‹ Traité de chimie hydrologique comprenant des notions générales d'hydrologie et l'analyse chimique des eaux douces et des eaux minéralesChapitre 78 sur 299 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

§ I^r. — Propriétés or^anoleptlques.

Couleur. Les eaux minérales, examinées à leur point d'émergence^ et sous un petit volume, sont généralement incolores.

Étant réunies en grande aiAsse, elles apparaissent^ comme les eaux douces, avec une légère teinte bleu-verd&tre.

Une coloration quelconque dans une eau minérale froide ou chaude est toujours, sauf celle que nous venons de signaler, le résultat de la déoompoaiticai partielle de quelques-uns des principes qui les minéralisent ; telles sont certaines eaux sulfurées.

Dans de très«>rares circonstances, les eaux minérales sulfurées ont une teinte bleue que Ton n'est pas encore parvenu à expliquer d'une manière satisfaisante : nous citerons, par exemple, l'une des sources sulfurées d'Ax (Ariége), qui présente un louchissement pareil au bleuté léger d'une dissolution acide de sulfate de quinine. Cette coloration a été tour à tour attribuée à une illusion d'optique (Dispan); à de l'ardoise à l'état de division extrême (Uagnes-Lahens) ; et enfin à la précipitation d'une partie du soufre contenu dans l'eau (Fontan) t.

Limpidité. U n'y a qu'un très-petit nombre de cas dans lesquels les eaux minérales arrivent louches à la surface du sol, c'est, par exemple, lorsqu'elles jaillissent de terrains sédimentaires ou qu*elles traversent des terrains modernes. Parmi les eaux des terrains primitifs, on peut citer l'eau minérale et thermale de Neyrac (Ardèche], qui, au sortir du granit, lave plusieurs couches de sable fin, d'humus, [et s^épanche sur le sol toutà fait trouble.

Odeur. Il est assez commun de rencontrer des eaux minérales qui possèdent une odeur prononcée : celle-ci provient le plus souvent de la présence de l'hydrogène sulfuré qui fait partie constituante de l'eau elle-même, comme dans toutes les eaux dites sulfurées, ou bien qui s'y trouve accidentellement et en minime proportion. Dans ce dernier cas, l'acide sulfhydrique est le résultat de la décomposition des sulfates dissous dans le liquide, par les matières organiques qu'il tient en solution ; mais alors l'odeur qu'elles répandent est souvent très-éphémère et se dissipe dès que Toxygène de Tair intervient. Beaucoup d'eaux minérales bicarbonatées, sulfatées et chlorurées,

I. 3. P. A. Fontan. Recherches sur Us eaux minérales des Pyrénées^ de VAU lêmagne, de la Belgique^ de la Suiue et de la Savoie, ParÎH, 1653.

jouissent de cette propriété, et l^odeur d'acide sulfhydrique est d'autant plus appréciable qu'elles ont un plus faible déÛt, ensuite qu'elles ont davantage le contact des substances organiques enfouies à des profondeurs variables.

Nous dirons peu de chose de l'odeur désagréable propre aux eaux minérales sulfurées proprement dites : tout le monde sait que la présence de l'acide sulfhydrique s'annonce quelquefois à une distance assez éloignée des sources. Mais, plusieurs d'entre elles, examinées à leur point d'émergence, ne répandent pas d'odeur, telles sont celles dans lesquelles le principe sulfuré (sulfure de sodium), existe dans un parfait état de conservation. Si, au contraire, on les essaye alors qu'elles ont été abandonnées pendant quelques instants à l'air, elles laissent dégager l'odeur propre aux eaux sulfurées et chargées d'acide sulfhydrique. C'est là le caractère dominant des eaux dégénérées et aussi des eaux à base de sulfure de calcium. L'odorat perçoit en outre, dans les dernières, une odeur marécageuse qui explique déjà en partie leur origine.

Il existe beaucoup d'eaux minérales dan% lesquelles leç réactîfe ordinaires (acétate de plomb, nitrate d'argent), ne permettent pas de découvrir la plus légère trace d'acide sulfhydrique, et qui cependant, lorsqu'on les examine au point de leur émergence, possèdent une odeur particuUère, comme bitumineuse. Cette odeur se fait principalement remarquer dans les eaux très-chargées d'acide carbonique, et se dissipe lorsqu'elles ont été conservées pendant quelque temps en bouteilles.

Nous parlerons seulement pour mémoire de Todeùr que répandent beaucoup d'eaux minérales conservées en bouteilles. Plus les eaux sont chargées de matières organiques en suspension et en dissolution, plus elles donnent naissance à de l'hydrogène sulfuré et à des principes ammoniacaux peu connusjusqu'à ce jour. Il suffit souvent d'un fétu de paille pour détériorer la meilleure eau minérale, et on sait encore que la présence de la matière organique est la cause que certaines eaux minérales ne peuvent être exportées.

Saveur. La saveur est, on peut le dire, aussi variable qu£ les eaux minérales elles-mêmes. En effet, si le goût permet de distinguer tout de suite une eau bicarbonatée d'une eau sulfurée, il

fournit quelquefois des renseignements très-incertains lorsqu'il s*agit de caractériser les eaux d'un môme groupe. C'est que la saveur particulière et dominante de quelques-uns des sels pris isolément se trouve masquée plus ou moins par celle d'autres principes minéralisateurs* Prenons comme exempte la classe si nombreuse et si int^essante des eaux bicarbonatées. Dans cdles-ci, l'acide carbonique libre et même les bicarhona'^ tes font disparaître en partie la saveur des chlorures alcalins qui s'y trouvent parfois en très-notable proportion. Le goût est encore insuffisant pour distinguer si les bicarbonates sont à base alcaline ou terreuse, tels qu'on les formule assez généralement ensemble.

D'après Babinet il existe dans le bassin d'Ârcachon, près de la Teste, des eaux minérales qui sont devenues légèrement sapides en traversant des couches de sapin fossiles i.

Quelques sels possèdent une saveur tellement prononcée, qu'à dose même très^minime, on les reconnaît fadlement dans les eaux minérales. Dans ce cas sont les sels de fer; aussi , un palais un peu exercé à ce genre d'analyse distingue-t-il parfaitement une eau ferrugineuse sulfatée d'une autre eau minérale non ferrugineuse.

Quelques auteurs, se basant sur la stypticité des préparations ferrugineuses et solubles, ont pensé qu'ils pouvaient conn^tre instantanément, par le goût, la quantité de fer contenue dans une eau minérale, comparée à une autre. Ce réactif, s'il nous était permis de l'appeler ainsi, nous semble être en défaut dans plusieurs circonstances. Beaucoup d'eaux minérales gazeuses renfermant du bicarbonate de protoxyde de fer, en quantité pondérable, sont aussi agréables que les eaux chargées artificiellement de gaz carbonique, et la saveur n'y décèle pas, ou peu, l'existence d'un sel de fer : évidemment ce dernier se trouve masqué par le grand excès de gaz carbonique.

Envisagée d'une manière générale, la saveur des eaux bicarbonatées est d'autant plus piquante, aigrelette, qu'elles sont plus sursaturées de gaz carbonique. A cette saveur en succède une autre, dite saline, si la base dominante est la soude, et terreuse si c'est la chaux et la magnésie qui les minéralisent en plus grande partie.

1. Babinet, Études et lectures sur les sciences d^observatign.

930 £AUX SilNéUALES

Avec les eaux sulfurées, le goût perçoit tout de suite le principe qui les caractérise à un si haut degré, c'est-à-dire une saveur plus ou moins franche d'acide sulfhydrique, comparable à celle des œufs coavis. Elles laissent ensuite au palais un arrièregoût salin, douceâtre ou fade et quelquefois sensiblement amer.

Les eaux chlorurées, pourvu qu'elles ne contiennent pas trop d'acide carbonique, ou des bicarbonates, laissent au palais une saveur d'abord alcalescente, puis saumâtre.

La saveur des eaux sulfatées se rapproche sensiblement de celle des eaux chlorurées, mais comme le fer y joue un rôle assez important, on remarque qu'elles sont styptiques et atramentaires.

OnctxMsité. Beaucoup d^eaux minérales jouissent de la propriété d'être onctueuses au toucher.

Pour quelques auteurs, l'onctuosité proviendrait de certains sels à réaction alcaline (silicates alcalins, monosulfure de sodium); pour d'autres, elle serait due à la matière organique tenue en dissolution ^ ; et enfin tout à la fois aux silicates, au sulfure alcalin, et à la matière organique. On observe que ce sont les eaux sulfurées de la chaîne des Pyrénées qui présentent ce caractère au plus haut degré; or Fanalyse constate précisément des quantités notables de substances que nous venons de nommer.

Mais l'onctuosité se fait également remarquer dans quelques eaux minérales thermales, nullement sulfurées, et ne contenant pas des quantités extraordinaires de silicates alcalins et de matière organique; telle est la source savonneuse de Luxeuil.

Il reste à démontrer si, par son calorique seul, une eau minérale thermale ne serait pas capable de produire Teffet en question. On a cru observer que les eaux tempérées rendaient la peau plus onctueuse que les eaux thermales. D'après M. Filhol, les eaux très-chaudes ne seraient généralement pas onctueuses.

1. La sulfurose de M. Lambron, ou Bulfurhydrine de M. CazÎD, est, au dire de ces auteurs, la substance qui communique, pour une grande partie, aux eaux de Bagnères de Luchon Tonctuosité qu'on leur connaît.

PROPRiérÉS PHYSIQUES DES EAUX MINÉRALES ^n

§ II. — Densité des eaux minérales

Les eaux minérales chargées d'acide carbonique libre et de principes fixes, quelle que soit leur nature, ont une pesanteur spécifique plus variable et généralement plus forte que celle des eaux douces, et enfin toujours en rapport avec la somme des matières salines. Une eau contenant trois à quatre grammes de matières salines par litre ne dififère pas de Feau distillée de plus de deux à trois milligrammes quant à la densité.

§ m. — Aotton de l'électrloité mur les eau minérales.

Dans les premières années de ce siècle, Michel Bertrand, inspecteur des eaux du Mont Dore, ayant porté son attention sur Tétat de malaise que les malades éprouvaient lorsqu'ils étaient plongés dans les bains à rapproche des orages, pensa que le fluide électrique pourrait bien être la cause de ce phénomène. Il fit alors Texpérience suivante :

« En 1819, dit-il *, je fis transporter au Mont Dore une forte machine électrique; placée convenablement à la porte des bains, et par un temps propre à l'accumulation du fluide électriciue, je mis, au moyen d'une chaîne métallique, son conducteur en communication avec Tune des cuves. Un vase conique était disposé au-dessus de cette cuve et auprès du vase un électro-moteur reposant sur un guéridon ; Télçctrisation fut continuée longtemps à diverses reprises, et toujours sans le plus l^er indice de la présence du fluide électrique, quoiqu'il arrivât au bain, ce dont je m'assurai en soulevant à Taide d'un cordon de soie l'extrémité de la chaîne d'où je soutirais alors les étincelles. Je repris la même expérience le lendemain matin, et j'observai l'état d'un homme placé dans le bain pendant Télectrisation : cet homme ne me parut rien éprouver qui s'éloignât de reflet ordinaire des bains. Ces deux expériences semblent complètement ruiner l'opinion de l'intervention accidentelle du fluide électrique dans les bains. »

I. Michel Bertrand. Recherchen sur Ui eaux du Mont-Dore^ p. 118. Clermont-Ferrand.

Ces conclusions étaient en quelque sorte tombées dans Toubli, lorsqu'on 1863, M. Scoutelten entreprit de prouver que le principe actif des eaux minérales résidait dans leur état électrique S et c*est alors qu'il proposa de définir les eaux minérales comme des liquides à température variable et de <x>mposition diverse, ayant subi, dans leur parcours souterrain, une modification allotropique due à des actions électriques. Ce qpii reviendrait à dire que les eaux douces courantes et les eaux minérales artificielles ne sauraient produire des efie^ compa^ râbles à ceux des eaux minérales, parce que celles-ci sont à l'état dync^mique, tandis que les eaux douces et les eaux minérales artificielles sont à l'état statique.

Une semblable théorie était bien faite pour attirer l'attention des hydrologues, et, presque aussitôt, on entreprit des expériences qui montrèrent, tout de suite, que l'intensité de l'action électrique observée par M. Scoutelten n'était pas toujours en rapport avec l'action physiologique des eaux.

M. Scoutetten a choisi pour ses expériences les eaux du Mont Dore qui sont, comme on sait, très- peu minéralisées, et qui cependant possèdent des propriétés bien caractérisées. Un programme a été d'abord discuté et rédigé dans un but essentiellement pratique, puis les expériences ont été exécutées pendant trois jours à l'aide de l'appareil galvanométrique de Nobili ; voici les résultats de ces recherches.

Les électrodes en platine, mis dans Teau commune contenue dans un vase en verre ou en porcelaine, ne recueillaient aucune trace d'électricité dynamique, et l'aiguille du galvfimomètre restait immobile.

La même expérience, répétée- avec de l'eau minérale, déterminait à l'instant une déviation considérable de l'aiguille. Une expérience a constaté que l'immersion d'une partie du corps seulement, suffit pour déterminer instantanément des phénomènes électriques rendus manifestes par la déviation de l'aiguille.

On a aussi constaté que l'élévation de température des eaux minérales augmentait sensiblement les manifestations électriques.

1. Scoutetten. De V électricité considérée comme cause principale de Vaction des eaux minérales sur l'organisme, Paris, 1864.

PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DES EAUX MINERALES nH

En i864) M. Lambron a vériâé les expériences de M • Scoutetten à l'aide 4'ini appareil électro-dHinique trës-complet, et il a observé avec les eaux sulfureuses de Bagnères de Luchon les faits qui suivent ^ :

L'eau sulfureuse, reçue dans un vase et dans une baignoire, présente un excès d'électricité positive dans ses couches su* perfieielles exposées, sous Finfluence de l'air, à des transformations chimiques incessantes; et ses couches profondes, moins altérées, un excès d'électricité négaiwe. La déviation de l'ai" guille galvanométrique indique qu'un courant électrique circule dans la partie extérieure des couches superficielles aux couches profondes, et par conséquent dans l'intérieur de Teau des couches profondes vers les couches superficielles.

La durée du courant send)le éphémère, parce que les lames se polarisent assez vite; mais on constate sa persistance, même pendant plusieurs jours, tant que les eaux n'ont pas perdu entièrement leurs principes sulfureux, si Ton a soin de dépolariser les lames ou d'en prendre de nouvelles à chaque essai expérimental.

Vintensité du courant donnée par le degré de la déviation de l'aiguille du galvanomètre n'est pas en corrélation rigoureuse avec le degré de température des différentes eaux de Luchon, mais il est en rapport direct avec leur richesse sulfureuse.

La décroissance de l'intensité du courant ne présente pas une marche semblable dans toutes les eaux de Luchon; eUe n'est proportionnelle, ni à leur richesse sulfureuse, ni au temps écoulé; mais elle est en rapport avec le plus ou moin^ de rapidité suivant laquelle les eaux s'altèrent sous lïnfluence de l'air.

Lorsqu'une personne est dans un bain, les parties plongées dans les couches profondes se chargent d'un excès d'électricité négative^ et les parties baignées par les couches superficielles, ainsi que les parties complètement émergées, d'un excès d'électricité positive. Les eaux sulfureuses forment donc ainsi, à elles seules, un véritable couple simple par suite de la superposition

1. Annales de la société d'hydrologie médicale de Paris^ t. XI, 1864-1865, p. 185.

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de eouchaê liqptîdea qui s'altèrent inégalement et acquièrent une compontion diflérenle. On a donc ainsi un véritable appareil électro-chimiqae.

Lorsqu'on applique les eaux sulfureuses en douches, lapartie du corps frappée est négative et les autres parties positives. Si l'on donne à la fois deux douches de température différente, la partie qui reçoit la plus chaude est négative et l'autre est positive. Lorsqae te corps eat dans un bain et que Ton applique la douche sur les parties émergées, l'état électrique du corps est renversé, ces dernières deviennent négatives et les parties immergées potètives.

Des eaux sulfureuses transportée donnent des résultats semblables, mais leurs effets électriques présentent moins d'intensité; néanmoins, ils offrent une assez longue durée, en rapport, du reste, avec le temps nécessaire à la complète désul6xration. Ces eaux présentent en outre cette particularité, à savoir, que la plus grande intensité du courant ne se montre pas aussitôt qu'elles sont versées dans un vase et exposées à l'air; mais quelques instants après, lorsque les décompositions et recompositions chimiques sont en pleine activité. Avec les mêmes eaux observées à leurs sources, au contraire, la plus grande intensité du courant a lieu dès leur arrivée à l'air, comme si, à cet état naissant, leurs éléments minéraux étaient plus aptes à éprouver des transformations chimiques. Peut-être aussi doit- on en inférer que les principes minéraux des eaux sulfureuses transportées ne sont plus dans leur état primordial et que déjà elles ont éprouvé des modifications intestines ; cUb qui expliquerait la différence d'action de ces eaux prises loin de ces sources.

M. Lambron conclut de ses importantes expériences que l'origine de l'électricité développée dans les eaux sulfureuses est spédalement due à des transformations chimiques.

Peu de temps après, M. Schnepp opérant avec les eaux minérales de Bonnes et les Eaux Chaudes est arrivé, à son tour, à des résultats non moins concluants ^

i* Les eaux sulfureuses de Bonnes et les Eaux Chaudes, dit

1. Schnepp. Complet rêndui dêt téanett de V Académie de$ Sdeneeê, Séance du ^ mai 1865.

PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DfiS EAUX MINÉRALES 1H5

M. Schnepp, ne renfarment pas d^étoctricité litoe; toutefois, sous rinfluence de réactions chioiîques intimes, des courants électriques se manifestent, quand on met ces eaux en rapport avec les gaz qui s'en échappent ou avec le sol voisin ;

29 L'action de ces eaux minérales, sur réconomie, donne Heu à des courants qui indiquent que Teau minérale a pris une électricité négative ; mais, après avoir été moiUfiée, par son contact avec l'air, elle prend dans les mêmes drconstanees, l'électricité positive;

3* Les eaux de rivières, de sources non minérales, les eaux salées et les eaux de pluie produisant sur réconomie vivante des phénomènes électriques, comme les eaux minérales sulfureuses agissant àl'extérieurouà rintérieur,onne saurait conclnreàune action électrique spéciale des eaux minérales, ni attribuer reffet thérapeutique de ces eaux à la seule puissance électro-motrice ;

4'' Les eaux minérales de Bonnes, transportées et conservées en bouteille, produisant par leur action sur la peau et les humeurs de l'économie vivante les mêmes phénomènes électriques que les eaux prises à la source, et celles-ci, n^ renfermant pas d'électricité libre, il n'y a pas lieu de songer à une réélectrisation artificielle des eaux transportées;

&> La réaction des eaux minérales de Bonnes et des Eaux C3iaudes sur les gaz qui s'échappent donnant lieu à des courants électriques, il importe dorénavant de ne pas perdre ces gaz, soit dans les réservoirs mal fermés, soit dans l'opération de l'embouteillage.

Nous avons tenu à faire connaître textuellement les conclusions formulées par MM. Scoutetten, Lambron et Schnepp, parce que, de leur ensemble même, il découle ce fait que, contrairement & l'opinion du premier de ces auteurs, les eaux minérales ne sont pas chargées natureUement d'électricité dynamique : d'autre part, ces expériences ont le mérite de démontrer qu'il se produit de rélectricité dans le sein même des eaux minérales par le fait seul des réactions multiples qui interviennent entre les principes constituants ; or, tout porte à croire, que ces phénomènes électriques, si faibles qu'ils soient, et désignés déjà sous le nom de vie des eaux, possèdent une certaine action sur l'économie humaine.

Une autre opinion avait fait admettre pendant un certain

LBroRT, 3* édition. ^^

226 rauxhinérale:»

nombre d*ann^es que les eaux minérakes^ même les moitié minéralisées, se décomposaient par la pile d'une manière différente des eaux douces. Ainsi, en 1828^ Baumgartner et Mâfiân Relier soumirent à Faction de la pile l'eau minérale de Gastein et ils crurent reconnaître que ceUe eau se décomposait en t^ois volumes d'hydrogène et en un volume d'oxygène.

M. Leconte, en 1853, a également exposé les eaux d'Enghien à un courant électrique produit par une pile àr auge de trente éléments ^ Il vit alors se rendre au pôle négatif des bulles nombreuses qui s'élevaient au sommet du tube sans changer de volume ; au pôle positif les bulles étaient moins nombreuses, et de plus elles diminuaient de volume pendant leur trajet du tube au sommet du tube. Mais l'eau, après dix minutes seulement d'action de la pile, avait perdu la plus grande partie de son principe sulfureux et était devenue légèrement verdâtre. Après trois heures le tube du pôle positif contenait 2««,3 d'oxygène, et celle du pôle négs,\iïib^fi d'hydrogène.

M. Leconte dit que Veau seule semble décomposée ; cependant les principes constituants sont certainement modifiés, car il se dépose du -carbonate de chaux sur les parois du tube du pôle négatif. Ce chimiste n'est pas éloigné de croire que, « sous rinfluence de Télectricité, il se forme du monosulfure de calcium par la réaction de l'hydrogène sulfuré sur le bicarbonate de chaux, ce que semble indiquer la modification profonde de l'odeur de l'eau minérale. Une portion de ce monosulfure se rendrait avec l'hydrogène au pôle négatif, dont l'eau acq^aiert alors la propriété de conserver son odeur au moins quinze jours. La partie de monosulfure de ealcium contenue dans le tube du pôle positif passerait peu à peu à l'état d'hyposulfite, sous l'influence de l'oxygène à Tétat naissant; de là, disparition de rôdeur de l'eau de ce tube et conservation de sa limpidité. }i> Les expériences de M. Leconte sont intéressantes à plus d'un titre, en ce qu'elles peuvent servir à faire reconnaitte la nature véritable des sels qui minéralisent les eaux, et déjà ce chimiste a pu s'en aider pour démontrer que les eaux sulfurées d'Enghien contiennent de l'acide sulfhydrique et non du monosulfure de calcium ou du suif hydrate de monosulfure de cette base.

I. Leconte et de Puisaje. Des eaux miné aies d'Eng^'ien au point de vue chimique ei médical. Paris, 1853, p. 22.

PROPRIÉTÉS PHYSIQfUES Dfô EAUX MINÉRALRS m

A Toccasion de Panalyse des eaux minérales de Plombières < nous avpns soumis, à Taction d*iin courant électritiùe, formé par 4 éléments de Bunsen , les eaux de plusieurs sources ther- Tnales et constamment nous avons observé que le volume de rhydrogèné l'emportait sur le voltfme de Toxygéne, 6*ést-àdire que le rapport du premier au second de ces gaz n'était pas exactement de 1 à 2.

Mais si l'on réfléchit, avons-nous dit, que les eaux minérales, comme celles de Plombières, ne sont jamais exactement saturées d'air, que l'intensité du courant électrique n'est pas assez grande pour réduire les oxydes et les acides minéraux, et que l'hydrogène et que l'oxygène, doués d*une solubilité très-différente dans Teau, se dégagent des conducteurs de platine à l'état de bulles très ténues et présentant par cela môifae une plus grande surface à Faction dissolvante de Teau, on est amené à conclure que, dans l'origine, Toxygène et l'hydrogène sont dans le rapport de 4 à 2, mais qu'une petite proportion du premier reste en dissolution dans Feau.

Jusqu'à ce jour, nous considérons donc que, sous l'influence de l'électricité, les eaux minérales se comportent éomrùe les eaux douces, au point de vue de la proportion des gaz hydrogène et oxygène isolés Tun de Tautre.

Ajoutons encore que, d'après les observations nouvelles du docteur Proll, l'assertion qui tendait à établir que l'eau mirtérale de Gastein, si remarquable par sa faible minéralîsatiofl, était composée de 3 parties d'hydrogène pour 1 partie d oxygène n'est pas soutenable.

Guidé par l'action de l'électricité, que nous pourrions nommer artificielle^ nous avons cherché si les eaux minérales se formant par l'électricité naturelle^ ainsi qu'on l'admet gônv'ralement, l'air qui se dégage des sources n'était pas électrisé, ou mieux ozonisé. Pour résoudre en partie ce problème, nous avons exposé du papier ozonométrique à la surface des sources de Royat et de Néris, mais nous devons dire que l'es résultats ont été complètement négatifs; toujours le papier a conservé sa teinte blanche.

1. Jutier et I^fort. Etudes sur les eaux minérales et thermala de Plombières, Paris, 1862.

^8 EAUX MINERALEB

§ IV. -^ AetloB 4o l'air mar !•• eAQS minérales.

Toutes les eaux minérales exposées pendant quelque temps au contact de Tair voient leurs éléments se désunir en partie; de là, formation de composés insolubles et solubles de nature aussi variable que les eaux elles-mêmes. Les décompositions qu'elles éprouvent sont mécaniques et chimiques^ et ont toujours lieu dans le même moment.

Par suite de l'expansion du gaz carbonique ot de l'intervention de l'oxygène de l'air, les eaux bicarbonatées, en général^ commencent par précipiter une partie de leur fer et^ d'après M. Bouquet, de Tacide arsénique, du moins en ce qui concerne les eaux de Vicby, puis, et subsidiairement, des carbonates neutres de chaux et de magnésie, toujours mélangés d'une petite quantité de sulfate de chaux, de carbonate de magnésie, de phosphate de chaux, de la silice et même de la matière organique. Telle est à peu près la composition de beaucoup de travertins, qui, on le sait, ne se forment en abondance et rapidement que lorsque les eaux ont reçu le contact de l'air ambiant.

Les eaux sulfurées sont encore plus altérables à l'air que les précédentes, et l'altération est en raison du temps pendant lequel elles ont été abandonnées dans l'atmosphère, ensuite de la nature et de la quantité des matières qui les minéralisent.

La décomposition des eaux sulfurées est plutôt chimique que mécanique, et Toxygène en est la cause unique. Ainsi que l'a si bien montré M. Filhol, le mpnosulfure passe à l'état de polysulfure, puis d'hyposulflte, et plus tard de sulfite et de sulfate, c Une eau sulfureuse très- chaude et très-siliceuse, dit M. Filhol S exposée à l'air libre, perd si rapidement la presque totalité de son soufre sous la forme d'acide sulfhydrique, que l'air n'en oxyde que la minime partie. Le liquide qui a subi ainsi le contact de l'atmosphère est riche en sihcate de soude; il est, au contraire, presque entièrement désulfuré et ne renferme pas, comme on le croit généralement et comme on Ta si souvent écrit, une quantité notable d'hyposulfite de soude. »

U Filhol. Sauœ minéralét de» Pyrénées, 1853, p. 306.

PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DES EAUX MINÉRALES 2îd

M. Poggiale S au sujet de Taltération de Teau sulfurée d'Amélieles-Bains, a indiqué la théorie suivante : loreque les eaux ont reçu le contact de Tair, Tacide carbonique ambiant sature la soude du silicate de soude, et l'acide silicique, devenu libre, décompose le sulfure de sodium et transforme le soufre en une combinaison gazeuse. Ce chimiste s'appuie sur ce que Teau minérale à son point d'émergence est plus alcaline que sur les Keux d'emploi, c'est-à-^ire lorsqu'elle a reçu l'action de l'atmosphère, et il attribue cette plus grande alcalinité au carbonate neutre de soude qui s'est formé. Il est certain que l'analyse constate une proportion plus grande d'acide carbonique lorsque les eaux sulfurées ont été au contact de l'air qu'à leurs griffons.

Nous reviendrons, du reste, sur ce sujet en parlant de la conservation des eaux minérales sulfurées embouteillées.

Les eaux sulfatées et les eaux chlorurées sont celles qui s'altèrent le moins au contact de l'air ; cependant elles abandonnent presque tout l'acide carbonique existant à l'état de liberté, et comme quelques-unes sont également imprégnées d'acide sulfbydrique, ce gaz disparait en totalité avec le temps. L'altération si prompte des sulfates de protoxyde et de sesquioxyde de fer à l'air est mise à profit, à Passy, pour épurer l'eau minérale, c'est-à-dire pour lui enlever la plus grande partie de l'oxyde de fer qu*elle contient.

Nous aurions à parler ici de l'action de la chaleur sur les eaux minérales en général ; mais nous nous réservons de traiter ce sujet dans un paragraphe .'spécial sous le titre de ï échauffement artificiel des eaux minérales froides et tempérées.

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