CHAPITRE IX
§ I»*". — Gaptac« àem Bonrces mtnéraUs.
Toutes les eaux minérales ne tarderaient pas à subir dés modifications profondes dans leurs propriétés physiques et chimiques, si on ne prenait le soin de les isoler d'une manière
Zlù KAU^ MINKRAj^ES
complète des eaut: douces avoiainantes. Celte opération, la plas indispensable pour maintenir les eaux dans tout» leur intégrité, et à laquelle on a donné le nom iecaptagêf s'exécute ordinairement au moyen de murs de maçonnerie, enduits intérieurement de ciment, et qualquefbîs de morceaux de bois disposés en cercle. On conçoit que, dans le premier cas, les sources ceintes de toutes parts, e( à une grande profondeur, reçoivent difflcil^ment les eaux douces 3outerraines. Cependant, noua devons le dire, les ingëni§urs auxquels incombe cette t&che trouvent des difficultés si gran^QS que , pialgré leurs efforts, ils ne peuvent parfois empêcher une certaine portion d'eau douce d'y pénétrer, surtout si à côté se rencontrent d'autres sources minérales. Ainsi, il n*est pas rare de voir, comme nous l'avons déjà dit, une source située dans le voisinage d'une ou de plusieurs autres, augmenter ou diminuer de volume, suivant qu'on élève ou qu*on abaisse le niveau des autres en les vidant ou en les laissant se remplir : cela se comprend lorsqu'on sait que la plupart des sources d*une même station communiquent entre elles dans un certain rayon, par leurs canaux naturels.
Les captages en bois sont de tous les plus mauvais, en ce que les planches ou madriers employés à cet usage pourrissent assez rapidement, puis, en ce qu'il est moins facile de les cimenter. Nous devons toutefois faire une exception pour certains bois, qui, enfouis depuis des siècles dans le sol et en contact perpétuel avec les eaux, se sont conservés parfaitement intacts. A Neyrac (Ardèche), par exemple, les sources des Lépreux et des Bains ont été captées, par les Romains, avec du bois de chêne vert faisant corps avec la maçonnerie, et qui a parfaitement résisté à l'action de l'air et de l'eau.
Beaucoup de sources minérales froides n'ont pour captage qu'un tonneau enfoncé dans le sol à une profondeur de un mètre à un mëtt*e et demi. C'est là, à notre avis, une pratique déplorable qui mérite vivement d'attirer Tattention des hommes spéciaux. Isolées dans de pareilles conditions, les eaux n'ont jamais une composition et une température constantes, parce qu'elles sont les premières à subir les intempéries des saisons. Placées, comme presque toutes les autres, à la base ou sur le versant des montagnes et des vallées, elles reçoivent d'une
EXPLOITATION' DES EAUX MINERALRS i71
manière incessante les eaux ilouces qui coulept. au-dessous ou au- dessus de la surface dû sol, et cela en quantité d*aulant plus grande que les pluies sont plus fréquentes et abondantes*
S n. — Périmètre ds protsctfon.
Lorsque le captage des sources a été fait d'une manière régulière, et que les eaux minérales qui en sourdent ne sont pas incrustantes, leur durée est en quelque sorte illimitée : dans le cas contraire, Tart de Tingénieur intervient afin de rendre aux sources leur cours normal en créant de nouveaux griffons. C'est ainsi qu'on a vu souvent plusieurs sources de la station de Vichy, couler d'abord très-abondamment, puis diminuer peu à peu de volume, et ne revenir à leur débit ordinaire que lorsqu'on eût pratiqué de nouvelles ouvertures dans la roche.
Le captage des sources peut être encore très-défavorablement influencé par suite des travaux de terrassements entrepris dans leur voisinage : c'est dans ce but que le 14 juillet 1854, est intervenue une loi spéciale, dite de périmètre de protection^ par laquelle nul travail pouvant porter préjudice à une source minérale quelconque, déjà déclarée d'intérêt public, ne peut être entrepris sans l'avis de l'administration.
« Le périmètre de protection, dit M. Jules François <, se délimite autour des sources à protéger, comme on le fait pour les concessions de mines, par une série de lignes marquées, par des points fixes, par des cours d'eau et par des crêtes. Ces limites forment, dans leur ensemble, un polygone fermé qui doit représenter ce que quelques hydrologues ont appelé la zone thermale, c'est-à-dire l'étendue superficielle ou sous-sol de laquelle des travaux d'approfondissement souterrain (sondages, puits et galeries de mines) pourraient provoquer sur le régime normal des eaux une atteinte souvent irrémédiable. >
Ajoutons encore que le périmètre de protection varie selon la position des sources par rapport au terrain qui les avoisine dans un rayon déterminé; il est évident que cette loi bien ap-
1. Dietionnaire général dêt eauœ -minérales oa d'hyéirologie médicalej par MM. Durand Pardel, Lebret, Jules Lefort et aTec la coliaboration de M. Jules FraOQOtt. 1860, t. II, art. Périmètre de proieotion.
m kaU\ minérali<:s
pliquée peut être éminemment profitable à la conservation des sources.
§ m. — Am4iiag«meat des eavx BilAérales.
Par aménagement on entend l'ensemble des dispositions qui servent directement ou indirectement à utiUser les eaux près ou loin de leur point d'émergence.
Lorsque la disposition des lieux le permet, il y a avantage à administrer les eaux minérales aux sources mêmes. Elles ont à leur griffon une manière d'être que la chimie n'explique pas toujours, mais que la pratique médicale apprécie très-bien : c'est pourquoi les bains des piscines au fond desquelles jaillissent les eaux thermales sont préférés généralement aux bains de baignoires.
S IV. — GondnitM des eaiuL.
Comme la place que les eaux minérales et thermales occupent sur le sol n'est pas partout favorable à leur exploitation, on les amène d'un point à un autre à Taide de conduites et de tuyaux ou simplement de rigoles exposées à l'air libre en pierre, et en terre cuite, ou en fonte. Mais, pendant ce trajet^ elles sont susceptibles de subir quelques modifications que l'analyste doit connaître. Voyons d'abord les altérations des eaux minérales froides.
Pour celles-ci, les conduites en terre cuite, revêtues d'un ciment très-lisse à l'intérieur , ou bien émaillées , sont les seules convenables : les tuyaux en fonte ou en plomb ont l'inconvénient de céder aux eaux des traces de métal, et de les altérer plus profondément. Les eaux sulfurées, par exemple, abandonnent une partie de leur soufre et entraînent quelquefois des parcelles de sulfure de fer ou de plomb. Le ciment ou rémail doit être répandu très-uniformément; sans cela les eaux, pendant le mouvement imprimé à leurs molécules, déposent quelques sels peu stables. Les eaux bicarbonatées, très chargées de bicarbonates de fer et terreux, sont surtout dans ce cas : du carbonate neutre de chaux, des oxydes de fer et de manganèse se précipitent et forment des incrustations ayant la
plus grande ressemblance avec les dépôts spontanés qui se produisent au contact de l'air sur le sol.
L'agitation des eaux minérales à l'air a encore pour résultat de faire absorber Toxygène aux eaux sulfurées; il s'en précipite quelquefois du soufre, et en tous cas des composés oxygénés de ce métalloïde apparaissent (acides hyposulfureux et sulfureux), à mesure que l'acide sulfhydrique est détruit.
Afin d'éviter ces divers inconvénients, on a proposé tour à tour des conduites en verre épais et même en caoutchouc et en gutta-percha. Mais ces innovations, assez rationnelles en apparence, sont-elles applicables ? Nous ne le pensonspas. Les tubes en verre, sous l'inQuence des variations de température, né tarderaient pas à se briser. Quant aux tuyaux de caoutchouc et de gutta-percha, leur prix élevé, la facilité avec laquelle ils se déforment par les mouvements de terrain, et enfin leur altération dans un pareil milieu, ne permettraient pas de les utiliser avec avantage, et surtout avec économie.
Quelle est maintenant la distance qu'une eau minérale froide peut parcourir san;^ s'altérer?
En général, les eaux minérales, quelle que soit la longueur des conduites, abandonnent toujours quelques traces de leurs principes constituants à l'état insoluble, ou bien leurs éléments se trouvent dissociés d'une maniëre plus ou moins profonde, suivant la classe à laquelle elles appartiennent. Ainsi les eaux sulfurées et bicarbonatées s altérait plus vite que les eaux chlorurées et sulfatées.
Lorsque le trajet à parcourir est long, on doit surtout éviter que Teau ne circule avec de l'air atmosphérique. Pour cela, on choisit des conduites dont le diamètre est proportionné au débit de la source. N'ayant pas le contact de l'air, l'eau se trouve dans la même condition que si le point d'émergence était situé à l'extrémité du tuyau de conduite.
Pendant la circulation d'un point à un autre, toutes les eaux minérales voient leurs éléments se dissocier d'autant moins que Técoulement est plus fort et le débit des sources plus abondant. Ces observations sont trop faciles à comprendre pour que nous nous y arrêtions longtemps. Citons cependant les eaux de Saint- Allyre, qui, douées au plus haut degré de la propriété de se décomposer, peuvent circuler à l'air libre et dani5 des conduites
Lefout, \.' éditiuu. .18
en bois, mais satis un gros volume^ depuis la source jusque dans les canaux remplis de sable et de copeaux où s'opère la précitation de l'oxyde de fer, sans fournir d'incrustations. Celles-ci ne se produisent que lorsque le liquide est en couche mince et qu'il reçoit dans toutes ses parties le contact de Tair par TeiFet des chutes nombreuses qu'on lui fait subir.
Les eaux minérales froides, servant plus habituellement à la boisson, sont puisées le plus souvent à leurs griJDTons ; cependant on en connaît quelques-unes que l'on est obligé de faire circuler dans les canaux ; telle est celle de la source de Mesdames, située entre Gusset et Vichy, qui ne parcourt pas moins de deux à trois kilomètres pour arriver à cette dernière ville. Une analyse faite par M. 0. Henry a montré que Teau minérale avait perdu un peu de gaz carbonique, mais qu'en raison du grand excès de cet acide, de la basse température de Teau, et des soins que Ton avait apportés à son aménagement, les principes minéralisateurs n'avaient pas subi une modification importante.
£n France il n'existe pas de station thermale où l'on fosse parcourir aux eaux à employer en bains une distance aussi grande. Mais il en est autrement à l'étranger. Ainsi à Gastein (Autriche) on fait voyager dans des tuyaux jusqu'à Hof-Gastein (distance : 2 kilomètres), de l'eau thermale' que l'on regarde comme aussi active qu'à la source même. Il est vrai d'ajouter qu'elle contient à peine quelques centigrammes de carbonates de soude et de chaux par litre. L'eau de PfefFers, en Suisse, est conduite à Hof-Ragaz (distance : 1 kilomètre) , à l'aide de tuyaux en bois, mais comme la précédente elle est à peine minéralisée.
En admettant, pour un moment, que l'on soit obligé de conduire de plusieurs kilomètres^ à un établissement thermal, une eau minérale thermale et très-minéralisée, celle- ci subirait-elle un changement notable dans sa température et dans sa compo^ sition ?
Des expériences déjà anciennes ont montré que lorsque les conduits sont entourés de corps mauvais conducteurs du calorique, les eaux thermales perdent à peine un ou deux degrés de leur température pendant un trajet d'un jdlomëtre environ, et surtout si le débit de la source est très-abondant.
Mais il n'en est plus de même si Feau coule à Tétat de filet ; dans ce cas, elle peut arriver froide à destination, ou à peu près.
La classe à laquelle les eaux minérales appartiennent a une influence très-grande sur le trajet qu'on peut leur faire parcourir. Comme celles qui sont froides, les eaux chlorurées thermales abandonnent une partie du gaz libre qu'elles renferment presque toujours, mais leurs principes constitutifs et salins ne sont pas modifiés d'une manière sensible.
Les eaux bicarbonatées, au contraire, donnent lieu & des incrustations composées principalement de carbonate de chaux et d'oxyde de fer.
Les eaux sulfurées sont toujours les plus profondément al-térées pendant leur transport d'un lieu à un autre, à ce point qu'à une distance, même très-courte, la plus grande partie des sulfures disparaît ; du âoufre se dépose, tandis que des sulfites, des hyposulfites et même des sulfates prennent naissance. On a constaté que certaines d'entre elles à base de sulfure de calcium, ou bien très-pauvres en sulfure de sodium, sont décomposées presque en totalité pendant le temps qu'on les verse dans les baignoires.
Certaines eaux minérales thermales employées en bains et en douches ont d'abord besoin d'être élevées de leurs réservoirs par des pompes aspirantes et foulantes, puis de circuler dans des tuyaux pour leur distribution. On se sert pour cela de tubes de plomb d'un petit diamètre, dans lesquels l'eau, ne faisant qu'un séjour très-court en raison de la force d'aspiration et de pression qu'elle subit, n'est pas altérée. Lorsque les tuyaux sont anciens, ils se sont revêtus intérieurement d'une couche de carbonate et de sulfate de chaux qui s'oppose au contact du métal avec Teau, et partant, à la décomposition des principes minéralisateurs.
Dans beaucoup de stations thermales d'eau sulfurée, les baignoires reçoivent l'eau minérale par la partie inférieure : on a ainsi remarqué que les sulfures, étant moins exposés à l'action de l'oxygène de l'air, se trouvaient dans un plus grand état de pureté qu*en faisant tomber directement l'eau dans la baignoire par un robinet;
376 EAUX MINEHALES
§ V. — Bavettes des eanz minérales.
Nous venons de rappeler que la pratique médicale avait constaté,' depuis longtemps, que les eaux minérales ingérées à leurs sources, et par conséquent avec leurs propriétés physiques et chimiques natives, étaient plus facilement assimilées par les malades que les mêmes eaux transportées ; tel est le motif qui fait placer les buvettes sur les griffons mêmes ou, si les lieux ne le permettent pas, vers les points les plus rapprochés de l'émergence des sources.
Il arrive fréquemment que dans un groupe de sources, de température et de composition variables, on fasse servir, pour l'entretien des buvettes, les sources les plus minéralisées, mais souvent aussi on utilise de préférence les sources les plus froides : nous citerons, parmi ces dernières, les eaux ferrugineuses bicarbonatées comme étant plus gazeuses que les sources tempérées.
L'écoulement des eaux par les robinets des buvettes doit être autant que possible constant et réglé de manière qu'un verre de 200 à 300 cent, cubes puisse se remplir en 8 ou 10 secondes, en moyenne.
Il arrive souvent que les sources situées en plaine ne jouissent pas d'un pouvoir ascensionnel assez fort pour installer des buvettes; on remédie à cet inconvénient au moyen de pompes foulantes fonctionnant à tuyaux pleins.
Dans certains cas, tels qu'à Labassère, la médecine thermale trouve quelques avantages à administrer les eaux minérales à des températures un peu supérieures à celles qu'elles possèdent naturellement ; dans ce cas on les réchauffe par voie de serpentinage, à tuyau plein, afin que leur composition chimique n*en soit pas sensiblement modifiée.
Les robinets des buvettes sont le plus généralement en cuivre ou en cuivre étamé ; il serait à désirer qu'on ne se servit que de cuivre argenté que les eaux minérales n'attaquent pas aussi facilement que les précédents.