CHAPITRE X
Le volume d'eau que les sources minérales déversent sur le sol dans un temps donné est très-variable parce qu'il dépend tout à la fois, de la nature et de l'altitude du terrain, de l'abondance souterraine et de la force ascensionnelle de la source, de la composition et surtout de la température de l'eau minérale.
On constate, d'une manière générale, que le débit des eaux minérales est plus grand dans les sources thermales que dans les sources tempérées, de même qu'il est plus abondant dans les sources tempérées que dans les sources froides.
On observe encore que le débit est plus fort dans les sources des terrains cristallisés que dans celles qui émergent des terrains sédimentaires.
Dans un même groupe de sources, plus la température est élevée, plus le débit est considérable, en voici un exemple que nous empruntons aux principales sources de Vichy.
Température Débit
Puits carré 43,60 141,050 litres.
Grande grille 4î,50 61,194 »
Hôpital 31,70 53,000 ^
Lucas 28,50 52,000 »
Célestins (Nouvelle source). 15,20 .. 3,916 à 4,200 »
Celte règle trouve, il est vrai, un nombre considérable d'exceptions; mais il ne faut pas oublier que les sources principales se sont très-souvent créé dans leur voisinage des griffons spéciaux, moins importants^ ayant des températures presque aussi élevées que les sources mères, et dont le débit est moindre.
Il semble à priori que rien ne paraît plus facile que le jaugeage d'une source, et cependant il est rare de rencontrer pour un groupe de griffons un jaugeage très-satisfaisant :
Pour pratiquer ce genre d'opération il est d'abord indispensable de connaître exactement la position de la source et la
hauteur de Torifice d'écoulement par un nivellement qui le rapporte à des points de repère ûxes. Il faut encore que la source et tous les niveaux d'eaux du voisinage soient restés depuis assez longtemps dans un même état pour qu'on soit certain d'avoir affaire à un débit régulier correspondant à un état de chose stable.
Lorsque Peau minérale â'écoule par un robinet à quelque hauteur au-dessus du sol, le jaugeage se détermine au griffon même au moyen d'un vase de capacité exactement déterminée et d'une montre à seconde ou, pour plus de précision, d'un compteur à seconde fractionnée dont les points de départ et d'arrêt sont faciles à régler.
D'après M. Jules François i, la capacité du vase doit être telle que le temps d'une opération ait au moins une durée de huit à dix secondes si le débit de la source est constant ; si, au contraire, la source est intermittente, le temps de l'opération doit comprendre un certain nombre d'intermittences. Dans ce cas, on se sert de bâches ou de réservoirs, de manière à pouvoir multiplier le nombre des temps morts compris dans une même opération.
Le vase jaugeur dont la contenance varie de 20 à 30 litres, consiste le plus souvent en une caisse quadrangulaire de bois ou de métal, dont le bord supérieur est parfaitement dressé, et qui repose sur des pieds à vis, pivots qui permettent de mettre la caisse à un niveau parfait. Cet appareil est muni de plusieurs cloisons transversales dites languettes de calme, qui empêchent l'agitation de l'eau pendant son arrivée : des lignes ou repères de niveau, tracées de distance en distance dans l'intérieur de la caisse, indiquent le temps de remplissage.
Si, après plusieurs expériences, on trouve que, dans l'espace d'une minute, la source fournit en moyenne 10, 20 ou 30 litres d'eau, on en conclut qu'elle débite 600,1,200 ou 1,800 litres par heure, ou bien 14,400, 28,800 ou 43,200 litres par vingtquatre heures.
Lorsque l'eau minérale s'écoule à fleur du sol, dans des rigoles souterraines, les vases de capacité connue ne peuvent plus servir, et on ne doit pas songer à relever le niveau des
1, Dictionnaire des eaux minéràleft et d'hi/drologie mMicale^ art. Jaugeage des eaux miiK^rales.
eaux pour en faire usage. Il faut alors obliger ces dernières, sans modifier leur niveau, soit h passer par un déver^ir de dimension déterminée, soit à s'écouler par des orifices en minces parois sous une charge d*eaa déterminée avec soin. Les travaux hydrauliques fournissent des formules qui permettent alors d'avoir une évaluation suffisamment approchée du débit, mais il est prudent de varier les conditions de Texpérienoe afin d'avoir plusieurs mesures qui se contrôlent les unes les autres. Du reste, quelque soit le genre d'opération qu'on mette en pratique, il est essentiel de répéter les expériences dont on prend la moyenne afin d'éviter les erreurs.
Mais souvent les sources s'écoulent dans des rigoles souterraines résultant fréquemment d'anciennes substnictiôns : ces canaux sont d'un accès difficile, et la température y est parfois tellement élevée que les observations déjà si délicates en plein air deviennent très*incommodes, sinon impossibles, et cependant il est essentiel de ne modifier en rien l'écoulement de l'eau afin d'être certain qu'on constate le débit de la source dans ses conditions habituelles.
Ces difficultés seront, par exemple, rencontrées pour le jaugeage des sources thermales de Plombières qui ont été Tobjet de travaux si remarquables de la part de M. l'ingénieur des mines Jutier.
Nous empruntons à un travail de M. Jutier * le moyen qti'il conseille et qu'il a mis en pratique à Plombières pour jauger le débit des sources dont le niveau sur le sol est déprimé.
Voici d'abord la description de l'appareil :
Une plaque en tôle rectangulaire de 0ffl,006 d'épaisseur porte en son milieu une échancrure de 0«,iOO de large sur 0*,1B0 de hauteur par laquelle s*opère le déversement; les bords intérieurs sont taillés en biseau : deux plaques de rechange peuvent être glissées dans cette ouverture de manière à réduire la largeur de l'ouverture à 0,400 et à 0,010 : on peut ainsi proportionner la section du déversoir au débit de la source et on diminue Terreur probable en augmentant la hauteur de charge sur le seuil.
Deux feuilles de tôle semblable sont disposées perpendicu-