MATIÈRE ORGANISÉE OU CONFERVES
Pour expliquer la présence de certaines matières organisées propres à beaucoup d'eaux minérales, M. Çazin admet, en outre, que les eaux des terrains primitifs peuvent, pendant leur trajet ascensionnel, se mélanger à d'autres eaux émanant des terrains supérieurs, et s'emparer d'une portion de matière organique qu'il désigne sous le nom d'accidentelle, a Nul doute, dit-il, que la proportion des mélanges n'influe, concurremment avec rintervention des agents atmosphériques sur la manifestation des phénomènes ultérieurs ^ »
C'est en effet et seulement ainsi que Ton arrive à se rendre compte pourquoi la matière organisée est rarement identique dans les eaux minérales de nature et de température différentes.
Les conferves des eaux minérales, principalement thermales, se développent avec une grande rapidité, et comme leur existence est généralement assez courte, il en résulte que toujours le microscope y découvre, à côté des sporules en voie d'évolution, des* parties parvenues à leur complète maturité, tandis que d'autres sont déjà décomposées. Ces dernières, en se séparant de la masse végétante, affectent des formes particulières ou bien se dissolvent dans le liquide. N'est-ce pas à ces causes réunies qu'une conferve doit de se transformer en une autre de propriétés physiques différentes*? Quoi qu'il en soit, on remarque qu après cette transformation, les eaux minérales sont plus chargées de matière organique soluble que lorsqu'elles jaillissent du sol, et l'onctuosité de certaines d'entre elles après un temps plus ou moins prolongé dans les bassins de réfrigération ne nous parait pas avoir d'autre origine : c'est là un point que l'analyse met hors de doute.
Certaines eaux minérales donnent naissance à des quantités vraiment extraordinaires de conferves, Anglada cite la source d'Arles qui en produit par an 754*^»*, 640 desséchés à dOO"» et provenant de 32,500 pieds cubes d'eau 2. Selon M.Filhol,la source d'Escaldas en donne 814 kilog. à l'état humide, et les eaux de Thuès 28,000 kilog.
1. E. Cazin. Contribution à V histoire des eaux sulfurées des Pyrénées; Recherches sur Us matières organignes et itiorganiques des eaux minérales et thermales de Bagnères^de-Luchon, 1855.
2. Anglada. Mémoires pour servir à Vhisfoire générale âes eaux minérales su' f tireuses et des eaux thermales. Paris, 1827.
Lbport, 2* édition. 33
514 EAUX DOUCES ET j^lÂ/UX MINÉBALES
Aa contact des dissolvaolâ, les coaferves, quelle qoe soît leur provenance, se x^omporlent de la manière suivante :
L'eau froide est à peu près sans action sur elles : on retrouve seulement dans la liqueur filtrée plusieurs des principes minéralisateurs appartenant aux eaux et qu'elles tenaient à l'état d*interposition.
L'eau chaude ne parait avoir d'action que sur les partias en voie de décomposition. Quant aux portions non altérées, ce véhicule ne les attaque pas, à moins qu'on ne soumette la mélange à une forte pression, auquel cas la matière se dissout en assez grande quantité.
L'alcool faible agit à peu près de la même manière que Teau chaude : avec l'alcool et Téther la dissolution est un peu plus apparente. Les conferves qui croissent dans les eaux sulfurées abandonnent des cristaux de soufre lorsqu'on les traite par le sulfure de carbone (M. Gazin). Voyons maintenant comment elles se comportent avec les réactifs plus énergiques.
Les alcalis caustiques bouillants dissolvent le principe albuminoïde des conferves et laissent la cellulose intacte sous la forme d^ filaments très-apparents. Avec celles des eaux sulfiirées, il se produit en outre des sulfures alcalins : M. Pyrame Morin a trouvé que la conferve de l'eau de Goêze, en Savoie, donnait lieu à de l'acide crénique avec la potasse caustique.
L'ammoniaque liquide augmente d'abord le volume des conferves sèches, puis elle les dissout en partie. Les acides nitrique, chlorhydrique et l'eau de chlore détruisent la teinte verte, grise ou brune qu'elles possèdent. Le premier donne avec celles qui sont sèches d'abondantes vapeurs rutilantes. Avec les conferves fraîches, cette réaction n'a pas lieu, mais on trouve en dissolution quelques-uns des principes minéraux emprisonnés. M. Filhol a signalé dans la liqueur nitrique des conferves des eaux sulfurées les acides oxalique -et xaaihoprotéique.
Avec l'acide chlorhydrique on obtient un dépôt de cellulose, tandis que lalbumine végétale entre en dissolution. L'acide acétique dissout également l'albumine et la cellulose en pellicules ou filaments, suivant la forme primitive du végétal.
Exposées à l'action d'une douce température, elles abandonnent les 8/10 environ de leur poids d'eau, et lorsqu'elles sont
MATIÈRE ORGA^^SEK OU CONSERVES
complètement desséchées, elles peuvent se réduire en poudre et se conserver indéfiniment. Si on les fait macérer de nouveau dansTeau, elles se ^gonflent, mais sans jamais reprendre leur volume primitif. Chauffées plus fortement dans an appareil distillatoire , elles donnent des produits empyreumatiques et hydrocarbonés, parmi lesquels on distingue du carbonate et du cyanhydrate d'ammoniaque. Celles des eaux sulfurées donnent de plus du sulfocyanhydrate d'ammoniaque. Comme résidu, on obtient un produit noir charbonneux qui brûle au contact de Tair, et se convertit en une cendre d'un rouge plus ou moins foncé; 100 parties de conferves desséchées abandonnent environ 50 parties de cendres.
M. LecontO) qui a analysé qualitativement les cendres des conferves de Néris, y a trouvé :
Du sable.
De Tacide carbonique (h Tétat de
carbonate de cbauz).
De l'acide sulfurique.
Du cblore.
De l'iode.
6p De la potasse (traces).
7* De la soude (trace» pi 09 abondantes}.
8« Du sesquioxyde de fer.
9^ De la magnésie.
10* De l'oxyde de manganèse.
11° De la chaux (carbonate) trèsabondante.
D*après M. Bonis, les conferves seraient constituées de la manière suivante :
Carbone 48,69
Hydrogène 7,70
Azole 8,10
Cendres 30,2^
Il est assez digne de remarque que M. Bouis n'ait pas signalé l'oxygène parmi les principesconstituants des conferves. L'existence de la cellulose met hors de doute cependant que ce corps simple doit en faire partie.
Quel que soit le degré de sulfuration de l'eau dans laquelle la matière organique s'est produite, on ne retrouve jamais dans cette dernière la présence du soufre naturellement combiné. Car si, comme Ta fait M. Cazin, on la traite par le sulfure de carbone, on n'attaque pas la substance et ce véhicule ne dissout que le soufre accidentel.
L'une des propriétés les plus remarquables que possèdent les matières organiques des eaux minérales, et du reste toutes les espèces végétales d'un ordre plus élevé qui croissent dans les eaux, est de s'emparer de quelques-uns des principes salins de ces dernières, h l'exclusion de certains autres. Vis à-vis de ces végétaux, plusieurs substances semblent jouer le rôle de stimulant ; tels sont l'iode et le brome. C'est ce qui a fait dire à M. Liebig que les plantes marines avaient besoin d'iodures pour se développer, et que leur existence était liée à la présence de l'iode, absolument comme la vie des plantes terrestres est liée à la présence des alcalis et des terres alcalines ^ Tout le monde sait, en effet, que les plantes dites marines croissent principalement dans les terrains qu'arrosent les eaux minérales ou dans ceux qui, à une époque déjà trës-éloignée de nous, ont été submergés par les eaux de la mer.
Soit que l'iode ait attiré plus vivement l'attention des chimistes, toujours est-il que l'on constate sa présence dans toutes les matières organiques des eaux toutes les fois qu'on le recherche avec soin. Cette absorption, que nous . pourrions même appeler élective^ parait si grande, que l'iode disparaît de l'eau à mesure qu'elle arrive à la surface du sol. Nous pourrions citer ici plusieurs eaux minérales froides et thermales, à Néris, par exemple, dans lesquelles il a été impossible de reconnaître la présence de l'iode, alors que les matières organi* ques qui s'y développent, soumises à l'analyse , en ont indiqué des traces non douteuses. Tout le monde sait encore que des chimistes très-expérimentés ont nié, ou à peu près, l'existence de l'iode dans l'eau des mers, et cependant tout celui que les arts et la médecine consomment n'a pas d'autre origine que les plantes qui tapissent le fond de ces immenses réservoirs d'eaux. Mais riode n'est pas le seul élément que les conferves soustrayent aux eaux; ainsi Fontan a trouvé que ces végétaux absorbaient la plus grande partie du fer que les eaux de Schwalbach contiennent lorsqu'elles sont exposées pendant quelque temps à l'air 2.