TEMPÉRATURE ET ORIGINE DU CALORIQUE DES EAUX
Le degré de température des eaux minérales est, en général, beaucoup plus variable et atteint des limites plus élevées que celui des eaux douces, quelle que soit leur provenance.
1. Poggiale. Jowrnal de pKarmaoie et de chimie, 1858. t. XXXIV, p. 164.
^30 EAUX MLVÉRALES
Pepuis la température de T^'C. au-dessus de zéro, qui est le point inférieur signalé jusqu'à ce jour» jusqu'à celle de 15 à 20*C., toutes )e9 eaux jnainérales comprises eutre ces limites extrêmes sont dit^s minérales froides^ ou simplement miné- TsHes. Les sources qui les fournissent sont extrêmement nombreuses, jaillissent de tous les terrains et appartiennent à toutes les classes que l'on a créées. A part certaines eaux minérales que dans plusieurs stations on utilise en bains en les faisant réchauffer dans des appareils disposés ad hocy toutes les autres sont destinées à la boisson, soit sur les lieux, soit au dehors.
Au-dessus de 20 et jusqu^à 30 ou 32*", les eaux minérales sont dxies tempérées ; ^\X'de\k on les range dans la catégorie des eaux thermales proprement dites. Comme celles qui ont plus de 45° ne pourraient être administrées en bains telles qu'elles sourdent du sol, on est dans Thabitude de les faire refroidir naturellement, ou de les mélanger avec de l'eau douce ordinaire, ou avec de l'eau minérale froide, ainsi que nous le verrons plus loin.
£n France, l'eau minérale la plus chaude connue jusqu'à ce jour est située à Chaudesaigues (Cantal). La source du Par de cette station ne marque pas moins de 81 ''C, température qui n'est dépassée que par l'eau des Geysers d'Islande (lOO^'C).
Les sources tempérées et thermales se rencontrent en grand nombre dans les pays soumis jadis à Tinfluence des volcans ; aussi, pendant longtemps, a-t-on supposé que les terrains volcaniques, tant anciens que modernes, avaient seuls le privilège de produire des eaux chaudes. Mais l'étude attentive de toutes les sources qui sourdent sur notre planète, et surtout les travaux des géologues, ont démontré depuis que cette loi n'était pas exacte dans toute l'acception du mot. Si, en effet, les terrains de sédiment supérieurs ne donnent naissance à aucune eau thermale, le nombre est grand de celles qui jaillissent des terrains sédimentaires moyens, inférieurs et de transition. Si elles ne reçoivent pas leur température des volcans proprement dits, il est hors de doute qu'elles sont échauffées comme les eaux volcaniques, c'est-à-dire par le feu central de la terre. Enfin, on connaît beaucoup de sources froides qui ont pour origine les terrains primitifs et volcaniques. Constatons néanmoins que les sources froides se rencontrent
4e plud souvent dans les terrains modernes, et les sources thermales dftns les terrains primitifs. On a tiré delà la conséquence que les eaux «des premières se produisaient à une basse température par la décomposition de matériaux composant les couches superficielles du globe, et que les secondes se formaient à une température trôs-élevée par la décomposition des roches situées dans les régions les plus basses.
Il est très-rare que les sources situées dans une même localité aient toutes le môme degré de température. Quel que soit leur rapprochement et les communications souterraines qu^on leur suppose, presque toujours le thermomètre constate une diOërence de plusieurs degrés, ce qui fait de ces eaux autant de variétés distinctes. Il existe même des sources tempérées et thermales près desquelles sont situées des sources tout à fait froides, sans que l'analyse découvre dans les unes comme dans les autres des différences très-grandes, quant à la nature et à la somme des principes constituants.
Il est hors de doute que nombre de sources froides ont été jadis tempérées et thermales. Dans quelques stations en France possédant des sources dont la température ne s*élève pas à plus de 20^4- 0, on retrouve tous les* jours des vestiges d'anciennes piscines et de baignoires établies à l'époque de la domination romaine. Or, il est peu probable que ce peuple si bien versé dans Tart de la balnéologie ait eu, comme de nos jours, l'habitude de faire chauffer artificiellement les eaux minérales froides pour les faire servir en bains; du moins les écrits des auteurs sont muets à cet égard.
Voyons maintenant les différentes hypothèses émises pour expliquer le phénomène de la thermalité naturelle des eaux minérales; et d'abord parlons de la direction présumée que celles-ci prennent dans l'intérieur de la terre :
€ Pour se faire une idée de la marche des eaux qui forment les sources minérales, dit Fonian >, il faut les considérer comme un fleuve recourbé sur lui-même et remontant vers sa source en siphon renversé, dont Tembouchure se divise en -plusieurs petits filets formant des tîspèces de deltas ou, dans
1. F.ontan. Recherche» iur Ui eaux minérales de» Pyrénées^ etc. Introduct., p. XV.
leur partie ascendante, comme des fasées partant d'abord d^un seul trait qui se divise, quand elles éclatent, en plusieurs jets qui représentent assez bien les divisions des sources à la surface du sol. j»
Tous les géologues et les chimistes admettent que lee sources qui se rencontrent sur un point donné, et dans un certain rayon, proviennent d'une source mère. GeUo-ci, par la réais^ tance que lui oppose la pression à laquelle elle est soumise, forme des ramifications souterraines qui se divis^at eUes* mômes et n'arrivent à la surface du sol que par les interstices offerts par le terrain. Les causes de formation d'émissaires latéraux peuvent exister à toutes profondeurs, dit M. Jules François ^ ; elles sont surtout développées au voisinage de la surface. Tout, en effet, y contribue, Taltération des roches^ la perméabilité presque générale des terrains, le relief du sol, d'où résultent les différences de niveau. Mais en voyageant ainsi, les eaux perdent une partie de leur calorique primitif, et elles se chargent ou déposent des principes particuliers qui moâiûent d'autant leur constitution primordiale.
L'existence du feu central est un fait qui, depuis les époques mythologiques jusqu'à Aristote, Descartes, Leibnitz, et enfin jusqu'aux naturalistes de notre temps, n'est plus mis en doute. L'origine et les effets de ce calorique ont donné lieu de la part des théologiens, des philosophes, des géologues, des minéralogistes et des physiciens, à un grand nombre d'observations qui, si elles n'ont pas toujours été acceptées par la majorité des savants, ont eu cependant pour résultat de faire considérer certaines hypothèses comme assez vraisemblables.
Lorsqu'on eut admis que les eaux devaient leur température au feu central de la terre, on chercha à se rendre compte des moyens que la nature employait pour arriver à ce but.
La première idée a été que l'eau était chauffée par le voisinage des brasiers, de la même manière que dans lé vase qui la contient, ou encore que le feu tombait par des crevasses dans les conduits de l'eau.
Puis, sont arrivées les réactions chimiques : ainsi Becker
L DtcNonnaiftf d«t taux mxnértÙAz et d'hydrologie médiealef par MM. Durand Fardel, Lcbretet Jules Lofort, avec la collaboration de M. J aies François. ISaO, t. II, p. 6L
a avancé que l'eau de GarIsKad, qui possède, comme on sait, une température élerôe, était échauffée par la réaction de l'eau chargée de chlorure de sodium sur une couche de pyrite en combustion : Klaproth a modifié cette hypothèse en substituant à la oouebe de pyrite une autre couche de houille pyriteuse.
Pour Descartes^ les eaux pénètrent jusqu'au-dessous des montagnes par des courants souterrains, d'où la chaleur qui est dans la terre les élève comme une vapeur vers leurs sommets, et produit des sources là où le sol a permis une libre sortie.
Les travaui mémorables de de Laplace« Humboldt^ Arago, Brongniart, Foumier et Cordier, en démontrant que la terre possédait une chaleur indépendante de celle qu'elle reçoit du soleil, n'ont pas peu contribué à éclairer le point qui nous occupe.
On croit, par exemple, que la terre a été dans l'origine une masse incandescente de matière liquéfiée, et que les couches superficielles de ce globe de feu se sont insensiblement refroidies de la circonférence au centre. Il en résulte que ces couches solidifiées, dont l'épaisseur augmente incessamment et peu à peu, renferment dans leur sein des masses restées jusqu'à ce jour fluides et incandescentes. On conçoit alors que les diverses couches du globe ont une température d'autant plus élevée qu'elles se rapprochent de plus en plus du centre.
D*aprë8 ces auteurs, la chaleur centrale augmenterait d'un degré centigrade pour chaque distance de 30 à 40 mètres de profondeur : ainsi, à Paris, l'eau bouillante se rencontrerait à 2,503 mètres de la surface du sol; mais les expériences de M. Walferdin tmdent à infirmer cette manière de voir. Suivant ce physicien, la chaleur terrestre croit de la superficie du sol à 550 mètres de 1 degré par 30 à 31 mètres; mais de 550 à 800 mètres, cet accroissement est plus rapide, puisque 1 degré centigrade ne correspond plus qu'à 23(b,6. D'après des expériences plus récentes de M. Becquerel ^ la température de la
1. Becquerel* CompUt rendru de VAcadétnim des ScUncês, Séance du 30 janvier 1805.
234 EAUX MIN£BâI;KS
terre va en augmentant jusqu'à 36 mètres, mais cet accroissement n*est pas uniforoie ; on peut Févaluer en moyeane à 0o,27 par 5 mètres. En comptant seulemeni; à partir de 16 mètres, cet accroissement ^loyen tomba à 0>,16 par 5 mètres» soit 0^^61 pour 30 mètres, 4u lieu de 1 degré qae Ton est convenu d'admettre.
A 1 piètre; la température moyenne est de 10^,480, et à 36 mètres de i^'^.SSô; différence 1»,956. La position des eaux mipérales les plus chaudes ne serait donc pas aussi profonde qu'on le supposait jadis .
C'est en se fondant sur cette haute température des couches successives dont se compose la croûte du globe que Ton a expliqué la thermalité des sources. Voici entre autres Tbypotbèse formulée' par de Laplace ^ :
fL Si Von conçoit que les eaux pluviales, en pénétrant dans rintérieur d'un plateau élevé, rencontrent dans leur .mouvement pne cavité de 3,000 mètres de profondeur, elles la rempliront d'abord, ensuite acquerront à cette profondeur une chaleur de 100^ au moins, et devenues par là plus légères elles s'élèveron}. et seront remplacées par des eaux supérieures : en sorte qq il ^'établira deux courqints d'eau, Tun montant, l'autre descendant, perpétuellement entretenus par la chaleur intérieure de la terre. Ces eaux, en sortant de la partie inférieure du plateau, auront évidemment une chaleur bien supérieure à celle de l'air au point de leur sortie. :»
On a fait à la théorie de de Laplace une objection sérieuse. Si, en effet, ce sont les eaux terrestres et atmosphériques qui alimentant li^ sources thermales, on ne se rend pas bien compte du volun^ constant de ces dernières pendant les. longues sécheresses ou après des pluies fondantes On s'est donc vu fori^é d'adi^ettre Texistance d'am^j d'eau et de courants souterrçiins ep quelque Siorte inépuisables : telle est l'hypothèse de Thilp^ier.
Thi|oriar proit qv^e l'intérieur .^e la terre est traversé par un océan qi|i occupe des gouffres iinmeQ^es à plusieurs kilomètres de profondeur» at remplis dç matières combustibles embrasées
1. De laplace. ArmaUs de chimie et de physique^ t. XIII, p^ 41*2.
OU susceptibles de s'enOammer avec Teau, comme les pyhtes, la matière organique, la houille, le bitume, etc.
Plusieurs physiciens supposent que rélectricité ne reste pas indifîérente dans le phénomène de la caléfaetion naturelle des eaux. Pour eux, les roches, dans le sein de la terre, seraient disposées de manière à pouvoir produire une action électromotrice, et ces dispositions constitueraient autant de foyers d'une intensité extrême. Par le jeu des appareils êlectromoteurs, l'eau acquerrait une température élevée, de la même manière que certains corps très carbonés, comme les huiles, s'échauffent jusqu'à rébuUition au moyen des batteries voltaïques.
En admettant comme la plus vraisemblable l'hypothèse de de Laplace, les eaux atmosphériques, en s'épanchant sur le sol, pénétreraient donc dans l'intérieur de ia terre à des profondeurs variables, et là, elles emprunteraient leur calorique soit aux canaux naturels où elles coulent, soit au voisinage des foyers volcaniques. Les rapports qui existent entre les eaux thermales et le3 volcans sont de la dernière évidence. Les révolutions souterraines ont même produit certains phéiM>mènes que nous ferons connaître plus loin.
Berzelius est également d*avis que c'est en s'inâltrant dans les régions volcaniques et souterraines que les eaux pluviales et terrestres acquièrent leur thern^alité.
Âûn d'expliquer la thermalilé de certaines sources situées dans des lieux éloignés des volcans en activité, M. Boussingault prétend que de deux choses l'une : ou bien, les foyers qui existaient à des époques très-reculées ne sont pas encore refroidis; ou bien, ces foyers se rencontrent sous des masses de rochers trop gigantesques, comme les Pyrénées, pour céder à la force d'expansion des gaz souterrains.
Il ne nous reste plus qu'à indiquer Thypothèse de M. Bianconi (de Bologne) ^
Ce physicien a essayé de prouver que la chaleur des eaux ihernaales était produite par le frottement et la pression qu elles subissent pour arriver à la surface du sol. <k Ainsi, dit-il, la première cause de la thermalisation des eaux minérales serait leur passage à travers des fentes très-étroites de rocs siliceux,
I. Bianconi. Memoric dtXla Acadetnia deUe Sciense di Bologna,
quariseux ou granitiques; la seconde, c'est leur vélocité excessive dans ce passage étroit, par l'action expansive des gaz qu'elles renferment ; ce qui les fait fortement frotter contre les parois de lears conduits et les échauffe. »
On a voulu encore trouver une connexion entre la hauteur dm montagnes de granit qui avoisînent les sources, avec' la température des eaux minérales; mais il suffit d'examiner la position et la température d^un grand nombre d'eaux de nos stations thermales pour s'apercevoir que cette opinion ne repose sur auctin fondement sérieux.
Telles sont les principales opinions émises jusqu'à ce jour pour expliquer le mode de caléfaction des eaux minérales dans rintMeur de la terre. Mais, comme Ta dit M. Louis Batissier i, les lois du monde physique sont fort complexes ; tous les corps de la nature sont soumis à l'influence incessante d'agents divers dont on doit tenir compte. Le calorique, l'électricité, les afQnitôs chimiques agissent continuellement sur tous les corps à la fois et les font ce qu'ils sont ou les modifient : c'est pourquoi nous pensons que, pour résoudre la question de thermalité des sources minérales, il faudrait pouvoir connaître le mode d'action, au sein du globe, de l'électricité, du calorique et des lois chimiques, et tenir compte d'une foule de circonstances nécessaires qui peuvent changer cette action suivant les divers milieux où elle s'exerce. On ne peut nier l'effet de la chaleur centrale puisque beaucoup de sources apparaissent dans des pays nullement volcaniques ; on ne peut nier Tinfluence des volcans, quand on considère que les sources abondent dans leur voisinage, et quand on sait que les volcans et les sources fournissent les mômes gaz. Il est clair enfin qu'il s'opère de nombreuses réactions chimiques, auxquelles l'électricité ne peut être étrangère, entre les divers principes minéralisateurs que présentent les eaux. Voilà ce qu'il y a de plus certain pour nous.
1. L. Batissier. Thèse pour le doctorat en médecine» Paris, 184^.
§ II» — VarUttoM dajM ta. ÈÊmwémtotB 4Bm Miox Iftermàtot.
Leà expériences de plusieurs observateurs tendent à démon* trer que si beaucoup d'eaux minéraleft thermales, ont oonservé depuis des siècles jusqu'à nos jours, leur môme degré de température, un certain nombre ont accusé des difiérraces sensi* blés à des époques plus ou moins éloignées de nous.
Lecoq, partant de ce principe que toutes les eaux minérales sont moins chaudes, moins saturées de prmcipes saUns et moins nombreuses qu'autrefois, pense que la température s'abaisse graduellement à mesure que les conduits qu'elles ont traversés se sont allongés. Ces conduits que Lecoq suppose formés de toutes pièces par les travertins, commençant au point d'action intérieure, et s'ouvrant à la surface, ont dû augmenter de longueur à mesure que leur point d'origine s'éloigne du point de sortie. Dès lors la température doit diminuer, comme Ta £ait observer M. Boussingault, en comparant trois sources assez rapprochées et dont le point de départ devait être sensibi^nent le même.
Ainsi que nous l'avons rappelé plus haut, tout porte à suppo* ser que des eaux minérales froides possédaient, à une époque très ancienne, des températures plus élevées, et les tremblements de terre sont les agents qui paraissent avoir apporté les changements les plus notables : ainsi , tantôt ils ont converti des eaux thermales en eaux minérales froides et vice versa , tantôt ils ont modifié le débit des sources et la composition chimique des eaux.
Voici quelques-uns des exemples les plus remarquables décrits dans les ouvrages.
Lors du tremblement de terre arrivé en 1616, Teau de Bagnères de Luchon devint plus chaude, en même t^nps que celle de Bagnères de Bigorre se refroidissait.
Les sources situées dans les montagnes de Viajama, à Saint- Domingue, apparurent pour la première fois pendant le tremblement de terre de Tannée 1751 .
En 1755, pendant le treoibiement de terre qui détruisit la ville de Lisbonne, Néris vit apparaître une source nouvelle; les eaux de Bourbon-rArchambault augmentèrent tellement de
volume qu'elles débordèrent les puits qui les contenaient; à Tœplitz Teau se troubla, eesm de couler uh'lnàtahty puis pendant une demi-heure s'échappa déterre en. grande abondance ; les sources A'kït devinrent pendant quelques' heures plus froides, puis elles reprirent leuf température habituelle, et les sources de Bagnèfes de Luchon augmentèrent tout de suite de 440,06 centigrades. Dans les cours du château Alfiéri, en Piémont, trois puits d'une eau douce excellente devinrent sulfureux et' salés jusqu'èfi 1808, où un autre tremblement de terre rendit Teau potable.
Le tremblement de terre qui se fit sentir, en Autriche, en 1768, eut pour résultat d'augmenter notablement le débit des eaux de Bade. Pendant ôfeluî d'Isernia, près de Naples, en 1806, les eaux de Carlsbad cessèrent tout à coup de jaillir en même temps que leut* température s'abaissa.
En 1812, et à la suite d*ane commotion terrestre semblable, une source froide située dans les mines d'EUiot (Amérique septentrionale) devint chaude, puis se troubla et disparut tout à fait pouff faire place à un dégagement abondant de gaz carbonique.
Enfin pendant les terribles tremblements de terre qui eurent lieu en 1868 sur presque la totalité du globe, on assure que l'eau de la source de César à Cauterest a augmenté de 10 degrés, le 19 juillet, au moment d'un violent orage qui a précédé le phénomène {Moniteur Éàientifique. T. X, p. 1026. 1868 )
Les exemples j^areils^ sont extrêmement nombreux et la science pe les a pas tous enregistrés; peut-être, si on avait porté plus d'attention à la cause que nous venons de nommer, aurait-on trouvé que les différences de température et de composition observées depuis un certain nombre d'années , dans plusieurs stations thermales, tiennent aux révolutions intérieures du globe. L'observation est d'autant plus importante que quelquefois l'effet des commotions se fait sentir à des distances considérables, ainsi que nous Ta vous montré au sujet du tremblement de terre de Lisbonne.
Tant que les différences ne portent que sur 1 , 2 ou 3 degrés, Oïl peut croire avec raison qu'elles proviennent des causes que nous allons indiquer tout à l'heure, mais lorsqu'elles atteignent 20, 25 et 30 degrés, il faut bien admettre des perturbations plus
essentielles ou encore fi^connueg de nbitô. L'éâti thêfjrmale dé Néris nous en offre( un exemple frappant.
Noms des observateurs. Grand Faits. Puits de la Croix.
Michel (1766) 78o cent. 75 5/10
Philippe (1786)., 44 45 5/10
Boirot-Desserriera (1839) 49 48
De Falvart-Montluc (1841) 53 7/10 51
Lebref (1850) 52 7/10 52 2/10
Faiicbon (1&53> 53
De Laurès (18bl à 1854) 52 7/10 51 8/10 h 52 5/10
Lefort (1857) 52 51 2/10
Il ressort de ceci que, depuis 1841, jusqu'à ce jfour, les deux sources de Néris ont conservé une température à pm près constante.
Les causes qui peuvent amener à des l'ésnltats conti^adictoires et dans des limites plus restreintes, tieniïent :
1® A des erreurs d'observation ; 2** à des causes accidentelles, comme l'intervention des eaux douces étrangères, après la fonte des neiges et les orages; d'où résulte une augmentation dans le volume des sources; 3® au défaut de précision des thermomètres; 4° aux améliorations apportées sans cesse au captage et à l'aménagement des sources.
I. Les erreurs d'observation portent sur la manière de plonger le thermomètre dans l'eau. Si, en effet, on se contente de plonger la boule de l'instrument dans le liquide, la dilatation du mercure ou de 1 alcool n'ayant lieu que dans cette partie, on obtient un nombre inférieur au degré véritable de l'eau minérale; en plongeant, au contraire, entièrement le thermomètre dans l'eau, la dilatation ayant lieu et sur la boule et sur la tige, on a un nombre plus élevé. Des expériences particulières nous ont montré que Ton pouvait ainsi commettre des erreurs de 1 à 3 degrés.
IL Les causes accidentelles qui peuvetit faire variei* la température des eaux minérales sont nombreuses. Quelques sources, par suite de la formation de travertins intérieurs et d'une autre direction de l'eau, peuvent perdre une partie de leur calorique. Mais là plus fréquente réside dans l'intervention des eaux froides et pluviales : comme la plupart des sources sont situées sur le versant eu à la base des roches, dans les fissures desquelles les eaux atmosphériques ont plus ou moins d'accès,
340 £âUX minérales
beaucoup conservent, à la suite de pluies continues, un débit un peu plus fort, et partant éprouvent une dûniaution dans leur température. C'est seulement après une succession de beaux jours que la source revient à son état normal.
m. On ne peut mettre en doute que l'art de fabriquer les instruments de précision ne soit arrivé à un degré plus grand de perfectionnement qu*il y a un certain nombre d'années. Malgré cela, il est encore assez difficile de se procurer des thermomètres dont la graduation ne laisse rien à désirer, d'autant plus qu'avec le temps le zéro, comme tout le monde le sait, est susceptible de changer. Voilà donc encore une cause réelle d'erreur dans les observations thermométriques.
IV. On n'ignore pas que, malgré les meilleurs captages et aménagements, on ne peut empêcher que certaines sources trèsproches les unes des autres ne communiquent entre elles par des canaux souterrains. Ainsi, il n'est pas rare de voir le niveau d'une piscine remplie d'eau s'abaisser à mesure que l'on en vide une autre située dans le voisinage, et cependant les eaux de ces deux réservoirs, essayées au thermomètre, indiquent une température différente de plusieurs degrés.
Actuellement, les analystes constatent des écarts moins considérables qu'autrefois dans la température des eaux minérales, résultat qu'il faut attribuer autant au meilleur captage des sources qu'à la précision plus grande des instruments employés à cet effet. Dans la plupart des cas, la différence est si peu sensible que Ton est amené à conclure que si les eaux minérales, en général, n'ont pas une température absolument invariable, les variations ont lieu dans les limites les plus restreintes. M. Filhol, qui s'est livré d'une manière attentive à la détermination du degré de température des eaux des Pyrénées, a pu se convaincre que la température des sources les mieux aménagées différait très-peu. Les eaux de Bagnères de Luchon, par exemple, ont seulement varié, dans l'espace de trois à quatre ans, de quelques dixièmes de degré au plus. M. Filhol n'est pas éloigné de croire que ce sont les eaux les plus chaudes qui éprouvent le moins de variations : ainsi la température de la source Bayen a oscillé entre 67%25 et 68%40 dans l'espace de trois années, tandis que la source Ferras supérieure n^ 2, qui, en 1849, marquait 32*", a diminué de 2°, 9 en deux ans.
TEMPÉRATURE Ul
$ IJI. — i ^GAlorMia* oomparé des eanx thermales et des eaux
de«ees éolMivfléee.
Quelques auteurs ont autrefois supposé que les eaux minérales, à la faveur de leurs principes salins, étaient plus aptes à conserver leur calorique que les eaux douces de rivières et de sources élevées à la même température ; que les eaux thermales se refroidissaient plus lentement que les eaux douces chauffées au même degré; que les eaux minérales et thermales, quel qu'en fût le degré, mettaient autant de temps pour arriver à 100<>, que de Teau douce prise à la température ordinaire, d'où il résulterait que le calorique naturel des premières ne compterait pour rien.
€ Le calorique, disent-ils ^ qui échauffe les eaux thermales, s'y trouve toujours dans un état de combinaison tout particulier qui leur imprime, par rapport à nos organes, des propriétés très- différentes de celles que nous pouvons communiquer à l'eau à l'aide de nos moyens artificiels de chauffage. On supporte les eaux minérales naturelles en boisson et en bains à un degré de chaleur bien supérieur à celui de Teau chauffée artificiellement. ]»
Cette opinion, Tune des plus intéressantes peut-être de T hydrologie envisagée au point de vue de la thérapeutique, aurait besoin d'être confirmée partout. En effet, si M. Gh. Braun a pu voir que l'eau de Wiesbaden se refroidissait plus lentement que de l'eau douce élevée à la même température (70>}, et se réchauffait également plus lentement, rien ne prouve qu'il en soit de même pour les eaux de toutes les stations. Déjà Longchamp avait entrepris plusieurs expériences qui lui ont démontré que le calorique des eaux thermales ne différait pas de celui de nos foyers. De notre côté, en faisant l'analyse des eaux thermales de Néris, nous avons constaté que de l'eau douce prise à 18 degrés, a toujours exigé trois, cinq et six minutes de plus pour arriver à 100 degrés qu'une même quantité d'eau de Néris prise à 50 degrés. Quant à ce qui regarde le refroidissement, nous avons fait chauffer une granie quantité d'eau
1. Longchamp. Annale$ de nhimie^et de phijùqfie. 2» série, 18-23, l. XXIV, p. 248.
Lbfort, 3* édition. 16
U^ KAUX MINÈRÂf.£S
douce jusqu'à 50 degrés, et, en y plongeant un therroomètrey nous avons vu que le refroidissement s'opérait daoo le knôme espace de temps que celui de Teau de Néns ayant cette température.