CHAPITRE XXXII
Au point de vae qualitatif, la constatation de la chaux est dune trësr-graiMle ezactitiide ; il suffît, en effet, de verser [dans une eau douce quelconque de l'oxalate d'ammoniaque contenant nn léger excès d'alcali pour obtenir de l'oxalate de chaux dont rinsolubilité est très-grande.
Ntcklès a indiqué que la matière colorante des baies de troène {Lifustrum vul^re; famiUe des oléaoées) qui, dans son état normal, est d'un beau rouge cramoisi, passait au vert avec la potasse, la soude et leurs carbonates, et au bleu avec le bi* carbonate de <diaux. D*après ce savant, cette réaclâon est due à la présence d'un principe colorant spécial à ces fruits, auquel il a donné le nom de liguline. Gomme ce réactif ne peut se conserver longtemps sans se décomposer, Nicklès conseille de se servir de papier de troène ^ qu'il trempe dans l'eau : si celie-ci contient du bi-carbonate de chaux, le papier bleuit au bout de quelques minutes, et de plus le liquide acquiert une tônle bleue assez prononcée.
La chaux est ime des substances que l'on arrive à doser avec le plus de certitude, et c est avec le même liquide qui sert au dosage de la silice, de l'oxyde de fer et de la magnésie, que l'opération s'exécuta le plus ordinairement.
L'eau, suivant aa richesse en bAs calcaires, indiquée par
1. Toi ci comment Nicklës prépare le papier ds troëae* Le jus des baies oBt filtré et précipité par l'aeétate neutre de plomb. La laque qui se forme est lavée, délay(''e dans une petite quantité d'eau et enfin soumise à Taction de l'acide sulfhydrique qui sépare tout le plomb, tandis que la ligitiine est tenue eo diieolntioa dans l'eau.
Celle-ci est concentrée et le résidu est lavé avec de l'éther qui ne touche pas au principe colorant. La liguline est ensuite traitée par l'alcool qui la dissent en totsHté.
Iji teinture alcoolique est chauffée à une douce chaleur afin d'en chasser tout le véhicule qu'on remplace par une petite quantité d'eau, et c'est dans cette solution qu'on immerge le papier sans colle sur lequel on fixe ainsi la liguline.
D'après Nicklès l'immersion du papier sans colle dans le jus de baies de troëne nefournit pas un réactif aussi sensible qu'avec la solution de liguline.
Toxalate d'ammoniaque dans l'analyse qualitative, est évaporée jusqu'à siccité avec un mélange d'acides chlorhydrique et nitrique. Le résidu, repris par Teau distillée, abandonne la silice à Tétat insoluble. La liqueur filtrée, neutralisée par Tammoniaque, est traitée par un excès d'oxalate d'ammoniaque, qui ne précipite que de l'oxalate de chaux avec des traces de strontiane et quelquefois de baryte. Comme la partie liquide retient toute la magnésie, on la met de côté pour le dosage ultérieur de cette base.
Le dépôt d'oxalate de chaux, recueilli sur un filtre, est lavé avec de Teau contenant 1 centième de son volume d'anunoniaque, et desséché avec son filtre entre des feuilles de p^er Joseph. On le met ensuite dans un creuset de platine, et on l'arrose avec quelques gouttes d'acide sulfurique et d'acide nitrique, afin de produire du sulfate de chaux sans sulfure de calcium. On modère dans le commencement l'action de la chaleur pour permettre à l'acide carbonique de se dégager lentement, sans quoi la matière serait projetée au dehors du vase de platine. On chauffe au rouge jusqu'à complète volatilisation de l'excès d'acide sulfurique. Le poids du sulfate de chaux sert à calculer le poids de la chaux supposée à Tétat caustique, en ayant soin toutefois de défalquer les quelques milligrammes provenant des cendres du filtre, et la strontiane et la baryte qui se sont précipitées à Tétat d'oxalates avec la chaux. Le résultat que l'on obtient ainsi est des plus satisfaisants.
Au lieu de convertir l'oxalate de chaux en sulfate, quelques analystes se contentent de calciner ce sel à l'air, à une température très-élevée et soutenue. Il se produit dans le premier moment du carbonate de chaux, et ensuite de la chaux caustique. Nous croyons ce modxis faciendi inférieur au précédent, en ce qu'on n'est jamais parfaitement sûr d'avoir éliminé les dernières portions d'acide carbonique et d'avoir brûlé la petite portion de carbone provenant de la décomposition de Tacide oxalique ; ensuite la chaux caustique absorbe très-rapidement, pendant le temps qu elle met à se refroidir et pendant qu'on la pèse, de Teau et de l'acide carbonique, qui élèvent sensiblement le poids réel de cette terre calculée anhydre et caustique.
On commettrait des erreurs sensibles si, pour doser la
RECHERCHE ET DOSAGE tiE LA CHAUX 701
chaux dans les eaux peu calcaires, beaucoup d*eaux douces , par exemple, on se contentait, ainsi qu'on .Ta imprimé, de verser de Toxalate d'ammoniaque avec excès d'alcali dans un volume connu de liquide tel que la nature le fournit. Le précipité d'oxalate de chaux qui prend naissance n'est pas tellement insoluble qu'il n'en reste une portion notable dans la masse de Teau mise en expérience.
Pour apprécier la proportion de chaux contenue dans les eaux potables, M. Feret a conseillé la méthode des volumes. Pour cela, il se sert d'une solution normale d'oxalate d'ammo«niaque, qui, pour chaque équivalent, soit 887,5, précipite un équivalent de chaux, soit 350,0. Or, une solution contenant pour 4,000 centimètres cubes 25«%20 d'oxalate d'ammoniaque, précipitera exactement 0«',01 d'oxyde de calcium pour 1 centimètre cube d'eau. Cette opération serait en effet beaucoup plus expéditive que celle qui consiste à faire évaporer l'eau afin d'en isoler la chaux à l'état d'oxalate que l'on décompose et que l'on pèse; mais est-elle d'une exactitude parfaite? Nous ne le croyons pas, car en la mettant à l'épreuve, elle nous a donné des nombres assez éloignés les uns des autres. Nous dirons cependant qu'elle peut être mise à profit pour apprécier approximativement la quantité de chaux des eaux destinées à certains usages industriels.