COMPOSITION DE L'EAU
1783; à plus forte raison, rien ne peut faire supposer, surtout quand on a lu la lettre de Watt, que cet ingénieur ait jamais appris quelque chose de relatif à la composition de Teau, soit de Priestley, soit de toute autre personne.
t iP Que la théorie de Watt était connue des membres de la Société royale, plusieurs mois avant que les conclusions de Gavendish eussent été confiées au papier ; huit mois avant la présentation de ce chimiste à la même Société. Nous jiouvons aller plus loin et déduire, des faits et des dates sous nos yeux, que Watt parla le premier de la composition de l'eau ; que si quelqu'un le précéda, il n'en existe aucune preuve.
c 5° Qu'enfm, une répugnance à abandonner la doctrine du phlogistique^ une sorte de timidité à se séparer d'une opinion depuis si longtemps établie, si profondément enracinée, empô • cha Watt et Cavendish de rendre complète justice à leur propre théorie, tandis que Lavoisier, qui avait rompu ces entraves, présenta le premier la nouvelle doctrine dans toute sa perfection, j
En résumé, tout prouve que Watt conçut sa théorie durant le peu de mois ou de semaines qui précédèrent le mois d'avril 4783, et que, deux mois après, Lavoisier , ignorant encore l'hypothèse émise par Watt, énonça le premier en France que l'eau était un composé défini d'hydrogène et d'oxygène. Quant à la part qui reviendrait à Cavendish, les renseignements fournis par ce qui précède, montreraient que ce chimiste connaissait déjà l'opinion de Watt, et qu'il ne se serait décidé à l'adopter définitivement qu'après avoir eu l'avis de Lavoisier.
Les noms de Watt et de Lavoisier doivent donc demeurer seuls et les premiers éternellement attachés à l'histoire de la découverte de la composition de l'eau.
Mais une sanction manquait encore à la découverte toute synthétique de la composition de Teau, nous voulons parler de la décomposition de ce liquide en ses deux éléments : tel est le problème que, en 1783, Lavoisier et Meusnier entreprirent de résoudre en se basant sur le raisonnement suivant.
«Si véritablement l'eau est formée comme l'annonce la combustion des deux gaz, de l'union de V oxygène avec Yhydrogènej on ne pourra la décomposer et obtenir séparément l'un de ces éléments sans présenter à l'autre une substance avec laquelle il
ait plus d'affinité. L'hydrogène ayant plus d'affinité avec Toxygène qu'avec aucun autre corps, ce n'était pas par ce moyen que pouvait être tentée la décomposition ; c'était donc Toxygène qu'il fallait attaquer. » (Lavoisier, Œuvres^ t. II, p. 334). ' Lavoisier et Meusnier obtinrent facilement la décomposition de l'eau en lui faisant traverser un canon de fusil rempli de tournure de fer, et chauffé dans un fourneau à réverbère. La fixation de l'air vital, ou oxygène sur le fer^ et le dégagement du gaz inflammable, ou hydrogène, permirent alors à ces chimistes de confirmer par l'analyse la belle découverte synthétique faite par Tun d'eux, et de plus, de trouver que Teau était composée de 85 parties en poids d'oxygène contre 15 parties d'hydrogène, nombres peu différents de ceux que l'on a constatés plus tard par des procédés plus précis.
On comprend que le volume d'eau produit par l'union directe de l'hydrogène et de l'oxygène sous Tinfluence de l'électricité ne pouvait jamais être bien considérable; cependant, en 1789, Lavoisier, Lefèvre-Gineau, Meusnier, Fourcroy et Vauquelin en obtinrent près de 4 onces qu'ils trouvèrent en tout semblable à l'eau distillée.