‹ Traité de chimie hydrologique comprenant des notions générales d'hydrologie et l'analyse chimique des eaux douces et des eaux minéralesChapitre 60 sur 299 · FILTRATION ET CLARIFICATION DFJ5 EAUX · texte numérisé non relu

FILTRATION ET CLARIFICATION DFJ5 EAUX

cile d'en doubler l'épuratioa en l'envoyant d'un filtre à Tautre, les filtres sont disposés de telle sorte qu'ils peuvent fonctionner ensemble ou isolément.

Nous citerons encore les fontaines filtrantes, dites fontaines domestiques^ installées dans le plus grand nombre des ménages parisiens : chacun sait qu'elles se composent d*un récipient en pierre ou en grés séparé vers le tiers environ de sa profondeur, par une table de pierre poreuse naturelle ou artificielle, qui laisse filtrer Teau, et que Ton recueille à Taide d'un robinet placé à sa partie inférieure.

Lorsqu'on l'introduit dans la fontaine, Teau douce contenant toujours un léger excès d'acide carbonique libre réagit sur la pierre calcaire filtrante, et se dépouille, par le fait, de la formation d'une petite quantité de bicarbonate de chaux, de la totalité de son acide carbonique libre ^ . On démontre cette réaction en ajoutant à de Teau douce ordinaire un volume suffisant d'eau sursaturée d'acide carbonique, afin de communiquer au mélange une réaction franchement acide. Le liquide qui, avant sa filtration, colorait en rouge vif la teinture bleue de tournesol, sort tout à fait neutre au réactif, après avoir traversé la pierre calcaire poreuse.

Quoiqu'il nous semble difficile, du moins pour le moment, de substituer aux fontaines ménagères tout autre système de filtration plus simple et plus économique, néanmoins, nous avons cru devoir signaler ce fait, parce qu'il nous renseigne, au point de vue de la saveur, sur la qualité de certaines eaux douces courantes employées sans filtration, comme celles d'un grand nombre de villes de province, comparativement à l'eau de la Seine, qui, au contraire, est toujours livrée à la consom* raatîon, et utilisée après avoir été filtrée 2.

1. Nous avons attribué, comme on voit, cette séparRiion de l'acide carbonique h une cause tout à fait chimique ; noua devons ajouter néanmoins qu'eue peut être également mécanique, car en substituant du sable fin à la pierre calcaire, on reiaarque que l'acide carbonique dissous dans les eaux s'en sépare de la même manière.

3. Parmentier arait observé un fait semblable il 7 aura bientôt un siècle, et voici comment il l'exprime.

« La limpidité et la transparence de l'eau de la Seine, obtenues par le moyen des fontaines 6Urantes, sont toujours aux dépens d'une partie surabondante d'air dont cotte eau se trouve imprégnée et qui constitue sa bonté, ua légèreté^ son gratter et la supériorité qu'elle a sur toutes les eaux de rivières connues. On pourrait même, en réitérant ces filtrations à plu-

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Depuis longtemps on avait imaginé de clarifier les eaux par la voie chimique. Ainsi, vers le milieu du siècle dernier, on a indiqué l'emploi de l'alun pour précipiter toutes les matières végétales ou minérales contenues dans les eaux bourbeuses. Mais ce moyen qui a joui, autrefois, d'une certaine vogue n'est plus utilisé que dans des cas exceptionnelfe, parce qu'on a reconnu que Talun changeait, plus ou moins, la nature chimique de l'eau potable, et ensuite, qu'un excès de ce sel communiquait à l'eau une saveur astringente assez désagréable.

Cependant M. Félix Darcet s'en est servi avec avantage pour clarifier Teau du Nil ; pour cela, l'usage lui avait appris que O'^SO d'alun clarifiait complètement, au bout d'une heure, 1 litre d'eau trouble; avec 0(r»',25, M. Darcet obtenait le même résultat, mais dans un temps beaucoup plus long.

Voici comment agit l'alun en présence d'une eau douce bourbeuse :

Considérons, pour un moment, que l'alun est un sel composé de sulfate basique d'alumine, d'acide sulfurique libre, de sulfate de potasse et d'eau ayant cette formule

2 (SO», Al* 0») + S0« + S0«, KO + U HO.

En réagissant sur les sels minéraux dissous dans une eau bourbeuse, en particulier sur le bicarbonate de chaux, l'équivalent d'acide sulfurique sature la chaux, mais comme le sulfate basique d'alumine est insoluble, il se précipite, entraînant avec lui, et en formant une véritable laque, les substances insolubles tenues en suspension.

Au lieu d'alun, M. Jeunet a conseillé l'emploi du sulfate d'à-

sieurs reprises, rendre l'eau de la Seine fade, lourde et peu propre à prendre le savon.

« En passant à travers les petits tuyaux que forment les grains de sable les uns vis-à-vis des autres, l'eau de la Seine se dépouille, non-seulement du limon qui la rendait bourbeuse et malpropre, mais encore d'une partie de son air auquel elle doit ses qualités bienfaisantes, de manière, quoique l'usage de filtrer les eaux destinées à servir de boisson remonte à la plus haute antiquité, qu'il n'est pas moins vrai de dire que le pauvre qui boit l'eau de la Seine sans autre apprêt que celui de la laisser simplement déposer dans son vase de terre, a de meilleure eau que le riche avec toutes ses recherches.

« Il existe uu gourmet en ce genre, dont le palais est tellement exerce, qu'il sait distinguer au goût une eau filtrée, et la même eau qui ne l'a pas été : celle-ci lui semble infiniment plus savoureuse et plus légt^rc, ce qui provient sans doute de la privation d'un peu d'air. »

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