‹ Traité de chimie hydrologique comprenant des notions générales d'hydrologie et l'analyse chimique des eaux douces et des eaux minéralesChapitre 12 sur 299 · COMPOSITION DE L'£AU · texte numérisé non relu

COMPOSITION DE L'£AU

D*autre part , pendant que Cavendish en Angleterre et Lavoisier en France, se livraient à ce genre d*ëtude, Mongey habitant alors Méziëres, arrivait à des résultats identiques, et il constatait que le poids de Teau obtenue par la combustion de l'hydrogène et de l'oxygène était, à très-peu de chose près, égal à celui des deux gaz employés, c Nous ignoc rions alors, dit Lavoisier, que M. Monge s'occupât du même « objet et nous ne l'apprimes que quelques jours après par c une lettre qu'il adressa à M. Vandermonde, et que ce dernier c lut à l'Académie. >

Dans le mémoire de Lavoisier, présenté à l'Académie des sciences de Paris, à la fin de l'année 1783, il existe un autre paragraphe que nous allons transcrire textuellement parce que les historiens, oubliant la part considérable qui revient à Watt dans la découverte de la composition de l'eau, en ont attribué faussement l'honneur à Cavendish. <r Ce fut le 24 juin 1783, c que nous fîmes cette expérience, M. de Laplace et moi, en f présence de HM . Leroi, Vandermonde, de plusieurs autres « académiciens, et de M. Blagden, aujourd'hui secrétaire de la c Société royale de Londres ; ce dernier nous apprit que M. Ca- « vendish avait déjà essayé, à Londres, de brûler de l'air ina flammable dans des vaisseaux fermés, et qu'il avait obtenu c une quantité très-sensible d'eau. »

Comme Lavoisier ne parle pas de Watt dont la lettre à Priestley n'était évidemment pas connue en France, on en a tiré la conséquence que lorsque Lavoisier et de Laplace firent leur communication à l'Académie des sciences, Cavendish s'était déjà nettement prononcé sur la composition de l'eau. Rien n'est moins fondé que cette assertion.

Nous rappellerons, en effet, que c'est le 25 juin 1783 que Lavoisier et de Laplace annonçaient à l'Académie des sciences de Paris le résultat de leur expérience, tandis que la publication du mémoire de Cavendish à la Société royale de Londres est seulement du 15 janvier 1784.

Et d'abord, c'est devant des témoins dignes deïoi que Blagden informe Lavoisier que Cavendish avait essayé, à Londres, de brûler de l'air inflammable, et qu'il avait obtenu une quantité d'eau très-sensible ; mais, entre cette réaction déjà connue de tout le monde et l'indication formelle que l'eau est un composé

d'hydrogène et d'oxygène il y a une distance considérable.

Comment croire maintenant que Lavoisier, si minutieux dans I*historique des faits qu'il étudie, si exact dans tout ce qu'il décrit, vienne, en compagnie de de Laplace, indiquer à T Académie des sciences de Paris, avec une certaine solennité, et comme une grande découverte, que Veau n'est point une substance simple et qu'elle est composée poids pour poids d*air inflammahle et d'air vital^ s'il a appris par Biagden que Cavendish a déjà formulé la même conclusion?

Il est vrai que dans une addition de Biagden faite avec le consentement de Cavendish, on donne aux expériences de ce dernier chimiste la date de l'été de 1781, mais il est vrai aussi que, d'après les recherches de Lord Brougham >, cette addition est-postérieure à V arrivée du mémoire de Lavoisier en Angleterre. Ici, le but de Biagden est facile à comprendre, il voulait donner à Cavendish, son ami, tout l'honneur de la découverte faite par Watt, puis de la confirmation de cette découverte faite par Lavoisier. Ce jugement est grave assurément, mais le dépouillement minutieux des pièces du procès est la meilleure preuve que l'accusation portée par lord Brougham est parfaitement fondée.

Lord Brougham qui a étudié avec un soin tout particulier l'historique que nous traitons ici a conclu de ses investigations ^ :

1® Qu'il n y a point de preuves que personne ait donné avant Watt, et dans un document écrit, la théorie actuelle de la composition de l'eau.

2® Que cette théorie. Watt l'établit pendant l'année 1783 en termes plus distincts que ne le fit Cavendish dans son mémoire lu à la Société royale en janvier 1784, En faisant entrer le dégagement de chaleur latente en ligne de compte. Watt ajouta notablement à la clarté de sa conception.

3* Qu'il n'y a aucune preuve, il n'y a môme aucune assertion de laquelle il résulte que la théorie de Cavendish (Biagden rappelle la conclusion) ait été communiquée à Priestley avant l'époque où Watt consigna ses idées dans la lettre du 26 avril

1. François Arago, Notices biographiques, James Watt, t. I, p. 500.

3. Traduction d'une note historique de lord Brougham sur la découverte de la composition de Teau. Œuvres de François Arago. Notices biographiques ^ James Watt, t. I, p. i95.

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