PHOSPHORESCENCE ET LACTESCENCE DE LA MER
Souvent, lorsqu'à une journée brûlante succède une nuit sombre, et que l'air est sec, quelques parties de la mer élincellent sur une immense étendue d'un vif éclat et qu'on ne saurait mieux comparer qu'à la lueur d'un feu du Bengale. Les vagues que soulèvent les vents semblent soumises à un embra-
sèment général, et les, jets de lumière qui s'en échappent disparaissent pour repax^tre à côté. Si on puke de Teau dans un vase ou y distingue couame une foule de globules lumineux qui ne taj*dent pas à s'évanouir ; tel est le phénomène de la phosphorescence, que tant de naturalistes et de voyageurs ont cherché à expliquer par les moyens les plus divers.
Pour Boyle, la phosphorescence de la mer serait produite par le frottement de Tair sur la surface de Teau et sous l'action tourbillonnante du globe.
L'abbé Nollet voit là un phénomène électrique, qu'il explique par le frottement incessant des particules d'eau entre elles, et auquel Leroy (de Montpellier) ajoute l'influence du chlorure de sodium.
La présence des corps organisés en putréfaction^ des poissons, par exemple, a été ensuite mise en avant par quelques voyageurs. D'après J. Canton, les poissons de mer en voie de décomposition et placés dans de l'eau chauffée à 26 ou 30^ rendent celle-ci lumineuse dans l'obscurité. Il montra par des expériences comparatives que les poissons de mer putréfiés dans l'eau salée jouissaient seuls de cette propriété, phénomène qui n'avait pas lieu si on remplaçait l'eau de mer par de l'eau douce.
L'existence du phosphore en quantité notable dans certains organes des poissons permettait de concilier tous les faits observés jusqu'à ce jour, mais la découverte de poissons de mer jouissant, étant en vie, de la propriété phosphorescente, tels que les dorades et les bonites, lit présenter la cause de la phosphorescence de la mer sous un jour tout nouveau. Après ces animaux vinrent des mollusques, quelques polypiers, des animalcules microscopiques rangés par Linné dans le genre des néréides ou annélides errantes^ et enfin des animaux de l'ordre des zoophytes, parmi lesquels on place en première ligne le Pyrosoma atlanticum et le Beroë fulgens, ayant tous la propriété de luire dans l'obscurité.
M. Babinet considère la phosphorescence comme mécanique et nullement physiologique, et il fonde son opinion sur ce que les eaux delà mer Morte, où personne ne sera tenté de mettre des êtres vivants, sont lumineuses et phosphorescentes comme les eaux comparativement peu salées de TOcéan.