‹ Traité de chimie hydrologique comprenant des notions générales d'hydrologie et l'analyse chimique des eaux douces et des eaux minéralesChapitre 101 sur 299 · USUELS · texte numérisé non relu

USUELS

Les réactions chimiques qui interviennent, lorsque les eaux minérales, considérées à leurs griffons, c'est-à-dire à leur température native, séjournent pendant un certain temps sur les métaux les plus usuels, comme le plomb, le cuivre et ses alliages, le zinc, la fonte, n'ont été l'objet que d*un petit nombre d'observations jusqu^à ce jour. Les substances nouvelles qui se forment dans cette circonstance méritent cependant d'être connues, en raison de l'emploi journalier des métaux servant à aménager, à conduire et à distribuer les eaux minérales dans les établissements thermaux.

Les eaux sulfurées sont celles qui attaquent le plus rapidement ces métaux : après quelques instants de contact seulement, il se forme des sulfures insolubles qui adhèrent fortement aux points où ils se sont fixés et qui garantissent indéfiniment le métal de toute réaction ultérieure, de la part de l'eau minérale. C'est ainsi que des conduites en plomb, et même en fonte, peuvent servir au transport des eaux sulfurées, sans qu'on ait à redouter la décomposition des principes qui les caractérisent à leurs griffons.

Les eaux minérales bicarbonatées réagissent beaucoup plus lentement que les eaux sulfurées sur les métaux usuels, sur-

tout si l'oxygène de Tair n'intervient pas. Mais dès que les métaux reçoivent à la fois, et le contact de Tair, et le contact de l'eau minérale chargée d*acide carbonique ou de bicarbonates, il se produit d'abord un oxyde qui, à son tour, passe à l'état de bicarbonate plus ou moins soluble dans la masse du liquide. A ce point de vue les conduites de plomb, et surtout de cuivre, ne sauraient trop être bannies des établissements qui exploitent * les eaux minérales destinées à la boisson. Tout le monde sait ' qu'un arrêté de police défend, de la manière la plus formelle, l'emploi de tubes de plomb dans les syphons des eaux dites de Seltz, parce qu'il a été reconnu qu'à la longue, il se produisait, dans ces appareils , des quantités très-pondérables de céruse. Nous avons étudié, avec M. Jutier, les composés qui prennent naissance lorsque certains métaux tels que le fer, le plomb et le cuivre pur ou allié, sont abandonnés pendant longtemps à l'action des eaux thermales de Plombières ; et voici le résultat de nos recherches.

Fer. Deux vases de fer battu, non étamés et neufs, ont été abandonnés, en ISSTn, pendant quatre mois dans l'hypocauste du bain romain : au bout de ce temps le fer avait subi une altération profonde : il avait complètement perdu, même dans le milieu de son épaisseur, sa nature métallique; il s'était formé une couche considérable d'une matière rouge ressemblant à du sesquioxyde de fer, et disposé sur toute la surface des vases en concrétions abondantes^ tandis que les parties métalliques qui avaient résisté, avaient pris une structure feuilletée rappelant l'origine et le mode de fabrication de la tôle. Ces feuillets se brisaient facilement sous les doigts et se réduisaient en poussière.

La substance que nous avons obtenue ainsi se présentait sous la forme d'une poudre d'un rouge sale, d'une grande ténuité , complètement insoluble dans l'eau et partiellement soluble dans les acides minéraux concentrés , sans dégagement de gaz acide carbonique. Son analyse nous a montré qu'elle était composée ainsi :

Acide silicique 23,19

Oxyde ferrique 59,82

Eau et matière organique .... 18,06 .

ACTION DES EAUX SUR LEfî MÉTAUX USUELS 3lî3

Il est digne de remarque que ce silicate de fer^ formé en quelque sorte sous les yeux, ait la même composition que la Gronstedtite, qui contient en moyenne :

Acide silicique 23

Oxyde de fer 58

Eau 10

Magnésie et oxy<îe de mangant'se,. , 10

Plomb. Le plomb se laissait attaquer moins facilement que le fer par les sources de Plombières : les tuyaux récents qui avaient été en contact pendant tout Tété avec Teau minérale, n'étaient pas sensiblement altérés. Mais M. Jutier a trouvé dans des fouilles plusieurs tuyaux noyés dans le béton romain qui avaient éprouvé une altération profonde. Le métal était recouvert extérieurement et intérieurement d'une couche de 1 à 2 millimètres d'une matière grisâtre, dure, compacte composée surtout de sulfate, de carbonate et de silicate de plomb.

Le plomb métallique interposé entre ces deux couches de sels, se divisait en fragments menus sous les doigts.

Cuivre et alliages. Les alliages de cuivre et d'autres métaux employés pour la fabrication des monnaies étaient plus ou moins altérés, suivant leur composition.

Dans Fancien puits, dit des médailles^ découvert en 1818, M. Jutier a trouvé des médailles qui avaient été complètement transformées en une masse cristalline, d'un vert bleuâtre, à cassure grenue à Textérieur, presque esquilleuse et d'un éclat gras vers le centre ; souvent aussi on ne retrouvait plus la moindre parcelle de métal lorsque la transformation avait été complète.

Un échantillon de cette matière tout à fait privée de métal, nous a donné à l'analyse , indépendamment de petites quantités de zinc et d'étain :

Acide silicique 31,71

Oxyde de cuivre 47,51

Eau 20,78

Il s'était donc formé un silicate de cuivre aux dépens de l'acide *silicique des eaux, et, chose digne de remarque, ce sel se rapprochait beaucoup de la composition de plusieurs variétés de silicates de cuivre naturels.

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