PHOSPHORE. — ÉTAT NATUREL
rappelle à la fois celle de l’essence de moutarde et celle du chlorure de soufre.
402. Séléniure d’azote AzSe. — Il se produit par l’action de l’ammoniaque sur le tétrachlorure de sélénium. C’est une masse orangée détonant à 200° ou par le frottement.
PHOSPHORE. — P = 30,96
Dens. vap. 6 1 , S '2 ; (observée = 62,8) ; P. at. = 30, 9G; P. mol. Pv = 123,84.
403. Historique. État naturel. — Le phosphore a été découvert par Brandt, alchimiste de Hambourg, en 1669, qui tint secret le procédé qu’il avait employé pour l’obtenir. Ce fut en vain que Ivunckel, célèbre alchimiste, né en 1630 à Rendsbourg, tenta des démarches auprès de Brandt pour avoir communication de son procédé; mais sachant que ce dernier avait retiré le phospliore de l’urine, il ne tarda pas à faire la même découverte, mais ne voulut pas, de son côté, la divulguer de peur de donner lieu à des accidents ; il la communiqua néanmoins à plusieurs savants, notamment à Homberg, qui fit connaître le procédé à l’Académie des Sciences en 1698. A la même époque, Boyle en Angleterre arriva au même résultat que Ivunckel, aussi après avoir vainement tenté des démarches auprès de Brandt et de son associé Krafft.
Le procédé consistait à distiller avec du sable le résidu sec de l’urine. Le phosphore était à cette époque un objet de grande curiosité et d’une grande valeur par suite du faible rendement fourni par le traitement de l’urine. Ce ne fut qu’un siècle après la découverte du phosphore, en 1769, que Gahn reconnut que les os renferment du phosphate calcique et Scheele fit connaître en 1771 le procédé, encore suivi aujourd’hui en principe, pour en retirer le phosphore.
On ne rencontre le phosphore dans la nature que sous forme de phosphates, surtout de phosphate de calcium, qui constitue les 80 centièmes de la partie minérale des os. Ce sel est contenu dans les terres arables et joue dans la nutrition des végétaux un rôle considérable. Du règne végétal, qui l’assimile grâce à sa solubilité dans l’acide carbonique, il passe avec les aliments dans le règne animal, ou son rôle est non moins essentiel. On le rencontre non seulement dans les os, mais encore dans le sang et dans l’urine. Cette dernière renferme principalement du phosphate dou-
PHOSPHORE
ble de sodium et d’ammonium. La substance cérébrale, les œufs, les nerfs, etc., renferment du phosphore combiné avec de la matière organique.
On trouve dans la nature des amas considérables de phosphate calcique, constituant soit des rognons compactes, soit des masses terreuses ; on leur attribue une origine animale (phosphates fossiles, coprolithes, phosphorite). En réalité, le phosphore, à l’état de phosphates, est un des corps les plus répandus et les plus essentiels au développement des végétaux et des animaux, même les plus inférieurs.
On a enfin rencontré du phosphore dans les météorites.
404. Extraction. — Le procédé de Scheele consistait à dissoudre les cendres d’os dans l’acide azotique faible, à précipiter la chaux par l'acide sulfurique, à évoporer la solution filtrée et à calciner le résidu avec du charbon en poudre. Nicolas et Pelletier simplifièrent ce procédé en traitant directement les cendres d’os par l'acide sulfurique étendu, puis Fourcroy et Yauquelin le perfectionnèrent dans ses détails, après avoir montré que l’acide sulfurique transforme le phosphate des os en un phosphate acide soluble et que c’est l’acide phosphorique que ce sel renferme en plus du phosphate des os qui est ensuite réduit par le charbon.
Voici la théorie de ce procédé : Il existe trois phosphates de calcium : 1 q phosphate tricalcique , dit basique (POl)2Ca3; le phosphate dicalcique (PO;)2Ca2II2 et le phosphate monocalcique (POv)2CaH\ A ces deux derniers correspondent les anhydrosels P207Ca2 ( pyrophosphate ) et (P03)2Ca ( métaphospliate ). Le sel tricalcique, qui est irréductible par le charbon, est insoluble dans l’eau; traité par une quantité convenable d’acide sulfurique, il est converti en sel monocalcique :
(PO;)2Ca3 + 2SO'’H2 ==2SO'Ca-f-(POl)2CaIil.
Le phosphate monocalcique étant chauffé au rouge est converti en métaphospliate :
(PCP)2CaHv = (P03)2Ca + 2H20.
Enfin ce métaphosphate, mélangé intimement avec du charbon, subit au rouge vif une réduction partielle qui met en liberté les 2/3 du phosphore, tandis qu’il y a régénération de phosphate tricalcique :
3(P03)2Ca + 10C = P* + (P04)2Ca3 + 1 0CO.
L’addition de sable (silice) au mélange permet la réduction de