‹ Traité de chimie minérale et organique (volume 2)Chapitre 209 sur 359 · COMPOSÉS HALOGÉNÉS DU CHROME · texte numérisé non relu

COMPOSÉS HALOGÉNÉS DU CHROME

1196. Fluorures. — On ne connaît que le fluorure chromique, obtenu en dissolvant l’oxyde précipité dans l’acide fluorhydrique et évaporant la solution. C’est une masse cristalline verte, fusible et se sublimant au rouge en octaèdres réguliers (Deville).

1197. Chlorure chromeux CrCP. — Il se forme par l’action de l’acide chlorhydrique, gazeux ou en dissolution, sur le chrome métallique, ainsi que par l’action de l’hydrogène à une température modérée sur le chlorure chromique ; une température trop élevée détermine une réduction complète. Anhydre, il est en cristaux soyeux blancs, solubles dans l’eau. La solution est bleue, extrêmement oxydable et douée de propriétés réductrices énergiques : ainsi, versée dans une solution de chlorure stanneux, elle produit un précipité d’étain métallique. On obtient aisément cette solution par l’action du zinc sur le chlorure chromique.

Versée dans une solution d’acétate de sodium, la solution de chlorure chromeux produit un précipité cristallin rouge d’acétate chromeux insoluble dans l’eau, soluble dans l’acide chlorhydrique, extrêmement altérable à l’air.

1198. Chlorure chromique Cr^CP. — On prépare le chlorure anhydre en faisant agir le chlore sec sur un mélange intime, porté au rouge dans un tube de porcelaine, d’oxyde de chrome et de charbon; ce mélange s’obtient en faisant une pâte avec l’oxyde, du noir de fumée et de l’huile, pâte qu’on travaille en boulettes et qu’on calcine dans un creuset.

Le chlorure chromique anhydre cristallise en lamelles onctueuses, couleur fleur de pêcher, de 3,03 de densité. On peut le sublimer dans un courant de chlore ; chauffé à l’air, il se transforme en oxyde, avec perte de chlore. Il ne se dissout qu'avec une grande lenteur dans l’eau bouillante, mais une trace de chlorure chromeux (7^) en provoque la dissolution immédiate, avec dégagement de chaleur (Peligot); on provoque la formation

OXYDES DE CHROME

d'une petite quantité de chlorure chromeux par l’addition de zinc ou des chlorures ferreux, cuivreux ou slanneux.

La solution de chlorure chromique, qu’on obtient aussi en dissolvant l’hydrate chromique dans l’acide chlorhydrique, abandonne par concentration sur l’acide sulfurique des cristaux très solubles de l’hydrate Cr^Cl®-|- 12tPO ; obtenu dans le vide sec, l’hydrate est amorphe, vert, déliquescent, et renferme 6hPO. Une plus forte dessiccation le transforme en sel basique avec dégagement d’acide chlorhydrique; cependant si on le chauffe à 250'* dans un courant de chlore ou d’acide chlorhydrique, il se convertit en chlorure anhydre, soluble dans l’eau et devenant insoluble après sublimation.

La composition du chlorure basique résultant de la dessiccation du chlorure hydraté varie avec la température. Celui obtenu à 120'’ renferme 4Cr-Cl®.Gr'^0^ -j-24H^O et est soluble dans l’eau. A une température plus élevée on obtient des chlorures plus basiques, insolubles. Il se forme des produits analogues par l’action de riiydrate chromique sur la solution du chlorure.

1199. Bromures de chrome. — Le bromure chromeux^ obtenu en réduisant à une température modérée le bromure chromique par l’hydrogène, est une masse cristalline blanche, déliquescente et oxydable à l’air.

Le bromure chromique CPBr® s’obtient comme le chlorure et présente les mêmes propriétés générales. Il est en cristaux presque noirs à reflets rouges.

OXYDES DE CHROME

1200. Les seuls oxydes qui aient été isolés sont l’oxyde chromique Cr^O^ et ses hydrates, et l’anhydride chromique GrO^ correspondant à l’acide chromique inconnu GrO^H^ Il existe en outre des oxydes intermédiaires constituant des chromites et des chromâtes de chrome.

Quant à Voxyde chromeux GrO, il est inconnu et son hydrate Gr(OH)2 est un précipité jaune brun qu’on obtient par l’addition de potasse à la solution de chlorure chromeux; il se décompose rapidement avec dégagement d’hydrogène :

3Gr(OH)2 — Cr^03(0H)2 + H^O ll^.

1201. Oxyde chromique Gr'O^ — Le chromocre est un

CimOME.

oxyde chromique naturel, mélangé d’argile. On peut l’obtenir par divers. procédés :

1“ En calcinant l’hydrate obtenu par précipitation; ou l’anhydride chromique, qui perd ainsi la moitié de son oxygène;

2® Par la calcination du cliromate mercureux CrO^(llg^). Le produit est très beau;

3° Par la calcination du cliromate neutre de potassium avec les deux tiers de son poids de sel ammoniac. Il se forme du chlorure de potassium, de l’eau, de l’oxyde chromique et du gaz azote. On lave le produit à l’eau;

4° En fondant le bichromate de potassium avec du soufre; mais le sulfate de potassium formé est difficilement éliminé en totalité par l’eau :

Cr20^R2 + S = SO^K2 -h Cr^O».

Tous ces procédés fournissent l’oxyde amorphe. Pour l’obtenir cristallisé, on chauffe le chromate neutre de potassium au rouge dans un courant de chlore (Fremy), ou l’on fait passer le chlorure de chromyle en vapeur GrO^GP à travers un tube de porcelaine chauffé au rouge (Wœhler) :

2Cr02Gl-2 = Gr>03 O -4- 2G12.

L’oxyde chromique ainsi obtenu est en cristaux rhomboédriques d’un vert noirâtre, de 5,21 de densité, rayant le verre, insolubles dans les acides. L’oxyde amorphe est également insoluble dans les acides; lorsqu’il a subi une température élevée; il est insoluble aussi dans les alcalis. Sa couleur est d’un vert foncé plus ou moins beau, suivant le mode de préparation. Il communique au verre une belle coloration verte et on l’emploie dans la décoration de la porcelaine.

L’oxyde chromique est irréductible par l’hydrogène. Galciné avec de la potasse au contact de l’air, ou avec du salpêtre, il se transforme en chromate de potassium.

1202. Hydrates chromiques. — On en admet deux modifications correspondant aux sels chromiques verts et violets. Lorsqu’on précipite un sel chromique vert exempt d’alcali par l’ammoniaque, on obtient un hydrate bleu clair qui, desséché sur l’acide sulfurique, a pour composition Gr^(0H)®-f-4H^0. Le précipité perd 3IE0 dans le vide. Ghauffé à 200“ dans un courant d’hydrogène, il fournit l’hydrate Gr^O^(OH)^ (soit Gr^OMPO) qui

CllROMlTES.

I au rouge se converlit avec incandescence en oxyde anhydre. Si j riiydrate chromique est séché à l’air à 200°, il absorbe de 1 oxy- ; gène et donne un oxyde intermédiaire noir, fournissant du chlore j par l’action de l’acide chlorhydrique.

I L’hydrate chromique est soluble dans la potasse. La solution abandonne par l’évaporation do l’oxyde anhydre insoluble dans la potasse.

L’ammoniaque donne dans la solution des sels violets de chrome un précipité violacé, soluble dans l’acide acétique et se dissolvant ! lentement dans l’ammoniaque avec une couleur rouge vineuse. Il se produit dans ce cas des combinaisons ammonio-chromiques. La solution abandonne l’hydrate chromique par l’ébullition.

L’hydrate chromique se dissout dans le chlorure chromique et la solution soumise à la dialyse laisse un liquide vert foncé, renfermant 33 molécules d’oxyde de chrome pour 1 molécule d’acide chlorhydrique. C’est donc un hydrate colloïdal, analogue à l’hydrate ferrique. Ce liquide n’est pas modifié par l’ébullition ou par l’addition d’eau, mais une trace d’un sel le gélatinise (Graham).

Vert de chrome. — Ce produit industriel, important par ses applications à l’impression des tissus et des papiers peints, est un hydrate Cr^O(OH)^ (soit Cr^0^2H^0) remarquable par sa stabilité et par la pureté de sa nuance à la lumière artificielle. Il était préparé autrefois sous le nom de vert Pannetier par un procédé tenu secret. On le nomme aujourd’hui vert Guignet. Le procédé de M. Guignet consiste à chauffer dans un four à réverbère, vers 300°, une bouillie épaisse formée de 1 partie de bichromate de potassium et de 3 parties d’acide borique avec de l’eau. Le mélange dégage, en se boursouflant, beaucoup d’oxygène. Le résidu, d’un beau vert, est formé d’un borate double de chrome et de potassium que l’eau bouillante décompose en fournissant l’hydrate chromique. Le composé est insoluble dans les alcalis, difficilement soluble dans les acides.

1203. Chromites. — L’ oxyde chromique est un oxyde indifférent et s’il forme des sels avec les acides, il forme aussi des combinaisons avec les oxydes métalliques. Parmi ces combinaisons, qu’on nomme chromites, la plus importante est le fer chromé (chromite, sidérochrome) FeCr^O'', qui correspond à 1 oxyde magnétique de fer. Ce minerai est cristallisé en octaèdres réguliers, mais se rencontre généralement en masses cristallines II. — Chimie minérale. 28

SELS OXYGÉNÉS UU CIIUÜME.

compactes, presque noires, à éclat semi-métallique, de 4,4 à 4,0d(î densité. Il est intusible et inattaquable pai‘ les acides. J1 renferme souvent du magnésium et de raluminium. On le trouve surtout en Norvège, en Hongrie, en Grèce, en Asie Mineure, à la Nouvelle- Calédonie, etc.

Lorsqu on précipite un sel de chrome par la potasse ou la soude, le précipité renferme toujours de l’alcali que l’ébullition avec l’eau est insuffisante à éliminer.

On obtient les chromites de zinc et de manganèse Cr^fl'^Zn et Cr^O Ain en fondant le mélange des oxydes avec de l’acide borique. L’un et l’autre cristallisent en octaèdres.

M. Gerber a préparé les chromites ferreux, de baryum, de magnésium, de cuivre, de zinc en fondant les chlorures anhydres correspondants avec du bichromate de potassium, puis lavant le produit à l’eau. Ce sont des poudres cristallines, diversement colorées.

. CuROMiTE DE CHROME. — On obtient un oxydo de cliromc intermédiaire Cr^O' en faisant passer le chlorure de chromyle en vapeur à travers un tube de verre chauffé au rouge. C’est un dépôt hrun, translucide, magnétique (Wœhler). Son hydrate Cr^O^(OH)est le produit qui résulte de l’action de l’eau sur l’hydrate chro-

meux.

SELS OXYGÉNÉS DU CHROME

1204. On connaît des sels chromeux et des sels chromiques. Parmi les premiers, les seuls qui aient été obtenus cristallisés, se trouvent le chlorure, décrit plus haut (1197), le sulfate et l’acétate. Ces sels sont très oxydables et, comme les sels ferreux, absorbent le bioxyde d’azote.

Les sels chromiques se présentent sous deux modifications. Ils sont verts ou violets. Les sels verts se produisent à 100° ou lorsqu’on fait bouillir la solution d’un sel violet; ils sont, en général, incristallisables, mais se transforment à la longue à froid en sels violets qui, eux, s’obtiennent par la préparation à froid et sont cristallisables. Ces sels verts présenteraient, d’après Lœwel, une différence particulière; d’après cet auteur l’azotate d’argent ne précipite que les deux tiers du chlore dans la solution verte du chlorure et la totalité dans la solution violette. Nous avons vu en

SULFATE CIIROMIQUE.

oiilro (1202) que l’ammoniaque agit un peu ililTérement sur ces (leux variétés.

1205. Sulfate chromeux. — On ne connaît ce sel qu’en solution; on obtient celle-ci par l’action de l’acide sulfurique étendu sur le chrome métallique. Elle absorbe avec avidité l’oxygène ainsi que le bioxyde d’azote et l’acétylène.

Si l’on ajoute du sulfate de potassium puis de l’alcool à une solution de chlorure chromeux, à l’abri de l’air, il se dépose à la longue des prismes rhomboïdaux bleus, très altérables à l’air, de • sulfate chromoso-potassique (S0'')^CrK^-(-6IP0 (Peligot).

1206. Sulfate chromique (SO^)'^(Gr^) -f IblPO. — On fait . digérer l’hydrate chromique, séché à 100°, avec son poids d’acide > sulfurique concentré. La dissolution attire lentement l’humidité t de l’air et se prend en une masse cristalline d’un bleu verdâtre, ( qu’on purifie par dissolution dans l’eau et précipitation par l’ali cool. Il se sépare ainsi du sulfate violet, tandis que le sulfate vert

qui l’accompagne reste dissous. Déposé lentement en présence de l’alcool, le sulfate violet se présente en petits octaèdres réguliers.

Le sulfate violet se transforme à 100° en sulfate vert en per- ' dant lOIPO ; le sel vert est très soluble dans beau et dans l’alcool.

■ Sa solution aqueuse n’est précipitée qu’incomplètement par le < chlorure de baryum.

En chauffant l’un ou l’autre de ces sulfates avec de l’acide sult furique à 190°, il se produit une masse translucide d’un jaune - clair qui, chauffée plus fort pour chasser l’excès d’acide sulfurique,

^ se transforme en un sel rouge, le sulfate anhydre (SO‘)^(Cr^), sel i insoluble dans l’eau, difficilement soluble dans les acides.

En saturant de l’acide sulfurique étendu par de l’hydrate chromique, on obtient une solution verte qui laisse par l’évaporation un résidu amorphe, rouge par transparence, et qui constitue un sul- ) fate basique (SO'f (Cr^“0) (soit Cr^Oh2SO'). L’ébullition de la so- ! lution en précipite un autre sel basique, hydraté (Cr^O^)^(SO^)“ -\r 7IPO qu’on peut formuler

SO

SO

^^(Cr2)(OIl)^

''-(Gr2)(OH)5

Sulfates chromiques doubles. — Les principaux de ces sels sont I les (SO'')''(Cr^)K.“-f- 24IPO, le potassium pouvant

( ('dre remplacé par le sodium, l’ammonium, le thallium.

SELS OXYGÉNÉS UU CIlUOME.

L(3 composé potassique s’obtient eu réduisant Je bicliromate de | potassium en présence de l’acide sulfurique. Avec l’anhydride sulfureux la réaction est la suivante :

Cr^O^K^ + SO'^IP H- 3S02 = (SO^y^(Cr2)K2 + tl^O.

Avec les autres agents réducteurs, comme l’alcool, il faut évi- | demment faire intervenir plus d’acide sulfurique. L’alun de chrome est un produit constant obtenu dans l’oxydation des ma- I tiëres organiques parle bichromate de potassium et l’acide sulfurique, mélange oxydant fréquemment employé (préparation de l’aldéhyde, de l’anthraquinone, etc.).

L’alun de chrome violet, obtenu do préférence par l’action de l’acide sulfureux ou de l’acide oxalique à froid, cristallise en octaèdres volumineux pourpres, d’un rouge rubis par transparence. Ils perdent 22tPO à 200°. La solution aqueuse est d’un bleu sale ; chauffée vers 70° elle devient verte. L’alun vert estincristallisable ; c’est, après évaporation, une masse amorphe verte. L’alun vert en dissolution se transforme lentement en alun violet, mais cette transformation n’est jamais totale ; inversement, l’alun violet se convertit aussi partiellement en alun vert (Lecoq de Boisbaudran).

L’alun cliromico-sodique cristallise difficilement; les cristaux i ne retiennent que 8IPO à 100° et sont alors verts. !

L’alun ammoniacal ressemble au sel de potassium.

On obtient les sulfates doubles (SO^)^(Cr^).3SO^K" et SSO’^Na'^ en fondant l’oxyde de chrome avec les bisulfates alcalins.

1207. Azotate chromique (AzO^)®(CP)-j-18H^O. — Il ne cristallise que difficilement en prismes obliques, d’un rouge pourpre. L’évaporation de sa solution laisse une masse amorphe verte.

1208. Phosphates de chrome. Phosphate chromeux (PO^)^Crh — Précipité bleu, verdissant à l’air.

Orthophosphate chromique (PO^)^(Cr^). — Précipité vert, d’un < bleu foncé après dessiccation, qui se produit par l’addition de phos- * phate disodique à une solution de chlorure chromique. En opérant J de même avec l’alun de chrome, mais sans que la précipitation soit complète, on obtient un précipité violet, devenant peu à peu cris- r tallin, du même sel contenant 12 molécules d’eau. :

Le phosphate vert de chrome est quelquefois employé comme | couleur. I

ANHYDRIDE CHROMIQUE ET CHROMATES.

ANHYDRIDE CHROMIQUE ET CHROMATES.

1209. Anhydride chromique CrO\ — En décomposant un cliromate par un acide, on obtient soit l’acide chromique en dissolution, soit l’anhydride chromique solide, l’acide lui-même CrOW n’existant pas. Généralement on décompose le bichromate de potassium par l’acide sulfurique. On ajoute à une solution concentrée de bichromate de potassium 1 fois 1/4 oui fois 1/2 son volume d’acide sulfurique concentré et pur qu’on n’y verse que par petites portions. Le mélange s’échauffe beaucoup et abandonne par le refroidissement dos aiguilles d’un rouge cramoisi d’anhydride chromique. On fait égoutter ces cristaux sur une plaque de porcelaine dégourdie ou sur un tampon d’amiante, dans un entonnoir qu’on met en communication avec une trompe aspirante, puis on les lave sur l’entonnoir avec de l’acide azotique pur de 1,46 de densité.

M. Duvilliers prépare l’anhydride chromique en décomposant 100 parties de chromate de baryum, délayé dans son poids d’eau, par 140 parties d’acide azotique de 1,38 de densité; on ajoute encore 200 parties d’eau et l’on fait bouillir. Par le refroidissement, la plus grande partie de l’azotate de baryum cristallise ; le reste se dépose par la concentration de la solution au volume environ de l’acide azotique employé ; on sépare de nouveau les cristaux d’azotate de baryum, on évapore la solution à sec pour chasser l’excès d’acide azotique ; puis l’on fait cristalliser l’anhydride chromique dans l’eau.

L’anhydride chromique cristallise en longs prismes écarlates, très brillants, de 2,78 de densité. Il fond à 193° en un liquide d’un rouge foncé qui se prend par le refroidissement en une masse cristalline tijès foncée, douée de l’éclat métallique. Le produit reste en surfusion jusqu’à 170°; quand il cristallise, le thermomètre remonte brusquement à 193° (Zettnow). A 230° l’anhydride chromique se décompose en oxyde Cr^O^ et oxygène.

L’anhydride chromique est très soluble dans l’eau et déliquescent; sa solution saturée, qui est brune, en renferme 62,23 0/0 et a pour densité 1,703. Il est réduit à l’état de composé chromique par tous les agents réducteurs, anhydride sulfureux*, hydrogène sulfuré, anhydride arsénieux, chlorure stanneux, etc., ainsi que par presque toutes les matières organiques. 11 est soluble sans altération dans l’acide acétique, dette solution, comme la solution

CllUOMATF.S,

ii(]iioiisc, est souvciil employée comme oxydant,. L’alcool aqueux et l’éther le dissolvent sans altération à froid. Mais si l’on verse de l’alcool sur l’anhydride chromique sec, il s’enllamme. Le papier et toutes les substances analogues réduisent rapidement la solution d’anhydride chromique, aussi ne peut-on filtrer cette solution

que sur l’amiante ou sur le verre iilé.

Introduits dans une atmosphère de gaz ammoniac, les cristaux d’anhydride chromique se décomposent avec incandescence. L’acide chlorhydrique décompose les cristaux ou la solution chaude avec dégagement de chlore :

2Cr03 -h 12C1H Cr^Cie -h GH^O -h aCl^.

L’anhydride chromique se dissout dans l’acide sulfurique concentré avec lequel il paraît former des combinaisons, notamment ' SO^tP.CrO^ correspondant à l’acide pyrosulfurique. La solution * sulfurique l’abandonne de nouveau en grande partie en attirant l’humidité de l’air; il est au contraire plus soluble dans l’acide ^ sulfurique hydraté SO^HLIPO.

Acide perchromique CrO'dI(?). — On admet que la coloration ^ bleue produite par l’action de l’eau oxygénée sur le bichromate * de potassium est due à la formation de cet acide (t. I, p. 259).

1210. Chromâtes. — Ces sels sont jaunes ou rouges. Outre les chromâtes neutres CrOW, isomorphes avec les sulfates, on connaît des dichromates Cr^O^M^ correspondant aux anhydrosulfates, mais pas de chromâtes acides proprement dits CrO''MII; il existe aussi des trichromates et autres polychromates. La plupart des chromâtes neutres des métaux lourds sont insolubles et s’obtiennent par double décomposition avec les chromâtes alcalins. Il existe un grand nombre de chromâtes basiques et de chromâtes doubles, dont nous ne ferons que mentionner les principaux.

Les chromâtes alcalins se produisent lorsqu’on fond l’oxyde de chrome avec un azotate ou qu’on traite l’hydrate chromique en présence d’un alcali par divers agents oxydants, comme le bioxyde de plomb, le permanganate de potassium, le brome, les hypochlorites, etc.

Les agents réducteurs agissent sur les chromâtes comme sur 1 ’anliy d ride cliromi que.

1211. Chromâtes de potassium. — Cuuo.mati: xeltue LrO‘K^ — On l’oblienl eu saturaul la solution du dichromale par

CHROMATES DE POTASSIUM.

le carbonate ilc potassium, puis faisant cristalliser. 11 cristallise en prismes ortliorhombiques trun jaune pur, anhydres, solubles dans deux fois leur poids d’eau à 15°, insolubles dans l’alcool. La solution aqueuse est jaune et douée d’un pouvoir colorant intense ; sa réaction est alcaline.

Dichromate (ou bichromate) de potassium. — Cr^O’^K^ — C’est le plus important des composés du chrome par son emploi direct et parce qu’il sert à préparer les autres. On l’obtient industriellement en calcinant dans un four à réverbère du fer chromé pulvérisé avec du carbonate de potassium et du salpêtre. On reprend la masse par l’eau, on acidulé la solution par l’acide sulfurique, on filtre pour séparer la silice, et on fait cristalliser la solution, qui abandonne d’abord du sulfate de potassium.

Un procédé plus économique consiste à chauffer dans la flamme oxydante d’un four à réverbère, à sole plate, un mélange de minerai avec 2 fois son poids environ de chaux potassée, obtenue en éteignant 7 parties de chaux vive dans une lessive de potasse exempte de chlorure. La masse est rémuée pour renouveler les surfaces; le produit pulvérisé est alors introduit dans une solution saturée et chaude de sulfate de potassium, de façon à transformer le chromate de calcium en sulfate calcique et chromate de potassium. La solution claire, décantée dans des bacs doublés de plomb, est ensuite additionnée d’acide sulfurique étendu de deux fois son volume d’eau. Par le refroidissement, les deux tiers du dichromate de potassium cristallisent. Les eauxmères servent au lessivage d’une autre opération.

Le dichromate de potassium cristallise en prismes volumineux ou en tables du type anorthique, anhydres, d’un jaune rouge foncé, de 2,692 de densité. Il fond au-dessous du rouge en un liquide qui cristallise par le refroidissement dans la meme forme que les cristaux obtenus par voie humide (Mitscherlich). Au rouge blanc, il se décompose en oxyde chromique, oxygène et chromate neutre de potassium.

11 fournit aussi de l’oxygène lorsqu’on le chauffe avec de l’acide sulfurique concentré.

Cr20^R2 + 480^^112 = SO''K2(SO^)3(Ci‘2) + 4H20 -h O^.

Un semblable mélange est fréquemment employé comme oxydant.

CllUÛMATES.

Lg bicliromale do polassium se dissout à 0“ dans 20 parties d’eau ; à 40“ dans 3^,43; à 80°, dans 1>’,37 et à 100° dans son poids d’eau.

La solution saturée bout à 104°; sa réaction est acide et sa saveur métallique. Elle est d’un roug’c orangé foncé.

L’acide chlorhydrique, avant d’agir comme réducteur, convertit le bichromate en chlorochromate CrO^(OK)Cl (1223).

Le bichromate du commerce est presque chimiquement pur. Il est très employé dans la teinture et l’impression.

Une autre application intéressante de ce sel est la photographie ^ dite au charbon^ qui repose sur l’action de la lumière sur la gélatine associée au bichromate. Le papier pour positif est imprégné de gélatine tenant en suspension du charbon ou une matière colorante très divisée; avant de s’en servir on le fait flotter sur un bain de chromate, puis on le sèche dans l’obscurité et on procède au tirage de l’épreuve. Dans toutes les parties où la lumière a eu accès, la gélatine est devenue plus ou moins insoluble suivant l’intensité de la lumière qui a traversé le cliché. Un passage à l’eau tiède enlève la gélatine non impressionnée en même temps que la matière qu’elle tient en suspension, tandis que cette matière reste fixée par la gélatine rendue insoluble dans les parties impressionnées.

Trichromate de potassium. Cr^O^°K^. — Cristaux anhydres d’un rouge foncé, solubles dans l’eau et dans l’alcool, qui se déposent lorsqu’on traite par l’acide azotique une solution saturée de bichromate à 60° (Graham). Par l’action prolongée de l’acide azotique concentré chaud et en excès, on obtient des lamelles brillantes rouges de tétrachromate Cr^O^^K^.

1212. Chromâtes de sodium. — On les obtient comme les sels de potassium. Le sel neutre forme des prismes jaunes, isomorphes avec le sulfate de sodium et renfermant comme lui lOH^O. Il est déliquescent et fusible à la température de la main. , Le sel en fusion aqueuse abandonne à 30° des cristaux anhydres.

Le dichromate cristallise avec 21PO en prismes déliquescents orangés.

1213. Chromâtes d’ammonium. — On obtient ces sels en

dissolvant l’anhydride chromique dans l’ammoniaque. Lg5c/ neutre : CrO''(Azir')^ cristallise en aiguilles jaunes, très solubles, à réaction ; alcaline et perdant de l’ammoniaque à l’air. .

Le dichromate Cr-O’(AzlP)- est en cristaux volumineux, d’un :

CHROMATES DE CUIVRE.

i rougo grenat, inaltérables àl’air. Chauffés, ils se décomposent avec i incandescence en laissant un résidu d’oxyde de chrome et en dégageant de l’azote et de la vapeur d’eau.

1214. Chromâtes de calcium. — Le sel neutre^ obtenu par j double décomposition, exige 240 parties d’eau froide pour se dis- I soudre; il cristallise en prismes ayant pour composition CrO^Ca-[j H^O, devenant anhydres à 200°; le sel est alors insoluble. Le dichromate Cr-O^Ca-)-31PO est en cristaux rouges, déliquescents.

Le sel de strontium CrO^Sr est un précipité très peu soluble dans ,i l’eau, soluble dans les acides azotique, chlorhydrique et acétique, j Le sel de baryum CrO^Ba est un précipité jaune, insoluble dans 1 l’eau, employé comme couleur. Il se dissout dans les acides en doni nant le dichromate Cr^O'Ba-j-2tPO, qui cristallise en aiguilles I étoilées et que l’eau décompose en séparant du chromate neutre, j 1215. Chromâtes de magnésium. — Le sel neutre CrO^Mg I -f- 711^0, obtenu en dissolvant la magnésie dans l’acide cliromique, cristallise en prismes d’un jaune citron, très solubles dans l’eau. Il forme avec le chromate d’ammonium un sel double (CrO^)^Mg(AzH'')^ -f OfPO isomorphe avec le sulfate double correspondant. Le sel potassique double forme des tables carrées qui ne renferment que 2rPO.

1216. Chromâtes de zinc. — Obtenu comme le sel de magnésium, le chromate neutre CrO^Zn 7H-0 est soluble dans l’eau et isomorphe avec le sulfate de zinc.

L’addition de chromate neutre de potassium à une solution de sulfate de zinc donne un précipité orangé d’un sel basique CrO^(ZnOII)'^ + IPO. On connaît encore d’autres chromâtes basiques de zinc. i

Le chromate de cadmium obtenu par double décomposition est de même le sel basique CrO''(CdOH)^ qui devient anhydre à 200°, et qui est employé comme couleur.

1217. Chromâtes de cuivre . — Le sel neutre CrO^Gu -f- 5H^O , isomorphe avec le sulfate, s’obtient en saturant l’acide chromique par de l’hydrate de cuivre.

Le dichromate obtenu parla même voie renferme Cr^O’'Cu-f- 2IPO et forme des cristaux déliquescents bruns. Si l’on fait bouillir sa solution, il se précipite un sel basique brun, qu’on obtient aussi par double décomposition et qui renferme CrO'^Cu 2Cu(OH)Ml existe d’autres sels basiques.

CllUOMATKS.

Oïl eoiinaîl un minéral, \ixvau(jiieUn.ile,(\mcoi\s\.\in(i un cliromatc' basique de plomb el. de cuivre Cr"()'’((AiPb)', qui est eu peLils cristaux cliuorliombiques et dont la couleur varie du vert au brun,

1218. Chromâtes d’argent. — Ciiho.mate neutre CrO^Ag^ — C’est un précipité cristallin brun, insoluble dans l’eau, soluble dans les acides, dans l’ammoniaque et dans les cbromates alcalins. La solution ammoniacale fournit par l’évaporation des cristaux transparents jaunes du sel CrOb\g.4AzIP.

Le dichromate Cr^O^Ag^ s’obtient en ajoutant de l’azotate d’argent à une solution de dicbromate de potassium. C’est un précipité rouge écarlate un peu soluble dans l’eau cbaude et s’en déposant en cristaux anortbiques. L’eau le dédouble en cbromate neutre et acide cbromique.

1219. Chromâtes de mercure. — Chromate mercureux CrO^(Hg^). — Précipité cristallin rouge obtenu en ajoutant du bichromate de potassium à une solution d’azotate mercureux. Calciné, il laisse un résidu d’oxyde de cbrome d’un beau vert.

CiiROMATE MERCURIQUE CrO^Hg. — Le bicbrouiate de potassium ne précipite pas le chlorure mercurique, et en évaporant la solution on obtient une combinaison cristallisée des deux sels. Si l’on fait bouillir une solution d’acide cbromique avec de l’oxyde de mercure, on obtient par la concentration des prismes ortborbombiques d’un rouge grenat que l’eau décompose en séparant un sel basique insoluble CrO^Hg^

Si l’on cbauffe pendant quelques heures du sulfure de mercure précipité avec une solution d’acide cbromique, il se produit un composé ocreux insoluble 2Cr0^tIg.HgS détonant violemment par le choc ou par la chaleur.

1220. Chromâtes de plomb. — Chromate neutre CrOTb. — Il constitue \q, plomb rouge ou crocoïsite des minéralogistes et se rencontre en Sibérie, dans l’Oural, en Hongrie, etc., cristallisé en prismes clinorhombiques transparents, rouges. On le prépare en précipitant une solution d’azotate de plomb par le cbromate neutre de potassium. C’est un précipité d’un beau jaune connu sous le nom de jaune de chrome et très employé comme couleur; sa nuance varie avec les conditions de la préparation. On fait du reste varier sa couleur par l’adjonction de sulfate de plomb et de plâtre (jaune de Cologne). Il est insoluble dans beau, soluble dans l’acide, azotique eldans la potasse. Il fond au rouge eu un liquide brun qui

CimOMATES DE PLOMn.

SC coucrcLe par le refroidissement en une masse cristalline radiée.

On l’obtient encore cristallisé en fondant un mélange de chlorure de plomb et de dichromate de potassium, ou lorsque les solutions d’azotate de plomb et de chromate de potassium se mélangent par diiïusion lente. Il se présente alors en belles aiguilles orangées et brillantes, de 6,12 de densité (Drevermann).

CimoMATE BASIQUE CrOTb^ ou CrO^<^pj^>0. — Ce produit, dé-

' signé sous le nom de rouye de chrome^ s’obtient lorsqu’on fait bouillir le jaune de chrome avec un excès de chromate neutre de potassium

2CrO'^Pb + Gr04i2 — Gr^O^K^ -f GrO^Pb^,

OU en versant une solution d’azotate de plomb dans une solution de chromate de potassium avec excès d’alcali. Ou bien encore on introduit du jaune de chrome dans du salpêtre fondu. Avant que tout le salpêtre soit décomposé, on laisse refroidir; le chromate basique du plomb se dépose; on le lave à l’eau froide et on le broie. C’est alors une poudre cristalline douée d’une couleur rouge très vive. \d orange de chrome est un mélange de jaune et de rouge de chrome.

La phénicite est un chromate naturel encore plus basique, renfermant CrO“Pb^ et se présentant en tables rouges ou en masses compactes.

1221. Chromate de chrome CrO^(Gr^O^) ouCrO^.Cr^Oh — C’est l’oxyde intermédiaire représenté par la formule CrOh On l’obtient en décomposant l’azotate de chrome par la chaleur ou en grillant l’oxyde chromique à l’air. Parmi les réactions par voie humide qui lui donnent naissance, nous citerons l’action de l’acide chromique sur l’oxyde chromique (E. Kopp); l’action du bioxvyde d’azote sur une solution d’acide chromique (Schweitzer); l’action du chlorure de chaux sur l’hydrate ou sur le chlorure chromique (H. SchitT) ; celle de l’hyposulfite de sodium sur le dichromate de potassium (Popp) :

3Gi'20’K2 + S'203Na2 — 2GiO^K2 + 4GrQ2 -f SO^K^ + S0^Na2.

L’oxyde anhydre est une poudre noire, de prétérence par le procédé de M. Schweil il devient anbvdre à 2o0".

L’oxyde hydraté, obtenu zer, est d’un rouge brun ;

CllUOMlî.

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