‹ Traité de chimie hydrologique comprenant des notions générales d'hydrologie et l'analyse chimique des eaux douces et des eaux minéralesChapitre 65 sur 299 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

EAUX DOUCES AU POINT DE VUE DE l'HYGIÈNE

Tout n'est point dit en faisant connaître le mieux possible l'eau douce au point de vue de sa position dans la nature, et de ses propriétés physiques et chimiques : il faut encore, et ce n'est pas la partie la moins digne d'intérêt, indiquer à l'homme l'eau qu'il doit préférer pour satisfaire les besoins ordinaires de la vie, et surtout lui signaler celles qu'il doit rejeter comme préjudiciables à sa santé.

m EAUX DOUCES

Tant que les effets d'une eau douce de qualité douteuse , et utilisée en boisson, se bornent à troubler momentanément les phénomènes ordinaires de la nutrition^ le remède le plus efficace à lui opposer consiste & la changer pour une autre, et insensiblement les rouages de Téconomie reprennent leur marche habituelle. Mais tous les habitants d*une même localité n'ont pas cette ressource; or, on sait combien de fièvres, à l'époque des grandes chaleurs, c'est-à-dire dans le moment où les eaux se vicient le plus rapidement et le plus profondément, ont pour point de départ Tusage des eaux, ou non suffisamment aérées, ou trop chargées de matières organiques en voie de décomposition y ou d'une température à peu près identique à celle de l'atmosphère. Lorsqu'une épidémie gagne une cité quelconque, il est rare qu'elle ne commence pas par frapper les parties les plus mal partagées sous le rapport de la quantité et de la qualité des eaux. Il est donc alors de la plus grande importance que l'administration publique procure à ses habitants des eaux aussi bonnes et aussi saines que possible. Pour s'éclairer à cet égard, elle a à sa disposition les lumières de la science, qui, dans aucun temps, ne lui fait défaut.

Ainsi que nous crdyons l'avoir suffisamment démontré, jamais l'eau disséminée dans l'atmosphère et sur le globe n'est dans un état absolu de pureté. Là encore, on reconnaît qu'à côté de l'eau pure, dans toute l'acception du mot, il existe des matériaux tant gazeux qu'organiques et inorganiques sans la présence desquels les êtres organiques et organisés ne pourraient exister.

Le rôle de l'eau proprement dite ne consiste pas, ainsi qu'on pourrait le supposer à priori^ à servir seulement de véhicule au bol alimentaire modifié déjà par les sucs de l'estomac. Les gaz et les principes minéraux qu'elle renferme, en apportant leur part d'action dans les phénomènes de la digestion, viennent encore aider à la construction de l'édifice animal. Les substances indispensables à cet efl'et sont la chaux, la silice et l'acide phosphorique, qui forment le système osseux; les alcalis, dont le sang a besoin ; l'oxygène dissous que l'acte respiratoire transformeen acide carbonique, et peut-être même l'azote, qui, avec celui des aliments, augmente la somme de la charpente musculaire.

Les considérations qui précèdent sont reconnues tellement exactes, que l'eau la plus pure, c'est-à-dire privée et de gaz et de principes minéraux, ne peut être employée sans produire des désordres dans Féconomie. Une eau ordinaire non aérée et privée» ou & peu près, de matières salines, n'est pas plus digestive que l'eau distillée même aérée. Il n'y a donc pas toujours un rapport à établir entre la pureté et la qualité d'une eau.

Tonte eau douce qui, sans apporter du trouble dans l'économie, sert de boisson à l'homme, est dite potable. Celle au contraire qui, à défaut d'une quantité suffisante d'oxygène et d*azote, ou bien qui contient des matières organiques et inorganiques en proportion anormale, et enfin qui réagit d'une manière fâcheuse sur l'organisme, est désignée sous le nom d'hisalubre. Entre les eaux potables et les eaux insalubres viennent se ranger un grand nombre d'eaux de qualité inférieure aux premières, mais qui peuvent servir au besoin de boisson : on les appelle alors eat*x non habitiieUement potables.

§ I*'« — Baux potables.

Pour réunir au plus haut degré la propriété d'être potable, une eau douce a besoin d'être très-limpide, incolore, inodore, froide en été, tempérée en hiver, de saveur agréable et de di* gestion facile ; elle doit dissoudre le savon sans donner lieu à un précipité, mais seulement à un trouble opalin, enfin cuire les légumes sans les durcir.

Soumise à l'actioii de la chaleur, une eau potable de bonne qualité ne doit pas se troubler ; son degré hydrotimétrique ne doit pas dépasser 25 degrés; elle doit être convenablement aérée, c'est-à-dire contenir en dissolution de 20 à 22 cent. cub. d'azote; 9 à 10 cent. cub. d'oxygène et 20 à 30 cent, cubes d'acide carbonique.

Mais toutes celles qui servent de boisson habituelle à l'homme ne sont pas douées d'aussi heureuses qualités ; souvent un ou plusieurs de ces caractères manquent sans pour cela qu'il en résulte des inconvénients, et on les considère généralement comme potables.

Dans nos climats, la température de l'eau potable doii èlre en moyenne de 12 à 14 degrés cent. ; dans les régions méridionales, l'eau est encore fraîche pendant rétét 10, 18 et même 20 degrés suivant la température de Tatmosphère.

Si, à proprement parler, tous les sels dissous dans les eaux concourent à rendre les eaux potables^ il en est un qui parait jouir au plus haut degré de cette propriété^ c*est le bicarbonate de chaux. Dupasquiera {aitdenx parts des substances dissoutes ordhiairement dans les eaux qui peuvent être utiles ou nuisibles.

Dans les substances utiles il range : 1<> Toxygène atmosphérique ; ^ Tacide carbonique ; ^ le chlorure de sodium, dont l'expérience journalière démontre la propriété digestive; 4** le bicarbonate de chaux.

Les substances nuisibles sont : 1** les matières organiques en trop grande abondance, et surtout à l'état de putréfaction; 2» le -sulfate de chaux ; 3"* le chlorure de calcium , et le nitrate de chaux, lorsqu'ils existent en quantité trop grande par rapport aux autres sels.

Les expériences si intéressantes de Dupasquier ont montré que dans les eaux douces le bicarbonate de chaux, sauf de rares exceptions, se rencontre constamment et qu'il entre en moyenne pour les trois quarts ou les quatre cinquièmes de la matière calcaire ; il serait, en outre, le seul sel de chaux qui. ne rendrait pas les eaux séléniteuses, crues ou lourdes : aussi Fontan et Louyet avaient-ils proposé d'ajouter des solutions de ce sel dans l'eau de mer distillée pour la rendre potable.

Le bicarbonate de chaux, tenu en dissolution à la faveur d'un excès d'acide carbonique, agirait comme excitant pendant le travail de la digestion, à la manière des bicarbonates alcalins; puis, en se décomposant, fixerait son élément calcaire dans le système osseux. Les observations de Dupasquier, reprises par M. Boussingault, au point de vue seulement de l'ossification, n'ont fait que confirmer cette hypothèse.

Les eaux douces qui jaiUissent des sources situées dans les terrains crétacés possèdent une telle quantité de bicarbonate de chaux que l'on a quelquefois intérêt à les faire circuler pendant un certain temps à l'air libre ou dans des canaux. L'agitation que ces eaux subissent suffit pour décomposer une partie du bicar-

bonate calcaire, em acide caii)Onique qui se volatilise, et en carbonate de obaux qui 86 précipite. Nou» citerons comme ex^n pie Teau de la Hhwjs qui, depuis son point de départ, jusqu'à Paris, rencontrêrde- nombreux amas de meulières sur lesquels elle dépose du csvbonate de chaux, aussi son titre hydrotimécrique qui est de 23* à-la source n'est*il que de 20^55 à Paris*.

Les autres sels oalciquesy comme le sulfate, le nitrate et le chlorure, sont peut-ôtre capables, dans certaines circonstances, de céder aux os la chaux que les eaux leur apportent ; mais comme ils sont foujours moins abondants dans les eaux dites pàtaMes, on peut en bonciure que le* bicarbonate de chaux est la substance qui aide le plus au travail de l'ossification.

Pour distinguer les eaux potables de celles qui. le sont moins ou pas du tout, on se sert de terines qui rappellent tout de suite, et leur composition approximative, et leurs propriétés hygiéniques. Ainsi, sous le nom d*eaux légères, on entend parler des eaux suffisamment aérées et renfermant particulièrement du l»oarbonate de chaux et des chlorures alcaUns : telles sont les eaux potables au premier degré. Les eaux lourdes ^ au contraire, provenant d^ puits ou de certaines sources, sont moins aérées; le sulfate de chaux et les chlorurei terreux y dominent, tous sels que les liquides de Testomac ne parviennent pas à décomposer aussi facilement. On leur apphque encore les noms d'eaux crueû , dures ou séléniteuses : ce sont les eaux non habituellement potables .

Les eaux douces légères ont généralement coulé sur un radier siliceux. Les eaux lourdes, crues, dures, etc.,- proviennent des terrains crayeux. Leur saveur est aussi bien diiférente : tandis qile les premières sont agréables à boire, les secondes laissent au palais un goût terreux prononcé. Voyons maintenant rinQuénce des lieux sur la quaUté des eaux dites potables.

Nous venons de dire tout à Theure que les eaux qui jouissent au plus haut degré de la propriété d'être potables n'aVaient eu en général que le contact des terrains siliceux ; telles sont les

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