PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DU PHOSPHORE
Cette filtration s’effectue aujourd'hui à travers une plaque en terre poreuse formant le fond d’un cylindre en fonte dans lequel on in troduit le phosphore brut et de l’eau. Le haut du cylindre est fermé hermétiquement par un couvercle dans lequel s’engage un tube à vapeur. La plaque poreuse sépare le cylindre d’un entonnoir métallique de même diamètre qui s’y adapte hermétiquement et dont la douille se recourbe et est terminée par un robinet. Le tout est engagé dans un bain-marie, sauf l’extrémité de l’entonnoir avec son robinet. En ouvrant ce robinet, qui plonge dans de l’eau à 50°, et en faisant arriver un jet de vapeur à 2 atmosphères dans le cylindre, on force le phosphore fondu à traverser la plaque poreuse.
La purification du phosphore peut se faire, et cela d’une manière plus complète, en le distillant dans un courant d’hydrogène.
Le phosphore livré au commerce est généralement moulé en baguettes. Ce mélange se fait en aspirant dans des tubes de verre, légèrement coniques, du phosphore fondu sous l’eau, bouchant avec le doigt l’extrémité du tube puis plongeant celui-ci dans l’eau froide. Le phosphore en se solidifiant éprouve un retrait qui permet de le retirer facilement du tube. Cette opération, qu’on est souvent amené à faire dans les laboratoires, est généralement remplacée industriellement par une disposition permettant de faire arriver le phosphore fondu dans les tubes de verre disposés horizontalement dans une cuve d’eau froide.
Le rendement en phosphore est à peu près de 9 p. 100 des cendres d’os employées. Celles-ci renferment 10 à 17 p. 100 de phosphore et devraient en donner théoriquement 11 p. 100 environ.
La fabrication du phosphore livré aujourd’hui à l’industrie s’est presque entièrement concentrée dans deux grandes usines ; celle de MM. Coignet et fils à Lyon et celle de MM. Albright et Wilson, à Oldburg, près de Birmingham. La production totale en 1865 était de 270,000 kilogrammes. Elle est aujourd’hui beaucoup plus considérable, car, d’après E. Kopp, la France seule a produit, en 1874, 1,200,000 kilogrammes de phosphore, et en a employé elle-même 360, 000 kilogrammes pour la fabrication des allumettes.
405. Propriétés physiques. — Le phosphore se présente sous diverses modifications allotropiques. Le phosphore ordinaire , dont nous nous occuperons uniquement pour le moment, est un
PHOSPHORE
corps solide, mou comme la cire à la température ordinaire, plus cassant à froid. On peut l’obtenir en poudre en le fondant sous 1 eau et 1 agitant avec celle-ci pendant le refroidissement. 11 est (1 un jaune clair et translucide quand il a été récemment fondu; dans cet état, il est amorphe; mais quand on le conserve pendant quelque temps il devient mat et blanchâtre. Cette transformation, surtout rapide à la lumière, n’est due qu’à une structure cristalline que prend peu à peu le phosphore : néanmoins, le concours de l'air dissous dans l’eau paraît nécessaire à celte transformation. Le phosphore possède une odeur alliacée particulière, que Schœnbein attribue à l’ozone qui se produit autour de sa surface.
Le phosphore fond à 44°, 3 (Desains) en un liquide ambré, translucide, très réfringent, qui reste facilement en surfusion, même à la température ordinaire; une parcelle de phosphore ajoutée au phosphore en surfusion à 30° en détermine la solidification immédiate avec élévation de température à’44°. Il bout à 290° en donnant une vapeur incolore. La densité de cette vapeur prise à 500° (Dumas, Mittscherlich) et à 1040° (Deville et Troost) est constante et égale à 4,5-4,35 par rapport à l’air soit 65 à 62,8 par rapport à l’hydrogène, ce qui est environ le double du poids atomique. La molécule de phosphore (2 volumes de vapeur) renferme donc 4 atomes de phosphore, soit P4.
La densité du phosphore solide est 1,83 à 10°; celle du phosphore liquide, à 45°, est 1,88 d’après Y. Régnault. MM. Gladstone et Dale ont trouvé 1,763 pour le phosphore en surfusion à 35°; à cet état il serait donc fortement dilaté. Le phosphore est mauvais conducteur de la chaleur et de l’électricité.
Le spectre de l’étincelle éclatant dans la vapeur de phosphore est composé de raies peu nombreuses, dans l’orangé et dans le vert.
Le phosphore possède déjà une faible tension de vapeur à la température ordinaire. La tension est de 0mm,ll à 20° et 3mm,4 à 100° (Joubert). Dans le vide cette tension est beaucoup plus considérable. Si on introduit du phosphore dans un tube qu’on scelle à la lampe après l’avoir purgé d’air, puis qu'on abandonne ce tube à lui-même dans l’obscurité, il émet des vapeurs qui se condensent lentement en petits cristaux qui tapissent les parois du tube. Ces cristaux, qui peuvent atteindre 2 ou 3 millimètres de diamètre, sont des dodécaèdres presque incolores, très réfringents et réfié-