‹ Traité de chimie générale et expériméntale, avec les applications aux arts a la médecine et à la pharmacie;Chapitre 41 sur 102 · AIO PO&GB8 CHIMIQUES · texte numérisé non relu

AIO PO&GB8 CHIMIQUES

et à loo*, les molécules de Tapeur d'eau iont la fois plus âoU gnëes que celles de l'eau liquide ou de la glace, (i)

Les rëactions chimiques, si singulières, si merveilleuses autant par les phénomènes qui les accompagnent , que par les produits auxquels elles donnent naissance, ont du attirer l'attention de tous les expérimentateurs. Voir des corps qui se pénètrent si intimement qu'il est impossible de les reconnaître par leur aspect physique dans les composés qu'ils produisent en s'unissant; voir leur union accompagnée de chaleur, quelquefois de lumière : ce sont là des faits d'un ordre diffé* rent de tous ceux qui sèni connus , et il a dû paraître tout simple de les rapporter à une force particulière que Von nomme qfi^îté(i). Mais l'affinité, comme tout ce qui présente quelque généralité en chimie , a été sujette à bien des interprétations. Prise i son origine , elle exprime la tendance que les corps ont à se combiner; plus tard, et à une époque très rapprochée de nous, c'est une force particulière; en6n, aoumise à un examen séyère, on n'a pas su préciser d'une manière bien nette ce que l'on devait entendre par ce mot.

Dès le treizième siècle , Albert-le-Grand semble émettre la pensée que la nature emploie l'affinité pour déterminer les alliances chimiques , il dit en parlant du soufre z propter i^finiiolem naturœ metalla adurit.

Dès 1718, Geoffiroy l'aîné, membre de l'Académie des sciences, a publié, dans les mémoires de cette société savante,

(i) L« molécules d'un même corps occupant divers volumes sans cluiDger de poids sont à des distances qui sont eoire elles comme les racines cubiques de ces ▼olusMs. Or, la Tapeur d'eau à soo° de température occupe un volume 2,696 Uk plus grand que celui qu'elle occupe à l'éUt liquide ; donc / en prenant ce denier volume pour l'unité, les distances sont : : ^^i: ^3 ,696 ou : : i : i a.

(a) Dans le langage vulgaire, l'afanité a une autre accepUon; elle exprime une •■péce de ressemblance, d'alliance ou de parenté. C'est dans ce sens que les naturalistes l'emploient lorsqu'ib parlent de l'affinilé des végétaux ou des animaux. C est aussi dao& ce sens que Barchuien l'a introduit dans le langage de la dùmie en 1698. V. SA Pfroiophia. . ^^

xwwairk* tu

les ciroonstanoes les pins ordinaire^ , c'est-à'dire «o opérant sur des produits dissous dans l'eau.

Le profond BoërhaaTe a discute avec beaucoup de dëvelop* pement et de sagacité l'action des menstrues ( dissolvans ) sur les principales classes de corps que les chimistes étudiaient k Tëpoque où il écrivait. Il fait remarquer que les réactions cbi« miques sont d'un ordre tout particulier, et qu'elles ne peuTent point être dues à de seules forces mécaniques. Pour donner on exemple de la manière bien précise avec laquelle il dépeint ces faits, il faut recourir à aes Jnsiiiuiiones et expérimenta ehe* mitBj publiées a Paris en 1724 : Ideb culter dividit panem; et ideb nufndum est menstruiioij nom non fit umum oorpus etan pane, sed aqua cum pane cocta est memstruum panis^ quoniam fit uman corpta cum pane. Si Boè'rhaave a prononcé quelquefois le mot affinité , il ne lui a point dû accorder une grande importance , car il en eût fait on chapitre à paît, ce qui n'a point ea lieu.

Les idées de Geoffroy ont été considérablement développées par Bergmann qui a écrit un traité spéôal sur l'affinité chimi* que ou plutôt sur les attractions prochaines^ comme îl les appelle pour les distinguer de l'attraction qui s'exerce A de grandes distances.

Ce savant avait su distinguer que les affinités peuyent être diangées par les circonstances, et que tel phénomène qui avait lieu par voie humide pouvait se passer d'une manière différente, en opérant par voie sèche. Aussi donne-^t-il des tables qui indiquent les modifications qui ont lieu dans ces diverses conditions.

BerthoUet , dans sa statique chimique, s'est principalement occupé de l'affinité, et il a démontré qu'elle pouvait être modifia par les circonstances , telles que la température , la près sion, la densité, etc.

Enfin, par la suite et même jusqu'à ce jour, l'affinité a été regardée comme la cause déterminante de toutes les réactions Mimiques; c'est par elle que l'on expliquait tout, ou , pour niieuz dire, que l'on n'expliquait rien. On se demandait sérien- •cment pourquoi tel corps d'écomposait tel autre corps, et l'on avak toujours une réponse prête , en mettant l'affinité en jcQ. Par exemple, on attribuait la décomposition du carbonate àt potasse par la chaux en présence de l'eau, à ce que la chaux

a 19 FOBGKS GHIMIOUES.

ayait une plus grande affinité pour Pacide carbonique que la potasse; cependant, le carbonate de potasse est indécomposable par la chaleur, et le carbonate de chaux ne peut résister i la température rouge , sans que l'acide carbonique soit séparé de la chaux ; mais , dans tous les cas, dire que la chaux décompose le carbonate de potasse par voie humide , parce que la chaux a plus d'affinité pour Tacide carbonique que n'en a la potasse, n'est-ce pas répéter la même chose en d'autres termes, puisque c'est le fait lui-même qui est la preuve de cette pins grande affinité. Cette explication et toutes celles qui lui ressemblent ne sont-elles pas bien puériles et bien vaines *, cependant, beaucoup de chimistes s'en sont contentés et s en contentent encore aujourd'hui.

Dans ces derniers temps, l'affinité chimique a été étudiée et discutée d'une manière très remarquable par M. Dnmas, dans ses Leçons de philosophie chimique. Cet habile chimiste est porté à penser que l'affinité est la même force que la cohésion, mais aveedes modifications (p. SSp).

Enfin, peu de temps après, l'affinité chimique a été soumise à un examen très sévère par M. le baron Thenard , dans son Essai de philosophie chimique. Il est résulté de cet examen que, en résumant ce qui précède, on trouve que la spécialité des phénomènes chimiques a pu faire penser qu'ils étaient dus à une force particulière que l'on a nommée affinité; mais que plus tard , il s'est élevé des doutes sur l'existence et la nature de cette force.

Je pense qu'il est convenable aujourd'hui de poser cette question : les phénomènes chimiques sont-ils dus à une force particulière, ou bien au concours de plusieurs forces déjà connues, ou bien encore sont-ils dus au concours d'une force particulière et d'autres forces déjà étudiées dans d'autres ^circonstances?

Je n'ai point la prétention de résoudre cette question, mais je vais m'efforcer de les discuter, le temps fera le reste.

La première question peut, pour ainsi dire, être mise de côté dés l'abord 5 car les phénomènes, qui accompagnent l'action chimique et les circonstances qui la déterminent, ne lais* sent pas le moindre doute que , dans les- réactions chimiques, plusieurs forces sont en présence. Toutefois, si au lieu de considérer l'action chimique^ on en étudie le résultat, on est con-

AFFiiriTé. ai3

doit à penser qu'il peut y avoir une force particulière qui en* chaîne les ëlémens hëtérogénes qui font partie d'un composé ; car nous avons déjà vu que la cobésion ne rend point un compte suffisant , ni des proportions multiples , ni de là symé* trie qui préside à la formation des produits inorganiques. Il pourrait donc exister une force particulière qui fût la cause détenninante des phénomènes chimiques ; mais cette force ne serait certainement point la seule à prendre en considération. Cependant, voyons rapidement quelles sont les raisons que Ton peat donner à Tappui de l'existence de l'affinité comme force particulière, i» Dans les corps tout formés, on trouve que leurs parties constituantes sont en proportions définies et qu'elles sont rangées d'une manière déterminée ; qu'en soumettant les composés chimiques à l'action destructive des forces mécanique^, on les désagrège seulement en ne séparant que des parties similaires , et que rarement le contraire a lieu ; 2* qu'en étudiant les réactions chimiques, on voit qu'elles font uaitre des phénomènes particuliers y que des corps solides sont détruits par la dissolution ; que les parties en présence s'unissent si intimement, que les meilleurs microscopes ne peuvent donner le moindre indice de leur existence; que des corps, de natures très tranchées, très différentes, donnent des composés qui n'ont avec eux aucune ressemblance physique ; que ces composés sont toujours en proportions limitées ou définies , selon les circonstances ; et que, enfin, lorsque plusieurs corps sont mélangés, il se fait un triage particulier, et que des composés très nets, très purs, très bien définis et parfaitement cristallisés peuvent prendre paissance.

Tous les faits qui viennent d'être exposés paraissent complètement en faveur d'une force particulière^ mais soumettons-les à un examen rapide et consciencieux, et voyons ensuite si les forces connues ne peuvent servir à leur interprétation. Ponr les corps considérés dans l'état statique, on peut dire : Les proportions définies et l'arrangement symétrique des parties constituantes des corps cristallisés, sont le résultat du nombre de ces parties et des forces qui les sollicitent : uiie force attractive et une force répulsive sont-elles suffisantes pour déterminer ces conditions, ou bien faut-il faire intervenir une force élective^ qui pourrait être l'affinité elle-même? Deux corps formée de parties mobiles et de natures différentes, sou-

il4 FORGES QHIHIQUBS.

mis du reste k une force attractive et à une force rëpulsÎTe, ne peuvent sans doute être mis en présence sans que Pëquilibre qui préside à leur existence ne soit troublé j de même que Ton voit des comètes et des planètes dérangées de leurs orbes par l'influence d'autres astres. Il pourra même arriver que l'équilibre préexistant soit complètement détruit, ei que de nou» veaux systèmes moléculaires soient produits par le nouvel équilibre qui s'établit; et tout cela sans faire intervenir un» forée élective. Cependant, s il en fallait une, l'électricité qui accompagne toujours les phénomènes chimiques serait là pour expliquer les sympathies et les antipathies , les anwurs et les haines^ les noces y ou plus positivement les attractions et les répulsions qui ne peuvent mancpier d'avoir lieu, (i)

Est-il bien vrai que les actions mécaniques ne détruiseot point Lés molécules? Cela peut paraître douteux; caries corps qui fulminent par le choc sont là pour le démontrer, la mauvaise saveur que prend le sucre par la trituration, l'alcalinité du carbonate de chaux que l'on clive, seraient encore là pour indiquer que l'action mécanique altère quelquefois les molécules *, mais, quand même cela ne serait pas, il est très probable que la distance qui sépare les molécules les unes des autres est plus grande que celle qui existe entre leurs élémens, et la rapidité avec laquelle la cohésion diminue suflBit pour expliquer comment il se fait que les molécules adhèrent moins entre elles que leurs parties constituantes.

En étudiant les réactions chimiques , ou les molécules des corps dans l'état dynamique, on peut faire les remarques suivantes :

Les phénomènes qui apparaissent dans les réaction^ chimiques et qui appartiennent à des forces connues, telles que la caloricité, l'électricité, la lumière, sembleraient démontrer que ce sont ces mêmes forces qui les déterminent, plutôt qu'une force étrangère qui ne serait caractérisée par rien de particulier, par rien qui lui fut propre.

La destruction des corps solides par les dissolvans, la pénc-

(i) On pourra coosulter, comme renseignemens sur celle matière, Touvrage d'OlntadtAiir V Identité des Jorce s électriques et chimi^ucsy V£ssai sur les proporâoi^t clûmùques ée M. Rerzé&i», in-8, Paris, 18x9; et plus loin, la théorie i^eclro- •himique.

▲vvmiTt. ftiS

tntioii intime des parties en présence y ont fait penser que VaffmU éxaît, une force antagoniste de la cohésion ; cela semblait ressortir enoore d'une manière pins évidente du phënomène contraire, c'est-à-dire de l'inaction chimique de presque tous les solides mis en contact : la cohérence des parties s'oppossDty en ce cas, à ee que l'affinité pût exercer son action. Presque tous les chimistes ont adopté cette manière de voir: mais je n'ai jamais pu lui accorder une grande confiance. En e£Eet, si la cohésion, telle qu'on la comprend généralement, ne peut s'exercer tout entière par un contact ordinaire on par le simple rapprochement des parties, à plus forte raison l'affinité, ou la cohésion considérée dans les parties les plus intimes des molécules , devra-t-elle demeurer inactive et cela quand même le contact serait parfait. En outre, une force ne peutelle point être opposée à elle-même , et une faible action at* tractive ne peut-elle en vaincre une plus grande si les distances le permettent? La masse de la terre est beaucoup plus faible que celle du soleil, et cependant la lune décrit son orbite autour de cette planète ! L'action du soleil est de même nature que celle de la terre ; elle lui est antagoniste, et, quoique beaucoup plus puissante , elle est pourtant vaincue par cette dernière. L'antagonisme apparent de l'affinité et de la cohésion ne suffisent donc pas pour distinguer ces deux forces.

Quant à la différence observée entre les propriétés d'un corps composé et celles de ses élémens constitutifs, cela n'a rien d'étonnant. On pense très bien à prion que plus il y aura de différence entre les élémens constitutifs d'un corps composé, comme le soufre et un métal, un acide et une base, moins ils devront ressembler au composé; car ce composé ne sera plus ni du soufre, ni un métal, ni un acide, ni une base 5 mais un composé de soufre et de métal, un composé d'acide et de base. En outre , on comprend encore que , plus les élémens consti-* tatifs des corps auront de ressemblance, et plus les composés qu'ils formeront devront leur ressembler ; c'est en effet ce qui a lieu, comme cela peut s'observer parmi les alliages et en gé* néral, mais non sans exception , et chez tous lés composés des corps isodynamiques.

On sent bien que pour expliquer ces faits il est complètement inutile de faire intervenir une force particulière qui aurait modifié la nature des corps.

9l6 VO&CBS GH1HIQU£S.

Qaant à la remarque que l'on a faite que l'affinité donne tieu à des compose's en proportions limitées ou définies, et que la cohésion donne lieu à des rapprocbemens indéfinis de molécules, ce qui a été dit précédemment sur Mne force élective suffit pour y répondre. Dans une masse fluide dont les parties sont mobiles, l'équilibre moléculaire ne saurait avoir lieu sans une répartition exacte des élémens en présence , et les forces réagissantes dussent-elles donner naissance à plusieurs composés, ils seraient répartis dans toute la masse d'une manière parfaitement égale , à moins qu'ils ne fussent immiscibles. Cet équilibre général nécessite donc la formation de systèmes moléculaires définis, et ces systèmes, une fois produits, peuvent sans aucun doute s'adjoindre à l'infini , l'équilibre étant déterminé par les rapports des quantités en présence et non par leur masse totale.

Il résulte, de l'examen qui vient d'être fait, que Texistence de l'affinité est bien loin d'être démontrée , et que si l'on sen* tait la nécessité de s'en servir pour l'inteq)rétation des phénomènes chimiques, on devrait la regarder comme la résultante de plusieurs forces, plutôt que comme une force particulière. En effet , que faut-il pour que les corps se combinent? 1° que leurs élémens soient soumis à l'influence des forces attractives, répulsives et électives; a° que leurs systèmes mécaniques soient aptes à la pénétration, soit directe, soit après leur division , ou qu'ils soient susceptibles de coaptation , comme cela pourrait encore avoir lieu.

La cohésion, la caloricité, Télectricité et peut-être la lumi* nicité (i) suffisent pour l'inlelligence des faits.

Ce que Von a appelé afjirdté chimique paraù donc être le resultat de faction combinée de la constitution mécanique des systèmes moléculaireSy de la cohésion^ d^ la caloricité j de Vélec* tricité et de la luminicité.

QATAZiTm.

Par la catalytie, je désigne le phénomène que M. Bersé-

(i) Que l'on me pardonne ce mot i il convient mieui ici ipte cdoi de linnîire » qui n*est applicable c|u*aux pl^énomènes optiques.

GATALTTIK. llj

lio8 a attribué à une force particulière qu'il a nommëe caialy" iique. (i)

Dans les réactions chimiques ordinaires , les corps mis en présence se pénètrent et se combinent mutuellement,* mais on connaît des cas particuliers dans lesquels les corps réagissent sans se pénétrer et sans se combiner en aucune manière. Ce soDt ces réactions singulières que nous nommerons catalyti-* ques. Les phénomènes les plus remarquables et les plus purs, si Ton peut s'exprimer ainsi, qui appartiennent à cet ordre, ont été découverts par M. le baron Thenard en étudiant le composé merveilleux qu^il a découvert et auquel il a donné le nom d'eau oxygénée. Ce liquide , mis en contact avec quelques métaux très divisés tels que l'or, l'argent, le platine, etc;, se détruit instantanément en donnant de l'eau et de l'oxygène. Il en est de même du bi-oxyde de manganèse, de la fibrine animale et d'une foule d'autres corps qui opèrent cette réaction sans éprouver la moindre modification chimique. L'oxyde d'argent décompose l'eau oxygénée en se décomposant loi-même en oxygène, qui se mêle à celui de l'eau oxygénée et en aident qui demeure intact en présence de Teau. Ici, c'est le simple contact qui détermine la réaction.

Le polysulfnre d'hydrogène se comporte comme l'eau oxygénée en donnant des réactions du même ordre,

M. Berzélius et la plupart des chimistes pensent que la transformation de la fécule en dextrine et en sucre par l'acide sulfurique ou parla diastase, que la décomposition des sucres en alcool et en acide carbonique par le ferment, que la transformation des sucres en acide lactique et celle des sels à acides v^étaux et à bases alcalines en bi-carbonates par les membranes, que la formation de l'éther hydrique sous l'influence de l'acide sulfurîque, que la transformation de la sinapisine en huile volatile de moutarde , et celle de l'amygdaline en huile volatile d'amandes amères, sous l'influence de l'émul* sine et de l'eau, sont dues à la même cause qui fait que l'eau oxygénée et le polysulfnre d'hydrogène sont décomposés dans les circonstances qui ont été indiquées précédemment; mais je i^Wrais affirmer que cela fût ainsi , j'oserais même dire que ces phénomènes me paraissent d'un tout autre ordre. M. le

(>) Dt «n^jpiyoïc, dînolotioii. y» Ann. tU eh. et de fkjs. , t. 6i, p. 146.

ai8 FOaCM GHUUQUBS.

hêsxm Thenard l'a dëmontrë pour l'ëther hydrique, et je pense qu'il en est de même pour tous les autres corps.

Dans la fermentation, le ferment est réellement décompose, puisqu'il perd de l'azote, qui se combine ayec d'autres ëlé* mens ; que l'adde sulâirique se combine sans doute suooessi* cernent avec la fécule à mesure qu'il en détruit les granules, et «qu'une fois qu'il en a transformé une partie en ginoose, il redevient libre et peut en reproduire une nouvelle quantité, et ainsi de suite. Cette opinion est d'autant plus probable que la durée de l'opération est en raison inverse de la quantité d'acide.

Quant k l'action exercée par Pémulsine et par les membranes , elle n'est point encore assez étudiée pour qu'on puisse la rapporter à la catalytie avec certitude. Cependant elle pa« ratt y avoir plus de droit que les actions précédentes.

Mois que ces faits soient catalytiques ou qu'ils ne le soient point, ceux qui sont présentés par l'eau oxygénée sont si nets, si tranchés, qu'ils suffisent à eux seuls pour faire admettre sans le moindre doute un mode particulier de réactions chimiques.

Maintenant que les faits ont été exposés, il reste à examiner si les phénomènes catalytiques sont dus à une force particulière ou s'ils peuvent être expliqués par les autres forces qui président aux réactions chimiques.

Lorsque Ton voit les liquides changer de niveau dans les espaces capillaires , que Ton sait que ceux-ci condensent les gaz et qu'ils modiGent certaines réactions chimiques, il n'y a nul doute qu'au contact des corps les forces moléculaires ne puissent manifester leur puissance; mais s'il en est ainsi, la tension qui survient dans les molécules par le contact d'un corps ne peut-elle pas éloigner leurs élémens au*delA de leur sphère d'attraction, et donner ainsi naissance à des nouveaux produits, lors même que le corps qui a déterminé cette action n^entre pas en combinaison avec eux? C'est li l'idée que je me fais de l'action cataly tique, et je la crois due i la même force qui détermine les phénomènes capillaires , c'est-à-dire à la cohésion. L'électricité, la chaleur, la lumière peuvent aussi être des causes déterminantes de la cataly tie ; mais , dans la plupart des cas, elles paraissent n'en être que des phénomènes secondaires.

.minm

THÉORIES CHIMIQUES

La chimie , si féconde en phénomènes remarquables y a dû ouvrir un vaste champ aux spéculations j aussi les théories tendant à les expliquer n'ont pas manqué de surgir. L'imagination , plus rapide que l'expérience , l'a presque toujours devancée* On peut même dire que des théories chimiques ont précédé la chimie; car, avant d'avoir démontré la composition diinûque des corps , on en avait soupçonné l'existence ; aussi ne faudra*t-il point s'étonner si l'on consacre ici un chapitre â la théorie chimique des anciens philosophes grecs, lorsqu'il a été reconnu que les Grecs ne connaissaient point la chimie*

De la nature même des théories , qui sont des monumens élevés par l'intelligence humaine plutôt que la représentation précise et rigoureuse des êtres et des phénomènes , il résulte qu'elles doivent offrir peu de fixité j aussi ne faudra-t-il point s'étonner de voir que des théories conçues d'une manière prématurée ont été détruites par des découvertes ultérieures pour ne plus reparaître. Les phénomènes chimiques ne sont point d'une intelligence si facile que Ion puisse être assuré de les bien interpréter. Ils sont le résultat de l'action des parties les plus intimes des corps, de forces que nous ne pouvons que soupçonner : comment aurait-on pu, dès l'origine de la science, se rendre un compte exact de ces phénomènes , aiyourd'hui même que Ion a peine à les comprendre?

Cependant, parmi les faits du domaine de la chimie, il en est que l'expérience a expliqués d'une manière nette et pré* cise; telle est, par exemple, la cause de l'augmentation du poids des métaux pendant leur calcination à l'air, qui a si longtemps occupé les chinûstes. Si certaines théories sont aujourd'hui inébranlables , c'est qu'elles sont fondées sur l'expéri* mentation et sur l'observation directe des faits. Toutes celles qui Oui dépassé les limites dans lesquelles se trouvent ren* fetiBés ces moyen» d'interroger la nature, ne peuvent être considérées que comme des efforts du génie de l'homme qui attendent k sanction expérifl^ntaie Ott le néant.

aao THÉOHIBS CHIMIQUES.

Envisagées sous le point de vue qui vient d'être expose, les théories peuvent être partagées en deux ordres différcns : celles qui ne font qu'établir la relation naturelle des faits en les expliquant les uns par les autres , théories que l'on peut nommer physiques ou expérimentales, et celles qui remontent à des démonstrations que l'on peut dire métaphysiques ou rationnelles ou spéculatives j parce qu'elles vont au-delà de ce qui est appréciable à nos sens par le seul usage du raisonnement.

Les premières de ces théories sont indispensables , elles peuvent être rigoureusement exactes et parfaitement démontrées; cependant elles peuvent aussi être fausses; mais, dans ce cas, il arrive une époque où elles tombent par la force des choses pour ne plus se relever. Telle a été , par exemple , la théorie du phlogistique. Les théories du second ordre ne sont point aussi indispensables que les premières; mais l'homme ne peut résister au désir de les créer; son imi^gination, impatiente et toujours active, devance l'observation dont la marche trop lente ne peut lui suffire. Comparant tous les faits connus, et cherchant leur filiation, il remonte autant que possible à leur origine, et lorsque ses sens deviennent insuffisans, il cherche à déduire, des faits observés , la notion de ce qui ne peut être saisi par son investigation directe. C'est ainsi que l'on a imaginé les atomes qui échappent à l'observation d'aujourd'hui et que nous n'avons même nul espoir d'observer jamais.

Dans les sciences physiques, comme dans les sciences mathématiques , il arrive souvent que l'on fait abstraction des êtres matériels pour ne s'occuper que des phénomènes qu'ils présentent. Cela est possible, convenable même dans un grand nombre de circonstances; mais l'habitude de considérer les phénomènes d'une manière abstraite a conduit souvent à les regarder comme ayant une existence matérielle. Ceci est une grave erreur qui a exercé une influence immense sur la marche des sciences et que l'on ne saurait détruire aujourd'hui qu'avec une peine extrême. Une fois cette notion acquise, on ne se demandait plus si elle était exacte 9 on s'en servait comme d'une chose démontrée. C'est ainsi que l'on a admis l'existence matérielle du calorique, de l'électricité et de la lumière. Aujourd'hui les physiciens sont dans une meilleure voie. Cependant bien des sa vans croyaient et croient encore démontrer la réalité de leur manière de voir, en s ap-

THÉOAIB DES AUGICKS GRECS. ISlI

payant sur des définitions qu'ils ont faites eux-mêmes et qui, comme toutes les définitions appliquées aux sciences physiques, nWt de valeur réelle que pour établir des sophismes. C'est ainsi que quelques-uns d'cBtre eux soutiennent encore que le calorique est corporel et matériel. Pour cela , ils se fondent sur la définition des corps telle qu'ils la comprennent ; un corps est ce qui frappe nos sens; or, le calorique frappe nos sens , puisqu'il peut nous réchauffer, nous brûler même; donc il est corporel ! Mais qui leur dit qu'ils ont convenablement défini les corps? Les images formées aux foyers conjugaés des miroirs concaves, celles qui sont produites dans le phénomène du mirage frappent aussi nos sens , puisque nous les voyons; mais elles ne sont nullement matérielles, car elles ne sont point impénétrables. Quelques physiciens disent encore que les gaz sont formés par la réunion de la matière de la chaleur avec une autre matière, et que la preuve peut en être donnée par la compression qui dégage cette matière de la chaleur; mais ici n'est-ce point une hypothèse expliquée par elle-même?

La théorie qui précède est presque entièrement abandonnée aujourd'hui par les physiciens ; ils voient la cause de la chaleur dans les vibrations des molécules des corps. La lumière est également produite par les vibrations des molécules com-k muniquées à un fluide particulier qu'ils ont imaginé et qu'ils nomment éther ; quant à l'électricité , ses théories sont vagues, on n'ose rien hasarder sur sa nature ; on peut dire cependant que les physiciens la considèrent plutôt comme ayant une existence matérielle que comme un simple phénomène. Les relations qui existent entre la chimie et la physique méritent que l'on s'occupe xle théories de cette dernière science, et j'oserai hasarder d'exposer mon opinion lorsque je traiterai de la théorie générale de la chimie.

Nous allons passer successivement en revue la théorie des Grecs, celle de Stahl, celle de Lavoisier, la théorie électro-chiinique, la théorie atomique, celle des radicaux, celle des types, et, enfin, la th&)rie générale de la chimie.

TRÉOAIE CHIMIQUE DBS AlfCIBlfS GEECS.

Il a déjà été dit plus haut comment une théorie sur la com* position des corps avait précédé la science. C'est une connais^

aSS THBOmiBB GHMIQUBS.

unce répandue très vulgairement, que les anciens Grecs reconnaissaient quatre élëmens, principes de toutes choses, qui entraient dans la constitution des corps. Ces ëlëmens étaient : la terre, l'eau, l'air et le feu.

Les Grecs avaient l'idée de l'Indestructibilité de la matière sur laquelle reposent aujourd'hui toutes les doctrines fondamentales de la chimie. Les corps étaient des agrégats périssables qui avaient un commencement et une fin. Ils avaient une idée assez nette de la synthèse et de l'analyse, c est-à-dire de la combinaison des élémens pour former des corps mixtes, et de la destruction des mixtes pour retourner à leurs élémens.

Si l'on ne cherchait point à approfondir la théorie des élémens admise par les Grecs , on la trouverait insuffisante , absurde même dans plusieurs circonstances , mais il ne faut point oublier que si les Grecs ont à peine expérimenté, qu'ils étaient habiles observateurs et logiciens profonds; qu'ils n'ont pu, comme nous, connaître )es détaib d'une théorie expérimentale ; mais qu'ils ont du la saisir dans son ensemble , à son origine et à sa terminaison.

Pour les anciens philosophes grecs , la terre , que nous ne devons pas considérer comme notre globe, mais comme la matière qui le constitue , représentait l'élément général qui ^ forme les mixtes inorganiques. Cela ne pouvait être autre^ meut, puisque les philosophes grecs n'admettaient que quatre élémens et qu'ils reconnaissaient des corps mixtes; il fallait nécessairement que l'élément terrestre donnât naissance anx corps inorganiques, en faisant intervenir peut-être le principe du feu. Les végétaux fixés sur le sol lui enlevaient des particules minérales; ils ne pouvaient croître sans le concours de l'air et de la chaleur, et les Grecs admettaient que la terre , l'eau, l'air et le feu entraient dans leur composition, parce qu'ils pubaient réellement leurs alimens , si l'on peut s'exprimer ainsi , dans ces élémens. Les animaux vivent de végétaux ou se dévorent mutuellement, ils ont besoin d'eaa, d'air et de chaleur. Les animaux devaient donc être formés des mêmes élémens que les végétaux, mais combinés en d'autres proportions et d'une manière différente. Enfin, si l'on détruit les matières organiques par la chaleur, on obtient une espèce d'analyse qui démontre ce que l'on avait trouvé par l'observation : la combustion représente le feu qui retourne à

THiOa» DBS ANtilUIS «KBGS. ^%i

l'espice ; dei gai ou esprits, de Peau s'ccliappent aussi, el il reste enfin une matière terreuse qui est la cendre, et c'est saiM doote ici le cas de faire remarquer que, comme les Grecs def aient admettre plusieurs mixtes terrestres , ils devaient aussi aToir difierens composés aqueux ou liquides. Par la synthèse logique et par l'analyse chimique, les Grecs trouvaient donc que les êtres organiques étaient formés par le concours et la réunion des quatre élémens. Cela est démontré par une foule de passages tirés des auteurs grecs, tek qu'Anaximenès et Anazago» ras. Le premier de ces philosophes disait : « 7*011/ vient de tair et tout y retourne. » Anaxagoras dit bien positivement que nos alimens renferment nécessairement les mêmes élémens que notre corps. U est bien évident qu'il ne s'agit ici qae des corps organiques, puisque les Grecs pensaient que les élémens ne pouvaient être transformés les uns dans les autres. C'est au HMiins ce que Platon pensait d'une manière bien formelle, et il donnait, pour cause de l'immutabilité des élémens, la forme qu'il leur reconnaissait. Ce philosophe pensait que les parties élémentaires de la terre étaient cubiques, que celles de Tean étaient icosaédriques, celles de l'air octaédriques, et qu'enfin celtes du feu avaient une forme pyramidale. U est probable que cette forme se rapportait au tétraèdre ^ car on ne peut s'empêcher de remarquer que Platon avait adopté, pour formes des élémens, eelles des solides r^uliers des géomètres, moins le dodécaèdre pentagonal ; c'est-i-dire le tétraèdre, le cube, l'octaèdre et Ticosaèdre. (i)

Aux quatre élémens généralement reconnus par les philosophes grecs, Aristote ajoutait l'éther, plus fluide et plus mobile que le feu même. C'est cet éther sans doute qui a traversé les siècles et se retrouve aujourd'hui dans les théories de la lu-

(s) M, Hoefer, dans ion Butoire de la chimie , p. S6, cke im puaage d« Platon ^ lonble coDtredire ce qui Tieot d'être «fanoé. Dans œ passage, il est dit qoe fera, en se coodeasaot, se change en pierre ou en terre ; que la terre, dissoufe et dérooposée, s*éTapore en air, etc« Je pense qu'il faut interpréter ee passage d*une ■— îftf beancoup plus générale : par Tétai de pierre, il hni entendre l'état solide ; par air, eelai de vapeur ; et dire, Tean en se condensant devient solide comme les yicnvs; les vapeurs en se côodensant deviennent liquides, etc. Il est probable que par h condensation, Platon a dâ eoiendre aussi celle qui a lieu par la combinaison cfaisiqne; car, c'est ainsi que des liquides et des fluides élastiques peuvent deve- I eoncourint à la nutrition des êtres organiques.

âa3 tRéORIBS CHIMIQUES.

mière, soujpçonnées par Descartes, admises par HuygheDs, Euler, Fresnel, etc.

 la théorie qui précède, il faut ajouter que cest au génie de Leucippe, qui vivait dans le cinquième siècle qui a précédé l'ère vulgaire, que Ton doit la conception des atomes qui ser* vent aujourd'hui de base aux théories spéculatives les plus profondes. Cette théorie a été développée par les Grecs d'une . manière beaucoup plus complète qu'elle ne l'est de nos jours; c'est ainsi qu'Épicure l'appliqaa même à la formation des êtres organiques. Le poème de Lucrèce est là pour témoigner de l'immense importance qui lui était attribuée.

La constitution des corps ayant été étudiée sous le point do vue de la théorie corpusculaire , devant résumer cette théorie dans un article spécial, nous ne nous en occuperons point ici.

Dans le court exposé qui vient d*être fait des théories des Grecs, nous n'avons dû voir que le fond des choses et passer sous silence une foule de modificatious qu'il aurait fallu y rapporter si l'on avait dû tenir compte des opinions particulières à chaque philosophe ou savant ; mais pénétré de la pensée que les observations de tant d'hommes laborieux et profonds ne pouvaient être absurdes, me plaçant dans la voie qu'ils avaient ouverte , j'ai plutôt cherché à faire une juste applica* tion de leurs connaissances et à trouver le lien qui existe entre leurs écrits et la nature qu'ils observèrent, qu'à m'attacher à la traduction littorale de leurs écrits qu'il n'est pas permis de comprendre sans s'être identifié scientifiquement avec eux.

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