‹ Traité de chimie hydrologique comprenant des notions générales d'hydrologie et l'analyse chimique des eaux douces et des eaux minéralesChapitre 39 sur 299 · ET FLEUVES · texte numérisé non relu

ET FLEUVES

Les ruisseaux, les rivières et les fleuves qui constituent les eaux courantes sont alimentés par les eaux pluviales, les eaux de sources et les neiges qui couronnent les montagnes, mais ces dernières en fournissent moins que les deux premières , si on en excepte les glaciers de la Suisse, dont les eaux vonft grossir si abondamment le Rhône pendant Tété.

En général, la nature du terrain règle le débit des cours d'eau; ainsi, sur les terrains perméables, on trouve les eaux d'un écoulement lent et tranquille, tandis que les cours d'eau torrentiels sont le lot des terrains imperméables*

Constatons dès à présent que, chimiquement parlant, les

. eaux douces qui s'épanchent à la surface du sol n'ont jamais

une même constitution sur tous les points où on les examine.

L'acide carbonique, dont la terre est le principal réservoir, est, à n'en pas douter, Tagent qui apporte le plus de modifications dans la nature des principes minéraux des eaux. Si^ dans l'origine, les eaux douces qui, en se rassemblant plus tard, doivent donner lieu aux ruisseaux, n'ont traversé que des roohes> elles sont peu chargées de matières salines ; l'analyse y constate seulement Texistence de l'acide carbonique, peu de cblo^ rures et de sulfates, un peu plus de bicarbonates alcalins et à peine des matières organiques ; elles ont en outre la propriété d'être claires, limpides et fraîches.

Les eaux parvenues dans les ruisseaux et continuant & couler sur un sol siliceux, muni de nombreuses aspérités, abandontnent une petite portion d'acide carbonique dissous et elles absorbent les éléments de l'air qui leur manquaient, du moins en partie. Les analystes ont en effet constaté qu'à une certaine disr tance de leur point d'émergence, les eaux courantes étaient moins saturées de gaz carbonique et qu'elles étaient au contraire plus aérées.

Mais ces heureuses conditions ne sont pas exactement réunies partout. Les eaux des ruisseaux ne proviennent pas seulement des sources naturelles, mais encore de l'atmosphère. Ces dernières, après avoir coulé sur le sol ou dans les couches superficielles des terrains meubles et calcaires, ont entraîné avec elles des sels de chaux et de magnésie et des matières organi* ques. Si elles sont très-aérées, en revanche elles sont chargées d*une quantité assez considérable de principes fixes, de nature terreuse, qm les rendent parfois troubles et par conséquent peu potables. Des réactions faciles à comprendre se sont accomplies, une partie de l'acide carbonique dissous s'est combiné aux carbonates neutres de chaux et de magnésie et a formé des Mearbonates solubles jusqu'à ce que des causes accidentelles viennent à leur tour ramener ces sels en aôide carbonique et en carbonates neutres.

Le rôle de l'acide carbonique ne consiste pas seulement k maintenir dans les eaux courantes les carbonates neutres, calcaire et magnésien, à l'état de bicarbonates : sous son influence, d'autres sels, sulfates, phosphates, peu solubles dé leur nature, entrant en dissolution et subissent ensuite, comme les bicar* bonates, toutes les modifications que leur infligent les agents physiques et chimiques au sein desquels ils sont continuellement mis en présence.

Les eaux des ruisseaux, en poursuivant leur cours, finissent par se clarifier si Tétat de l'atmosphère le permet, puis par perdre une autre portion de leurs matières salines solubles. On découvre en eflet que plus on s'éloigne des petits cours d'eàu, moins les eaux des ruisseaux sont minéralisées ; tel est le cas des fleuves comparés aux rivières et aux ruisseaux. Il est établi depuis longtemps que Teau des fleuves est plus pauvre eii matières minérales que l'eau des rivières et celle-ci que l'eau des ruisseaux. A Rouen, l'eau de la Seine est plus pure qu'à Paris soit en amont, soit en aval.

Le bicarbonate de chaux est, de tous les sels dissous normalement dans les eaux courantes, celui qui diminue le plus rapidement sous l'influence de Tair ambiant et des' secousses rStérées que les particules d'eau s'impriment entre elles en cherchant à vaincre les obstacles que la nature oppose à leur écoulement. Le bicarbonate de chaux, disons-nous, se décom-

ns EAUX DOUCES

pose en acide carbonique^ dont une partie se redissout, et Vautre retourne à l'atmosphère, et en carbonate de chaux neu-» tre, qui se précipite et va, avec les matières organiques soinblés et minérales tenues en suspension, former le limon. Les expériences des chimistes ont montré en effet que les eaux des fleuves étaient moins riches en bicarbonate de chaux que les eaul des rivières et surtout des ruisseaux.

Cependant, malgré l'existence éphémère, on peut le dire, da bicaiix>nate de chaux, toutes les eaux courantes en contiennent des proportions notables, et certains hydrologues n*ont pas craint de le considérer comme indispensable à la bonne qualité des eaux potables.

Plusieurs des caractères qui appartiennent aux eaux des^ ruisseaux ont disparu lorsqu'elles se sont jetées dans les rivières : ces dernières sont en effet moins fraîches et presque constamment troubles.

Les rivières étant alimentées par tous les petits cours d^eau, elles contiennent en suspension de la terrevégétale, de l'argile^ de la silice et des silicates (principalement du mica à l'état de division extrême), enfin toutes sortes de détritus végétaux et animaux que les pluies y ont apportés. C'est la réunion de cea matières qui, accumulées sur le bord ou dans le fond des rivières ayant une pente très-douce, constitue le hmon ou la va$e. La proportion de ces substances insolubles est d'autant plus grande que les crues sont plus fréquentes ; on a calculé que la Durance, dans le moment des grandes crues, en charriait par mètre cube d'eau 4*»^,! 79, et en moyenne 0^^279. L'eau du Rhin en contient en moyenne 0^ii,02 ; le Rhône (1844) en maximum 0''",493, en minimum 7 grammes, en moyenne 138/^,8; la Saône en maximum 100»', 4, en minimum 8«',4, en moyenne 40 grammes *. Des expériences ont montré que la Seine renfermait en moyenne i/2000 de matières insolubles. Ces substances sont si téimes qu'elles mettent souvent un temps très-long pour se déposer en totalité : ainsi, d'après M. Léopold,reau da la Garonne, après dix jours de repos, n*était pas redevenue limpide. L'eau du Rhône a fourni un résultat identique. Lors*

1. M. Hervé-MangoDy Dict, des arts et manufactures de Laboula^e, art..

▲ORlCaLTURE.

EAUX COURANTES JQ3

que les eaux des rivières, pçir suite de leur écoulement et à répoque des beaux jours, ont abandonné la plus grande partie de ces matières, elles paraissent d'un vert prononcé ou d'un vert bleuâtre.

Les eaux courantes étant, comme nous venons de le voir, le réceptacle de toutes les matières solubles et insolubles disséminées à la surface du sol et entraînées par les pluies, il en résulte qu'elles contiennent toujours des matières organiques solubles et insolubles.

Les matières organiques solubles modifient notablement la constitution des eaux. Sous Tiniluence des agents atmosphériques (oxygène ambiant, radiations solaires) et de Tair dissous^ il s'établit une véritable combustion spontanée, qui a pour effet de produire des sels ammoniacaux, puis de Tazote et de Facide carbonique.

Les matières organiques insolubles se déposent avec les sels calcaires, tantôt dans le lit des cours d*eau qui ont un écoulement peu prononcé, tantôt sur les plages, par les alternatives de jQux et de reflux. Ce sont ces dépôts naturels qui, réunis sur une grande étendue de terrain et en grande masse, se décomposent pendant les chaleurs et portent de si grands préjudices à la santé des habitants qui vivent à une petite distance de quelques rivières et de certains fleuves.

Ces matières organiques ont encore pour origine :

lo Les pluies torrentielles (nous avons déjà constaté que les premières pluies d'orage renfermaient , dans une proportion très-notable, des particules organiques, azotées ou non, disséminées dans Tespace et soustraites au sol par les vents); . 2* Les nombreux animaux qui vivent et meurent dans ce milieu;

do Les plantes aquatiques qui, parvenues à leur complet dévdoppement, se détruisent en cédant aux eaux des jproduits ammoniacaux, provenant de la transformation de Talbumine végétale;

4° Les égouts. (On remarque qu'en aval des villes, les ruisseaux, les rivières et les fleuves, recevant toutes les eaux qui ont lavé les rues ou qui ont servi à l'industrie, charrient toujours une plus grande quantité de principes organiques qu'en amont.)

101 EAUX rOUCES

Ces matières, lorsqu'elles existent en proportions notaUes, sont» à n*en pas douter, la cause principale qui rend certaiDe$ eaux courantes insalubres. £n contact avec les sulfates alcalins et terreux» elles agissent comme corps désozydant : les sulfates sont convertis en sulfures, puis il se forme du carbonate d'ammoniaque, ainsi que l'a constaté M. Chevreul avec l'eau de la Seine.

La température ambiante et la pente naturelle des cours d^eau ont une influence immense sur la pureté des eaux cou*^ rantes. Tout le monde sait que pendant les grandes chaleurs et lorsqu'il n'a pas plu depuis longtemps, les eaux des ruisseaux et des rivières tiennent en dissolution une plus grande quantité de matières organiques qu'en hiver, aussi l'odeur qu'elles ré* pandent est-elle plus désagréable.

Dans les eaux qui ont un écoulement rapide, les matières organiques solubles se détruisent, sinon en totalité, du moins en plus grande partie que dans celles qui coulent lentement. Partout où la pente est peu marquée, on voit s'accumuler du li« mon, et l'eau qui le couvre est impropre à la boisson. Tel est le cas de la rivière de Bièvre, dont le lit est recouvert d'une couche épaisse de vase, composée de matières organiques que lui déversent les fabriques avoisinantes.

On conçoit, d'après ce qui précède, que la quantité et la nature des principes minéraux dissous dans les eaux douces courantes doivent varier presque à chaque instant de la journée, et, chose digne de remarque, ces variations ont lieu d'une rive à Tàutre. D'après Vauquehn et M. Bouchardat, l'eau de la Seine contient vers la rive droite, depuis le confluent de la Marne, une quantité de magnésie plus grande que vers la rive gauche : mais l'eau de cette dernière a donné à l'analyse des traces d'un nitrate alcalin, sel qui a fait défaut dans l'eau de la rive droite : MM. Boutron et Henry ont trouvé que la proportion des nitrates augmentait à mesure que la Seine s'éloignait de Paris.

Voici l'explication de cette anomalie : lorsque les cours d'eaux sont très-spacieux, comme les fleuves, les eaux des rivières qui y arrivent mettent souvent un très-long temps pour se confondre; ainsi, depuis longtemps, on avait fait la remarque que la Seine et la Marne, en traversant Paris, formaient deux courants

distincts et qui ne se mélangeaient qu'à une assez grande distance de leur point de jonction. M. Robinet a constaté jusqu'à 6 degrés hydrotimétîques de différence entre les deux courants. D'après cet hydrologue, ce ne serait qu'après avoir franchi le circuit formé par le fleuve devant Meudon et Sèvres que les eaux seraient suffisamment mélangées et que l'on trouverait le même titre bydrotimétique en quelque place qu'on les •puise.

Maintenant il est certain que par le mélange des eaux courantes d^origines'dîversés il s'opère à chaque instant, entre quelques-uns de leurs principes minéralisateurs, des réactions multipliées et, dans tous les cas, difficiles à apprécier dans leurs détails les plus intimes.

Si ces changements sont plus difficilement appréciables, nous pouvons même dire moins sensibles dans les grands amas d*eau comme les rivières et les fleuves, il n'est pas moins vrai qu^ls existent réellement dans les eaux des ruisseaux loin des villes. Les eaux de ces derniers, coulant sur un lit et entre des rives oîi végètent un grand nombre de plantes aquatiques, abandonnent à celles-ci quelques principes salins, indispensables à" leur développement, et, point assez intéressant, à l'exclusion de certains autres. Les végétaux, par exemple, qui dépouillent les eaux courantes des iodures ne touchent pas aux bromures : par leurs spongioles , les plantes aquatiques absorbent une partie de l'acide carbonique dissous, pour s'en approprier le carbone et éliminer Toxygène; et enfin, les sels de potasse, de soude, de chaux, de magnésie, de fer, de manganèse, de la silice, toutes substances que la sève transporte dans les différentes parties du végétal.

Si 1 on compare la nature des principes minéraux, dissous dans les cours d'eau que nous examinons en ce moment, on voit que plus on s'éloigne des ruisseaux, ;naoins les eaux contiennent de sels peu solubles : ainsi, dans les rivières et surtout dans les fleuves, les sels de chaux ont diminué d'une manière notable, tandis que les sels de soude et de potasse, principalement les chlorures ont augmenté.^ D'après, M. Deville, toutes les eaux des rivières et des fleuves renferment des nitrates, sels que l'on ne rencontre iSlUs' dans l*eau des mers : M. Eug. Marchand explique cette disparition 1° par les poissons qui, pen-

dant Tacie respiratoûre, converUseent l'acide nitrique en amoaoniaque ; 2* par Tacide sulfhydrique qa'excrôtcott uq grand nombre de mollusques et 3^ enfin par les matières oi^ganique» qui sont dans un mouvement continuel de décomposition.

L'eau des rivières et des fleuves est toiôourstrô&-aérée; Gay-* Lussac et de Humboldt ont indiqué que l'eau de la Seinerenfermait 1/25 de son volume d'air, oomposé de la manière^ suivante :

Oxygène 31,9

Azote 68,1

Pour M. Péligot, l'acide carbonique entre pour moitié environ dans le volume des gaz dissous dans Tes^u de la Seine, et sans doute dans l'eau de toutes les rivières et des fleuves.

Relativement à la quantité, on trouve que la somme des matières minérales varie en général entre 0«',1 et 0«%5 pour 1 litre d'eau. Parmi les eaux des rivières et des fleuves les moins riches en sels fixes on peut citer l'eau de la Loire prise à Nantes, qui ne laisse pas plus de 0?',032 à 0k'',134 par litre. Toutes choses égales d'ailleurs, les eaux des rivières et des fleuves sont moins minéralisées que les eaux douces de sources.

Dans les ruisseaux et les rivières la silice est toujours en proportion assez grande par rapport aux sels minéraux ; mais dans les fleuves c'est le contraire qui a lieu ; aussi l'eau des mers est-elle peu chargée de silice. Cette substance s'est sans doute déposée avec les matières organiques et le carbonate de chaux, à l'état de limon pendant l'écoulement de l'eau < .

M. Boussingault évalue en moyenne à O^',!? l'ammoniaque que les eaux courantes tiennent en dissolution.

On a constaté que pendant l'été la quantité de sels minéraux était plus grande que pendant l'hiver, résultat qui n'a pas Ueu

1. M. Poggiale (travail lu en 1855 à l'Académie de Médecine] a donné aa limon de la Seine la composition suivante :

Silice 85,e0

Carbonates de chaux et de miigpaésie. 60,31 * Matières organiques 3,39

de sorprendre lorsqu'on sait que «toutes les eaux, en s'échauf-» fiuQit, Jouissent de la profnriété de dissoudre plus facilement les sels les moins solubteak. L'eau 4i$. Rhône semble faire exception à la règle; mais Di^iasquier explique cette anomalie par la fonte des neiges alpines qui, pendant l'été, augmente énormément le volume du Rhdme, tandis que, pendant Vhiver, ce fleuve subit teigours une diannulion notable.

Les eaux courantes, puisées au large, loin des grands centres de population et entre les deux époques des basses eaux de Tété et des crues de Thiver, sont considérées à juste titre comme les meilleures pour la boisson et les différents usages économiques et industriels ; si elles n'ont pas la fraîcheur des eaux de sources, elles sont plus aérées que ces dernières.

La petite quantité de matériaux fixes que renferment les eaux des rivières et des fleuves fait que, contrairement à l'opinion de quelques chimistes, la pesanteur spécifique peut être difficilement invoquée pour reconnaître leur pureté, d'autant plus qu'une variation brusque de température apporte un changement notable dans leur densité.

Nous ne pouvons passer sous silence les eaux qui alimentent les canaux et servent à la navigation, soit dans Tîntérieur des terres, soit dans l'intérieur des cités populeuses.

Les eaux de* ces réservoirs partagent les propriétés des eaux stagnantes et des eaux courantes : ainsi, celles qui sont dans lé milieu des terres, par leur presque immobilité, par les nombreux végétaux qui tapissent le fond et les bords des canaux se confondent avec les eaux des étangs : telle est l'eau du cana! latéral de la Loire. Celles au contraire qui sont placées à Fembouchure des grands cours d*eau, et dans l'intérieur des yîDes, ont quelque ressemblance avec les eaux des rivières et des fleuves. Nous pouvons citer comme exemple Teau du canal de rOurcq, que MM. Boutron et 0. Henry * ont trouvée moins pure que l'eau de la rivière de ce nom, et cela, par les immondices qu'y versent les ruisseaux des rues et les fabriques qui Tavoisinent.

1. Boutron Charlard et 0. Henry. Analyse chimique des eaucc qui alimen'-' Unt les fontaines publiques de Paris, Paris, 1848.

)08 EAUX 1>0UCES

CHÀ.PITRTE XI

De tout temps Thomme a reconnu que lorsque la nature lui refusait spontanément Teau indispensable à son existence, il devait la chercher dans les entrailles de la terre* Son but^ en crec^ant des puits, a été, soit de mettre à jour les courants d'eau souterrains situés au- dessous et dans le voisinage du sol, pu ses forces lui permettent de pénétrer, soit de donner aux eaux qui filtrent à travers les terres un espace libre où elles puissentse rassembler. De là, la distinction que nous devons faire entre les puits de sources ou d*eau vive, et les puits d'eau de fUtration ou stagnante. Dan& les premiers se rangent natu-* rellement les puits artésiens, et dans les seconds les puisards et les citernes. . ,

§ 1". — Puits d'6aa -vive.

Les courants souterrains que le puisatier met en communication directe avec l'air, ne tarderaient pas à s'infiltrer dans l'intérieur des terres ou à changer de direction, si on ne prenait le soin de les capter dans des murailles de maçonnnerie. L'eau, en s'élevant dans cette enceinte, suivant la pression qu'elle subit dans les couches plus inférieures du sol, se met tout de suite à un niveau qui varie d*autant moins que la nappe souterraine a elle-même un niveau plus constant. On remarque en effet qu'à toutes les époques de l'année, non-seulement lee puits d'eau vive, surtout ceux creusés à une grande profondeur et depuis un long temps, ne tarissent pas, mais encore que l'eau y subit peu de variations dans son niveau. Us conservent à peu près leur niveau habituel, d'abord parce que la pression de bas en haut, toujours peu considérable, est invariable, ensuite, parce que le trop-plein s'infiltre dans les terres à travers la maçonnerie. Au contraire, les puits d'eau vive construits à des profondeurs moindres, et recevant souvent les eaux de filtration des terres, augmentent ou diminuent- suivant les saisons.

La composition de Teau vive de puits participe de la nature du sol qu'elle a traversé avant de se rassembler. Si sonpoint d'émergence est situé directement sur les roches granitiques, elle possède en apparence tous les caractères qui appartiennent aux bonnes eaux potables^ et cependant il n'en est rien. Quoique peu chargée de matières lerreiises, Teau de ces réservoirs, soumise à une immobilité à peu près complète, n'ayant eu, en raison de la profondeur où elle est placée, que le contact d'un air confiné, ou dont le renouvellement a lieu difficilement, n'est pas saturée suffisamment de gaz oxygène et azété ou d^âdr. A; ce défaut d'aération vient se joindre la présence de matières étrangères, de nature organique, provenant des agents exté* rieurs et qui finissent par s'y accumuler.

Mais si au lieu de roches le point d'émergence de ces eaux est situé sur des terrains plus modernes, leur constitution est bien différente. Le gaz carbonique qu elles contiennent^ augmenté de la propriété dissolvante du liquide, réagit sur les sels terreux, d'où résultent du bicarbonate de chaux et du sulfate de chaux solubles. Les eaux de puits de cette catégorie ne sont pas potables, et de plus ne peuvent servir à plusieurs usages économiques et industriels.

§ II. — Palis artésiens.

Les courants souterrains sont quelquefois à des profondeurs telles que Fart est obligé de recourir à des moyens particulières pour en faire jaillir l'eau au dehors. Nous voulons parler du forage des puits artésiens. Cette pratique, qui a pris naissance dans l'une des provinces de la France (r Artois), a pour effet, à l'aide de perforations sur un point donné du sol, et où l'on suppose qu il existe un ou plusieurs courants souterrains, de procurer aux habitants de l'eau d'abord plus pure et ensuite plus abondante que celle des puits ordinaires. Le puits de Grenelle,' par exemple, ne débite pas moins de 2,000 litres d'eau à la minute et remarquable par sa pureté.

La température intérieure de la terre s'accroissant en raison de la profond^r, comme nous aurons occasion de le dire plus loin en parlioit des eaux minérales thermales, les eaux des puits artésiens sont d'autant plus chaudes que la sonde est

lia EAUX DOUCES

allôe tes chéreber pluB profoniémefnt. Voici àstf eupcofkm ^ii mettent ce fait hors de dcraM.

Température. Profondeur du forage.

Faits artésien de Cambrai. .' 11*,6 30 ia^ea.

-. «*- . daia garedeSaiot-Ouen .. . 1^%9 66 -^

— ■ — d« Tours 17%5 122 —

— — ' de Grenelle. .' 27*,4 518 -.

Lea courants BoaCerrainâ» à cette profondeur, étant toujours soumis à mue pression considérable» il en résulte que les sources artésiennes se font jour avec une force qui leur a valu quelquefois le nom de source ou fontaine jaillissante. Tels sont les puits forés à Elbeuf, où Teau s'élève à plus de 32 mètres avH dessus du niveau du sol, et le puits de Grenelle, dont Veau monte à 38 mètres au-dessus du sol de Tabattoir . Les nouveaux puits artésiens de Chicago, aux États-Unis, ont 700 pieds d,e jirofondeur et donnent 5,676,000 litres d'eau claire et fraîche par 24 heures.

La théorie du jaillissement des eaux artésiennes peut s'expliqua de deux manières différentes : ainsi, ou bi^i la nappe souterraine est tellement considérable et la pression intérieure tellement forte, que l'eau est refoulée bien au delà de la surface du sol; ou bien la sonde a mis à jour plusieurs nappes superposées. Il est rare, en effet, qu'un forage, surtout lorsqu'il est très-profond, ne mette à jour qu'un seul courant d'eau. Dans la conduction du puits artésien de la gare de Saint- Ouen, M. Flachat en a rencontré cinq :

Le premier à 36 mètres de profondeur; Le deuxième à 45 — —

Le troisième à 51 — -*

Le quatrième à 59 •— —

Le cinquième à 66 — —

A Tours, M. Degousée en a rencontré trois :

Le premier à 95 mètres de profondeur; Le deuxième à 112 — — Le troisième à 125 ^ —

Le débit des puits artésiens, sauf les engorgements qui se produisent accidentellement dam les tubes inférieurs, est généralenmt constant et inépuisable. On en connattdont le rende-

PUITS m

ment n'a pas yarié depuis un grand nombre d^^annéea (LiUers, Pas- de-Calais] . Quelques eaux de pnits fofés sont remarquables par la petite quantité de matières salines qu'elles renferment; en général la pureté est d'autant plus grande qu'elles proviennent de couches souterraines plus profondee. A 46 mètres l'eau du puits artésien de la gare de Saint-Ouen contient 0^^734 de principes ûxes par litre : à 65 mètres elle en renferme seulement Ok',2674. (0. Henry.) On conçoit très-bien que la proportion de ces matières salines dépend de la nature du soL entre les interstices duquel s'écoulent les eaux souterraines. Gomme pour les sources ordinaires, plus le terrain est de nature prinntiye on plutonique, moins les eaux artésiennes renferment 4e matières minérales : l'eau du puits de Grenelle, qui émerge 4a grès vert) ne laisse pas plus de 0^^,143 à 0'%t49 de sels fixes pour i litre de liquide. Celles qui, au contraire, prennent naissance dans les terrains crétacés et qui surtout ont parcouru une grande étendue de terrain avant d'arriver à la surface du sol, sont généralement moins pures; aussi plusieurs puits artésiens forés dans cette condition n'ont pu être utilisés en tant qu'eau potable.

Quoique peu chargées de matières salines, les eaux des puits artésiens, très-propfes à certains usages économiques et industriels, sont cependant inférieures aux eaux de sources ordinaires et de rivières pour la boisson. N'ayant pas été dans l'intérieur de la terre en contact direct avec l'atmosphère, il en résulte qu'elles sont peu aérées ; ou bien les gaz azote et oxygène y sont en proportion très-différente, ou bien Tun d'eux y fait défaut. Telle est Teau du puits de Grenelle dans laquelle M. PéUgot n'a trouvé que de l'azote; et cependant elle a été primitivement chargée d'oxygène, puisque, d'après M. Walferdin^ elle provient de l'eau pluviale qui, pénétrant dans les sables verts, dans les environs de Troyes, à une hauteur de 125 mètres au-dessus du niveau de la mer, ressort par le trou de sonde de l'abattoir de Grenelle, après avoir cédé pendant son trajet aux couches du sol l'oxygène qu'elle tenait en dissolution.

Les eaux des pwls artésiens sont donc d'une digestion plus difficile que celles des sources ordinaires et surtout que les eaux des ri^ères. Le seul moyen de remédier à cet inoonyè-

nient consiste à les faire circuler à Tair libre depuis leur point d'émergence jusque dans des réservoirs disposés à une certaine distance; ou bien d'établir des appareils qui, mettant l'eau continuellement en mouvement, lui permettent de dissoudre les gaz ambiants.

§ m. — Puits d'eaa stagnante.

Nous avons déjà dit que les eaux pluviales, en s'épanchant sur la terre meuble, y pénètrent, gagnent les couches inférieures, calcaires ou siliceuses, perméables, et ne s'arrêtent que lorsqu'elles rencontrent, soit des roches, soit des- bancs d'argile imperméables. Arrivées à ce dernier terme, elles s'infiltrent dans la direction horizontale et poursuivent leur route, suivant la pente que leur offre la configuration du sol. L'homme s'approprie ces courants souterrains en creusant le sol jusqu'à des profondeurs variables, mais généralement moindres que pour les eaux vives, et en construisant des puits disposés comme pour celles-ci.

Établis le plus souvent dans l'intérieur des villes, des villages et des hameaux, les puits d*e«u stagnante sont, avec les pui* sards et les citernes, dont nous allons parler tout à l'heure, les réservoirs artificiels qui renferment les eaux les moins propres à la boisson. Ayant détrempe le sol dans une grande étendue, elles sont toujours très- chargées de sels calcaires, qui les rendent crues ou séléniteuses. Outre la quantité anormale de sels terreux, les puits d'eau stagnante reçoivent encore lorsqu'ils sont construits près des habitations où séjournent des amas de fumier, des résidus de fabriques, enfin dans le voisinage des égouts et des fosses d'aisances, des substances animales ou végétales en décomposition. M. Larocque a pu reconnaître dans l'eau de deux puits, situés aux portes de Paris et près d'une fabrique d*a1cool, les acides valérianique et acétique, provenant de vinasses répandues dans un réservoir et dont le liquide, entrsdné par les eaux pluviales, communiquait avec ces puits. n nous est également arrivé de retrouver dans l'eau d'un puits assez rapproché d'un cimetière, des matières organiques qui avaient pour origine des cadavres en putréfaction ^

1. Lefort. Journal de pharmacie et de chimie, 1* série, t. Xl\\ 1B7I,

Enfin M. Ed. Robinet ^ a trouvé dans l'eau de plusieurs puits de la Ville d'Épernay une quantité relativement considérable de chlorure de calcium qui avait pour origine du chlorure de chaux ayant servi à désinfecter des cadavres de soldats prussiens enfouis dans un cimetière situé à une assez longue dis« tance de ces puits. Les matières organiques solubles des puits placés dans des conditions si défavorables donnent, le plus souvent, aux eaux une teinte jaunMre, un aspect troublé, une pdeur fojcte et repoussante.

U existe parfois des puits qui foumiss^t de l'eau douce d*aussi bonne qualité que les sources proprement dites ; ce sont ceux établis dans le voisinage d'un ruisseau ou d'une rivière, et loin des centres de -population et des fabriques. Les eadx oourantes^ déjà suffisamment aérées, en s'infiltrant dans le sol sous-jacent, de nature siliceuse, s'y dépouillent des matières étrangères qu'^es tiennent en dissolution et en suspenision, et arrivent dans les puits disposés pour lès recevoir, avec tous les caractères appartenant aux bonues eaux potables. M. l'abbé Paramelle a fourni sur la construction des puits le long des cours d'eau des inâications précieuses qui méritent d'être prises en sérieuse considération. S'il en était ainsi, beaucoup d*habitants des villages n'auraient rien à envier aux habitants des villes, mieux partagés qu*eux sous le rapport des eaux qn'ils emploient.

Il ne faudrait cependant pas croire que tous les puits situés le long des rivières et des fleuves soient alimentés par ces derniers. Nous citerons à cet égard les expériences que nous avons Cahes avBo M. Robinet père ^, qui ont montré qu'à Nevers, par exemple, l'eau d'un réservoir artificiel , creusé à quelques mètres du lit de la Lbire, avait une composition nullement identique à celle de ce fleuve. Nous avons également constaté qn à Moulins, l'eatt d'un puits situé à quelques mètres de i'AUier était tout à fait différente de celle de cette rivière.

1. Robinet, Journal de pharmacie et de cKimiej 4« série, t. XXl, 1872, p. 838.

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