RECHERCHE DU PHOSPHORE LIRRE
l'obscurité et de distiller avec la vapeur d’eau (Mitscherlich). On délaye les matières suspectes dans l’eau et on les fait bouillir dans le ballon A (fige 135). Les vapeurs dégagées se rendent dans le tube G de 1 centimètre de diamètre, qui est maintenu froid par le manchon dans lequel circule le courant d’eau froide. Ce tube étant froid renferme toujours de l’air et si la vapeur d’eau en-
traîne du phosphore, celui-ci produira dans le tube des fumées et des lueurs très visibles dans l’obscurité. L’eau qui s’écoule et qui se condense dans le ballon peut renfermer des parcelles de phosphore; dans ce cas, elle luit quand on l’agite avec de l’air. Elle réduit en outre l’azotate d’argent, ce qui aura lieu aussi si elle renferme de l’acide phosphoreux.
L’azotate d’argent permet de caractériser le phosphore en vapeur; il suffit pour cela de présenter aux vapeurs une feuille de papier imprégnée de ce sel qui noircit immédiatement. Il faut
PHOSPHORE
s’assurer avec une feuille à l’acétate de plomb que la réaction n’est pas due à l’hydrogène sulfuré.
On peut remplacer l’appareil ci-dessus, dans lequel le phosphore tend à s’oxyder, par la disposition suivante : le ballon est relié à un réfrigérant Liebig et traversé par un courant de gaz carbonique, qu’on peut aussi produire dans le ballon lui -même en y introduisant du marbre et de l’acide chlorhydrique. Dans ce cas, on n’observe pas les lueurs dans le tube, le phosphore n’y rencontrant pas d’air; mais ce corps se réunit complètement dans l’eau du récipient qui possède alors les caractères signalés plus haut.
Il peut se faire qu’après un empoisonnement par le phosphore on ne retrouve plus celui-ci à l’état de liberté, mais on doit alors rencontrer de l’acide phosphoreux dans les matières suspectes. Cet acide est réduit dans l’appareil de Marsh, qui sera décrit à l’occasion de l’arsenic, et la flamme de l’hydrogène brûle alors avec une flamme verte, qu’on peut caractériser par son spectre (deux raies vertes), et qui, si le phosphore est un peu abondant, produit une tache rouge sur une soucoupe de porcelaine avec laquelle on écrase la flamme.
Lorsqu’on veut constater la présence du phosphore dans un composé, on oxyde celui-ci par l’acide azotique, puis on neutralise par la potasse; ou bien on le fond avec du salpêtre et on constate la présence de l’acide phosphorique dans le produit de l’oxydation. On peut faire cette constatation en chauffant le sel obtenu avec du sodium qui transforme le phosphate en phosphure. Ce dernier, humecté d’eau, dégage de l’hydrogène phosphoré dont l’odeur est caractéristique.
414. Usages du phosphore. — Presque tout le phosphore fourni par l’industrie est employé à la fabrication des allumettes. Il trouve en outre un emploi fréquent dans les opérations de laboratoire et sert à préparer, avec de la farine et des matières grasses, des pâtes phosphorées employées comme mort-aux-rats.
Allumettes au phosphore ordinaire. — L’usage des allumettes phosphorées ne remonte guère avant 1840, et leur fabrication a passé par bien des phases avant d'arriver à la perfection relative acquise aujourd’hui. Le phosphore doit être incor poré à l’aide d’un épaississant à un composé riche en oxygène en même temps qu’à des substances inertes. Le composé oxydant était d’abord le chlorate de potassium, puis le salpêtre, enfin le
allumettes AU PHOSPHORE AMORPHE. 531
peroxyde de manganèse ou le peroxyde de plomb, comme corps inerte on a employé la magnésie, l'oxyde de fer, le sable fin. Ces substances sont réduites en pâte avec de la gélatine ou de la
gomme.
Les allumettes, qui sont en bois de tremble, de pleuplier ou de pin. sont d’abord plongées sur une longueur de quelques millimètres dans du soufre fondu, puis leur extrémité soufrée est garnie de la pâte inflammable. Il ne reste plus qu’à sécher ces allumettes à l’air puis dans une étuve. Voici la composition d’une
pâte phosphorée :
Phosphore 3 parties.
Bioxyde de plomh 2
Sable fin el smalt..., 2
Gomme du Sénégal 3
avec assez d’eau pour former une pâte semi-fluide.
On remplace fréquemment le soufre, en raison de l’odeur suffocante qu’il répand en brûlant, par d’autres matières inflammables, la stéarine ou la paraffine. On incorpore alors à la pâte inflammable un peu de chlorate de potassium pour obtenir une température plus élevée pendant l’inflammation du phosphore. C’est ce que l’on fait surtout pour les allumettes-bougies où le bois est remplacé par une mèche de coton.
Allumettes au phosphore amorphe. — Les graves inconvénients qui accompagnent pour les ouvriers le maniement du phosphore, l’inflammabilité facile des allumettes ordinaires et les dangers d’empoisonnement qu’elles présentent ont fait songer dès la découverte du phosphore rouge à substituer celui-ci au phosphore ordinaire. La fabrication du phosphore rouge présente bien sous le rapport de l’hygiène une partie de ces inconvénients, mais ils sont beaucoup moindres.
C’est en Suède qu’ont été fabriquées les premières allumettes au phosphore rouge ou amorphe. Ces allumettes ne renferment pas elles-même le phosphore, mais leur inflammation a lieu sur un frottoir recouvert de phosphore amorphe, mélangé de 80 p. 100 de sulfure d’antimoine et de 50 p. 100 de gélatine. La pâte des allumettes est formée de 100 parties de chlorate de potassium et 40 parties de sulfure d’antimoine, agglutinés par 20 p. 100 de gélatine. On y associe souvent du minium et du bichromate de potassium.
COMPOSÉS HYDROGENES DU PHOSPHORE
On est arrivé aujourd’hui à fabriquer des allumettes contenant elles-mêmes le phosphore amorphe et n’ayant par conséquent pas besoin d’un frottoir particulier. M. Iiochstetter, à Darmstadt, a montré qu on peut par le mélange de ce phosphore avec du chlorate et autres composés comburants obtenir des allumettes à divers degrés d’inllammabilité.
COMPOSÉS HYDROGÉNÉS DU PHOSPHORE
On connaît plusieurs combinaisons du phosphore avec l’hydrogène. La plus importante est le gaz hydrogène phosphoré PH3, correspondant à l’ammoniaque. Les autres sont : un phosphure liquide P2H4 et un phosphure solide P4H2.