CHAPITRE XVII
FILTRATION. ErT CLARIFICATION DES EAUX
On estime qiVen France les cours d'eau, tels que les rivières et les fleuves, sont troubles pendant la moitié de Tannée, par suite des pluies ou de la fonte des neiges; et on a reconnu que I)lus les eaux s*épanchent sur un thalweg composé de terrains secondaires ou tertiaires, plus elles mettent de temps à se clarifier. C*est là ce qui donne si souvent l'avantage aux sources qui reposent sur des nappes abondantes et profondes, parce que les eaux qui en sourdent sont généralement claires et limpides pendant toute Tannée.
Le procédé le plus simple de clarifier les eaux destinées à la boisson serait de les laisser en repos dans des réservoirs spacieux, couverts, afin de laisser aux matières insolubles le temps de se déposer ; mais la précipitation des substances les plus ténues ne se fait souvent qu'avec une extrême lenteur, et on a remarqué que, pendant cet intervalle de temps, les eaux acquerraient une odeur et une saveur désagréables. On a donc dû rechercher d'autres méthodes tout à la fois plus sûres et plus expéditives pour arriver à ce but.
Lorsque les villes sont obligées de recourir aux eaux courantes pour alimenter les fontaines, on emploie divers moyens de clarification qui, il faut bien le dire tout de suite, ne repondent pas toujours d*une manière complète au but qu'on veut atteindre; c'est que tel système, très-praticable à une époque de Tannée, pour un petit volume d'eau, devient défectueux ou insuffisant lorsqu'il s'agit de filtrer une grande masse de liquide, à certaines saisons de Tannée.
Les moyens employés jusqu'à ce jour pour filtrer les eaux en grand sont tantôt naturels, tantôt artificiels, et ils sont aussi nombreux que variés; ainâi, depuis Tannée 1835 jusqu'à nos jours, il n*a pas été pris moins de 150 brevets à cette occasion.
Dans les moyens naturels nous rangeons la filtration à travers les bancs de sable ou de graviers disposés, suivant la position des lieux, le long ou dans le voisinage des cours d*eau ;
et dans les moyens artificiels, l'emploi de différents ingrédients tels que le charbon, la laine, Téponge, Talun, etc.
Depuis très-longtemps, la ville de Toulouse a heureusement mis à profit un banc de gravier et de sable, situé le long de la rivière, la Garonne, pour clarifier les eaux, et le résultat en a été considéré si satisfaisant que Ton a prolongé, dans ces derniers temps, les galeries ouvertes dans les graviers d'atterrisseraent de la Garonne, galeries dans lesquelles se font les prises d*eau. Le même système a été appliqué à la clarification des eaux du Rhône, pour la ville de Lyon ; pour cela, on a établi sur le bord du fleuve, à trois mètres en contre-bas de l'étiage, une galerie et des bassins composés de sable et de graviers qui rejettent Teau parfaitement transparente.
La flltration des eaux douces, par le sable et le gravier disposés de cette manière, est, par le fait, la représentation des sources qui, si elles sont bien captées, fournissent constamment de l'eau transparente. M. Dumont a exprimé cette opinion en posant comme règle qu'il existait sous les graviers et les sables du Rhône, comme sous les cours d'eau d'une nature analogue, un volume d'eau parfaitement clarifié, un véritable fleuve inférieur et souterrain; que ces rivières étaient de véritables filtres bien supérieurs à ceux qui alimentent les sources ; qu'ils se nettoyaient d'eux-mêmes, par un double procédé, et que leur produit était toujours le môme.
M. Dumont conseille alors : 1^ de donner la préférence aux galeries latérales sur les bassins filtrants ; 2« de rapprocher autant que possible ces galeries du courant principal du fleuve; 3^ de donner à ces galeries le plus grand diamètre intérieur possible ; 4<> de fonder des culées, au niveau de l'étiage seulement, et de constituer en berceau le radier inférieur filtrant.
C'est en s*aidant de ces divers moyens que M. Dumont a pu assurer, tout récemment, à la ville de Nîmes, une distribution journalière de 30,000 mètres cubes d'eau, soit 500 litres par habitant et par jour i.
Aujourd'hui, les grandes villes comme Londres, Vienne, Berlin et même Alexandrie possèdent des eaux filtrées par des galeries et des bassins analogues, mais malgré les perfectionnements
1. Dumont, Comptes-Rendus des séances de V Académie des Sciences, 1872, t. LXXIV, p. 1451.