‹ Traité de chimie hydrologique comprenant des notions générales d'hydrologie et l'analyse chimique des eaux douces et des eaux minéralesChapitre 195 sur 299 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

Les naturalistes, se basant sur les produits ammoniacaux que dégagent les conferves lorsqu'on les soumet à l'action de la chaleur, et sur ce qu'on trouve dans les eaux de certaines sources conservées à l'air pendant quelque temps, des oscillaires doués de mouvements spontanés, ont pensé, comme nous l'avons déjà dit, qu'on devait les classer partie dans le règne végétal, partie dans le règne animal. En attendant que la question soit résolue d'une manière certaine, nous considérerons les conferves comme des végétaux proprement dits, et les infusoires qu'on y découvre parfois comme des animaux, mais occupant les uns et les autres le bas de l'échelle de la vie organique.

Maintenant on se demande comment peuvent se développer ces animalcules microscopiques. Mais si on fait attention que les conferves ainsi imprégnées d'animalcules n'ont été amenées à ce résultat qu'après avoir eu pendant un temps plus ou moins long le contact do l'air, on en conclut que, selon toute probabilité, les germes ont été fournis par le sol ou par l'atmosphère : ceux-ci, trouvant dans la substance albuminoïde des conferves et dans le liquide toutes les conditions propices à leur évolution, s'y développent et subissent les phases de leur existence.

§ I^r. .« infùsolres des eaox donoas.

La présence dlnfusoires dans les eaux douces est un signe certain de leur altération profonde. Ces eaux acquièrent alors une teinte jaune, brune ou verte» et elles possèdent une odeur et une saveur insupportables. Plusieurs des principes salins sont notablement modifiés dans leur constitution, des sulfures ont pris naissance, et, si on les évapore jusqu'à siccité, le résidu renferme une grande quantité de matière organique d'odeur forte et pénétrante.

Les eaux de ruisseaux, surtout celles qui ont un écoulement lent et qui roulent sur du limon, sont très -notablement chargées d'animalcules microscopiques.

Les eaux des rivières et des fleuves, à en juger par les expériences de M. Donné ^ contiendraient également des animaux infusoires. Ainsi, les eaux du Rhône et de la Saône, examinées au microscope, lui ont laissé voir à toutes les époques de Tannée des animalcules, mais en quantité variable.

D'après M. Morren et plusieurs naturalistes, la coloration verte des eaux stagnantes, des viviers par exemple, est due à l'existence de plusieurs espèces d'algues ou oonferves. Mais M. Morren a encore vu que cette coloration était produite par certains animalcules microscopiques, parmi lesquels il a reconnu Yenchelis monadia de Bory de Saint- Vincent, et plusieurs variétés de monas pulviculvs de MûUer. Ces infusoires, qui tiennent du règne végétal par leur teinte, s'en rapprochent également par leur manière de réagir sur l'acide carbonique. Comme tous les végétaux, ils décomposent l'acide carbonique dissous dans les eaux et en éliminent l'oxygène. M. Morren a encore observé que sous Tinfluence des rayons lumineux, c'està-dire dans le moment où le développement des infusoires est à son plus haut degré, la proportion d'oxygène augmente et celle de l'acide carbonique diminue. Si les animalcules disparaissent, le maximum d'oxygénation de l'eau disparaît avec eux.

Les infusoires des eaux stagnantes ne communiquent pas

1. Dupasquier. Des faux de source €t des eaux di rivière, elc. Paris, Lyon, 1810.

toujours aux eaux douces la teinte verte que nous venons de signaler. On a encore reconnu l'existence d'autres espèces dont la couleur varie du blanc au rouge et du brun au noir, et qui, lorsqu'ils sont réunis en grande masse, font paraître ces liquides sous des aspects leè plus divers. Il y a dans ces eaux tout un monde microscopique qui, comme les conferves, semble se transformer selon le milieu dans lequel il habite.

§ II. — Inftesolres des eaux minérales.

Les infusoires ne s'observent dans les eaux minérales, quelles que soient leur nature et leur composition, que lorsqu'elles ont eu pendant un temps assez long le contact de Tair. Or, il est tout aussi loisible de supposer qu^ils tirent leur origine de l'atmosphère ou du sol plutôt que de la décomposition spontanée des substances confervoïdes, quoique Longchampait admis que la matière organique des eaux pouvait servir à la création des infusoires qu*il a rencontrés dans le dépôt ocracé de l'eau de Luxeuil.

§ m. — Inftisoires de l'eaa d« mer.

Nous dirons peu de choses des infusoires que contient l'eau des mers, parce qu'il nous faudrait entrer dans des détails qui sortent du cadre que nous nous sommes tracé.

Nous ne pouvons cependant passer sous silence le phénomène de phosphorescence que l'eau de la mer présente sur quelques points et à certaines époques de l'année, et que Ton a cherché à expliquer par la présence des infusoires.

Page 1