agglomération de molécules de natures différentes ; cela est prouvé par l'électrum , alliage naturel d'or et d'argent, dans lequel ces deux n^étaux sont unis en une multitude de proportions , et par les mélanges indéfinis que les carbonates de chaux, de magnésie, de fer et de manga* nise forment en s'unissant les uns avec les autres.
La combinaison n'a pas toujours lieu dans l'intérieur des molécules \ on voit dans bien des circonstances des particules tout entières et de natures différentes, comme il faut que cela soit pour qu'il y ait combinaison et non point une simple agrégation, se réunir et se maintenir dans cet état avec une éner* gie asses considérable pour que de simples agens mécaniques ne puissent les séparer. Des particules colorantes , solubles dans l'eau, peuvent en être séparées par des tissus avec les* quels elles s'unissent en devenant insolubles, sans changement
8a EÉAGTIOirS CIWIQUIt.
de conleur et sam dëlruire le tissu , ce qui aurait infailliblement lieu «i cette espèce de combinaison s'effectuait dans Tin* teneur des molécules. La force qui produit les combinaisona particulaires a la plus grande analogie, si elle ne présente une identité parfaite, avec celle qui détermine l'adhésion A les phénomènes de la capillarité.
C'est par une affinité de ce genre que le charbon animal at combine avec les matières colorantes et les retient avecéner* gie. Il est bien évident encore que , dans cette circonstance , il n'y a qu'un simple rapprochement entre les particules. On peut détruire les matières colorantes unies au charbon par une espèce de fermentation, et celui-ci redevient ce qu'il était anpa« tavant : non-seulement il a recouvert son aspect physique f mais il est de nouveau devenu apte à la combinaison avec de nouvelles matières cobrantes. Ceci est une preuve évidents que son action était différente de celle qui résulte de la oom« hinaison chimique ordinaire ou intra-moléculaire.
Les particules qnis'unissent chimiquement ensemble^ n'ayant souvent aucune relation de forme , ne peuvent donner naiasanoe*à des crutaux ; aussi, toutes ces sort^ 4® combinaisons donnent-elles lieu à dea oorps amorphes*
Lorsque les particules ont pris naissance dans des liquides^ elles affectent une forme sphérique^ c'est ainsi qiie cela a lien pour tous les corps vbqueux, tels que l'albumine, la glairine, la matière de la fermentation visqueuse, etcl , et elles donnent enoore lieu à des corps i|morphes, à moins qu'elles n'aient été produites sous l'influence de la vie. Dans ce cas, elles donnent lieu à des formes organiques.
Il serait peut-être convenable de s'étendre davantage sor ce sujet neuf et intéressant ; mab les exemples qui viennent d'être cités peuvent suffire, et chacun trouvera sans doute de nott« Wttux faits qui viendront s'y réunir.
Si l'analyse chimique fait connaître la composition des corps et si elle a conduit à la notion des élémens chimiques » la synthèse ou la combinaison a donné lieu à une multitude de corps nouveaux^ que V on itomxneproiUûts chimiques et que l'homme n'eût jataiais connus sans l'expérimentation.
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Les {irodaîts chlmicpiet sont toujours des corps anorganiqiies} Ûs ont la plus grande analogie avec les minéraux , et Ton de?raitle8. classer ensemble (V. p* 5).