‹ Traité de chimie minérale et organiqueChapitre 8 sur 408 · DISSOCIATION · texte numérisé non relu

DISSOCIATION

dépôt de charbon sur la portion demi-cylindrique inférieure du tube froid la dissociation ne se faisant que dans la partie inférieure, la plus chaude du tube en porcelaine; le gaz non dissocié qui se dégage en T' se trouve mélangé d’anhydride carbonique.

Avec le gaz anhydride sulfureux, on observe un phénomène analogue. Le tube froid se recouvre d’une couche de sulfure d’argent et d’un léger dépôt d’anhydride sulfurique, résultant de la fixation de l’oxygène mis en liberté sur l’anhydride sulfureux non dissocié.

Pour observer avec précision les lois de la dissociation, il convient de choisir des corps solides qui, en se dissociant, fournissent un produit solide et un gaz dont la tension peut facilement être indiquée par un manomètre. C’est ce qu’a fait M. Debray pour le carbonate calcique. Ce corps était introduit dans un tube de porcelaine vernissée pouvant être porté aux températures fixes de 350° (vapeur de mercure), 440° (soufre bouillant), 860° (vapeur de ce dernier), 940° (vapeur de zinc). Il était en rapport avec un tube barométrique et pouvait aussi être mis en communication avec la machine pneumatique. A 440°, il ne se manifeste encore aucune pression. A 860° la dissociation est très sensible et s’arrête lorsque le gaz carbonique dégagé atteint une pression de 85mm de mercure ; si l’on fait alors le vide dans l’appareil, la pression momentanément diminuée ne tarde pas à revenir à 85mm. Dans la vapeur de zinc, soit vers 940°, la tension de dissociation est beaucoup plus considérable et atteint 520mm quelle que soit la quantité de carbonate non décomposé. Si on laisse alors l’appareil se refroidir, la pression diminue de plus en plus, le gaz carbonique est de nouveau absorbé par la chaux et le vide se fait dans l’appareil. Inversement, en portant à diverses températures de la chaux vive avec une quantité de gaz carbonique insuffisante pour la saturer complètement, on observe les mêmes tensions de gaz que lorsqu'on chauffe le carbonate de calcium : 85mm à 860° et 520mm à 940°.

La tension de dissociation indique donc une limite de décomposition à une température donnée, en même temps que la limite de combinaison, et toute dissociation peut être envisagée comme une action chimique limitée 'par V action inverse.

L’acide iod hydrique, dont la dissociation a été étudiée par M. Hautefeuille et par M. Lemoine, offre encore un exemple très frappant de cette limite. On a chauffé à des températures déter-

INTRODUCTION

minées dans des ballons scellés, d’une part du gaz iodhydrique, d'autre part un mélange d’hydrogène et d’iode. Il s’établit peu à peu un équilibre entre les éléments libres et l’acide iodhydrique, équilibre qui est le meme dans les deux cas et qui est atteint d’autant plus vile que la température est plus élevée. A 440° il s'établit au bout d’une heure; à 350° après quelques jours; à 265° après plusieurs mois seulement.

Beaucoup de corps composés se dissocient lorsqu’ils sont réduits en vapeurs; tels sont l’acide sulfurique qui se dissocie en eau et, anhydride sulfurique; le sel ammoniac, en acide chlorhydrique et ammoniaque, le pcntachlorure de phosphore, en triehlorure et chlore, etc. Dans ce cas, la présence en excès d’un des produits de la dissociation retarde le phénomène en augmentant la tension. C’est ce qui a lieu pour la dissociation de l’acide iodhydrique (Lemoine), pour celle du perchlorure de phosphore (Wurtz). Nous aurons l’occasion de revenir sur ces faits en nous occupant des densités de vapeurs.

La dissociation peut aussi être déterminée par la dissolution d’un composé dans l’eau, sans qu’il y ait dégagement d’un gaz ou d’une vapeur. Elle a alors pour limite un rapport déterminé entre la quantité de l’un des éléments de la dissociation et la quantité de dissolvant. Si cet élément peut être soustrait à la solution, par exemple par dialyse, la dissociation se poursuivra.

9. — La chaleur n’est par le seul agent physique qui puisse provoquer les décompositions chimiques. L 'électricité, sous ses diverses manifestations, est dans le même cas. Si l’on fait passer une série d’étincelles électriques dans un tube renfermant du gaz ammoniac, celui-ci se résout en ses éléments, hydrogène et azote. Le courant de la pile provoque des décompositions nombreuses sur lesquelles nous aurons à revenir dans le chapitre consacré à à l’électro-chimie.

La lumière, qui favorise comme on l’a vu, certaines combinaisons, peut aussi exercer sur certains corps une action décomposante. Ce sont surtout les composés d’argent qui sont impressionnés par cet agent. Il en est de même de quelques composés de mercure, de cuivre, de plomb, etc. C’est sur cette action décomposante qu’est fondé l’art de la photographie. Nous nous contenterons de rappeler ici que ce sont généralement les rayons les plus réfrangibles du spectre qui sont doués d’une activité chimique

Page 1