ACTION DE LA CHALEUR SUR LES EAUX MINÉRALES
§ I*'. — ÉoluMifléiiient artlflolel des eau minérales froides
et tempérées.
Jusqu'ici nous avons raisonné dans Thypothëse que les eaux minérales thermales possédaient une température naturellement convenable pour leur emploi. Mais beaucoup d* entre elles sont ou trop, ou pas assez chaudes, pour être administrées en bains, en. douches, etc. C'est afin de les approprier à ces différents usages qu'on a imaginé de les échauffer artificiellement ou bien de les refroidir. Voyons d'abord les moyens de leur communiquer le calorique qui leur manque.
Le mode de caléfaction à appliquer aux eaux minérales froides ou tempérées est l'un de ceux qui doit le plus intéresser le chimiste et le médecin ; car du système qu'on emploie dépendent en partie les propriétés thérapeutiques. Pratiqué avec intelligence, réchaufiement n'a pas une influence très-grande sur la valeur thérapeutiqi^e de ces agents médicamenteux ; mais exécuté sans raisonnement, et le plus souvent en vue de l'économie, on peut décomposer les eaux minérales au point de ne plus les reconnaître.
Toutes les eaux minérales, froides et tempérées, appartenant aux quatre classes que nous avons fait connaître, ne peuvent être échauffées de la même manière, par la raison que leurs principes constituants ne jouissent pas tous de la môme stabilité. Si la plupart de celles rangées parmi les eaux chlorurées sodiques sont susceptibles d*ôtre amenées artificiellement et sans trop de perturbation dans la nature intime de leurs sels à une température supérieure à celle qu'elles possèdent lors-
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qu'elles sourdent du sol, 11 en est d'autres qui ne peuvent subir une élévation même de quelques degrés, au contact de Tair, sans se décomposer en partie. De ce nombre sont les eaux bicarbQuatées sodiques et calciques, et les eaux sulfurées à base de sulfure de sodium ou de calcium .
La chaleur artificielle dégage des eaux bicarbonatées une grande quantité d'acide carbonique ; il se produit des carbonnates de chaux et de magnésie et du sulfate de chaux qui se précipitent.
L'altération que subissent, par ce moyen, les eaux sulfurées est non moins profonde : sous l'influence d'une température même modérée, elles absorbent rapidement l'oxygène de l'air, elles dégagent de l'acide sulfhydrique en même temps qu'il se forme des hyposulfites , des sulfites et qu'elles déposent du
soufre.
On emploie pour échauffer les eaux minérales plusieurs moyens^ mais surtout les suivants :
On établit près des piscines ou des réservoirs d'eau minérale une ou plusieurs chaudières en cuivre ou en fonte que l'on remplit à l'aide d'un corps de pompe; puis on chauffé jusqu'à 50, 60, 80 et même 100 degrés centésimaux, suivant la température normale de l'eau, le degré de chaleur qu'on veut obtenir, et enfin l'importance de rétablissement. Cette eau minérale très-chaude SA rend par des conduits munis de robinets, dans les piscines ou les baignoires contenant l'eau minérale, telle qu'elle jaillit de son griffon. On amène ainsi cette dernière à un degré déterminé à l'avance.
Ce procédé est de tous le moins rationnel parce qu'ayant subi l'action d'une température élevée, la portion de l'eau minérale qui sert à réchauffer l'autre est entièrement décomposée : beaucoup de sels se sont précipités, aussi y trouve t-on à peine les principes qui rappellent la nature de l'eau.
Le second moyen se pratique en plaçant dans de très-grands réservoirs remplis d'eau minérale froide un serpentin en métal, dans lequel on fait circuler de la vapeur d'eau produite dans une chaudière disposée ad hoc. L'eau du réservoir est brassée à plusieurs reprises, et lorsqu'elle est à un degré de chaleur uniforme, on la distribue, à l'aide de conduits ou de robinets, dans les cabinets de bains ou de douches.
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i^ KAUX MINERALES
Nous allons indiquer, d'aprèd le docteur Miyet i, le moy^n le plus simple et le moins dispendieux pour élever U température des sources acidulés froides ou tempérées,
M. Nivet commence d'abord par faire afas^ver que Veau mi* nérale ne doit pas être chauffée au delà de 60^ centésimaux. A cette température, et en la coupant avec de Teau minérale ordinaire, suivant le d^gré que Ton veut obtenir, l'eau thermale possède toutes les propriétés quon est en droit d'en attendre.
L'appareil qu*il propose se compose :
l"* D'un générateur muni de soupapes de sûreté et de deux tuyaux en métal que l'on peut fermer à volonté à l'aide de deux robinets; le premier sert à réchauffer le liquide minéral; le second, à alimenter les bains de vapeur que Ton établit or« dinairement dans les thermes dont le matériel est bien entendu;
2* D*une vaste cuve en bois dur, exactement ferinée à ses extrémités, et ressemblant aux grands tonneaux désignés par les viticulteurs sous le nom de foudres. Cette cuve est remplie aux deux tiers ou aux trois quarts» aQn que les gaz accumulés au-dessus du liquide facilitent son écoulement; une soupape chargée d'un poids permet de modérer à volonté le degré de pression qu'il est nécessaire d*exercer.
3« Plusieurs tubes en fonte traversent la partie inférieure de la cuve, et la vapeur qui s'en échappe sert à réchauffer de Teau douce placée à part. Avec cette eau douce, on peut mitiger les bains quand les médecins le jugent nécessaire.
^ Des tubes séparés apportent aux baignoires l'eau minérale et l'eau douce échauffées et l'eau minérale naturelle; des robinets servent à régler la quantité de chacun des liquides qui doit couler pendant toute la durée du bain, afin que la température et l'activité de l'eau minérale soient toujours les mêmes.
Chimiquement parlant, et quels que soient les soins apportés dans la caléfaction des eaux minérales, toujours celles-ci sont sensiblement modifiées dans leur constitution et dans Içurs
1. Hirei. Btudêt tur ht eaux minéralet de f Auvergne et du Bourbonnais. Clermont, 1850, in-8*, p. 87.
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propriétés physiques. Les sels, ceUtn^est pas douteux^ ont subi des arrangements divers et bien différents de ceux qui existaient dans l'origine; ensuite» au lieu d'être généralement limpides, les eaux possèdent une teinte opaline tout à fait en rapport avec la stabililé de leurs principes constitutifs, et ces effets €m% lien principatement avec les eaux sulfurées, ainsi quïl est permis de le prévoir.
Voici pour ces dernières la disposition que MM. Leconte et de Puisaye proposent i. Afin de soustraire l'eau sulfurée d'Enghien au contact de Tair froid ou chaud, depuis le moment où elle sort du sein de la terre, jusqu'à celui où elle arrive dans les baignoires, MM. Leconte et de Puisaye ont pensé qu'il serait convenable de placer, à la surface de l'eau, un couvercle de bois présentant la forme de la source ou du trop-plein. Ce. couvercle muni de rebords de 6 & 8 centimètres et renversé dans Teau ferait l'office d'une cloche qui s'opposerait entière* ment à l'introduction de l'oxygène de l'air. On pourrait établir ces appareils non-seulement sur là source, mais encore dans les cuves servant de réservoir et dans celles qui servent au chauffage de Teâu. Voilà pour l'action de l'oxygène de Tair.
Maintenant, pour amener Teau minérale à . la température normale des bains, ces auteurs donnent le conseil, au lieu de Caire chauffer l'eau minérale elle-même, d'élever de Veau douce jusqu'à iOO® à peu près, puis de la faire parvenir par la partie inférieure dans l'eau sulfurée froide cont^iue dans la baignoire. Par ce moyen on diminue, il est vrai, la richesse de l'eau minérale de toute la quantité d'eau douce ajoutée, puisqu'il faut, d'après les expériences de MM. Leconte et de Puisaye, 166 centimètres cubes d'eau bouillante pour amener 500 centimètres cubes d'eau minérale froide à la température normale d'un bain, c'est-à-dire SS*", mais le principe sulfureux ne subit aucune altération.
1. Leconte et Puisaye. Des êàux d*Bnghien au point de vut chimique tt mi" dical. Paris, 1853.
MO SAUt MINERALES