EAUX -MINÉRALES PULVÉRISÉES, ETC
Depuis longtemps on avait cherché à restituer aux vapeurs aqueuses et minérales tous les sels et ,les matières organiques que les eaux abandonnent par leur dissémination dans Tair. Ainsi, à Lamotte-les-Bains, on avait établi un, appareil spécial qui versait avec force de Teau minérale sur- les murs des étuves. Celle-ci se divisait à Tinfini et entourait comme d'un brouillard épais les malades, qui se trouvaient ainsi soumis, comme dans un bain ordinaire, à Faction directe de l'eau minérale elle-même.
Le principe une fois posé, il ne s'agissait plus que de l'appliquer de la manière la plus favorable et pour le bien-être des malades et pour la conservation de l'eau minérale; c'est ce qui se trouve réalisé dans la méthode respiratoire que M. le docteur Sales-Girons a fait établir à Pierrefonds-les-Bains (Seineet-Oise), méthode desservie par l'appareil de l'invenlion de M. de riubé.
L'appareil en question a pour efTet de faire passer l'eau sulfurée de cette station à l'état de poudre, ou mieux de globules, tout en lui conservant la nature et la quantité des principes qui la minéralisent. Voici par quel moyen MM. Sales-Girons et de Flubé sont arrivés à ce résultat.
Une pompe aspirante et foulante à forte pression, dont le levier est mû par le bras d'un homme de peine, puise, par le côté aspirant, l'eau minérale d'une source. Le côté foulant est muni d'un tube replié sur lui-même en forme de serpentin, et qui plonge dans un bain-marie. Celui-ci est échauffé de manière à élever l'eau minérale qui traverse rapidement le serpentin jusqu'à la température de 35° environ. En sortant du bain-marie, le tube se prolonge jusque dans une pièce spéciale; là, il relie l'appareil pulvérisateur, établi à la manière d'un guéridon et autour duquel viennent se placer les malades.
L'appareil de MM. Sales-Girons et de Flubé se compose en allant de bas en hautj !• d'un pas de vis qui sert à relier le tube qui conduit l'eau minérale, poussée de bas en haut par la pompe, 2"" d'un robinet situé au-dessus qui, étant ouvert, permet à l'eau de monter, 3" d'un cône en métal où se trouvent quatre petits trous ou canaux capillaires, par lesquels l'eau s'échappe au dehors, 4° de quatre disques résistants maintenus par des supports, et sur lesquels viennent se briser avec
une force extrême les filets d'eau qui émanent des orifices capillaires.
Voici alors ce qui se passe : Teau minérale , poussée avec une pression estimée en moyenne à cinq atmosphères, de bas en haut, jaillit des trous filiformes avec violence, sous Taspect de jets de liquide nbn interrompus. Les filets d'eau rencontrant, à 6 ou 7 centimètres et sous un angle variable, les disques métalliques résistants contre lesquels ils se brisent, se divisent à l'infini. L'eau sulfurée se répand dans l'atmosphère environnante sous la forme d'un brouillard, en conservant tous ses principes minéralisateurs à.peu près intacts. Dans ce genre de médication, les malades jouissent donc du bénéfice et des gaz et des matières salines dissoutes dans l'eau.
On a adressé à la pulvérisation des eaux minérales certains reproches que nous devons faire connaître.
Le premier consiste dans rabaissement de température que subissent les eaux thermales, lorsque les appareils les divisent à Finfini.
Tout le monde sait, en efiet, que quelle que soit la température de deux corps mis en présence, ils émettent constamment du calorique dans toutes les directions; or, toutes les fois que l'on introduit dans un appareil pulvérisateur de l'eau à une température plus élevée que celle de l'air ambiant, elle doit se refi*oidir en sortant de l'appareil; de même que si Teau est froide, elle doit se réchauffer par la. pulvérisation. C'est ainsi que M. de Piétra Santa a vu de TEau-Bonnes marquant 31*, baisser jusqu'à 18*> par le fait de l'abandon de son calorique à l'air, et ne pénétrer dans Tintérieur du corps qu'avec une température de il^ cent, en moyenne i. M. Poggiale ^ a également constaté que de l'eau ordinaire qui accusait avant la pulvérisation 49«, et la température de la chambre étant de 16% celle de l'eau pulvérisée oscillait entre 12 et 16 degrés ; enfin ce chimiste a pris de l'eau marquant S^ 1 et, après sa pulvérisation, elle accusait 13 degrés à 30 centimètres de distance, puis 12 degrés à 10 centimètres.
1. De Pietra Saoia. Note sur la pulvérisation de» Eatkx 'Bonnet, Bulletin de l'Académie du médecine, 1861-1862, t. XXVII, p. 271.
2, Poggiale, Rapport gur la pulvérisation des ea\ix minérales. Bulletin de l'Académie de médecine, 1861-1862, t. XXVH, p. 284.
lit-:
S-è'ÏÏ^m^'jài^i d'un coUooteur
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de la pousidôre qui Ta oondoit dans la bouche : le bain marie D qui entoure le corps de pompe, a pour objet de recevoir de Teau plus ou moins chaude, selon que Ton veut recevoir la poussière liquide plus ou moins élevée en température dans les voies respiratoires.
M. le docteur Sales-Girons, comme du reste M. Jamin et nousmôme, pense que Teau réduite en poudre à Pierrefondsnépeut pas être confondue avec l'eau en vapeur, et qu'elle doit être regardée comme de Teau très-divisée ou fragmentaire; mais rien ne s'oppose, il nous semble, à ce qu'on la range parmi' l'eau vésiculaire ou mieux globulaire. Il est en effet difficile d'admettre que l'eau minérale projetée dans Vespace avec autant de violence et en raison de Télasticité de ses molécules, ne subisse pas un mouvement de rotation depuis le moment où elle a reçu le choc des lentilles jusqu'à celui où elle se dépose sur les objets qu'elle rencontre. Toute la différence avec l'eau vésiculaire des brouillards consiste dans le volume des vésicules, qui sont plus grosses dans le premier que dans le second cas. Bien plus, M. Sales-Girons a parfaitement démontré que l'eau poudroyée était à l'état de globules puisqu'il a vu une toile d'araignée exposée dans l'atmosphère aqueuse s'y recouvrir d'une rangée de perles, absolument comme si elle était tendue sur les herbes dans une matinée brumeuse d'hiver.
Quoi qu il en soit, à l'état fragmentaire ou à l'état vésiculaire, il n'est pas moins vrai que l'eau poudroyée est vraiment digne d'attirer l'attention des thérapeutistes et des chimistes.
Mais une autre question non moins importante au point de vue chimique, se pose d'elle-même : dans quelles limites s'opère la décomposition des eaux minérales pendant leur division h l'infini et au contact de l'air?
Si la pulvérisation de certaines eaux, telles que celles qui appartiennent aux classes des bicarbonatées, des chlorurées et des sulfatées, ne modifie pas d'une manière sensible leur composition, on ne saurait en dire de même des eaux sulfurées parce que l'acide sulfhydrique et les sulfures alcalins ou terreux s'oxydent plus ou moins rapidement à Tair en donnant sans doute naissance à des hyposulfites, à des sulfites et même à des sulfates.
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Il semble résulter de là que plus tine eau sulfurée est stable^ mieux elle résiste aux effets de la pulvérisation.
En effet, Réveil qui a étudié comparativement la décomposition des eaux sulfurées calciques et sodiqùes pendant leur pulvérisation, a montré que les eaux sulfurées calciques ou sulfhydriquées perdaient considérablement de leur principe sulfureux , tandis que les eaux sulfurées sodiqùes, telles que, celles de la chaîne des Pyrénées, abandonnaient à peine 2 à 3 pour cent de leur principe sulfureux.
Les expériences de Réveil ont été confirmées par M. Poggiale: ainsi, ce dernier chimiste a trouvé que Teau d'Enghien, et probablement toutes les eaux qui contiennent de Tacide sulfhydri* que, perdaient, en moyenne, 60 pour 100 de ce principe sulfureux, et que les eaux qui renferment du sulfure de sodium, comme celles de Barèges, de Cauterets et de Labassère, n'étaient pas ou peu altérées.
Ajoutons encore que Réveil a trouvé à l'eau des Espagnols, à Cauterets , un degré suif urométrique plus considérable avant la pulvérisation qu'après, ce qu'il explique , soit par une concentration du liquide pendant la division de l'eau, soit par le mode d'analyse employé pour constater ce résultat. On voit* par ces dernières observations que les eaux sulfurées sodiqùes réduites à l'état fragmentaire ou vésiculaire par des appareils bien appropriés constituent encore des agents médicamenteux d'une certaine valeur.