CHAPITRE XIX
CŒSÏUM, RUBIDIUM ET ,THALLIUM
En 1860, MM. Kirchhoff et Bunsen, se livrant par Tanalyse spectrale à l'examen de matières minérales d'origine diverse, découvrirent dans le résidu de l'eau mère de l'eau minérale de Dûrckheim (Bavière) deux raies bleues remarquables, très-rapprochées l'une de Tautre, et situées entre les lettres F et G du spectre de Fraunhofer. MM. Kirchhoff et Bunsen ^ conclurent tout de suite à l'existence d'un corps simple nouveau, apparte-nant au groupe des métaux alcalins et auquel ils donnèrent le nom de cœsiuniy de cœsii^ (bleu) qui, dans l'antiquité, désignait la couleur bleue de la partie supérieure du firmament.
Quelques mois après, ces savants découvrirent encore par le même moyen et dans la même eau minérale un deuxiènie corps nouveau se caractérisant sur le spectre par deux raies rouges, brillantes, situées au-delà même de la raie brillante A de Fraunhofer, ou, si l'on veut, de la raie brillante K a qui lui correspond, raie qui est placée à l'extrémité de la partie rouge du spectre solaire. MM. Kirchhoff et Bunsen nommèrent ce corps simple rubidium , de ruhidus, rouge foncé.
Les expériences entreprises depuis par les chimistes qui se sont plus spécialement livrés à l'analyse spectrale, ont fait reconnaître le caesium et le rubidium dans un grand nombre de matières de toute nature, et ont conquis à ces métaux dans les eaux minérales, un véritable droit de cité presque à l'égal des métaux alcalins.
La quantité de sels de caesium et de rubidium qui existe dans les eaux minérales est toujours excessivement minime : d'après M. Yorke, l'eaut hermale de ^heal-Clifford contiendrait, par gallon, 0 grain, 12 soit 1,71 pour 1 million de parties d'eau, de chlorure de cœsiuro, ce qui représente 10 fois la quantité de ce sel trouvée par M. Bunsen dans l'eau de Diirckheim.
1. G. Kirchhoff et H. Duusen. Analyse chimique fondée sur les observaiions du ipccirc. (Annales de chimie et de physique, 3« série, 1862, t. LXIV, p. 257.)
CCESIUM, RUBIDIUM ET THALLIUM 449
Quoi qu'il en soit, le chlorure de cœsium serait en quelque sorte Tapanage des eaux minérales chlorurées sodiques ainsi que M. Bunsen Ta indiqué dans le tableau suivant :
1000 parties Chlor. de Cœsiam. Ghlor. de rubidium.
Source de Diirckheim 0,00017 0,00021
Eaux mères de Diirckheim 0,03 O^Oi
Source Ungemach, à Bade traces 0,013
Source de Boui bonne (M. Grandeau). 0,032 0,019
M. Bunsen a constaté que les eaux minérales bicarbonatées sodiques étaient généralement privées de ces sels, du moins d'après le nombre d>nalyses qu'il a exécutées. D'autre part, si on s'en tient à la composition des eaux dont nous venons de signaler les noms et Torigine, le cœsium serait moins abondant dans les eaux chlorurées sodiques qiie le rubidium
L'année même après la découverte par l'analyse spectrale du cœsium et du rubidium, un chimiste anglais M. W. Crookes remarqua que certains résidus à base de soufre produisaient au spectroscope une raie verte que les observations de MM. Kircbkoff et Bunsen n'avalent pas signalée. M. Crookes 6n tira tout de suite la conséquence que cette réaction était due à un corps nouveau de la famille du soufre, auquel il donna le nom de thallium.
Dans le même temps que M. Crookes s'occupait de ce sujet, M. Lamy arrivait au même résultat mais avec plus de certitude, car ce chimiste reconnut tout de suite que le thallium était un métal véritable dont les propriétés se confondaient avec celles du plomb, et en effet les recherches auxquelles le thallium a donné lieu jusqu'à ce jour montrent qu'il fournit en quelque sorte le trait d'union entre les métaux alcalino-terreux et les métaux du groupe du plomb.
Le thallium parait posséder dans la nature la même diffusion que celle du cœsium et du rubidium, c'est assez dire que les eaux minérales peuvent en être imprégnées. Ainsi M. Boetlger l'a trouvé dans les eaux mères des salines de Nauheim et dans les sels d'Orb appartenant tous les deux aux eaux très-fortement chlorurées sodiques. Tout porte à supposer que l'eau de mer en contient des quantités appréciables.
LïPOUT, 2^ l'dition. 21)