HISTORIQUE DE LA DÉCOUVERTE DE LA COMPOSITION
DE l'eau
Dès que l'homme eut la conscience des objets qui Fentouraient^ son premier souci fut de chercher à en découvrir l'origine et les effets.
Pour les grands philosophes de l'antiquité, tels que Aristote et Platon, le monde vivant était un assemblage de quatre éléments : le feu, l'air, l'eau et la terre ; ainsi Platon considère que le feu est Tordre céleste des dieux, Tair le domaine des animaux ailés, l'eau l'habitation des êtres qui ne peuvent vivre que dans ce milieu, enfin la terre le lot du genre humain.
Platon croit encore aux changements mutuels de quelquesuns de ces éléments, puisqu'il indique que l'eau a décomposée (divisée) par le feu peut devenir un corps de feu ou deux corps d'air. »
Quelques historiens qui ont commenté ces dernières paroles n'ont pas manqué d'attribuer à ce grand philosophe la découverte, par une sorte d'inspiration, de la composition de l'eau en ses deux principes élémentaires, l'oxygène et l'hydrogène, tandis que nous n'y voyons qu'un de ces jeux d'imagination comme on en rencontre si souvent dans les écrits des Grecs.
Soumise pendant une longue suite de siècles aux suppositions les plus étranges et les moins vraisemblables, l'eau ne devint l'objet d'expériences sérieuses qu'à la fin du dernier siècle.
Vers Tannée 1760, la chimie commençait enfin à sortir des ténèbres dans lesquelles la méthode hermétique Tavait plongée ;
le phlogistique avait cours dans la science, et la transmutation des métaux était encore considérée comme possible, puisque la transformation de l'eau en terre n'était pas mise en doute; mais la chimie expérimentale, appuyée sur des faits précis, ne pouvait tarder à avoir raison de toutes les théories basées sur l'empirisme, et c'est précisément par l'analyse même de l'eau que les deux créateurs de la chimie moderne , Lavoisier et Schéele, procédèrent à cette exécution.
Les alchimistes avaient toujours été frappés de ce résultat qu'en faisant bouillir pendant des mois entiers, dans des appareils distillatoires en verre, de l'eau distillée, celle-ci abandonnait après sa volatilisation une matière terreuse dont ils ne soupçonnaient pas l'origine. Presque en même temps, et chacun de son côté, Lavoisier * et Schéele 2, démontrèrent que cette prétendue matière terreuse formée artificiellement par l'eau n'était que de la silice et du silicate de chaux enlevés au
verre.
A partir de cette époque , l'histoire chimique de l'eau acquiert une importance considérable, non-seulement parce que sa véritable nature va enfin être dévoilée, mais parce que les expériences nombreuses auxquelles elles donnent lieu rejaUlissent d'une manière directe sur les progrès de la chimie et de la physique.
En 1776 ou 1777, le chimiste Macquer, assisté de Sigaud-Lar fond, ayant présenté une soucoupe de porcelaine à la flamme de l'air inflammable (hydrogène) qui brûlait tranquillement à Torifice d'une bouteille, observa que cette flamme n'était accompagnée d'aucune fumée fuligineuse, et il trouva que la soucoupe était couverte de gouttelettes qu'il reconnut pour de l'eau pure. Macquer considérait bien comme très-extraordinaire qu'un feu pût se produire sans fumée , mais il se contenta de signaler le fait sans chercher autrement à en découvrir la portée.
Peu de temps après, le physicien anglais Warltire, voulant s'assurer si la chaleur est ou n'est pas pesante, imagina de brûler au moyen de l'étincelle électrique, un certain nombre de gaz dans un globe de cuivre , d'une capacité et d'un poids dé-
1. Lavoisier, Sur la nature de Veau (Mémoire de l'Académie des sciencesi 1770, p. 73 et 90).
2. Schéele, Trailé de Vair et du feu^ Upsal et Leipsick, 1777.