SPECTROSCOPE
KH
Pour observer le spectre d’un composé métallique dans l’étincelle, on introduit le sel, en solution assez concentrée, dans un petit godet en verre dont le fond est traversé par un fil de platine servant d’électrode négative, tandis qu’un autre fil servant d’électrode positive est maintenu tout près de 15. surface du liquide. L’étincelle est produite par une bobine d’induction. Cette disposition, due à M. Lecoq de Boisbaudran est représentée figure 45. Les spectres ainsi obtenus sont très nets; mais il se produit des projections de gouttelettes liquides. On évite celles-ci en faisant usage des tubes de MM. Delaclianal et Mermet. Ce sont des tubes d’essai traversés à leur base par un fil de platine qui s’engage dans un tube capillaire soudé dans le fond du tube. Ce tube capillaire dépasse un peu l’électrode inférieure ainsi que le niveau du liquide introduit dans le tube; le
Fig. 45.
Fig. 4G.
liquide s’y élève par capillarité; l’autre électrode traverse le bouchon du tube et arrive à proximité du tube capillaire (fig. 46). Le verre pouvant être attaqué par l’étincelle, le spectre obtenu avec ces tubes n’est pas toujours très pur.
M. Bunsen fait éclater l’étincelle entre deux petits cônes de charbon imprégnées de la substance à examiner.
L’échelle micrométrique indiquant la position des raies est graduée en divisions égales, par exemple de 1 à 170 pour le spectre
INTRODUCTION
visible cl ou dispose les lunettes de manière à faire coïncider la raie D, c’est-à-dire celle du sodium, avec la division 100 (quelquefois 50). Les divisions ainsi observées n’ont aucune valeur absolue, celle-ci variant avec le pouvoir dispersif de la substance du prisme, et il faut pour chaque appareil établir une table de concordance entre les divisions du micromètre et leur valeur en longueurs d’onde, ce qui se fait empiriquement en déterminant la position de raies connues (lithium, sodium, thallium, etc., dont les longueurs d’onde ont été mesurées une fois pour toutes, puis on construit une courbe en prenant pour abscisses les divisions du micromètre et pour ordonnées la valeur des longueurs d’onde, puis joignant les points obtenus (1).
74. Sensibilité du spectroscope. — La méthode spectrale pour déceler certain métaux est d’une sensibilité extrême. MM. Bunsen et lvirchhoff ont, par exemple, pu caractériser le sodium dans l’atmosphère d’une pièce mesurant 60 mètres cubes de capacité, après y avoir fait détoner 3 milligrammes d’un mélange de chlorate de sodium et de sucre. D’après la capacité de la pièce, on peut calculer que l’atmosphère ne renfermait que 1 trois-millionième de milligramme de sel dans l’air environnant la flamme. Aussi est-il rare que l’on n’observe pas la raie du sodium quand on fait une observation spectroscopique, la poussière qui recouvre les objets renferme toujours des composés de ce métal.
On a reconnu que le lithium est un élément extrêmement répandu dans la nature et nous avons déjà signalé la découverte à l’aide du spectroscope de certains métaux très rares qui auraient même longtemps échappé à l’observation du chimiste dépourvu de ce merveilleux instrument.
La planche que' nous joignons ici indique l'aspect des spectres les plus connus, produits à l’aide d’un bec Bunsen.
Pour les métaux, ce sont surtout les métaux alcalins et alcalinoterreuxqui fournissent les spectres les plus faciles à caractériser. Les spectres de la plupart des autres métaux sont beaucoup plus compliqués et exigent pour leur observation exacte l’emploi de l’étincelle d’induction et souvent d’appareils à double dispersion, c’est-à-dire à deux prismes.
(1) On trouvera sur les observations spectrales des renseignements pratiques très précis, ainsi que les indications graphiques des spectres des divers éléments, dans l’ouvrage de M. Lecoq de Doisbaudran : Spectres lumineux.