Belgimnd. La'Sein«. Btudêt hyétologique»^ 1873, p. 15S
eaux des rivières et des soorceB. Mais toutes ne sont pas également bonnes : celles des rivières, par exemple, présentent des différences qui dépendent de Tétat de l'atmosphère, de la saison et du lieu où Ton est dans l'habitude de les pwer.
A Tépoque de la fionte des neiges ou des pluies continues elles sont toujours louches, au point que la filtration devient indispensable ; puis elles renferment en solution des sels calcaires et des matières organiques provenant de la terre meuble qu'elles ont lavée.
Aux abords des villes, et principalement en aval, elles se sont chargées des égouts qui, à raison de la forte proportion des matières solubles, organiques et en voie de décomposition^ leur communiquent une odeur et une saveur désagréables, et enfin réagissent d'une manière défavorable sur Téconomie.
Plus une rivière a un écoulement rapide, un radi^ siliceux, et plus elle est éloignée des cités populeuses, plus l'eau est propre à la boisson. Mise en mouvement incessant par sa pesanteur propre, elle absorbe dans toutes ses parties les éléments de Tair, et perd, par l'effet d'une combustion spontanée, les matières organiques empruntées à l'atmosphère et aux rives entre lesquelles elle s'épanche. Ensuite , les sels calciques, par suite des réactions multiples qui s'accomplissent dans son sein, ou bien qu'elle charrie à l'état, de suspension, se convertissent en bicarbonate de chaux soluble aux dépens de l'acide carbonique dissous et ambiant.
Si, au contraire, une rivière a un écoulement lent, par suite des basses eaux, et une température élevée aidant, l'eau se clarifie mieux, il est vrai, mais elle a perdu une partie de la fraîcheur qu'on aime à y trouver, et de plus les matières organiques, tant végétales qu'animales, y abondent davantage, surtout si elle repose sur un lit de limon et qu'elle traverse de grands centres de population. Tout le monde sait que la Seine, à Paris, à l'époque des grandes chaleurs, roulé de l'eau d'un aspect verdàtre très-prononcé, à peu près limpide, mais d'une odeur et d'une saveur peu agréables, et enfin que les eaux du canal de cette ville sont infiniment moins potables que l'eau de la Seine.
Une ordonnance toute récente, rendue en Angleterre, concernant l'altération des cours d'eau, classe de la manière suivante
les liquides minéraux ou organiques reconnus susceptibles de produire ces altérations ^
!<> Celui qui contieQt, en suspension, plus de trois parties en poids de matière iniiiérale sèche, ou une partie en poids de matière organique sèche dans 100,000 parties en poids du liquide;
2'' Celui qui cotaient, en .solution, plus de deux parties en poids de carbone oi^aiiique, ou 0,3 en poids d'azote organique dans 100,000 parties en poids du liquide;
3*> Celui qui ailecte une couleur distincte à la lumière du jour, lorsqu'on en met une couche de 1 pouce (0°>,025) dans une assiette blanche» en porcelaine ou en faïence ;
4o Celui qui contient en solution, dans 100,000 parties en poids, plus de deux parties en poids de quelque métal , à l'exception du calcium, du magnésium, du potassium et dii sodium;
5* Celui qui, dans 100,000 parties en poids, contient, soit en solution ou en suspension, en combinaison chimique ou tout autrement, plus de 0,05 en poids d'arsenic métallique ;
6<» Celui qui, après être rendu acide par addition d'acide sulfurique,renferme dans 100,000 parties en poids, plus d'une partie en poids de chlore libre ;
7o Celui qui contient, dans 100,000 parties en poids, plus d'une partie en poids de soufre à l'état d'hydrogène sulfuré ou d'un sulfure quelconque soluble;
8"* Celui qui accuse une acidité glus grande que celle qui est produite en ajoutant deux parties en poids d'acide chlorhydrique à 1000 parties en poids d'eau distillée;
9"* Celui, enfin, qui accuse une alcalinité plus grande que celle qu'on obtient en ajoutant une partie en poids de soude caustique sèche à 1000 parties en poids d'eau distillée.
 part un défaut d'aération^ les eaux de sources des roches granitiques, prises à leur point d'émergence, pourraient être considérées comme les plus propres à la boisson. A une grande fraîcheur, toujours invariable, elles joignent la propriété d'être limpides, incolores, inodores et à peu près privées de matières organiques. On leur rend les éléments de l'air qui leur manquent
1. BuUelin de la société d*encouragementj n" 236, août 1873. Lefort, 2« édition. li
en partie en les faisant circuler dans des canaux spacieux, et, si on a apporté à leur aménagement tout le soin possible, elles •sont potables dans toute Tacception du mot r c'est le cas de beaucoup d'eaux douces que Ton rencontre dans les principales villes des départements de la France.
D'après M. Fauré S une eau, pour être très-potable, ne doit pas contenir plus de 09^,60 de matières salines ou terreuses, et plus de 0?',01 de matières organiques.
C'est à tort, selon nous, qu'on a rangé parmi les eaux pocables, l'eau de pluie; mieux vaudrait, il nous semble^ la considérer comme non habituellement potable ; d'abord parce qu'elle ne renferme pas tine quantité assez grande de principes salins, 'ensuite parce qu'elle n'est pas utilisée sans avoir été conservée pendant quelque temps. Cette eau, parvenue dans les cilemes, y dissout, il est vrai, quelques substances minérales, mais n'ayant pas d'écoulement, elle s'altère physiquement et chimiquement; or, il est rare que les citernes fournissent de bonnes eaux.
§ IL — Baak non habltnelletnent potables.
Les eaux de puits à eau dormante sont les seules que les auteurs considèrent comme ne pouvant servir généralement de boisson ordinaire à l'homme; nous y joignons, comme nous venons de le dire, les eaux de pluie, ou mieux des citernes, celles-ci n'étant que des puits à eau dormante, mais alimentés différemment; et enfin, les eaux provenant de la fonte des neiges, ou de la glace.
Creusés presque constamment dans les terrains modernes, argileux, crétacés, les puits tiennent en réserve de Teau dont la qualité laisse généralement h désirer. En s'y accumulant, les eaux ont entraîné pendant leur parcours à travers les couches de terrain, des substances minérales particulières, dans lesquelles dominent les sels de chaux, qui leur communiquent une saveur terreuse ^ et une propriété antidigestive. N'ayant
1. Fauré (de Bordeaux). Analyse chimique des eaux d€ Gironde f Bordeaux,
3. M. Blondcau est porté à croire que la saveur tcrreubc des eaux de puits provient de Talumine dissoute à la faveur de l'acide carbonique.
EAUX DOUCES AU t>OINT Dï VUE DE L'HYGIÈNE 179
pas reçu directemeat le contaet de Tair dans toutes leurs parties, elles ne sont jamais aussi aôréeç que les eaux courantes; c'est ce qui leur a valu l'épithète de crues ou lomdes. Quant à celles qui^ ayant été pendant quelque temps au contact du sulfate de chaux, s'en sont saturées en proportion notable, on les nomme sélémteuses, qui rappelle le nom que l'on donnait autrefois au sulfate calcique (sélénite) ; telles sont les eaux de la. plupart des puits situés dans l'intérieur de Paris. Nous ferons observer en passant que de tout temps le sulfate de chaux a été reconnu pour le sel qui diminuait le phis la qualité des eaux. 1
Les puits, comme les rivières, fournissent de l'eau dont la qualité est très- variable. Les puits à eau vive ou courante sont toujours plus estimés que ceux à eau dormante : cette dernière est moins aérée, plus imprégnée de matières organiques, à ce point que lorsqu'elle est dans le voisinage des écuries, des fosses d'aisances et des égouts, elle devient insalubre.
Si, d'une manière générale, les eaux de puits sont inférieures aux eaux de sources et de rivières, il en est cependant quelques-unes qui ne le cèdent en rien à ces dernières. Un puits à fond imperméable de granit ou d'argile, par exemple, creusé dans un sol àiiceux à travers lequel des courants souterrains s'établissent, pourra fournir de l'eau d'une fraîcheur et d'une limpidité remarquables. On en observe plusieurs de ce genre dans le voisinage des grands cours d'eau et qui sont alimentés par les rivières elles-mêmes.
Tout le monde sait que plus les puits sont profonds, plus leurs eaux sont froides; c'est ce qui établit leur supériorité sur les puisards et les citernes, dont le. contenu, à une température de quelques degrés seulement inférieure à celle de l'air ambiant, est aussi plus variable.
Quoiqu'on s'accorde généralement à dire que la température d'iHie eau douce potable doit être toujours inférieure à celle du corps, pour que Thomme parvienne à étancher sa soif, cep^idant on se demande si l'usage longtemps répété dés eaux trop fraîches n'a pas quelques inconvénients sur la santé : les maladies occasionnées dans certaines circonstances par l'usage de Teau de neige ou de glace trop froide, nous semblent avoir cette origine.
180 KAUX DOUCES
Jusqu'à présent nous avons supposé que les puits, et surtout les puisards et les citernes, étaient construits dans des conditions telles que si leurs eaux n'étaient pas de bonne qualité, elles pouvaient néanmoins servir de boisson. Mais notre embarras est grand pour classer certaines d'entre elles, considérées avec raison comme non babituellement potables, et qui cependant sont employées journellement par un grand nombre d'habitants des campagnes. Nous voulons parler des eaux des citernes et des espèces de réservoirs qu'alimentent les eaux pluviales, ou bien celles provenant de l'infiltration des terres, que rien n'abrite, qui ne sont circonscrites par aucune muraille, en un mot, qui subissent toutes les vicissitudes atmosphériques. Il est triste de penser que dans beaucoup de localités, mal partagées sous le rapport des sources et des rivières, les habitants n'ont à leur disposition que des eaux recueillies de
la sorte.
Tant que l'eau de ces réservoirs peut se renouveler et que la température est basse, elle rentre jusqu'à un certain point dans la catégorie des eaux de puits stagnantes; mais lorsque les chaleurs arrivent, les récipients, par suite de l'évaporation spontanée de leur Uquide, contiennent de Teau dans laquelle la proportion des sels a doublé, triplé, quadruplé. La concentration même de l'eau n'est pas le seul inconvénient : étant soumise à l'insolation, elle est le siège de réactions multiples entre les sels solubles et les matières organiques et organisées, et enûn elle sert de milieu à une foule de végétaux et d'animaux microscopiques qui y parcourent toutes les phases de leur existence; on conçoit alors que dans cet état l'eau se trouve à peu- près dénaturée ; son odeur est désagréable, sa saveur fade, sa fraîcheur nulle; enfin elle ne possède aucun des caractères qui appartiennent aux eaux potables proprement dites. L'usage des eaux ainsi altérées, et que nous pouvons hardiment qualifier d'insalubres, a sur la santé publique des conséquences déplorables et bien dignes d'attirer l'attention des personnes chargées de veiller au bien-être des populations.
C'est ici le cas de parler de l'influence des eaux utilisées en boisson sur le développement de certaines afTections.
Il y a une vingtaine d'années M. Grange a fait connaître quelques observations tendant à démontrer que plusieurs affections
KAUX DOCiCES AU POINT DE VUE DE L'HYGIÈNE 181
endémiques, comme le goitre, le crétinisme, étaient dues à la composition particulière des eaux douces ^. Ainsi, d'après ce praticien, les eaux douces potables ou autres qui contiennent des quantités notables de magnésie, auraient le triste privilège de développer le gottre, résultat qui le conduit à admettre que partout où on rencontre des goitreux on trouve des roches raagnésifères et des eaux magnésiennes.
Si les faits annoncés par M. Grange ont été reconnus exacts sur un grand nombre de points, ils ne se sont pas vérifiés pour d'autres; ainsi, dit M. Blondeau, les eaux douces de la ville de Rodez sont cinq fois plus magnésiennes que celles de la vallée de risère, et cependant le goitre est inconnu dans la capitale de TAveyron.
M. le docteur Nivet, de Clermont-Ferrand, pense que le goitre est produit par l'usage des eaux trop froides; mais la grande majorité des physiologistes admet plutôt que cette maladie est le résultat de l'absence des iodures dans les eaux.
Les eaux de pluie utilisées pour là boisson, n'étant le plus ordinairement; que des eaux dites de citernes, nous n*y reviendrons pas ici {Voyez citernes),
A côté de cellôs-ci se placent les eaux qui proviennent de la fonte des neiges ou de la glace et que nous rangeons également parmi les eaux non habituellement potables.
Au dire d'Hippocrate, ces eaux douces seraient les plus mauvaises de toutes parce que, indépendamment de leur saveur fade et de leur digestion difficile, elles communiquent le germe de diverses maladies. Le temps s'est chargé du soin de prouver combien était exagérée l'opinion du père de la médecine. Sans doute, Teau de neige ou de glace bue peu de temps après sa fusion est à une température beaucoup plus basse que celle des eaux de sources ou courantes , et alors elle peut produire des désordres sur Téconomie; mais lorsqu'elle a été abandonnée à l'air, et qu'elle s'est mise à peu près en équilibre de température avec l'air ambiant, elle rentre dans la catégorie des eaux de pluie ou de citernes. Ne sait-on pas qu'il existe des populations entières, assez mal partagées sous le double rapport géologique et géographique, qui font un usage jouma-
!• Grange. Annales de chimie et de physique j 3* série, t. XXVI, J849, p. 129.
lier des eaux de neige et de glace, et leur santé ne parait guère . s'en ressentir? Nous citerons, à cet égard, les habitants des hautes vallées des Alpes qui ne boivent d'autre eau que celle de neige ou de glace fondue, et, d'après de Saussure, dans quelques endroits on resterait attaché à l'usage de ces eaux par une sorte de préjugé. Dans certaines contrées boréales^ comme en Suède, en Norwége, au Groenland et chez les Esquimaux, la neige ou la glace est fondue dans un vase quelconque, à la faveur d'un brasier de bois résineux, et l'eau qu'on en retire, forme pour une grande partie de ces populations la seule boisson de toute Tannée.
Il ne faut pas oublier que si les eaux douces de pluie, de neige ou de glace sont à peine imprégnées de matières minérales ou organiques, leur dissémination dans l'atmosphère, avant de tomber sur le sol, les a notablement saturées des éléments de Tair (azote et oxygène), et surtout de ce principe si mal connu, quant à ses propriétés physiologiques, nous voulons parler de l'ozone. Néanmoins nous leur refusons la qualité d'eaux très-potables parce qu'elles ne sont pas assez imprégnées de sels minéraux, et si la santé des populations qui les utilisent s'en accommode assez bien, c'est que l'usage journalier qu'on en fait a habitué l'économie à prendre dans les aliments ordinaires les matériaux inorganiques que la boisson lui refuse. Ici, comme partout, la nature n'aliène jamais ses droits.
D'après ces quelques observations, on aurait donc tort de considérer les eaux de pluie, de neige ou de glace comme absolument impropres à la boisson; mais il est évident que, dans l'espèce, les eaux douces franchement telluriques doivent toujours être préférées aux eaux douces atmosphériques ; tel est le motif qui nous fait regarder ces dernières comme non habituellement potables.
§ III. — Sans douces insalobres.
Comme eaux insalubres ou nuisibles à la santé, nous considérons toutes celles qui, par la nature et la proportion des matières organiques,des sels minéraux et des gaz qu'elles renfermeijt, sont profondément altérées dans leurs propriétés physiques et chimiques : de ce nombre sont les eaux des mares et
des réservoirs, enûn toutes les eaux stagnantes qui reçoivent directement le contact de la lumière.
Non-seulement ces eaux sont impropres à la boissoni mais encore leur odeur, l^\kv saveur et les matières organiques en décomposition qui les souillent ne permettent pas môme de les em« ployer aux divers usages dom08tiqu$s et économiques ; enfin, les exhalaisons qu'elles répandenti. surtout à Tépoquedes chaleurs, sont très-préjudiciables à la santé publique, partout où elles se rencontrent en grande masse sur les sols imperméables.
Dans un grand nombre de localités on a vu des épidémies sévir avec une très-grande intensité par le fait même du voisinage ou de l'usage d'eaux stagnantes corrompues, mais ces épidémies cessaient dès que tes causes qui .leur donnaient ordi* nairement naissance avaient disparu.
On doit surtout ranger parmi les eaux insalubres celles qui servent au rouissage du lin ou du chanvre. Ces végétaux abandonnés pendant la température de l'été dans les eaux stagnantes ou courantes, subissent une véritable fermentation putride qui a pour résultats de détruire la plus grande partie de la matière organique azotée, et de laisser intacte la cellulose qui se trouve convertie par ce moyen en fibre textile.
Les eaux de rouissage ne sont pas seulement nuisibles aux hœnmes, mais aux poissons. D'autre part, l'odeur excessivement forte qu'elles répandent les rendent à une certaine dis* tance très-préjudiciables à la santé publique. Il est à désirer que l'industrie trouve enfin le moyen de rouir le lin et le chanvre autrement que par l'eau.
§ IV. — Eaux d'éffoaU.
Les eaux qui ont été employées aux usages domestiques et industriels sont dans un tel état d'impureté que leur éloignement des cités populeuses devient indispensable ; elles contiennent, en effet, la plus grande partie des détritus minéraux et organiques qu'elles ont rencontré sur la voie publique, les eaux ménagères des maisons, des eaux vannes, des résidus de fabriques, et enfin toutes les matières organiques plus ou moins corrompues par la putréfaction. C'est assez dire combien l'accumulation der ces eaux dans le voisinage des habitations est
préjudiciable à la santé publique; mais, d*autre part, ces liquides, très- chargés de matières organiques azotées, constituent pour Tagriculture une source considérable de richesses, aussi n'est-on plus dans Tusage, comme autrefois, de les déverser dans les cours d'eaux qu'elles corrompaient à leur tour.
D'après une analyse de M. Hervé Mangon, les eaux de l'égout de Rivoli, à Paris, contenaient, par litre, 4«' 726 de matières fixes, dont U' 242 en dissolution, et 0«' 484 en suspension.
A Leicester, les eaux des égouts renferment, par litre, d'après MM. Aikin et Taylor :
Matières dissoutes 1 gr* ^014
Matières en* suspension. ...... 1 9977
8 gr. 3991
A Lopdres et à Leicester, on a tenté de désinfecter les eaux d'égout au moyen de la chaux, d'après le conseil de MM. Hoffmann et Henry Witt. Ces chimistes ont constaté qu'en versant dans 200 litres de ces eaux un lait de chaux fait avec 1 litre d*eau et 52 grammes de chaux, on obtenait, en une heure, une précipitation complète des matières tenues en suspension. Le liquide qui offre seulement une légère opalescence, conserve néanmoins une odeur très-sensible que l'action prolongée de Tair développe de plus en plus, en sorte que ces eaux, en partie désinfectées, ne tarderaient pas à infecter les cours d'eau si on les déversait en grande quantité à la fois et d'une manière continue, comme à Londres, dans la Tamise.
Mais il résulte des expériences de M. Vay, l*" que la chaux ne précipite que la matière organique insoluble, 2° que Tammoniaque contenue dans le précipité provient uniquement de la matière organique insoluble, et que la chaux ne fixe aucune partie de l'ammoniaque soluble, 3« que la potasse soluble n'est pas fixée, 4^ que les cinq sixièmes de l'acide phosphorique sont précipités.
Nous considérons cependant, avec M. Hervé Mangon, que dans un grand nombre de localités, remploi de la chaux peut rendre de grands services, parce que cette substance, non-seulement détermine la précipitation rapide de toutes les matières
EAUX DOUCES AU POINT DE VUE DE L'HYGIÈIfE 185
en suspension, dans les eaux d*égouts et de vidanges les plus impures, et en arrête la fermentation, mais encore forme avec Facide urique, l'acide phosphorique, les matières grasses, etc., des composés insolubles; qu'elle absorbe les gaz acide carbonique et sulfhydrique ; qu'dle décompose le carbonate et le suifhydrate d'ammoniaque, etqu'^le fait subir ainsi aux éléments les plus fétides des eaux vannes et des matières solides des égouts une transformation qui en atténue singulièrement Fodeur et rinsalubrité, et, en dernière analyse, n'y laisse jamais, à beaucoup près, un millième de matières organiques en dissolution.
Depuis un certain nombre d'années, les villes de Paris, de Londres et de Bruxelles ont compris tout le parti que l'hygiène et l'agronomie devaient retirer de l'utilisation rationnelle des eaux d'égout, et les résultats auxquels on est arrivé méritent de fixer spécialement l'attention des chimistes.
A Paris, par exemple, où le volume des eaux de cette nature n'est pas moindre de 250, 000 mètres cubes par jour, M. Le* chatelier a imaginé un système d'épuration chimique qui a donné lieu récemment à des remarques importantes de la part de plusieurs ingénieurs.
Voici d'abord comment on opère aujourd'hui :
Les égouts de la ville de Paris ont 600 kilomètres de longueur, et ils servent à conduire toutes les eaux pluviales et domestiques, résidus industriels, lavages publics, etc. , dans deux collecteurs qui aboutissent à Glichy. Un troisième collecteur réunit les eaux sales d'une partie de Montmartre, de la Villette, de Belleville, de Gharonne, ainsi que les eaux vannes de vidange sorties de Bondy, et va déboucher à Saint-Denis.
A Clicby, une pompe élève ces eaux dans de vastes bassins où elle est mélangée avec du sulfate d'alumine dans la proportion de 200 grammes par mètre cube de liquide, ce qui correspond à une dépense de 1 centime environ. Presque toutes les matières qui étaient en suspension se précipitent, et de plus le sulfate d'alumine, se décomposant en présence des sels minéraux, abandonne de l'alumine qui précipite, à la manière des laques, une notable quantité de substances dissoutes.
1 mètre cube d'eau d'égout donne, en moyenne, 3 kilogrammes de matières solides qui forment un excellent engrais contenant, indépendamment d'une proportion sensible de phos-
phates, les neuf dixièmes des matières aasotées et organiques, et les matières minérales dissoutes ou en suspension.
Quant à Teau décantée dite eau blonde^ à cause de sa teinte légèrement jaunâtre, et que Ton utilise pour l'irrigation des terres, elle jouit d'une propriété non moins fertilisante que l'en* grais solide : elle renferme, en effet, des quantités sensibles de matières minérales en suspension, un peu de matières azotées et organiques, et la totalité des sels alcalins que renfermaient les eaux d'égouts. Voici, du reste, la composition de ces différents mélanges.
Composition des eaux d'éffonts et de leurs produits.