STATIQUE CORPUSCULAIRE
Depuis un grand nombre de siècles rhomme a fait des efforts, tantôl heureux, tantôt stériles, pour se rendre compte de la constitution intime des corps. Mais ce n'est que tris lentement et par le concours des lumières de plusieurs sciences quil a pu parvenir à quelques résultais. Encore est-il que ce que l'on sait aujourd'hui est bien loin de ce que Ton est en droit d'espérer.
Atomes. -^ La divisibilité des corps, la propriété qu'ils possèdent de se dilater ou de se contracter par des variations de températwre, les formes si remarquables qu'ils affectent par la cristallisation, les phénomènes optiques qu'ils présentent et une foule d'autres propriétés non moins remarquables, conduisent à regarder ces corps comme formés de parties tenues à distance et maintenues en équilibre selon certaines lois. Mais quelles sont ces parties ? quelles sont ces lois ?••• Il y a environ vingt- deux siècles que Leucippe, philosophe grec, cherchant à se rendre compte de l'existence et de la formation du monde, imagina que tous les corps étaient formés de parties indivisibles réunies en groupes dans l'espace. Il donna à ces corpuscules le nom d^atomes qui exprime si bien leur insécabilité (i). Cette théorie fut oubliée et reproduite un grand nombre de fois. Les physiciens modernes 1 ont généralement adoptée, et dans ces derniers temps elle a été appliquée à la chimie d'une manière imparfaite, il est vrai, mais qui a conduit à des spéculations élevées qui ont servi à Favâncement de la science.
De l'étendue des corps sous trois dimensions et de leur divisibilité on peut conclure d'une manière indubitable que Texistencc des atomes est bien fondée. Eu effet, si l'on suppose un corps quelconque étendu et limité, comme ils le sont
(i) De a privai if et de T^viiv , couper. Monie veut dtfo indivisible «m iosécablc.
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tOQS) on conçoit facilement que Ton ne peut pas le supposer divise en nne infinité de tranches selon une de ses dimensions, sans que ces tranches soien t sans épaisseur ; car, si on leur accor-» dait la plus minime épaisseur possible il suffirait de l'ajouter à elle-même un certain nombre de fois pour qu'elle reproduisit la dimension du corps ; mais l'infini ne pouvant être représenté |Kirun nombre et les corps devant toujours être étendus selon les trois dimensions pour exister, il en résulte qu'ils ne sont point divisibles à l'infini et que l'existence des atomes est bien réelle.
Molécules* -^ Plusieurs atomes réunis ensemble et disposés d'une manière symétrique dans l'espace, constituent un système corpusculaire qu'Ampère a désigné sous le nom de molécule. Le mot molécule avait déjà été employé indifi'éremment pour celui d'atome; mab ce philosophe en a précisé le sens d'one manière fort remarquable en lui conservant toute sa valeur étymologique.
Les molécules, comme les atomes, échappent k l'observation directe, mab on ne peut douter de la symétrie qui a présidé à leur formation ; car, en se réunissant les unes avec les antres, elles finissent par donner des corps saisissables par les sens et affectant des formes régulières ou symétriques : ces corps sont les cristaux.
Molécules de plusieurs on/r^^.— -Dans un travail prochain, je ferai voir que les molécules des corps sont elles«mêmes formées par la réunion des molécules d'un ordre inférieur et que, dans «:ertains cas, on peut démontrer qu'un corps contient au moins quatre ordres de molécules pénétrées les unes dans les autres.
Particules. — Brochant de Villiers (i) et Ampère (a) ont admis des particules qui seraient les dernières parties résultant de la division mécanique des corps. Ampère dit : « J'appelle ii particule nne portion infiniment (3) petite d'un corps et de 4c mémo nature que lui, en sorte qu'une particule d'un corps «c solide est solide ; celle d'un liquide , liquide, et celle d'un « gaz, à Tétat aériforme. »
L'existence des particules paraît démontrée par l'immense différence qui se trouve entre la division mécanique et la divi-
(x) CrUiaUo^tgihie. Paris , i8iS , note de la p. i x3.
(a) jSiut, de cLetdephjt, t.SS^ p. 434.
(3) Vexi^eiùon ùtfinimentpeiUe ne convient pi|s à un corps qui doit avoir une
tO GOKSTITUTIOB DM GOEPS.
sion chimique ; celle-là ne donne jamais que des parties semblables, quant à leur nature, à la masse dont elles sont extraites; celle-ci , au contraire , donne des parties élémentaires toujours différentes de la masse dont elles proviennent.
Le clivée (i) qui s'opère dans les corps cristallisés indique que la particule doit être un polyèdre d'une forme déter-* minée pour chaque substance ^ et que c'est l'assemblage de ces petits polyèdres qui produit les cristaux. Il résulte de cette agrégation qu'il y a une relation géométrique entre la forme des particules et celles que les cristaux d'une même substance peuvent affecter*
Malgré tous les faits qui s'accumulent pour démontrer Pexis* tence des particules, j'ai peine à y croire, et même je puis dire que je la repousse entièrement, et voici les raisons sur lesquelles je m'appuie : Certaines substances possèdent jusqu'à trois ordres de clivages à*>la-fois, et chacun d'eux conduit à un polyèdre^ différent Quel est dans ce cas celui qui représente la particule? ou bien un corps peut-il avoir à-la-fois plusieurs sortes de particules? ou bien la pçirticttle esi^elle le dernier solide qui résulte de tous les clivages réunis? En adoptant cette dernière opinion, qui serait la seule fondée, on a encore à se demander combien il faut de molécules pour constituer uie particule? On ne peut répondre à cette dernière question et l'on sent fort bien qu'elle suffit pour démontrer que les particules n'existent point.
Le clivage des corps cristallisés est la conséquence înuné'diate de la position relative des moléciJes, il en fait connaître les lits si l'on peut s'exprimer ainsi. Partout où il passe, il s'opère entre les molécules, et, entre un clivage et le clivage voisin, il peut n'y avoir de différence que l'épaisseur d'un lit moléculaire. S'il en était autrement les particules deviendraient elles-mêmes de véritables molécules formées par la réunion de molécules d'un autre ordre. Quoiqu'il en soit, sans accorder aux particules toute l'importance qu'on semble devoir y attacher au premier abord, il est utile d'en conserver lanotion, et dans le courant de cet ouvrage ; elles seront considérées
grandeur finie pour exister. Ampère aurait dd dire: exek^ement Ott extrême^ ment petite^ pour être exact, (i) Division mécanique opérée dans les joinb natniéb des cristaux.