CARBONATES DE MERCURE
1067. Carbonate mercureux CO'(Hg"). — C’est un précipité jaunâtre qu’on obtient en versant une solution d’azotate mercureux dans une solution de bicarbonate alcalin; avec les carbonates neutres, il se précipite un sel basique. Il est très instable et complètement décomposé en acide carbonique, oxyde mercurique et mercure par l’action de l’eau chaude.
Carbonate mercurique. — Le sous-carbonate CO^Hg.2HgO ou
CO
Hg-0
Hg est un précipité rouge brun qui se forme lors-
Hg-0
qu’on ajoute un sel mercurique à un bicarbonate alcalin. Les carbonates alcalins neutres conduisent au sel plus basique
Hg-0-%
SULFURE DE MERCURE
1068. Le sulfure mercureux ne paraît pas exister. Le sulfure mercurique HgS est rouge ou noir; le sulfure noir est amorphe et donne le sulfure rouge par sublimation. Quant au sulfure rouge, il est cristallin et il porte le nom de cinabre quand il est en masses compactes; celui de vermillon quand il est divisé.
Le cinabre se rencontre dans la nature soit en masses compactes, soit en cristaux rouges dérivés d’un rhomboèdre de 71° 48'. C’est le principal minerai de mercure. Le sulfure noir naturel se rencontre aussi en Californie.
1069. Préparation du cinabre et du vermillon. — Le
cinabre se forme par voie sèche par simple trituration du mercure avec le soufre, dans ce cas c’est du sulfure noir [éthiops minéral) qui se forme et qui fournit ensuite le cinabre par distillation. La combinaison des deux éléments a lieu avec incandescence à la température de fusion du soufre. Le sulfure de mercure se forme encore lorsqu’on distille l’oxyde, le sulfate de mercure ou le mercure lui-même avec du soufre.
MERCURE
Le procédé hollandais consiste à ajouter 170 parties de mercure à 50 parties de soufre fondu dans une bassine en fonte; on couh* le produit sur une plaque de fonte puis on le concasse et on l’introduit dans des pots en grès que l’on chauffe au bain de sable. Quand l’excès du soufre s’est volatilisé, on chauffe plus fort et on recouvre les pots avec des plaques de fonte sur lesquelles se condense le cinabre.
A Idria la combinaison s^effectue à froid dans des barillets tournant sur un axe horizontal, dans lesquels on introduit 8 parties de soufre et 42 parties de mercure. Il se produit une poudre brune qu’on distille dans des cornues verticales en fonte communiquant par des allonges avec des récipients. Le cinabre le plus pur est celui qui se condense dans le chapiteau. Il est purifié par trituration avec de l’eau et de la potasse, puis lavé à l’eau et séché.
Pour préparer le vermillon, on se fonde sur ce fait que le sulfure noir précipité ou l’éthiops minéral sont convertis en sulfure rouge lorsqu’on les fait digérer avec des sulfures alcalins.
On fait digérer l’éthiops minéral (obtenu avec 100 parties de mercure et 38 parties de fleur de soufre) avec 25 parties de potasse et 150 parties d’eau; on les triture d’abord à froid, puis de temps en temps à la température de 45°. Quand le produit a pris une teinte écarlate on décante le liquide et on lave le dépôt (Brunner).
On peut aussi triturer le mercure avec du polysulfure de potassium. Pour cela on agite pendant plusieurs heures 5 kilogrammes de mercure et 2 kilogrammes de soufre avec 4*“, 5 de solution concentrée de pentasulfure alcalin, dans des flacons bouchés et chauffés au bain-marie (Firmenich).
On obtient encore du vermillon en traitant les composés de mercure par les hyposulfites dans des conditions convenables. On chauffe par exemple le précipité blanc ou chloramidure de mercure avec une solution d’hyposulfite de sodium à 70 ou 80°.
Le cinabre et le vermillon sont quelquefois falsifiés par du minium ou du colcothar. On reconnaît facilement sa pureté, car il doit se sublimer sans résidu.
Propriétés. — Le cinabre artificiel est en masses fibreuses de 8,1 de densité, il est d’un rouge brun brillant et donne une poudre écarlate. Chauffé, il brunit et devient noir au delà de 250°; il ne reprend sa couleur rouge que par la sublimation. Sa densité de
SULFURE DE MERCURE
vapeur, qui devrait être de 115,90, n’est que de 78,0(Mitsclierlich) ; cette anomalie s’explique par une dissociation partielle de la molécule en mercure et en soufre.
Grillé à l’air, le sulfure de mercure donne des vapeurs de mercure et du gaz sulfureux. L’acide sulfurique concentré dissout à chaud le sulfure de mercure avec dégagement d’anhydride sulfureux et production de sulfate de mercure. L’acide azotique est sans action, même à l’ébullition, mais l’eau régale l’attaque facilement en mettant le soufre en liberté. L’acide iodhydrique le dissout à froid quand il est concentré; à chaud quand il est étendu, avec dégagement d’hydrogène sulfuré (Kekulé). Le cuivre précipité décompose le sulfure de mercure.
Le sulfure de mercure, insoluble dans la soude et dans le sulfure de sodium, se dissout dans un mélange des deux; l’addition d’eau à la solution en précipite du sulfure noir. Cette même solution attire l’acide carbonique de l’air et abandonne d’abord du sulfure noir, puis des cristaux rouge hyacinthe de cinabre (Mébu).
Le vermillon est employé comme couleur, et son usage doit être ancien, car H. Davy l’a rencontré dans des peintures murales antiques.
Sulfure noir. — On a vu qu’il se forme par l’union directe. Il se produit lorsqu’on traite les sels mercuriques par l’hydrogène sulfuré en excès ou par les sulfures alcalins. Les sels mercureux donnent dans ce cas un mélange de sulfure HgS et de mercure.
1070. Combinaisons du sulfure mercurique. — Lorsqu’on précipite un sel mercurique par l’hydrogène sulfuré on n’obtient jamais (si ce n’est dans le cas du cyanure) immédiatement du sulfure mercurique, mais des combinaisons incolores ou jaunes de sulfure avec le sel en excès, combinaisons qui correspondent aux sels basiques de mercure. Les principales de ces combinaisons sont les suivantes :
^ulfochlorure HgCR2HgS ou
Azotate thiobasique ... Hg(AzO^)2.2HgS ou
Sulfate tliiobasique. .. . HgS0^.2HgS ou Hg^^
— Hg
Le siilfo chlorure est blanc : chauffé après dessiccation, il se su-
MERCURE
blime en petite quantité sans altération, mais la majeure partie se fléilouble en sulfure et chlorure qui se subliment isolément, le dernier dans les parties les plus froides de l’appareil.
\a azotate thiobasiqae est décomposé parla chaleur.
Le sulfate sulfuré est une poudre blanche.
On obtient un autre sel sulfuré, renfermant 311gS lorsqu’on ajoute de l’azotate mercureux à une solution d’acide tétratbionique. Il se forme un précipité jaune, mélange de soufre avec le sulfate sulfuré formé aux dépens du tétratliionate mercureux (Spring) :
2S '<0q?Ig2) = SO^Hg.SHgS + 2SQ2 + S^.
Sulfure de mercure et de potassium. — En ajoutant de la potasse caustique à du sulfure de mercure obtenu en précipitant le chlorure mercurique par le sulfure ammonique, on obtient une solution incolore qui, par la concentration, donne des cristaux de chlorure de potassium puis un magma d’aiguilles soyeuses du sulfure double Hg-S.K^S -)- 5IPO ou + 6ILO (Brunner, R. Weber). Avec la soude, on obtient des cristaux contenant 8 molécules d’eau. Ces combinaisons sont détruites par l’eau pure.
AZOTURE DE MERCURE. — Az^Hg».
1071. On l’obtient en saturant l’oxyde de mercure précipité et desséché de gaz ammoniac sec, d’abord à froid, puis à 130“ au bain d’huile, aussi longtemps qu’il se dégage de la vapeur d’eau.
3HgO -H 2AzH* = SH^O -1- Az^HgS.
On lave le produit avec de l’acide azotique étendu pour le priver d’un peu d’oxyde de mercure.
C’est une poudre d’un brun foncé, détonant avec violence par le choc ou le frottement ou par la chaleur. L’acide sulfurique le décompose violemment. L’acide azotique le transforme en azotate double ammoniacal. Les alcalis le décomposent en dégageant de l’ammoniaque.
COMBINAISONS AMMONIACALES DU MERCURE
1072. Toutes les combinaisons du mercure, ou à peu près, peuvent fixer l’ammoniac, soit à sec, soit en dissolution, en donnant une grande variété de combinaisons, quelquefois très stables.
COMBINAISONS AMMONIACALES DU MERCURE
On les a longtemps envisagées comme des produits d’addition. Mais les relations que l’on observe entre beaucoup d’entre elles avaient déjà porté Kane à les rapporter à l’ammoniaque dans laquelle 2 atomes d’iiydrogënc sont remplacés par du mercure, tandis que la substitution est totale dans l’azoture de mercure. Plus tard M. Hofmann, appliquant aux dérivés ammoniaco-métalliques la théorie de rammonium, fit dériver les combinaisons ammoniacales du mercure de une ou plusieurs molécules d’ammonium. Cette interprétation n’est qu’une extension de celle de Kane et permet de réunir les différents composés en question en plusieurs groupes principaux :