‹ Traité de chimie hydrologique comprenant des notions générales d'hydrologie et l'analyse chimique des eaux douces et des eaux minéralesChapitre 42 sur 299 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

EAUX STAGNANTES § !•'. — Mares.

Toutes les fois que Veau pluviale, en s'épanchant sur le sol, rencontre des excavations imperméables et d'une moyenne étendue, elle s'y fixe et donne lieu aux mares. . Dans les mares, l'eau subit différentes métamorphoses qui modifient considérablement sa constitution , et elle a perdu, après un certain temps, quelques-unes des principales propriétés qui caractérisent les eaux douces potables et celles non habituellement potables. Ainsi , au lieu d'être inodore, limpide , incolore et insipide, elle répand, surtout en été, une odeur plus ou moins fétide et repoussante, provenant de la décomposition des matières végétales ou animales tenues en dissolution ou en ^suspension. Celles-ci, en réagissant sur les sulfates alcalins et terreux, produisent des sulfures et de l'acide sulfhydrique. Sa couleur tire notablement sur le jaune, le brun ou sur le vert, par suite dès innombrables végétaux microscopiques ou des animalcules qui y naissent, vivent et meurent. C'est à la matière qui colore ces eaux que Ton donne le nom de matière verte de Priestley; enfin elle laisse au palais une saveur des plus désagréables.

. Tous ces caractères, réunis souvent dans l'eau d'une même mare, suffisent pour montrer que dans aucun cas , et malgré

EAUX STAGîTANTKS Ul

tous l€6 systèmes de puriQcation indiqaés jusqu'à ee jour, cetteeau, disons-nous, ne peut servir à la boisson, et son emploi conduirait même aux conséquences les plus fâcheuses ; tout au plus peut-elle être utilisée pour la boisson des animaux.

Malgré son contact permanent avec Tair ambiant , Teau des mares n'est jamais aussi aérée que les eaux douces courantes et même que celles des étangs; aussi les poissons y vivent-ils avec difficulté. Les espèces animales et végétales d'un ordre inférieur qui 3*y développent et s'y décomposent, absorbent Toxygène à mesure que celui-ci se dissout à la surface de Teau, et c*est au sein de leur détritus que se forme Thydrogène protocarboné auquel on a donné le nom de gaz des marais.

§ IL —Étangs.

Les étangs sont, on le sait , des réservoirs d'eau douce à peu près stagnante, situés dans le fond des vallées, ou dans des plis de terrains, et terminés à leur partie inférieure par un barrage.

Quoique placées,en apparence,dansdes conditions identiques, les eaux qui forment les étangs sont bien différentes des eaux des mares. Dans ces dernières , tandis que les eaux sont aU térées au point que beaucoup de plantes et d'espèces animales ne peuvent y vivre, dans les étangs, au contraire, une partie du règne végétal semble s'être donné rendez- vous. Grâce aux végétaux, qui jouent le rôle de corps assainissants, les animaux y trouvent un milieu propice à leur reproduction et à leur développement.

L'eau des étangs, en raison de son peu de mobilité, et quoiqu'on contact direct avec Tatmosphère, paraît moins aérée que les eaux courantes et même que certaines eaux de puits et de fontaines. M. Morren a montré que l'air dissous y était moins riche en oxygène que dans les eaux des rivières du Maine et de la Loire. Ce chimiste a vu encore que la proportion de l'acide carbonique et de l'oxygène variait avec les heures de la journée , le jour et la nuit , la présence ou l'absence de plantes aquatiques.

D*après des expériences très-intéressantes de M. Dehérain, l'eau d'un étang du domaine de Grignon qui était entièrement recouverte de lentilles d'eau , et dans laquelle les poissons

ISÎ EAUX DOUCES

ne pouvaient vivre contenait en dissolotion tin gaz composé de :

Azote 59,02

Acide carbonique .... 40,38

Ainsi, tout Toxygène avait disparu par suite du développement des plantes submergées ou surnageantes, et de plus une partie des sulfates s*y réduisaient incessamment, puisqu'une forte odeur d'hydrogène sulfuré se répandait autour de l^êtang.

On conçoit donc que, contenant presque toujours des matières limoneuses en suspension, qui augmentent ou diminuent suivant l'état de sécheresse ou d'humidité de l'atmosphère, et surtout des quantités très-notables de matières organiques en dissolution apportées par les vents ou fournies par les eaux courantes, l'eau des étangs ne puisse servir de boisson à Thomme ; aussi la classe-t-on avec raison parmi les eaux non potables.

Quant à sa constitution chimique, aucune règle générale ne peut lui être assignée, car elle diffère suivant la saison, la quantité de végétaux qui s'y développent, sa position, son volume ; suivant qu'on la puise vers le barrage ou à la partie supérieure ; et enfin suivant la nature des eaux douces qui alimentent les étangs.

La température de l'eau d'un étang, comme du reste toutes les eaux qui recouvrent le sol sous un certain volume, et surtout les eaux stagnantes^ n'est jamais identique dans toute l'étendue de sa masse. Ainsi, tandis que pendant l'hiver sa superficie se change en eau solide ou glace, sa partie inférieure est toujours à quelques degrés au-dessus de zéro, ou liquide. Dans l'été, c'est le contraire qui a heu ; il suffit d'y plonger une partie du corps pour s'apercevoir que les couches basses sont plus froides que la surface.

§ III. — Bftarals sooterratns.

Les eaux qui ont traversé les premières couches végétales du sol et qui ont rencontré ensuite des couches imperméables, comme des bancs d^argile ou de craie , produisent par suite de leur séjoumement indéfini, de véritables marais souterrains

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Aon moins préjodieiables k la santé publiqw que les eaux stagnantes des mares les plus corrompues.

Dans la Sologne, et dans les Landes de la Gascogne, en France ; sur un grand nombre de points de TÂlgérie et de ritalie^ il existe beaucoup de ces marais souterrains produits par l'absence a peu près complète de déclivité du sol ; ces eaux ainsi aocumulées n^ont d'autre moyen d'écoulement que lenr éraporation souâ Tinfluence du calorlqae ambiant, et, comme elles sont trèS'Saturées de matières organiques, elles entraînent, dans l'espace, des miasmes organiques délétères, tandis qu'elles abandotinent vers les portions les plus superficielles du sol d'autres matières organiques qui, pendant les chaleurs de Tété, sont dans un état permanent de fermentation. L'application dudrai*^ nage dans plusieurs des contrées que nous venons de nommer a eu pour résultats de rendre à la culture des étendues consi* dérables de marais souterrains et surtout de les assainir; le tempe n'est peut*àtre pas éloigné de nous où les foyers de maladies produits par ces marais, uniront par disparaître entièrement.

§ rV. — Laos d*«aii dooo^.

On définit un lac, un grand amas d'eau douce stagnante renfermé dans les terres ; mais cette désignation ne saurait être prise dans sa généralité. On donne encore ce nom au confluent de certaines rivières avec les mers, et aux réservoirs d'eau situés sur les montagnes et qui ont un écoulement. Il convient donc de distinguer les premiers, qui sont ordinairement des réservoirs d'eau pluviale, et quelquefois de sources, des seconds, qui résultent de Taccumulation des eaux douces courantes, suivant Tespace que le sol leur présente.

L'eau stagnante des lacs est remarquable par sa limpidité, et cela se conçoit lorsqu'on sait que son récipient a souvent une profondeur considérable et que le contenu, doué d'une immobilité à peu pr^s complète, a pu laisser précipiter toutes les matières étrangères qu'il tient accidentellement en suspension. Elle est non moins remarquable par la petite quantité de principes minéraux et organiques ; aussi, dans certaines localités ob elle est placée, la considère-t-on comme eau potable.

L'eau du lac de Loch-Kâtrine situé dans le comté de Perth,

lU FAVX DOUCES

en Ecosse, et que Walter-Scott a rendu célèbre par son roraan de La Dame du Lac^ est peut-être la plus pure de toutes les eaux naturelles : une analyse a montré, en effet, que dans 70,000 parties d'eau, il n'existait pas plus de deux parties de matières minérales.

M, Vogel, se basant sur la différence de compositioh qui existe dans Teau de la mer, suivant la profondeur, a confirmé ce résultat avec les eaux du lac de Starnberg. Ce chimiste a fait encore l'intéressante découverte que dans les eaux de ce lac les substances minérales augmentaient avec la profondeur, tandis que les matières organiques diminuaient avec elle. Ainsi les matières minérales seraient aux matières organiques dans le rapport suivant :

à 0 mètrea de profondeur : : 100 : 59

L'eau courante des lacs provenant des rivières est loin de posséder la limpidité et la pureté de l'eau stagnante de ces mêmes réservoirs. Fournie par les grands cours d'eau, elle est généralement trouble et notablement chargée de principes minéraux et organiques empruntés au sol qu'elle a lavé dans l'origine. On a constaté toutefois que la somme du résidu était moindre que celle des eaux courantes proprement dites; nous pouvons citer comme exemple l'eau du lac de Grand-Lieu (Loire-Inférieure) qui, provenant des ruisseaux et des rivières, la Boulogne, l'Ognon, le Tenu et la Logne, se déverse dans la Loire par TAcheneau. Ce réservoir, le plus grand de la France, contient, d'après MM. Bobierre et Moride, de l'eau trouble d'odeur marécageuse et très-peu minéralisée. Elle parait tout à fait dépourvue de sulfate.

Tous les lacs ne sont pas circonscrits dans les terres basses ; on en connaît un certain nombre situés sur des montagnes très-élevées : ce sont, à proprement parler, des puits d'eau stagnante alimentés par les eaux atmosphériques. Comme l'eau n'a eu que le contact des roches granitiques elle est toujours limpide et peu minéralisée. Quelques-uns ont même un écoulement à peu près constant, tel est le lac Pavin situé sur une crête du mont Dore. Ce bassin, que l'on ne peut mieux comparer qu'à

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