NOMENCLATURE ET NOTATION
Les sciences se fécondent et se propagent par la communication de la pensëe. Sans la merveilleuse invention qui nous pennet de représenter nos idëes, et de formuler les opérations de notre intelligence par des signes, les raisonnemens ne sannient avoir aucune profondeur ; toute analyse nous serait interdite, et la science acquise par chaque individu périrait avec loi sans qu'il ait pu en doter ses semblables.
Les signes que les hommes emploient pour communiquer entre eux sont mimiques^ parlés ou graphiques. Les signes représentant les idées et leur combinaison formulant la pensée, les sciences qui s'occupent de tant d'objets divers ont toujours on vocabulaire, et souvent, même, elles font usage de signes particuliers. La chimie, plus que toutes les autres sciences, fait usage de signes qui lui sont propres ; mab elle n'emploie qne les signes parlés et les signes graphiques. Les signes parlés forment un système de langage que l'on nomme notnencla" tun; les signes graphiques représentent la notation chimique. Pour que les signes soient aussi utiles que possible, il faut qu'ils puissent représenter la pensée avec une eiaclitude parfaite; car sans cette condition, de première nécessité , ils nuisent à la rectitude du jugement et rendent les communications peu intelligibles.
Lorsque les signes indiquent des êtres et des faits , ils peuvent toujours être bons, s'ils ne rappellent rien autre chose ; cur il suffit qu'ils soient énoncés pour que Timagination oublie œ qu'ils sont pour ne plus s'occuper que de ce qu'ils représentent \ mais lorsque les signes sont combinés de manière i formuler des hypothèses ou des conceptions spéculatives, il urive une époque où ils deviennent erronés ou au moins in* soflisans, parce qu'ils ne représentent plus ce qui est alors dans lopinion générale. Ceci est malheureusement une condition indispensable de la perfectibilité des sciences; car, tandis qu'elles font des progrès, les signes demeui*ent invariables et station- T« T. ao
Sotf SIGKM tifaIMlQ1!88.
Daires. Il résulte donc évidemment, de cet état de choses, que les signes , quels qu'ils soient , ayant pour but de fonnider notre pensée, la représentent assez exactement à l'époque de leur création ; mais que bientôt ils perdent de leur yaleur, se trouvent arriérés , et finissent même quelquefois par devenir un obstacle au progrès. Il faut encore ajouter à cela que la mauvaise habitude qu*ont la plupart des hommes de recevoir tfe qn'oti leut donne sans Tezaminef , fait qu'ils ont des choses des idé<s tout antres que èelles quils devraient avoir. Tous ces intonvéniens sont inhérens aux signes chimiques, comme & Idtis ceux des autres àcienc&s.
KOUBtfCLATUmS GHmiQUE.
Avant rétablisseDMit des acadéaiîes, et afant la aréation ém jourattttx scientifiques ^ les savons étaient obligés de voyager poui^ se perfectionner ^ns tes scLenees expéri* mentales. Les ieommunicatîons étaient difficiles , une même •trihitimte était découverte par plusieurs individus à^a^bis^ ou |>ar plusieurs procédés différens, sans que l'on sût en recôunattte l'identité, et il résultait de U qu'elle recevait plusieurs noms. Il s'ensuivit une grande complication dans k «ynonymie. U oxyde de zinc se nommait tout à-la-fcHS/MNiipkolis^ nihil album j iana philoêophica; le proto-chlorure de mercure avuit reçu les noms dt mBrcura doux^ de calomélas^ de prieipUé Hane , à^aqmta êtlba , die panacée mercarieUe^ de penitoèe uni^ersMe^ etc. Le sulfate de potasse se nomsnait xl daobus^ arcamim €lupUeaCum et tattt^ vitriolé.
n ^it bien désirable que les chimistes s'entendissent pour créer un langage plus convenable. Déjà quelques-nos d'eutie Mx^ tels que Maoquer et fiaumé, avaient formé d^s voeux (lour la i^aMsâtion de ce projet, locsquen 17821 Gny^on de MotreaMi propesb, à l'Académie des soienoes de Paris, un nouveau système de ttomenolature , fi>ndé sur la composiiisn «chimique des corps* Le projet de Guy ton de Morveau ayant été pris en considération par l'Académie^ non saus beawooap d'hésitation ou d'indifférence, cette société nomma une <x>nimission composée de Lavoiaiîer, de Fourcroy et de BerthoUet, qui s'adjoignirent Guyton. Ces quatre savans s'éntendireat ensemble et même consultèrent tous ceux qui pouvaient les éclairer, et Lovoisier lut la première partie de leur ^avail,
SOUIKI^ATUU. 307
le i8 avril 1787» Guyton lut la seconde pea de jours après.
Le système de nomenclature adopté par la commission de l'Académie des sciences était fondé sur un petit nombre de principes ijue l'on peut râumer ainsi : I. Ld ooi|» ëémBBtaSaft neevront un ml nom» H. Lbi BQirpi ctmpoMi tmmtt npMsoDtés pir )m m&tOÊ ém iiénum «kaat
dans leur oompotilion.
nL Les corps composés seront toujours désignés par doux noms, quel<ine com-
pliiinée que Jtst laar cmppmiiien.
ly. Lorsque deux corps se combineront en plusieurs proportions , lea différou composés qu'ib fanneront seront disânjgués par des terminaisons partîodières.
▼. ta nomoMlatve fignalcn aalaat4ne yuwilile 4ei propriétés fendanMiitales des corps.
Les règles qui viennent d'être exposées ont élé suivies jusqu'à ce jour, mais ce n'a pas été sans modification ni sans perfectionnement; aussi vont-elles être développées, non point telles qu'elles l'ont d'abord été, mais telles qu'elles sont admises aujourd'bui par la plupart des chimistes.
VomenoUtaie des éiémeas ohîmiqaef .
1° Les noms des élémens chimiques doivent être courts, faciles à prononcer et à faire entrer dans la ocunpositîon des mou. Ils doivent ète, autant que possible, inaignifians. lies mots or, ar^snt, cuivre, plmnby qui ne rappeUent aucune autw idée que c^e des corps qu'ils indiquent, sont cKoellsns.
Lorsque les noms des élémens chimiques sont significatif, il faut qu'ils rappellent une propriété physique et jamais une propriété chimique. Les mots : chlore^ brome et iode, sont ezcellens, parce qu'ils rappelle^it des .ooideurs et une odeuf } parce que ces propriétés appartiennent aux corps eux-mêmes et qu'ils ne peuvent les pei^e sans cesser d'être ce qu'ils sont. Le mot hydrogène , qui signifie générateur de l'eau , est donbkment mauvais, parce que le corps qu'il représente n'est pas plus le générateur de l'eau que roaLygène, attendu qu'elle admet nécessairement ces deux corps dans sa composition, et parce qu'on ne peut le faire entrer dans la composition des mots sans laisser dans le iloute de savoir s'il s'agit de l'hydrogàae on de l'eau. Le mot oxygine, Cjfli signifie générateur des
ao.
3lO SIOMS OHiniQtJBS.
Composés formés par Punîon des métalloïdes entre eux ou apee les métaux, -— Lorsque c'est un mëtalloïde autre que l'oxygène qui s'unît à un mëtal, on le termine en ure en le contractant convenablement, et on y ajoute le nom du métal comme pour les oiydes. Les différens degrés des combinaisons d'un même corps s'expriment aussi comme s'il s'agissait des oxydes. On a donc des :
PIroto ( Salnire Sesqni 1 Chlorure Bi I ArséDiore
de dîHn nélMB on nMUoidv.
Addes. — Les acides sont des corps qui peuvent s'unir aux bases pour former des sels. Bien des acides contiennent de l'oxygène, on les nomme oxacides*^ ceux qui contiennent de l'hydrogène se nomment Jgfdracides. Enfin, il y a des acides qui ne contiennent ni oxygène , ni hydrogène; mais qui peuvent renfermer du soufre, ou du chlore , etc. : on les nonune des sulfacideSf des chhracidesy etc.
On confond aujourd'hui sous le nom d'acides un grand nombre de corps qui n'en sont point. Ces prétendus acides sont de véritables sels et des acides doubles , c'est-à*-dire des acides qui donnent naissance à deux ordres de sels, en s'unissant aux bases. Tous les acides unis à l'eau, tek que les prétendus acides chlorique, hyper-chlorique, hypo-sulfïiriqae, sulfurique concentré, azotique..., et presque la totalité des acides organiques, sont des composés sidins ; c'esti-dire qu'ils renferment les élémens d'un acide et ceux d'une base, qui est représentée par de l'eau... Pappliquerai la nomenclature des sels à tous ces prétendus acides.
A. Oxacides. — . Le mot adde sert de nom générique pour tous les corps qui s'unissent avec les bases pour former des sels. L'espèce de l'acide est désignée par le nom du radical qui entre dans sa composition. On termine ce radical en eux ou en
noHMDdatQre eit bonne. On dit oxyde rouge de mercure, oxjde noir de fa*, oxyde puce de plomb , etc. On s'est servi des particules grecques proio^ deuio^ tritOf etCt , pour exprimer le rang des oxydes selon les quantités d'ozygèlfe qu*ib renfermaient , mais ce mode de nomendatore est mauTais, parce que la découverte d'an oxyde intermédiaire d*un métal ayant d^ plaaieari wjém soMoait une grande confusion.
llOlll9Gl.àTP||B« ^ 3 1 1
iqugf aeloD qu'il est uni à des proportions rtlativenieilt fii3>lfls ou fortes d'oxygène. Ainsi, le soufre dmne deoK acidf» principaux avec Voxygène, le moins oxygéné se nomme acide sul' fûreux, le plus oxygéné se nomme adde sulfurique. On forme ainsi les noms de plusieurs acides^ tds sont les suivans :
sulfiur \ teUnr
^^^ ^ ihlor" iod
Depuis la création de k nom^ndatwe précédente, on a trouTé beaucoup d acides inférienn, intermédiaires on supérieurs aux précédens par la quantité d'oxygène qu'ils renferment 5 ainsi, Ton connaît un acide moins oxygéné qpe l'acide sulfureux, un acide plus oxygéné cj/xe ce dernier acide^ mais mobs oxygéné que l'acide sidfurique, et un acide plus oxygéné que Tacide chlorique. Pour distinguer ces addes , on se sert des particules hypo et l^yper qui veulent dire au-dessous e% aur dessus^ Le premier adde se nomme h/pthsulfureux ; le second, hypo-sulfurique^ et le troisième, acide hyper-chlorique.
On a ainsi les acides :
ipUureax.
•ulfîiriqae.
Hypo J phosphoreux, iptimonique.
ctiloreux.
An lieu d^hjrperj on emploie quelquefois per, tiré du latin , on ktpta, tiré du grec, et qui veut dire septj car chacun de ces acides contient sep$ ^tqulval^i^is d'oxygène.
I Hyper ▲ade I Fer t Hepta
ohloriqut.
bromique.
mukptùtfoe.
B. Hydracides, — L'hydrogène uni avec les chloroïdes ou les oxoïdes, donne naissance à des composés que l'on a nommés des
ique. I
3la 81GHB8 CHIMIQUES.
hydracides. Leur nom se formait en ajoutant le nom da radical à cekd de Thydrogène, et l'on disait :
Acide hydro
•ulAiriqoe.
chlorique.
bromique»
fluorique.
M. le baron Thenard a fait observer que, pour être conséquent avec les principes de la nomenclature, il fallait former le genre de^ces acides arec Pëlément négatif entrant dans leur composition , et désigner Tespëce par l'hydrogène , de telle manière que les noms précédem devinssent :
tuir .
cWor f v-j.:—.-.
Mm ( ^y^^*-
fluor
J'ai d^à eu l'ocdasion de démontrer que les hydracides ne sont point des acides, mais des composés comparables aux composés binaires ordinaires. Lorsquecesprétendushydracides réagissent sur un mêlai, l'hydrogène s*en va et le métal prend sa place. L'hydracide n'entre donc point en entier dans la composition du composé qu'il concourt à former. Lorsqu'un hydracide est mis en présence d'un oxyde, il se forme toujours de l'eau et un temposé binaire tout- à-fait semblable à celui que son radical formerait en s'unissant directement avec le métal de l'oxyde; ainsi, les prétendus acides sulfhydrique, chlorhydrique, etc., donnent des sulfures et des chlorures dans les circonstances précédentes.
J'assimilerai la nomenclature des hydracides à celle des composés binaires non oxygénés et non acides , cela sera fait de la manière suivante :
tulfliydriqae = sulfiire tellurhydrîque 1= teUninre Acide \ chlorfaydrique = chlomre bràhydrique = brôainre iodhydrîque ::= iodare
hydrique.
Les hydracides peuvent s'unir directement et en entier avec des composés binaires renfermant le même radical qu*eax ; ainsi , Tacide sulfhydrique s*unît au sulfure de sodium ou au salfare de potassium ; l'acide cblorhydrique s'unit au trichlorure d'or, au bi-chlorure d'ctain , etc. Ces composes se
BOHVIfGLATU&B. 3r3
nomment des mlf hydrates de sulfures , des cUorkydraies de chlorures, etc.
Je coosidérend ces composés comme des sulfures doables ou comme des chlorures doubles, ce sont des composés dans lesquels les hydracides jouent le rôle d'une acide ou celui d'une bsse, selon les circonstances.
Les hydracides s'unissent aussi diryectement à l'ammoniaqoe. 11 est probable que^ dans cette circonstance, ils se comportent exactement comme dans le cas précédent; mais en adoptant la théorie de Vammoniumy dont il sera question plus loin, ces composés sont assimilés aux composés binaires, et, par exemple, le chlorhydrate d^ammoniaque devient du chlorure d smmonium, puisque Ton fait rentrer l'hydrogène de l'acide dans le radical ammonium.
C. Acides non oxygénés et non hydrogénés, — Les oxoïdes et les chloroïdes, eh s'unissant à difiereus corps, peuvent donner naissance i des acides tout aussi bien qi^e l'oxygène, et quelquefois même, d'une manière plus remarquable. Lorsque les composés correspondent aux acides oxygénés , on les désigne toujours sous le nom généri<]ue à!acide^ et on leur applique les conditions de la nomenclature des oxacides, en ayant soin de faire précéder le nom spécifique de l'acide, du nom contracté du corps qui remplace Toxygéne ; ainsi, on a Tacide chlorosulfurique, l'acide sulfo-molybdique, etc. Il y a de ces acides à radical métallique que l'on ne distingue généralement point en France des. composés binaires ordinaires et qui suivent la même nomenclature; c'est ainsi que l'on a du tri-oxyde d'or, du bi-oxydc d'étain, etc. Ces composés sont des acides, et les composés correspondans, formés avec les autres oxoïdes ou avec les chloroïdes, sont encore des acides que l'on devrait astreindre à la même nomenclature que les acides de ce groupe, et Ton devrait dire par conséquent acide cfdoroaunque^ acide chloro-siamdque,
M. Berzélius applique à ces composés une nomenclature analogue à celle des corps formés de deux élémens non acides, seokment au lieu de la terminaison en ure^ il adopte celle en ide. La nomenclature précédente me paraît préférable , en ce qn*elle généralise davantage.
D. Acides complexes. — Plusieurs composés que l'on désigne sons le nom d'açjde en France donnent naissance i deux ordres
9i4 siom QwnQVBB.
de seb» lonqa'ou le* unit avec une baaei aiuû, le prétendu acide hjrpo^azotique , mis en présence de la potasse, se dédouble ei produit de l'azotate et de l'azotite de potasse. Aussi cela porte-t-il plusieurs chimistes , et entre autres M. Mit»cberUch, à considérer ce corps comme étant produit par la réunion de l'adde azotique et de Pacide azoteux. H n'y a i{iie la série des chloroïdes et celle des azotoïdes qui donnent de tels acides , se rapportant tous à la formule générale XOs* Ce sont les acides hy po-azotique, hypo-phosphorique, antim<mieuz et l'oxyde de dilore. Je pense qu'en suivant le système de nomenclature adopté jusqu'à ce jour, on pourrait donner k oes corps des noms qui rappelleraient qu'ils peuvent être représentés par des acides composés, dont l'un terminé en eux et l'autre en ique^ pour cela on les terminerait en osigue^ et l'on dirait:
IaiolonqM = aeid* hype^istiqne.
phwphoraiiqiie ^ acide hypo-phosphorlqiM. anUmonosique = acide antimoaieux.
dilorosique = oxyda de chlore.
Nomenclaiare des composée êoUns.
Les sels étant généralement produits par la réunion directe des acides et des bases, et de plus , étant considérés par la plupart des chimistes comme des composés dans lesquels ces sortes d'élémens composés conservent \q\iv prédisposition^ on leur applique une nomenclature analogue à celle des composés formés de deux élémens seulement, quoiqu'en réalité ils en contiennent toujours au moins trob (i). Le nom de l'acide détermine le genre, et le nom de la base détermine celui de l'espèce. La terminaison des acides en ique est changée en ate, celle des acides en eux est changée en ite^ et Ton y ajoute le nom de la base, en l'adjectivant ou bien en le mettant au génitif avec la particule de. Dans quelques cas, on opère une contraction dans le nom de l'acide pour l'abréger et le rendre plus agréable à l'oreille; ainsi, suif urique {dit suif aie, et phosphorîque id\i phosphate.
(0 Certaiof conposés indifférenf ne renfermant que deux élémens pouiraient fort bien a^oir une constitution semblable i celle de certains sels neutres : les bisulfures de fer 82 Fe, et le bi-oxyde de manganèse O2 Bfn, étant doublés, doonenîtat des formulei analognes à ceUes des sulfates a Ss Fe ss Ss Fa, STe et s Ch Mb 89 0a Mm OHasnangraata de 1
3iS
Les eiemples soiram suffiront pour donner mue idée de le nomendatiire des sels dans les cas les pins ordinaûres :
Hjpoiulf Chfor
ate ite
Hypemiaiigan | Hypardikr f
d« p«tine» de soude, d'ammoniaqi^» de baryte, d*argeot, de plomb, etc., ou
potassique, sodique, ammoniqiie, barytiqne, ar» gentique, plombîque.
Lorscpieron dit sulfate , nitrate , chlorate..*.. d*aq;ent) de I^omb, etc., onsous-entend sulfite, nitrate, chlorate... d'oxyde d'argent, d^oxyde de plomb, etc., puisque ce sont des oxydes et non point des métaux qui s'unissent aux acides. La potasse, la ioude, la baryte , etc., étant des oxydes , n'exigent point de restriction de cet ordre.
Les sels, qui renferment plus qu'un équivalent d*acide pour un équivalent de base, sont nommés seù acides $ les sels qui contiennent au contraire pitv qu'un équivalent de base pour tm équivalent d'acide , sont nommés sels basiques. On applique à ces sels la nomenclature des composés formés de deux élémens pour désigner les proportions d'acide et de base qui entrent dans leur constitution. Il y a donc des sesquL'selsj des bi'Sels, des sels sesqui-iasiqueSy des sels bUbasiqueSf etc.
On a ainsi du bi-chromate et du bisulfate dépotasse. Les composés minéraux nous ofirent très peu d'exemples de sels basiques et encore ceux qui portent ce nom sont-ils souvent des seuls neutres dans lesquels l'eau remplit les fonctions d'une base.
Les sels basiques à différens degrés sont souvent àes sels fort différens et qui mériteraient des noms spéciaux. L'acide phosphorique combiné avec une, deux ou trois molécules de, base, constitue des sels d'ordres tout particuliers que l'on nomme méta-phosphates ; pyro-phosphates et phosphates (F. l'art ^, page 78).
Parmi les composés d'origine organique, on admet un grand nombre d'acides; mais ces composés, à l'exception d'un très petit nombre , tels que le tannin et Fadde pyro-gallique , ont une constitution tout- à -fait saline et renferment de Peau qui remplit les fonctions d'ime base ; les prétendus addes Qialiqne, citrique, tartrique, etc.;, n'ont jamais été obtenus à
3l6 SIGHBS CHIMIQUES.
l'eut libre. On ne connaît donc que les types oxalate , citrate et tartrate^ et non point les acides oxalique, citrique et tartrique.
Quelquefois plusieurs sels peuvent se rëunir et cristalliser ensemble : la nature nous en offre un grand nombre d'exemples dans les silicates; les divers aluns sont tous formés de deux sels réunis de celte manière. Dans ces sortes de composés l'acide est souvent commun aux deux sels, ou bien la base est la même, et il y a deux acides diff<?rens. Dans le premier cas, on exprime le genre de l'acide et Ton y joint les noms des deux bases , on dit , par exemple , sulfate d alumine et de potasse, au lieu de dire alun de potasse. Cette nomenclature, qui n'est applicable qu'à un très petit nombre de corps, est vicieuse; elle ne se rapporte pas aux principes généraux qui veulent que les noms des corps soient toujours réunis deux ensemble i aussi ne s'en sert-on plus aujourd'hui.
Nomenclature des composés organiques.
Les composés d'origine organique ne sont soumis à aucun principe de nomenclature qui offre quelque chose de précis et de bien arrêté; à mosure de 'leurs découvertes, les chimistes leur donnent des noms nouveaux appropriés à leurs idées. Je vais m'efforcer de rassembler les quelques notions éparses qui servent de guide pour les cas nouveaux , rentrant dans ceux qui sont connus. Les notions générales se rapportent aux acides, aux sels, aux bases organiques, aux corps neutres, aux radicaux et aux corps dérivés les uns des autres.
Acides Horigine organique. — Il a déjà été question de la nomenclature de ces sortes de produits; ce sont généralement des composés satins dans lesquels Teau ou ses élémens jouent le rôle de base. A ce titre , il n'y a qu'un nombre très limité d'acides organiques, le tannin, l'acide pyro-gallique , sont de véritables acides, parce qu'ils s'unissent directement aux bases; mais il n'y a ni acide tartrique ^ ni acide citrique^ ni acide acéti^ que , ni acide ckloracétique, ni acide oxalique^ etc., etc.
Je nommerai ces composés tartrate hydrique ^ citrate hydrique^ acétate hydnque^ chloracétate hjrdrique, oxalate A/drique , etc. Les élémens de l'eau pouvant s'unir en diverses proportions avec les radicaux de ces prétendus acides, cela nous donnera des composés, mono^hjrdiiqueSy bi^k/driques, tri'
hjrdriques. . • pofy-hydnques ; composes qui correspondent à des
sels mono^basiquss, bi-basiquês^ tn-basiques pofy-basiques.
Quelquefois le radical de l'acide pourra être rëpëtë une fois et demi, deux fois... pour une même quantité d'eau, comme cela a lien pour l'acide citrique cristallise à diverses températures et effleuri, alors nous aurons un sesquircitrate monthkydri* jtte,nn sesqui'citrate di-hydrique. Selon la manière d'envisager les sels, il pourrait y avoir des hémi-citraies mono- basiques qui correspondraient à des sesqui-citrates tri-basiques.
Les acides végétaux pourront saturer une, deux, trois molécules de bases. M. Liebig les a distingues sons les noms d'acides mono-basiques, bi-basiques et tri -basiques. L'acide paratartrique est mono-basique , il ne peut former de sel à denx bases comme l'acide /orTriffid qui est bi-basique; l'acide m^conique est tri-basique» L*acide oxalique peut élre mono-basiquâf bi'basique et tri-basique; l'acide acétique est dans le même cas. Il ne faut point oublier que tous ces prétendus acides sont des composés salins , et que l'acide tartrique doit être nommé tartrate bi- hydrique; l'acide méconiqae j méconate tn-hjrdri^ que^ etc.
A /colis organiques, — Sous l'influence de la vég<5talion, la nature produit des composés qui jouissent de la propriété de s'unir aux acides et de cristalliser avec eux ; cela fait qu'on les nomme alcaloïdes^ pour exprimer leur analogie avec les alcalis. Les noms des alcaloïdes se tirent généralement de leur origine ou de leurs principales propriétés; on les fait ordinairement avec ceux d^ végétaux qui les produisent^ dt dans tous les cas on les termine par la particule ine; ainsi, on dit : quimnej cinchonine, strychnine^ brucine^ etc.
La particule ine ne distingue pas suffisamment les alcaloïdes; car des corps qui n'appartiennent point à cet ordre ont été terminés de la même manière. On dit : lactine , pour sucre de kui; indigotine^ carminé^ carthamine^ oléine^ stéarine^ etc.
Composés neutres. — Il n'y a aucune règle pour désigner les composés neutres, si ce n'est lorsqu'ils dérivent de quelques radicaux dont on tire leurs noms.
Radicaux. — Les noms des radicaux se forment arbitrairement, mais autant que possible on les tire de quelque composé ccMinu qui offre quelque relation avec eux, el on les termine en gè/ie ou enyle. la première terminaison vient de yiwaw, j'en-
3lO 8IC&NB8 CHIHIQUBS.
passer avant leur composition ultime, la difficulté deviendra encore plus grandç; car la constitution est toujours plus ou moins problématique, et, malgré son identité toujours parfaite pour un corps déterminé , on la fait varier selon des opinions plus ou moins éloignées de la vérité.
Je ne sais si je me trompe , mais je pense plus que jamais que la chimiie est absolument insuffisante pour déterminer la constitution des corps. Elle fournit bien certainement un des principaux élémens de cette détermination ; mais elle a des limites qu'elle ne peut franchir, comme toutes les autres sciences, et il est sage de n'exiger de l'une d'elles que ce qu'elle peut donner.
Pour établir un bon système de nomenclature, il faudrait le fonder sur les types moléculaires , et pour cela il faudrait que ces types fussent connus , et la statique doit s'adjoindre i la chimie et aux autres sciences pour les déterminer. Les types étant connus, on pourrait suivre l'ordre indicpé à Tartide Classification j%^y astreindre et tâcher d'exprimer par des mots ce qu'elle représente, en mettant en première ligne la condition numérique, puis la condition de l'arrangement, puis enfin la nature chimique des élémens.
Ne pouvant tout représenter par des mots, voici comment je pense que l'on pourrait établir un système de nomenclature. Chaque type numérique recevrait un nom insignifiant ou puisé dans l'histoire d'un des composés qu'il fournit. Ce nom se rapporterait simplement à une formule générale qui pourrait même varier par la suite sans que le nom ^ type dût changer pour cela. L'habitude de la chimie aurait bientôt identifié la for* mule du type avec son nom, et l'on aurait ainsi un même nom pour les corps qui présentent le plus d'analogie. Par exemple, $r, représente un type numérique appartenant à un grand nombre de composés chimiques. Ces composés peuvent être ainsi représentés :
Al
Hî
Kî
As
Sb