CHAPITRE VII
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La plupart des auteurs qui ont eu Toccasion de s'occuper de riode contenu naturellement dans les eaux en attribuent la découverte à Gantu. Mais, par un sentiment qui honore aussi bien l'homme que le savant, Cantu avait depuis longtemps déjà relevé cette erreur i, ce qui n*a pas empêché les écrivains contempo^ rains de persévérer dans cette idée.
Angelini, pharmacien à Voghera, est le premier chimiste qui ait indiqué l'existence de l'iode dans les eaux minérales. Il fit cette découverte en analysant l'eau minérale de Sales, en Piémont, et en se servant du réactif si sensible que MM. Colin et Gaultier de Claubry avaient £ait connaître quelque temps auparavant, c'est-à-dire de l'amidon.
Tout le monde connaît les intéressantes expériences de M. A. Chatin \ d'après lesquelles l'iode serait à peu près universellement répandu dans Tair, dans les eaux, dans les plantes aquatiques, dans les animaux et enfin dans beaucoup de minéraux. M. E. Marchand, qui a contesté à M. A. Chatin la priorité de cette découverte, est arrivé à des résultats identiques. L'attention des chimistes a donc dû se porter sur ce point; mais éKsons que si plusieurs ont confirmé les recherches de MM. A. Chatin et E. Marchand, d'autres aussi n'ont obtenu que des résultats partiels ou complètement négatifs, et en ce moment encore les expérimentateurs sont loin d'être parfaitement d'accord.
Si la diffusion des iodures dans l'air et dans les eaux courantes est aussi générale que l'admettent MM. Chatin et E. A. Marchand, il est bien évident que tous les météores aqueux devront en renfermer; or c'est ce que M. de Luca n'admet pas. Dans
1. Annales de chimie et de physique, 2« série, t. XXVIII, p. 221.
2. A. Chatin. Recherches sur î'iodc, présence générale de ce corps dans les eaux des sources et des rivières, dans les animaux aquatiques, etc. (Comptes-rendus de l'Académie des Sciences, t. XXXI.)
plusieurs mémoires, publiés à des époques différenles, ce dernier chimiste, en se servant de réactifs d'une pureté éprouvée, n'a pas retrouvé Tiode dans l'air, dans Teau de pluie et la neige recueillies à Paris. MM. Gloéz, Martin (de Marseille), Stephenson Mac-Adam, Lohmeyer, Baumhauer (d'Amsterdam) et Mène sont arrivés, comme M. de Luca, à des résultats également négatifs.
D'autre part M. E. Marchand, reprenant ses anciennes expériences et en opérant avec une grande quantité d'eau de neige (40 litreâ), a trouvé une proportion d'iode pouvant être évaluée à Op',002. m. Meyrac, de son côté, a confirmé les expériences de MM. A. Chatin et E. Marchand pour Tiode de Peau dephiie, et M. Grange pour Piode des eaux de puits et de la Seine. M. Barrai Ta aussi signalé dans Teau dé pluie. Enfin, M. J. Bonis, par un procédé que nous ferons connaître ailleurs, est arrivé à affirmer généralement l'existence de ce métalloïde dans tes eaux atmosphériques. L'^opinion est donc, comme on voit, très-dîvisée parmi les chimistes qui se sont occupés de cette question:.
Il résulte des premières recherches de M. A Chatin :
t'O Que les rivières alimentées par les glaciers (Rhin, Rhône, Isère, Durance, Garonne, Adour, etc.), sont peu iodurées, surtout à l'époque de la grande fonte des neiges;
2** Que les eaux des rivières sont en moyenne^ plus iodurées^ moins chargées de aeis terreux, et surtout plus uniformément iodurées que celles des sources ;
3° Que les eaux de puits sont à la fois les plus calcaro-magnésiennes et les moins ioduréesv
Faisons connaître maintenant les conclusions de M. E. Marchand sur ce sujet :
1" Toutes les eaux naturelles, à moins de circonstances parttculières signalées plus bas, contiennent de Tiode et du brome;
2" L'origine de Tlode provient surtout de Tenlèvement de ces principes aux eaux de la mer par les vapeurs et les ptirtlcules aqueuses qui s'en échappent incessamment et qui, transportées sur les continents, retombent à leur surface à l'état de pluie, de neige ou de grôle ; les eaux de pluie contiennent généralement une proportion appréciable d'iode ;
3" Dans les pays bien boisés, l'iode peut disparaître du sein des eaux qui le tiennent en dissolution en passant à l'état salin,
392 EAUX DOr;CES ET EAUX MINÉRALES
SOUS Tinfluence des forces vitales, au nombre des principes minéraux fixés par les végétaux.
Les résultats de MM. A. Ghatin et E. Marchand, identiques sur un grand nombre de points, sont cependant différents pour l'origine de Tiode dans les eaux. M. E. Marchand croit que le métalloïde disséminé dans toutes les eaux douces qui couvrent la surface du sol provient des vapeurs marines transportées sur les continents. M. A. Ghatin est d'avis que l'iode a pour origine le centre de la terre, où il est mélangé à la houille, et dans un grand nombre d'espèces minérales à bases métalliques.
Si l'exislence de Tiode dans les eaux atmosphériques reste encore à démontrer d'une manière plus péremptoire, il est hors de doute que la plupart, pour ne pas dire toutes les eaux courantes, renferment de l'iode en proportion toujours excessivement minime, et subordonnée au séjour que l'eau fait sur le sol avant d'arriver dans les rivières et dans les fleuves. Parvenu à cette destination, le liquide pourra en être dépouillé par les végétaux; aussi M. A. Ghatin a-t-il rencontré plus d'iode dans les eaux courantes que dans les eaux stagnantes.
Relativement à la forme sous laquelle le métalloïde qui nous occupe en ce moment se rencontre dans les eaux douces atmosphériques, courantes et stagnantes, les uns le considèrent à l'état de liberté ou bien uni intimement à la matière organique; les autres à l'état d*iodhydrate d'ammoniaque et même d'iodures alcalins (potasse et soude).
§ II. — lodnres dans les eaux minérales.
L'iode a été signalé dans les eaux minérales appartenant à toutes les classes, et comme dans les eaux douces, à dose généralement infinitésimale. Avant d'aller plus loin, faisons connaître les différentes opinions qui ont été émises sur la présence de l'iode ou mieux des iodures dans le sein de la terre et que les eaux minérales déversent incessamment sur le sol.
L'iode fournit avec certains m^aux, comme l'argent, le plomb, le mercure, des produits naturels occupant en minéralogie des places distinctes; mais Textrôme rareté de ces espèces fait peu supposer que les eaux minérales leur empruntent de l'iode : c'est donc ailleurs qu'on doit le rechercher.
M. Bussy a depuis longtemps déjà constaté Texistence de l'iode dans la houille *. Ainsi, à Commentry (Allier), le métalloïde combiné à l'ammoniaque et disséminé dans du chlorhydrate d'ammoniaque se volatilise de cette mine, continuellement embrasée, sous la forme de vapeurs blanchâtres qui se déposent à la partie supérieure des fissures des rochers. M. Bussy suppose que l'iode provient da la réaction des pyrites en voie de combustion sur le sel marin qui doit se trouver dans la houillère, jadis baignée par Teau de la mer. Cette opinion, qui dans l'état actuel de la science est la seule admissible, permet de comprendre comment il se fait que certaines eaux minérales situées près des volcans, traversant dans les couches secondaires du sol des bancs entiers de résidus laissés par Teau des mers à la suite des révolutions terrestres, renferment de l'iode.
L'importante découverte de M. Bussy peut donner lieu à une seconde hypothèse, en ce qui concerne l'origine encore plus primitive de ce métalloïde. Certains végétaux ont pour l'iode une prédilection telle que presque tous ceux qui croissent dans le fond des mers en renferment en assez grande quantité pour que l'industrie l'en retire, et cependant l'analyse de l'eau des mers n'en indique que des traces. Or, la houille est, comme le pense la pluralité des géologues et des minéralogistes, le produit de la combustion, sous une forte pression et à une haute température, des plantes monocotylédones qui ont vécu dans l'eau de la mer ou bien dans le voisinage des eaux douces. Nous ne serions pas trop éloigné de croire que ce sont les végétaux aquatiques convertis en houille qui, en contact avec les eaux souterraines, donnent à celles-ci l'iode que l'analyse y décèle. M. Dorvault 2 a pu découvrir de l'iode dans des fucus fossiles trouvésà l'Ile d' Aix parmi du lignite provenant de Tétage du grès vert, c'est-à-dire dans la partie supérieure des terrains secondaires, dont la formation est bien antérieure à l'apparition de l'homme. Ainsi, provenant des eaux, dans Torigine, 1 iode tendrait donc à y retourner.
Enfin, une autre opinion veut que l'iode fasse partie inté-
1. Bussy. «Sur Veœtraction de Viode des plantes et des produits de la distillation de la houille, {Comptes-rendus de l'Académie des Science f, 1850.)