‹ Traité de chimie hydrologique comprenant des notions générales d'hydrologie et l'analyse chimique des eaux douces et des eaux minéralesChapitre 157 sur 299 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

AMMONIAQUE § I*'. — Sels d'ammoniaque dans les eanz douces.

S'il est une substance qui doive se rencontrer dans presque toutes les eaux douces, c'est bien à coup sûr l'ammoniaque.

Répandue en certaine quantité dans l'air atmosphérique, surtout dans le voisinage des villes, et formée incessamment par la décomposition des matières animales et végétales, cette base, par sa grande solubilité dans l'eau et la facilité avec laquelle elle produit des combinaisons salines solubles, se trouve non-seulement dans les eaux douces de puits et de rivière, mais encore dans les brouillards, la rosée, le givre, la neige et l'eau de pluie.

La quantité d*ammoniaque contenue dans l'atmosphère varie suivant les localités, et suivant le jour ou la nuit. Pendant le jour elle s'accumule dans l'air d'où elle est précipitée sur le sol par la rosée, au lever du soleil. M. Fresenius a établi que l'air renfermait en moyenne 0,133 d'ammoniaque pour 1,000,000 de parties d*eau. On comprend donc que les eaux atmosphériques ne puissent en être saturées d'une proportion identique partout.

Dans l'eau de pluie la quantité varie suivant le moment de Torage : M. Boussingault est arrivé, à cet égard, aux résultats suivants :

millimètres d'eau renferment par litre

iO

ammoniaque.

0, Il

M. Bineau, analysant Teau de pluie recueillie sur Tudomètre de l'Observatoire de Lyon, n'a pas trouvé une quantité d'ammoniaque aussi considérable que M. Boussingault; mais, de

plus que ce savant, M. Bineau a montré l'influence que les saisons appoitent à la précipitation de l'ammoniaque atmosphérique.

£n hiver 1 litre d'eau de pluie a donné 16>nf,3 d'ammoniaque. Au printemps — — 12, 1 —

En été — — 3, 1

En automne — — *i 0 —

Il résulte de ces observations que c'est dans les moments où l'eau est à une basse température que Tammoniaque se ren« contre en plus grande quantité dans Tatmosphère. Dans Tété, Tair, plus fréquemment balayé par les eaux pluviales, doit nécessairement contenir moins d'ammoniaque.

M. Bobierre, de son côté, est arrivé à des résultats non moins intéressants, en opérant avec des eaux pluviales recueillies sur deux points d'altitude différents de la ville de Nantes.

UDOMÈTRE DE L'ÉCLUSE.

(altitude : 7 mètres.)

UDOMÈTRE DE L'OBSRRVATOIRE

(altitude : 47 mètres.)

AUHONIAQUB PAR llÈTRB CUBE.

(moyenne.)

AMUONIAQUB PAR MÈTRB CUBB.

(moyenne.)

Hiver 7 9' 072

Hiver 3.915

Printemps 5, 097

Eté 3, 441

printemps 1,603

Eté ■ 0.653

Automne 8. 144 Automne 1,819

Au point de vue de l'hygiène, comme pour Tagriculture^ tous ces faits ne doivent pas être perdus de vue, parce (}u*ils fournissent des renseignements précieux sur la composition de Tair ambiant suivant son contact avec le sol, et suivant les saisons. Â ne considérer que les résultats obtenus par M. Bobierre, on tire cette conséquence que^ dans Tatmosphère, Tamiponiaquô diminue très-sensiblement à mesure que Taltltude augmentéi et en outre que cet alcali y existe en quantité très- variable.

Mais si cet alcali fait toujours partie de Teau, sa proportioii ne peut jamais être constante, ainsi que nous Tavons dit eil commentant : une foule de causes concourent & ce qu'il ed soit autrement. Parmi celles- ci| M. Bineau signale d'une ma-

niëre particulièpe c la rapidité et l'intensité avec lesquelles descendent les eaux qui traversent Tatmosphère. Quand elles tombent lentement, à petites gouttes, il est évident qu'elles ont mieux le temps de rencontrer et d'entraîner les composés ammoniacaux aériens i. :»

L^eau de pluie, d*après M. Boussingault, serait plus riche en ammoniaque que les eaux courantes, et y serait à Tétat de carbonate et de nitrate.

Ce chimiste suppose qu'à la manière des iodures et des chlorures alcalins, le nitrate d'ammoniaque existe en suspension dans Fatmosphère, mélangé à l'état de poussière avec d'autres substances, et se dissout par Teau liquide ou gazeuse pour se précipiter sur le sol, où il se décompose lorsqu'il est en contact avec des carbonates calcaires.

Il reste encore à démontrer si l'ammoniaque n'est pas également combinée aux acides chlorhydrique et sulfurique dont on a signalé l'existence dans Teau de neige.

L'ammoniaque de Teau des rivières a été signalée pour la première fois par Dabit et Ducommun, pharmaciens à Nantes. Ils sont également les premiers qui aient soupçonné cette base dans les eaux minérales .

L'ammoniaque des eaux courantes a encore été dosée par M. Boussingault, qui a obtenu les chiiTres suivants :

AmmoDÎaqae dans an Lieux DE PuisRMCNT. litre d'eaa.

Avril. Seine, poat d'Âusterliiz 0*"8,12

— — pont de la Concorde, môine moment. . 0, IG Mai. (Ourcq, bassin de la Villette 0, 13

( Avril, fiiëvre, pont aux Tripes '2, 61

— — Rhin, près Lauterbourg 0, 19

— — la Lauter, à Lauterbourg 0, 37

Ainsi qu'on peut le voir, la proportion de celte base est extrêmement variable dans les eaux de rivière. Pour la Seine, ce résultat n'a rien de surprenant : tout le monde sait qu'en amont cette rivière est moins chargée de principes salins qu'en aval, parce qu'alors elle n'a pas encore reçu les égouts de Paiis.

L'eau de puits qui résulte très^souvent des inliitrations

1. Bioeau. Annalti dt chimie tt de physique^ 3* série, t. XLIl, p. 444.

d'eaux pluviales et ménagères ne contient pas davantage une quantité invariable d'ammoniaque, ainsi que le montrent les recherches de M. Boussingault.

Ammoniaquo LIEUX DE PuiSEMERT. dans un lilro d'eaa.

Ayril. Eftu d'un puits près l'hôtel de ville de Paris 3d"K,35

— 'Eau du puits artésien de Grenelle « 0, 23

— Eau d'une source d'Andillj, près Montmorency, très-calcaire 0, 00 -* Eau d'un puits de la rue de la Tabletterie, à Pans .... 0, 10

— Eau d'Arcueil, prise à Paris 8, 07

Il résulte donc de ces analyses que dans toutes les eaux douces Tammoniaque varie en quantité, selon les localités et selon les saisons. Il est bien évident que près des habitations et âous rinfluence d'une certaine température et des rayons solaires, les matières organiques se décomposent plus facilement et plus rapidement que loin des centres de population et pendant l'hiver. M. 0. Henry a pu ainsi découvrir une quantité très-grande d'ammoniaque dans l'eau d'un puits situé rue Vendôme, à Paris, et M. Chevreul avait déjà remarqué que, pendant l'été, la Seine charriait plus de carbonate d'ammoniaque que dans l'hiver.

Suivant M. Boussingault, la proportion d'ammoniaque trouvée dans les eaux qu'il a examinées serait en moyenne :

Dans les eaux pluviales Or, 000000^^2

- — de rivières 0, 00000018

-- de sources 0, 00000009

M. Horsford est le seul qui ait songé à doser l'ammoniaque dans l'eau solide. Suivant ce chimiste la glace des glaciers du mont Blanc renfermerait 1 millionième d'ammoniaque environ*

§ II. — 8êU d'aamioiilaqiie dans les eaux minérales.

L'existence de l'ammoniaque, ou mieux des sels ammoniacaux, a été moins souvent constatée dans les eaux minérales froides et chaudes que dans les eaux douces. Dans celles appartenant aux carbonatées acidulés, on admet généralement que cette base y est à l'état de bicarbonate (eau de Coëze, Savoie).

Dans les eaux^ulfatêes, quelques chimistes Tout représentée à Tétat de sulfate double ou alun (eau d*Auteuil, près Paris). Quant aux eaux chlorurées et sulfurées, les analystes en disent peu de chose. M. Fresenius la considère dans l'eau de Wies* baden, et M. Laué dans l'eau de Willdegg (Suisse), à Tétat de chlorure d'ammonium .

D'après M. Bouis, la présence de l'ammoniaque dans les eaux minérales dépend de la constitution géologique du sol d*ob elles sourdent. Ainsi, les eaux qui sortent directement des terrains granitiques en sont totalement dépourvues, tandis que celles qui n'ont pas pris naissance directement dans le granit, ou bien qui traversent des terrains modernes, en renferment depuis 0'»8,53 jusqu'à 41°8,96 par litre. Voici du reste le résultat des recherches de ce chimiste :

NOMS

DKS LOCALITÉS DBS SOURCES.

Olelte

Amélie les Bains

La Preste

Vernet

Cautereis (la Raillière). . . .

Barèges

Eaux-Bonnes

Labassëre

Challes (en Sayoie)

Enghien

Les Thèmes

par litre.

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