‹ Traité de chimie hydrologique comprenant des notions générales d'hydrologie et l'analyse chimique des eaux douces et des eaux minéralesChapitre 96 sur 299 · DES SOURCES · texte numérisé non relu

DES SOURCES

Puits de Tenclos des Céleslins,

— d'Hauterive

Source de Saint- Yorre

Puits de Mesdames..... ,

— de l'Abattoir «- Sainte-Marie { de Cusset....

— Elisabeth

Protoxyde

de fer à la source.

Protoxyde de fer après le transport.

Différence .

Quant à ce qui concerne l'acide carbonique, M. Bouquet a encore trouvé que toutes les eaux de Vichy et de Chateldon en avaient perdu, après le transport, une quantité assez considérable, et, chose digne de remarque, en proportion non toujours en rapport avec celle existant à l'état de liberté : citons quelques exemples.

La source du puits d'Hauterive, la plus gazeuse, puisqu'elle contient 2»^, 183 d'acide libre, en avait éliminé par le transport O»»-, 527, et la source de l'Hôpital qui renferme 4»% 067 en avait perdu Os»* 922. La source Lucas, qui contient seulement 0«f 751 de gaz libre, en avait perdu 18 pour 100, tandis que celle de l'enclos des Célestins, sursaturée de 1*', 750 de gaz, en avait à peine éliminé.

Les altérations des eaux minérales bicarbonatées calciques sont encore plus apparentes. Quelques jours suffisent déjà pour voir précipiter, outre de l'oxyde de fer hydraté, du carbonate de chaux mélangé à un peu de sulfate de chaux et de carbonate de magnésie, et cela en vertu de la même théorie que nous avons fait connaître plus haut.

Nous avons déjà dit que la première, modification que les eaux minérales subissaient par le transport provenait • du changement de leur calorique naturel. On a pensé qu'en les faisant chauffer légèrement, au bain-marie par exemple, on les ramenait dans leur état normal; mais nous sommes loin de

partager cet avis : non seulement elles ne jouissent pas des mêmes propriétés lorsqu'elles sont transportées, mais encore la chaleur artificielle a pour but de changer le mode de combinaison des acides et des bases. L'expérience nous montre tous les jours que l'action physiologique des eaux, en général, n'est pas comparable, comme nous Pavons dit plus haut, soit lorsqu'on les ingère au sortir de leurs griffons, ou qu'on les administre au loin et après les avoir conservées pendant quelque temps dans des vases bouchés.

Afin de remédier à l'élimination partielle de l'acide carbonique et pour maintenir plus longtemps les bicarbonates terreux à l'état soluble, quelques auteurs ont proposé, après le puisement des eaux dans les bouteilles, de les charger d'acide carbonique provenant de la source même. Chimiquement parlant, cette pratique peut offrir de bons résultats en ce qu'elle aide à leur conservation, mais pour que nous puissions la recommander d'une manière expresse, il faudrait que l'on eût entrepris quelques expériences tendant à prouver que, par cette opération, les eaux n'ont subi aucun changement appréciable ; or, jusqu'à ce jour, la science médicale est restée muette à cet égard.

§ III. — Sorsalfaratlon des eaux minérales snlfarées

embonteiliées.

Les eaux minérales sulfurées, mises à l'abri du contact de Pair, dans des vases, augmentent-elles de sulfuration ou perdent-elles tout ou partie de leur principe sulfuré? telle est la question que nous allons aborder avec des détails particuliers, parce qu'elle intéresse au plus haut degré l'usage des eaux sulfurées transportées, et qu'elle a été l'objet d'expériences spéciales de notre part ^

Nous savons déjà que les eaux douces imprégnées de sulfates terreux, comme le sulfate de chaux, et de matières organiques en quantité notable, ne tardaient pas à produire un principe sulfuré lorsqu'on les abandonnait pendant un certain temps

1. AwioXei de la Société d'hydrologie médicale de Paris, 1862-1863, t. IX, p. 306.

dans un vase dos, M qae cette réaction élait singulièrement favorisée par les rayons lumineux et solaires.

Il nous a semblé qu'en exposant à la lumière et au soleil des vases hermétiquement bouchés qui contenaient des eaux sulfurées soit sodiques, soit calciques, nous les placerions dans les meilleures conditions pour se sursulfurer comme les eaux précédentes, au moyen de leurs sulfates et des matières organiques qu'elles renferment naturellement.

Pour les eaux minérales sulfurées que Ton exporte toujours dans des vases de verre vert et qui, par conséquent, laissent parfaitement passer les rayons lumineux et solaires, le transvasement devenait inutile, d'autant plus que, pendant cette dernière opération , nous avions à redouter Tintroduction d'une certaine quantité d'air atmosphérique.

D'une autre part, comme le titre sulfureux d'une eaii minérale de cette classe peut n'être pas toujours le même dans les eaux puisées à différentes époques et conservées depuis quelque temps, nous avons eu le soin de n'opérer qu'avec des échantillons puisés dans le même moment et arrivés dans le même temps à Paris.

Ces eaux étaient exposées, pendant dix ou quinze jours au moins, les unes au contact des rayons lumineux et solaires des mois de mai et de juin, les autres dans un endroit tout à fait privé de lumière. Après ce temps, on les analysait au sulfuromètre, puis on les essayait par l'acétate de plomb, et enfin, on comparait leurs propriétés physiques. G* est ainsi qu'il nous a été très-facile d'apprécier si les eaux minérales sulfurées avaient perdu de leur principe sulfureux en séjournant à la lumière et au soleil, mais à l'abri du contact de Tatmosphère ambiante, ou si, au contraire, elles avaient gagné une nouvelle quantité de sulfure ou d'acide sulfhydrique par la décomposition des sulfates et de la matière organique propre aux eaux elles-mêmest

Eaux sulfursbs sodiqubs.

Afin d'avoir des résultats comparatifs, nous faisons porter nos recherches sur presque toutes les eaux minérales sulfurées sodiques que Ton exporte et que Ton conserve dans des vases de verre vert de capacité différente, telle^que les eaux de Baréges,

de Labassère, de Gautereis (source César) et de Bonnes. Nous plaçons deux échantillons de chacune de ces eaux , Tun dans un endroit très-sombre, l'autre dans un endroit qui reçoit directement le contact des rayons lumineux et solaires.

Eau db Bausobs.

1"^ expérience (pendant 12 jours).

Degrés sulfanmétriqnes.

Eau exposée à l'ombre 8,16 par litre.

Eau exposée k la lumière et au aoleil 8,00 —

2* expérience (pendant dix jours).

Eau exposée à l'ombre 8,20 —

Eau exposée à la lumière et au soleil 8,00 —

Par Tacétate de plomb, il ne nous est pas permis de découvrir de visu la plus légère différence dans le volume et dans la couleur du précipité que Ton obtient avec ces deux liquides placés cependant dans des conditions si diverses, et il en est de même de leurs propriétés physiques. On constate néanmoins par la liqueur titrée que les eaux qui ont reçu le contact de la lumière et du soleil ont perdu une très petite quantité de leur sulfure sodique t)u de leur acide sulfhydrique; mais elle est si peu importante que nous ne croyons pas devoir en tenir un compte bien rigoureux.

Eau MiNéRALB de Labassèrb.

1^* expérience (pendant quinze jours).

Degrés sulfarométriques.

Eau exposée à l'ombre 12,80' par litre.

Eau exposée à la lumière et au soleil 12,80 —

2« expérience (pendant douze jours).

Eau exposée à Tombre 13,4 —

Eau exposée à la lumière et au soleil 12,4 —

Ces échantillons, essayés par l'acétate de plomb, ont fourni des précipités d une teinte brune constamment la même, et les propriétés physiques des eaux n'avaient pas subi de modifications, du moins apparentes.

ÎÔ8 KAUX MINERALES

Eau mikérale db Cautbrbts (source César).

Expérience (pendant dix jours).

Degrés salfurométriqoes.

Eau exposée à l'ombre. à,^ par litre.

Eau exposée à la luIni^^e et au soleil 4,8 —

Même observation que ci-dessus en ce qui concerne les propriétés physiques et chimiques de cette eau, qui, ainsi que celle de Labassère, n'a subi aucune modification de la part des rayons lumineux et solaires.

Eau minérale de Bonnes.

lr« expérience (pendant quinze jours).

Degrés sulfuTométriqaes.

Eau exposée à l'ombre 6,8 par litre.

Eau exposée à la lumière et au soleil 6,0 —

2« rarpérience (pendant douze jours).

Eau exposée à l'ombre 5,2 —

Eau exposée à la lumière et au soleil 5,1 —

Il résulte donc de ces diverses expériences que les eaux minérales sulfurées sodiques ne subissent aucune décomposition appréciable ou que des altérations peu importantes, de la part des rayons lumineux et solaires. Voyons maintenant si les eaux sulfurées calciques se comportent de la môme manière.

Eaux sulfurées calciques.

Pendant douze jours nous abandonnons, dans un endroit très- sombre, une bouteille d'eau minérale d'Enghien, telle qu'on la trouve dans le commerce des eaux minérales à Paris : une seconde bouteille est exposée pendant le même temps à l'action combinée de la lumière et du soleil.

Nous remarquons que l'échantillon qui reçoit le contact de la lumière se trouble au bout de quelques jours, tandis que la seconde bouteille, placée à l'ombre, reste parfaitement transparente.

A la fin de l'expérience, Teau de la première bouteille est analysée et, à noire étonnement, nous ne trouvons plus trace du principe qui la caractérisait ; ainsi, elle n*a plus d'odeur et de saveur sulfhydrique, et l'acétate de plomb la précipite abondamment en blanc.

Au contraire, Teau exposée à l'ombre possède une odeur et une saveur très-fortes d'acide sulfhydrique et précipite en brun foncé par l'acétate de plomb.

Nous réitérons cette expérience, et nous observons encore que l'eau minérale qui a été mise à l'ombre a conservé toutes ses propriétés physiques et chimiques, tandis que le second échantillon qui a reçu l'action de la lumière et du soleil s^est très-notablement troublé et a complètement perdu son principe sulfureux.

Ainsi, ces recherches démontrent de la manière la plus évidente que les eaux minérales sulfurées calciques, du moins si on prend ici comme type celle d'Enghien, exposées aux rayons lumineux et solaires et à l'abri du contact de Tair, perdent peu à peu leur principe sulfureux au point que l'on ne puisse plus reconnaître l'élément essentiel qui servait dans l'origine à les caractériser.

Tout le monde sait que si, dans les eaux sulfurées sodiques, le principe sulfureux existe à l'état de monosulfure de sodium avec des traces seulement d'acide sulfhydrique, au contraire, on admet que dans les eaux sulfurées calciques, la plus grande partie sinon la totalité du principe sulfureux, consiste en acide sulfhydrique.

Cette différence dans la constitution de ces eaux minérales nous a fait supposer à priori que les rayons lumineux et solaires n'avaient pas d*action sur les solutions étendues de monosulfure de sodium et décomposaient, au contraire, en ses éléments l'acide sulfhydrique ; mais disons tout de suite que les expériences ne sont pas venues confirmer cette manière de voir.

Au lieu d'eaux minérales sulfurées, nous avons fait avec l'eau distillée bouillie [des solutions contenant des proportions variables mais faibles de monosulfure de sodium, d'une part, et d'acide sulfhydrique, d'une autre part, et les liquides ont été abandonnés comme les eaux minérales naturelles à l'ombre et à l'action des rayons lumineux et solaires ; mais jamais il ne

nous a été permis de rencontrer une différence appréciable dans le degré sulfurométrique de toutes ces solutions.

£n présence de résultats aussi concluants on est en droit de se demander maintenant ce que devient, dans les eaux sulfu-» rées calcîques soumises aux rayons lumineux et solaires, soit le sulfure de calcium, si on y admet ce sel, soit Tacide suifhydrique. Ici nous ne pouvons que faire une hypothèse, que ;ious ne présentons qu*avec la plus grande réserve.

Nous avons dit que les eaux d'Enghien, après leur exposition à la lumière et au soleil, devenaient très-légèrement louches ; le précipité qui se forme dans cette circonstance est tellement miAime que nous n'avons pu le retirer pour en faire Texamen. Nous avons cependant quelque lieu de croire qu'il consiste en soufre. Ainsi, sous Tinfluence des agents physiques que nous venons de nommer, Tacide sulfhydrique des eaux d'Enghien serait donc susceptible de se dissocier en ses deux éléments, c'est-à-dire en soufre qui se précipite et en hydrogène qui reste en solution dans l'eau.

Ces recherches ont eu pour principal but de démontrer que les eaux minérales sulfurées ne peuvent acquérir des degrés supérieurs de sulfuration lorsqu'on les conserve pendant un certain temps dans des vases bouchés hermétiquement ; et cela par la réaction toute spontanée de la matière organique sur les sulfates de ces eaux. Dans l'eau sulfurée d'Enghien, par exemple, nous trouvons réunies toutes les conditions les plus favorables pour que ce genre de réaction s'opère : quantité très- appréciable de matière organique ; quantité pondérable de sulfates alcalins et terreux ; exposition à une température ambiante assez élevée pour favoriser la réduction des sulfates, et cependant, au lieu de la formation d'une plus grande proportion d'acide sulfhydrique ou de sulfure de calcium, nous voyons, au contraire, la totalité de celui qui y était contenu naturellement disparaître tout à fait.

La manière tout à fait différente dont se comportent les eaux sulfurées sodiques et les eaux sulfurées calciques lorsqu'on les soumet comparativement à l'action des rayons lumineux et solaires est une nouvelle preuve de la fixité des premières, fixité qui trace une nouvelle ligne de démarcation entre les unes et les autres.

Ck>mme c'est surtout dans les eaux minérales bicarbonatées, sulfatées et chlorurées que l'on a reconnu quelquefois la formation d'un principe sulfureux, nous croyons que si, dans quelques échantillons d'eaux sulfurées sodiques transportées loin des sources, on a cru admettre sans preuves bien concluantes, il est vrai, une proportion un peu plus élevée de monosulfure de sodium que dans les mômes eaux prises aux griffons, on doit en attribuer la cause unique au rinçage insuffisant ou incomplet de vases servant à les conserver.

Tous les auteurs ont signalé l'importance que peut avoir un simple fétu de paille, un bouchon de liège ayant antérieurement servi à boucher du vin, pour altérer complètement, au bout de quelque temps, la meilleure eau minérale transportée au loin, de manière à en faire une véritable eau sulfurée.

Nous ne croyons donc pas, contrairement à ce qu'on supposait jusqu'à ce jour, que la matière organique naturelle des eaux minérales soit capable de produire le même résultat que les débris de substances végétales qui peuvent rester fixés dans rintérieur des bouteilles, si celles-ci n*ont été l'objet que d'un rinçage insuffisant. S'il en était autrement, toutes les eaux minérales non sulfurées, dont quelques-unes sont très-riches en matières organiques et en sulfates alcalins, comme les eaux thermales de Plombières, conservées depuis un certain temps dans des vases hermétiquement bouchés, contiendraient constamment de Vacide sulfhydrique ou un sulfure; or, c'est ce que l'expérience ne confirme pas.

Quelques expérimentateurs voient la production artificielle d'un principe sulfureux toutes les fois qu'une eau absorbe plus d'iode qu'au moment où elle jaillit du sol : ainsi, pour eux, il y a eu augmentation du principe sulfureux : 1'^ dans Teau de la source du petit Saint-Sauveur, à Cauterets, parce que d'après Buron père, cette eau, chauffée à la température normale d'un bain chaud, a accusé par le sulfuromètre 0«%149 de sulfure de sodium au lieu de 0^',099 qu'elle indiquait à la source. S*» L'eau de la source César, à Cauterets, serait, d'après ces auteurs, dans le môme cas, parce que Réveil a observé que cette eau, qui marquait à son griffon 82 degrés sulfurométriques, prise ensuite au robinet d'écoulement et transportée dans un seauj à Cauterets, marquait 84 degrés. \i^ Enfin, les eaux des sources

du Clôt et de TEsquirette aux Eaux-Chaudes, récfaauflêes artificiellement de quelques degrés seulement et qui ont marqué des degrés un peu supérieurs qu'avant cette opération, deviendraient, comme les précédentes, plus riches en principes sulfureux, et cela parce qu'elles seraient encore sous l'influence d'une véritable continuation du travail de minéralisation qui s'opère dans l'intérieur de la terre.

Nous avons combattu cette hypothèse S parce qu'elle est en opposition la plus formelle avec tout ce que nous enseignent les réactions de la chimie, et il est à regretter que les auteurs qui l'ont soutenue n'aient pas compris que leurs résultats étaient subordonnés à l'exactitude du procédé analytique qu'ils ont employé dans cette circonstance.

Tous ces faits nous ont amené à dire que dans les eaux minérales sulfurées sodiques, la matière organique et les sulfates terreux étaient sans doute dans un trop grand état de dilution pour produire des sulfures lorsque ces eaux étaient embouteillées. D'autre part, si les eaux sulfurées augmentent de sulfuration, c'est lorsque les sources sont mal captées ou qu'elles reçoivent des matières organiques différentes de celles des eaux elles-mêmes. Dans tous les cas nous pensons que lesulfuromètre est un moyen impuissant à faire connaître si une eau s'est sursulfurée, parce que les résultats qu'il indique ne peuvent être comparés avec ceux qu'il donne avec les eaux tellesqu'elles jaillissent du sol.

Page 1