‹ Traité de chimie générale et expériméntale, avec les applications aux arts a la médecine et à la pharmacie; (volume 2)Chapitre 8 sur 95 · ET EXPÉRIMENTALE. , CHIMIE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

ET EXPÉRIMENTALE. , CHIMIE GÉNÉRALE

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«I oousIitvtîoB âm» Mienoef •xpérimaBlalêfl.

Observation des faits et expérimentation. — Origine de la Chimie. — Tous les êtres de la nature réagissent les un» sur les autres, soit à des distances immenses, soit an contact apparent. L'homme, placé parmi ces êtres et doué d'or^ ganes qui lui permettent d'en constater l'existence et la réalité 9 a du commencer par les comparer et les classer dan» sa in<5moire: de là l'origine des sciences naturelles. Mais, sa pa** tience eût-elle éié à toute épreuve, sa vie eût-elle été immense,i ou bien l'eût- il en quelque sorte prolongée dans sa race , enn laissant à ^es successeurs le résultat de ses observations, soit^ par tradilion, soit par écrit, il n'eût jamais connu la chimi'i» Les phénomènes chimiques que la nature offre à notre observalion sont d'une intelligence trop difficile pour qu'il ait jam^iis été possible de les coordonner afin d'en former une sciences : c'est ainsi que des siècles se sont écoulés, que des philosophe ;s, qae des sectes philosophiques, que des peuples entiers mên le, ont cessé d'exister sans qu'on en ait signalé l'existenée.Slais'la science ne pouvait se borner là : indépendamment dé la tatulit^ de se mettre en rapport avec ce qui l'entoure, déjuger et de toot^ donner, l'homme possède aussi la faculté d'inventet. La na-^ tare ne se présentant pas à lui dans des conditions qui pdu-^ raient suffire à son imagination, et, s'abandonnant à son gé^ nie, îl fit naître de nouvelles circonstances dans lesquelles S|'

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étudia les êtres : une foule de produits et de phénomènes nouveaux furent le résultat de cette tentative, et les sciences expérimentales furent créées. La chimie actuelle appartient à cet ordre de sciences : cest en plaçant les corps dans, unefoule de circonstances nouvelles, en les chauffant, en les re* froidissant; en les soumettant à des courans électriques, à des pressions variées, en les faisant réagir les uns sur les autres, qu'ils ont pu être modifiés, altérés jusque dans leur constitution la plus intime, qu'ils ont pu subir des transformations jusqu'alors inconnues , et donner ainsi naissance à une foule de produits nouveaux et dignes de l'intérêt le plus puissant.

Théorie. — Mais l'homme n'est poict satisfait de ce qui liû tombe sous les sensj pour ce qu'il voit, pour ce qu'il palpe, il y a des conditions d'existence, il y a une cause qu'il faut qu'il cherche, qu'il faut qu'il connaisse. Le microscope ne suffit pas à son regard scrutateur; au-delà de ce qu'il aperçoit il y a encore quelque chose à saisir, à comprendre : la raison de ce qui est, la loi générale de tous les phénomènes, et faisant usage de son jugement, soit par induction, soit par analogie, çoit par analyse, soit par synthèse, il cherche à remonter jusqu'à l'origine des êtres qu'il étudie, et même jusqu'à la source de sa propre existence. Bientôt, à côté des faits vient donc s'ajouter une nouvelle partie de la science: c'est la théorie. Mais celle-ci, fruit du génie de Thomme, dépend entièrement des facultés de celui qui la crée et ne peut offrir les mêmes garanties que les faits bien observés : c'est ainsi que Descartes imagina les tourbillons, que Huyghens conçut la matière éthérée dont il remplit l'espace , que Newton pensa que la. lumière agissait à distance par une foule de corpuscules de différentes dimensions qui se mouvaient avec une extrême vitesse ; c'est ainsi que les chimistes ont pu penser que les corps étaient constitués de telle ou telle autre manière.

Il y a donc dans les sciences deux parties bien distînctea ; une, toute positive, qui est dominée par l'observation directe 4<}9..fait3| et une, toute spéculative, qui est le fruit de l'imaginatiQu de l'homme. Autant la première de ces parties doit inspirer de confianoe, lorsque les faits ont reçu la sanction du temps, autant il faut être circonspect à l'égard de la seconde, autiant mèm« il &ut s'en méfier. Cependant il est consolant de penser que li ooinnai^sance de la vérité ne nous est pas néces.-

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sairement lefiiBëe, et qae, panai toutes les théories émises on à émettre, il pourra s'en trouver une qui sera l'expression natu- Telle des faits.

Lois. — Avant d*aborder ces vastes théories tfox peuvent comprendre tonte une science, qui peuvent même relier toutes les sciences en une, et qui remontent jusqu'à la cosmogonie, l'observation attentive et la comparaison des fidts conduisent à des relations plus simples , mais plus rigoureuseSé Lorsque ces relations sont constantes, c'est-à-dire, lorsqu'elles se représentent toujours les mêmes dans des circonstances identiques, et qu'elles sont de nature à être formulées, on leur donne le nom de lois.

La recherche des lois qui régissent les phénomènes des sciences expérimentales est le principal but que se proposent les hommes qui s'occupent de ces sciences.

Signes ou nomenclature et notation. — ^ Pour les sciences naturelles, comme pour les arts les plas vulgaires, on a été dans J'obligation d'établir des signes particuliers, afin de pou-« voir transmettre les, connaissances acquises. Les signes sont de deux ordres: les uns sont parlés et les autres sont écrits. C'est surtout dans la chimie que ces deux ordres de signes ont joué un rôlb de quelque importance. Les signes parlés forment un système de langage appelé nomenclature chimique; les signes écrits peuvent être désignés sous le nom de notation chimique.

Dans toutes les sciences, les signes, à l'époque de leur création, sont la représentation la plus fidèle possible des connaissances acquises ; mais, le but de la science étant le perfectionnement, les idées que l'on s'était formées des choses venant à se modifier avec le temps et les signes demeurant invariables, il en résulte que l'on est forcé d'en changer la valeur ou d'en créer de nouveaux , pour qu'ils ne deviennent point un obstacle au progrès. La chimie, dont la marche a été si rapide, offre de nombreux exemples de termes qui ont été tellement modifiés que leur signification actuelle n'a plus aucun rapport aveo celle qu'ils avaient d'abord. On suÛt ainsi , sans y songer, l'influence de l'origine des connaissances, et le passé se trouve confondu avec le présent et le sera sans doute encore arec l'a« venir. Aujourd'hui même, les savans les plus distingués se servent d'une foule de termes qui ne sont plus en harmonie arvec la adence, et l'usage qu'ils en font continuellement ne leur

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a pas toujours permis d'en juger la valeur réelle : cet état de choses nécessitera des développemens tous particuliers de la nomenclature.

Classification. — L'observation continuée pendant une longue suite de siècles a tellement accumulé les faits, que l'on a senti la nécessité d'en faire une espèce de triage, et de les réunir ensuite par groupes possédant certains caractères communs : de là Porîginedes classifications dont la philosophie toute moderne se perfectionne tous les jours. L'ordre est partout une preuve d'intelligence et de progrès ; dans les sciences plus qu'ailleurs, il annonce un certain degré de perfection. La chimie, vu les faits nombreux qu'elle embrasse , n'a point été la dernière à profiter du secours de cette heureuse innovation, mais il y a pour elle des conditions toutes particulières, qui nécessiteront une discussion dans laquelle nous serons forcé d'entrer lorsqu'il en sera temps.

Application des sciences. '— - Celui qui se livre aux sciences éprouve la satisfaetiondevoirqu'elless'éclairentmutuellement, et que l'étude de l'une d'elles est d'autant plus facile et plus fructueuse, que l'on connaît celles qui l'avoisinent. Elles deviennent ainsi les unes à IVgard des autres des leviers puissans pour lever une foule de difficultés. Mais dans ces applications des sciences, il y a une espèce de filiation fort remarquable : l'étude préliminaire des sciences mathématiques est indispensable à celle de la physique, la chimie ne saurait prospérer sans les sciences mathématiques et la physique,' et ces trois ordres de sciences sont indispensables à l'étude de la physiologie et de rhistoire naturelle. Les sciences n*ont pas le seul avantage de s'appliquer ainsi les unes aux autres et de satisfaire le désir de pénétrer les secrets de la nature : elles ont porté leurs lumières dans tous les arts qu'elles ont perfectionnés et elles ont même été jusqu'à en créer de nouveaux. La navigation au long cours^ la poudre de guerre, employée pour lancer des projectiles ; la vapeur d'eau , utilisée comme vé<« hicule de la chaleur; sa force élastique employée comme moteur; les nombreux produits chimiques et mille autres encore sont là pour l'attester.

Résumé de l'analyse des sciences. — Ea ré!sumant celte courte analyse de la constitution des sciences naturelles, on voit que la chimie a sou origine dans rexpérimentation et

ÉTAT AGTttL DE LA CHIMIE* S

qne, comme science naturelle, elle doit comprendre : desjaits^ des théories, des signes^ des classifications^ et enfin qu'elle est susceptible à' applications •

Envisagée ious ce point de vue, il sera plus facile de juger la cbimie et de faire la part de chacune des parties qui la composent.

iïtat aotnel et avenir de la dùaue.

Définition de la chimie. — Si, dans les sciences a)[)straites, . les définitions claires et précises sont d*une nécessité absolue, il n'en est pas de même dans les sciences naturelles : les êtres, les phénomènes, se définissent d'eux-mêmes; ils sont ce qu'ils sont; il faut les voir pour les connaître, et ime définition ne peut jamais en être qu'une description fort incomplète. Toutes les sciences naturelles ne sont qu'une seule et même science que l'bomme divise selon ses facultés ou ses besoins ; la chimie ne commence et ne finit nulle part, et, par cela même, il est fort difficile de la définir; cependant, on peut dire ; A t époque actuelle^ la chimie est une science mixte, elle s^unit à la physique pour étudier la constitution des corps , elle s^tdlie à t histoire naturelle pour les décrire et les coordonner; mais son but principal est la connaissance des modifications perma» nentes qu'ils peuçent éprouver dans leur constitution,

Avenir de la chimie. — Aujourd'hui l'immense série des êtres anorganiques est divisée en deux classes ; les uns, naturels et connus sous le nom de minéraux, sont décrits dans les traités de minéralogie; les autres, artificiels et connus sous le nom de produits chimiques, sont décrits dans les traités de chimie. La difiérence d'origine des corps anorganiques ayant trop peu d'importance pour faire admettre une pareille division qui nuit beaucoup à la philosophie de la science, il est évident qu'un jour ib seront réunis dans un système complet des corps anorganiques. (i)

Si la description particulière et la classification des corps se trouvent soustraites de la chimie, il est évident que, dans un avenir prochain , cette science traitera seulement des phénomènes qui lui sont propres. En cela elle se rapprochera de la

(i) Depuis long-temps j*ai rénoi tous le$ matériam pour entreprendre cet ou<irrage que je m'efforcerai de publier incessamment. i ^

ô itAT ACTITIL DB hà. GHIMIB.

physique actuelle qui décrit les phénomènes gënëraux que les Qorps présentent, sans s'occuper de leur histoire particulière.

La physique et la chimie ne traitant pas d'une manière spéciale de la constitution des corps , il est évident que celle-ci donnera naissance à une science particulière et nouvelle que Ion peut nommer d'avance statique corpusculaire, (i)

Cette science, la chimie et la physique proprement dite constitueront la physique générale qui sera la science de la constitution des corps et des phénomènes qu'ils présentent.

Propriétés physiques et réactions chimiques^ — Les corps peuvent être étudiés dans deux conditions essentiellement distinctes. Ou bien on les considère en eux-mêmes, indépendamment des êtres qui les environnent et dans un état de permanence telle que toutes les parties qui les constituent conservent les mêmes relations dans des limites très resserrées ; ou bien on recherche les modifications qu'ils éprouvent, soit par la réaction de leurs propres parties constituantes, soit par celle des corps qui sont en présence avec eux.

On donne le nom à€ propriétés physiques à celles qui sont observées dans la première condition, et celui de réactions chi" miques à celles qui sont observées dans la seconde. Ainsi, l'état solide» liquide ou aériforme, la forme, la couleur sont des propriétés physiques; et la combustion du charbon, dans laquelle Un corps solide disparait pour donner naissance à un gaz qu'on ne saurait distinguer de l'air par le simple aspect, est une réaction chimique.

On peut à l'époque actuelle faire l'histoire complète d'un corps, en l'examinant successivement sous les divers points de vue de ses propriétés physiques, des réactions chimiques auxquelles il peut donner lieu, et en cherchant à en déduire sa constitution : mais cet ordre analytique qui est celui dans lequel la science s'est, formée, convient peu à l'enseignement : il est préférable d'adopter une méthode inverse, c'est-à-dire la méthode syn^ thétique qui permet de marcher avec plus de rapidité et d'exposer les généralités d'une manière beaucoup plus facile à saisir.

Dans la partie théorique de la chimie générale , il sera

(i)raidéjà rédigé la majeure partie d'un travail sur cette matière et tout est préparé pour le continuer. Il en eit donné nv extrait dans la partie qui traita de la constitution des corps.

teAT A.GOTBL DE LA GHIHXB. 7

d'abord question de la constitution des corps , puis de leurs propriété physiques, puis des réactions chimiques auxquelles ils donnent lieu. Enfin viendront les considérations générales sur la classification^ les signes et les applications de la chimie.

Dans la partie destinée à initier à la pratique de la chimie, les prindpales opérations à l'aide desquelles les chimistes font éprouver aux corps toutes les transformations qui sont di| domaine de cette science , seront envbagées d'une manière générale.

Enfin, dans la chimie spéciale, si l'on peut s'exprimer ainsi, chaque corps sera étudié successivement sur les divers points de vue qui auront été développés dans la chimie géndnde.

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