‹ Traité de chimie hydrologique comprenant des notions générales d'hydrologie et l'analyse chimique des eaux douces et des eaux minéralesChapitre 67 sur 299 · ÛIJ · texte numérisé non relu

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Le phosphate d'alumine naturel , qui se rencontre en si grande abondance dans les mers occidentales, et principale • ment dans File d'Alto-Velo, a été proposé, en Angleterre, par MM. Forbes etPricepour désinfecter les eaux de la Tamise en aval de Londres, et les résultats qu'on en a obtenus ont paru assez satisfaisants.

Ce phosphate est composé de 39 0/0 d'acide phosphorique et de 27 0/0 d'alumine. Pour s'en servir, on le réduit en poudre fme et on le traite par l'acide sulfurique ou Tacide chlorhydrique, dans la proportion de 7 d'acide pour 10 de phosphate naturel. Le mélange se convertit en une pâte ferme que l'on délaye dans les eaux à désinfecter. Il se produit un dépôt abondant tandis que le liquide qui le surnage est parfaitement lim-

pidd et k peine adorant. MM. Forbes et Price oat observé que cette pâte additionnée d'un lait de cbaux donnait encore un antiseptique plus puissant.

La proportion de phosphate d'alumine est de 1000 kilogr. pour d5»000 mètres cubes d'eau : dans une expérience faite avec Teau de la Tamise en aval de Londres, le dépôt qui s'était formé renfermait 62,26 p. 0/0 de phosphates, 20, 11 de matines organiques, représentant une quantité d'azote qui correspondait à 0,69 p. 0/0 d'ammoniaque.

Ce procédé a, on le voit,, une certaine analogie avec celui qui se pratique à Asnières pour la désinfection des eaux des égouts de Paris.

Les expériences faites à Clichy et dans la plaine de Genevilliers sembleraient prouver : 1** que l'emploi agricole des eaux d'égout, sous le climat de Paris, peut s'appliquer k la culture de toutes sortes de végétaux, sans porter atteinte à la salubrité ; 2^ que l'épuration, par le sulfate d*alumine, réussit pratiquement, et que le dépôt, sans être un engrais extraordinatrement puissant, est utilisable comme le fumier à courte distance. Mais le temps s'est chargé de dévoiler certains inconvénients qui finiront peut-être par faire abandonner un jour le mode chimi* que de Tépuration des eaux d'égout, du moins en ce qui regarde la ville de Paris.

M. Ronna ^ par exemple, qui a étudié avec un soin remarquable toutes les méthodes d'utilisation des eaux d*égout soit en France, soit à Tétranger, adresse au procédé Lechatelier le reproche de conserver la vidange avec son bruit nocturne, ses émanations infectes, i'écoulement par le ruisseau des eaux vannes prétendues désinfectées qui se rendent à l'égout, et vont y favoriser les fermentations putrides. Les égouts collecteurs forment nn courant épais et noirâtre qui, débitant environ 1 mètre cube à la seconde, arrive à Asnières qu'il infecte de ses émana-* tiens, tombe dans la Seine, et empoisonne le fleuve au-^dessous de ce point) amenant ainsi la double violation de l'air et de Teau. •

Les eaux vannes, ajoute encore M. Ronna, si riches en ma-*

1. Revue universelle des mines, 1866. {Annales d^hygihne et de médecine Ug0l$, 2* aérie, t. XXX, t>* ^^0

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tières fertilisantes sont perdues ; les procédés qu'on emploie pour transformer en poudrette les matières solides font perdre 9/10 d*azote et, pendant tout le temps de la dessiccation, la masse des matières fécales est en proie à une fermentation des plus intenses.

On sait^ par des expériences irréfutables, que Veau d'égout se dépouille de toutes ses matières solides, d'une partie de ses sels minéraux et organiques, lorsqu'elle traverse des couches arables ; d'autre part, on sait aussi que le dépôt organique, laissé par les eaux d'égout, soit dans les rigoles, soit dans les bassins, perd la totalité de son odeur, à la suite de son exposition prolongée à l'air. Tel est le principe qui, en Angleterre, a servi de base pour désinfecter les eaux de la ville de Londres, et pour faire servir ces liquides à Tagriculture.

MM. Napier et Hope, de Londres, ont constaté que la séparation des matières fertilisantes obtenue par la voie chimique ou même mécanique, constituait une manière peu économique d'utiliser les eaux d'égout, et un procédé d'assainissement trèsdouteux ; c'est que le degré de fertilité de ce nouveau genre d'engrais se trouve considérablement augmenté par la présence des résidus des villes et surtout des matières fécales.

Pour remédier à cet inconvénient, MM. Napier et Hope ont fait établir, dans la ville de Londres, de nombreux collecteurs qui recueillent toutes les eaux dites insalubres, et qui les déversent dans de longs et vastes aqueducs construits au dehors de la ville. Des endiguements et des pompes à feu permettent ensuite de répandre ces eaux dans leur état naturely sur des prairies naturelles et artificielles, et sur des champs labourés éloignés le plus possible des habitations.

Lorsque les eaux ont circulé ainsi sur les prairies pendant quelques heures seulement,, au moyen de fossés et de rigoles découvertes, celles qui s'écoulent des terres sont à peu près dépouillées de leurs éléments putrides, et peuvent être déchargées sans inconvénients sensibles dans les cours d'eau voisins.

On obtient de la sorte, en Angleterre, cinq à six coupes de fourrages par an, avec des eaux d'égout dont la valeur varie entre 12 et 15 centimes le mètre cube.

La Belgique n'a pas tardé à suivre l'impulsion qui lui avait été si bien donnée par la France et l'Angleterre ; elle a ima-

giné, pour Tutilisation de l'eau de 3es .égout9, un système mixte qui peut réunir certains avantages en apparence, mais que le temps a encore besoin de sanctionner.

Depuis très-peu de temps, les eaux des égouts de la ville de Bruxelles, mises à Tabri des eaux ordinaires, sont recueillies, à l'aide d* aqueducs, à 5 kilomètres de la ville, dans de vastes bassins où elles subissent une clariScation toute mécanique, tendant à les débarrasser des matières en suspension; au sortir de ces bassins les eaux sont déversées sur des prairies en exploitation régulière.

Quel sera Tavenir ;de ce mode d'installation des eaux d'égoût? nous ne saurions le dire dès maintenant, mais, ce que nous pouvons déjà signaler, c'est que la clarification par le repos ou par le filtrage des eaux d'égout n'a pas toujours fourni des résultats satisfaisants. Ainsi M. de Freycinet ^ annonce qu'à Birmingham et à Blackburn, où le système belge avait été déjà mis en pratique, on a été obligé d'y renoncer, parce que les liquides écoulés étaient pour les rivières une grande cause de corruption, malgré les quantités considérables de matières solides qu'on avait retenues soit dans des bassins, soit à l'aide de filtres disposés ad hoc.

En résumé, dit M. de Freycinet 2, la distance à faire parcourir aux eaux d'égout n'est rien ; la hauteur à leur faire franchir est peu de chose; tout dépend de la nature du terrain et des .facilités qu'il offre à l'écoulement. Comme il y a bien peu de villes autour desquelles on ne puisse trouver, dans un rayon plus ou moins étendu, quelque endroit propre à des irrigations de prairies, on est en droit de conclure, qu'à peu près partout, l'application directe à la culture de l'eau d'égoût, qui reçoit les matières fécales de la population^ est non-seulement un moyen etilcace d'assainissement, mais peut encore devenir une opération lucrative pour ceux qui savent la pratiquer.

Les eaux d'égout contenant beaucoup de sels ammoniacaux, on a cherché le moyen d'en isoler l'ammoniaque par un pro-

1. De Frejcinet^ Mille et Durand Claye. "Bvivploi des eaux d'égout en agriculture et en horticulture. (Annales d'hygiène et de médecine légale. 2" série, t. XXXIII, 1870, p. 328.)

2. De FreT-cioet. Emploi des eaux d*égout de Londrei, {Annales d'hygiène et de médecine légale, 2« série, i. XXIX, 1868, pag. 103.)

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eédé, très-simple en apparence, mais trop dispendieuse pour qu'il fournisse des résultats avantageux. On précipite l'ammoniaque en versant dans Teau un sel de magnésie et du phosphate de soude; on produit ainsi du phosphate ammoniaco-magnésien qui est recueilli, lavé, séché, puis mélangé de chaux et calciné dans des cornues analogues à celles qui servent dans la préparation du gaz. L'ammoniaque se dégage à Tétat de gaz que Ton reçoit, soit dans Teau, soit dans Tacide sulfurique ou chlorhydrique étendu d'eau.

On a souvent attribué la mortalité exceptionnelle des poissons, pendant les grandes chaleurs de Tété, aux matières des égouts déversées dans les cours d'eau.

Il ne faut pas attacher à ce fait une importance plus grande qu^elle mérite, car les poissons vivent souvent dans des eaux stagnantes plus corrompues que celles de ces cours d'eau. Ce qui semble plus probable c'est que les eaux, altérées par les fabriques, ont une influence plus pernicieuse que les eaux des égouts proprement dites • En voici un exemple frappant :

Â. Gisors (Eure), des eaux provenant de sucreries, et qui étaient conservées pendant quelque temps, produisirent un liquide infect contenant une grande quantité de hacterium ; or, quand ces eaux furent versées dans la rivière, tous les êtres vivants qu'elle contenait sur 10 kilomètres de longueur, moururent, et la pisciculture, jusque-là prospère, fut totalement dé-^ truite.

Mais à celte cause, évidemment irréfutable, s'en joint une autre dont on doit tenir compte suivant les circonstances.

Ainsi) la mortalité presque générale des poissons de certains cours d'eau a été observée là où il n'existait pas de fabrique, et où Tanalysene constatait rien d'anormal. Nicklès^ conduit à étudier un fait de cette nature, a observé que lorsque par suite d'une crue subite, une rivière déborde sur un terrain qui avait été, au préalable, soumis à une forte insolation, l'eau s*échauffe, le coeEflcieht de solubilité de l'oxygène diminue, le gaz vivifiant s'échappe et le poisson ne trouvant plus Tair nécessaire à la

1. Nicklès. JowmoX d$ pharmacie «é àt chimiet i* série, t. VIII, I868| p. 253.

respiration se pâme tout coauae il le fait quand on le place dana de Teau tiède.

§ V. — Eaux TanneB

Les matières des fosses d'aisances contiennent, en moyenne, les trois quarts de liquide auquel on donne le nom S! eau vanne, rappelant ainsi les bassins superposés, munis de vannes de décharge, dans lesquels on fait la séparation des matières fécales liquides des matières solides.

Les eaux vannes, par la variété et la proportion des matières azotées qu'elles renferment, et surtout par le sulfhydrate et le carbonate d'ammoniaque, comme aussi par les phosphates qui s'y trouvent, constituent des liquides d'une odeur très-repoussante, mais d'une très-grande valeur comme engrais, lorsqu'ils sont convenablement appropriés. Malheureusement les difficultés qu'on éprouve parfois, pour les désinfecter, font que dans un très grand nombre de localités l'agriculture n'en tire aucun profit.

Dans les villes un peu importantes, les eaux vannes sont isolées des parties solides par des moyens spéciaux, et elles sont ensuite déversées dans les cours d'eau ou môme sur le sol, tandis que les matières solides sont utilisées comme engrais sons le nom de poudrette. Cette pratique est d'autant plus fâcheuse que la poudrette n*est pas un engrais de longue durée, et que les eaux vannes sont principalement chargées des sels ammoniacaux les plus assimilables par les plantes.

M. Boussingault a analysé les eaux vannes prises dans douze quartiers différents de Paris, et il a trouvé qu'un Utre contenait 6 gr. SO d'azote au maximum, 2 gr. 48 au minimum et en moyenne 3 gr. 44.

De son côté, M. L'hote a comparé la composition des eaux vannes et de la poudrette provenant des vidanges de Pans et il a obtenu les résultats consignés dans le tableau suivant.

EAIX VANNES

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